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Full text of "Le cabinet secret de l'histoire"

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LE 


CABINET    SECRET 


DE 


L'HISTOIRE 


Docteur   CABANES 


LE 


Cabinet  Secret 

de  l'Histoire 


Nouvelle  Edition,  revue  et  très  augmentée 


QUATRIÈME   SÉRIE 


Avec  sept  gravures  hors   texte 

PARIS 

DORBON    aîné,    Éditeur 
53  fer,  quai  des  grand  s-augustins 

1905 


// 


De 
es  ^ 


OCT  -4  1966 


^vîî?'''y  OF  TORO$ 


1330152 


LE 

CABINET  SECRET  DE  L'HISTOIRE 

(quatrième  série) 


LE    MEDECIN    DE    LOUIS    XI 


I 


Si  la  flânerie  ou  la  curiosité  eussent  porté  vos  pas, 
il  y  a  quelques  années,  rue  Saint- André-des-Arts, 
près  de  cette  cour  du  Commerce  si  riche  en  souve- 
nirs révolutionnaires  ^,  vos  regards  auraient  été  arrê- 
tés par  un  bâtiment  d'une  architecture  sobre,  d'une 
simplicité  voulue,  dont  on  achevait  en  hâte  la  cons- 
truction. Vous  informiez-vous ,  on  vous  répondait 
qu'il  allait  bientôt  s'élever  sur  cet  emplacement  un 
lycée  de  jeunes  filles,  qui  devait  porter  le  nom  du 
Cygne  de  Cambrai  :  le  Lycée  Fénelon.  Poussiez- vous 
plus  avant  votre  enquête,  toute  une  époque  disparue 
surgissait  en  une  évocation  lointaine. 

'  V.   Chronique  médicale,   15  décembre  1904,  p.  810,  et  15  janvier  1905, 
p.  62. 

iv-1 


2  LE    CABINET   SECRET    DE    L  HISTOIRE 

Nous  reportant  par  la  pensée  à  quatre  siècles  en 
arrière,  essayons  de  reconstituer,  avec  la  patience 
d'un  archéologue,  ce  coin  du  vieux  Paris,  menacé  de 
disparaître  sous  le  pic  des  démolisseurs. 

Dans  ce  qu'on  nomme,  au  quinzième  siècle,  le  fau- 
bourg Saint-Germain,  dessinons  un  carré  irrégu- 
lier, limité  par  les  rues  des  Fossés-Saint-Germain, 
de  rÉcole-de-Médecine,  du  Paon,  de  l'Éperon  et  de 
Saint-André-des-Arcs.  Une  ruelle  longue,  étroite, 
appelée  la  «  cour  de  Rouen  »,  coupe  diagonalement, 
en  deux  parties  à  peu  près  égales,  ce  carré  irré- 
gulier. Dans  la  partie  du  carré  adossée  à  la  rue  du 
Paon,  se  trouve  «l'hôtel  de  l'Archevêque  de  Rouen  ». 
Dans  la  partie  touchant  à  la  rue  Saint-André-des- 
Arcs,  s'étendent  à  perte  de  vue  des  jardins,  des 
prairies  marécageuses,  des  masures  qui  tombent  en 
ruines.  C'est  tout  ce  pâté  qu'on  désigne  sous  le  nom 
de  «  Séjour  de  Navarre». 

Après  avoir  été  l'apanage  de  la  couronne  pen- 
dant des  années,  le  Séjour  de  Navarre  est  passé  entre 
les  maias  de  Louis  XII,  alors  duc  d'Orléans. 

A  la  veille  de  partir  pour  son  expédition  de  Bre- 
tagne, le  jeune  duc,  qui  fait  flèche  de  tout  bois,  a  vendu 
l'hôtel  de  ses  pères.  Les  acquéreurs  nous  sont  aujour- 
d'hui connus  :  c'est  un  conseiller  au  Parlement,  Guil- 
laume Ruzé  ;  un  correcteur  de  la  Chambre  des  Comp- 
tes, Nicolle  Viole,  sieur  de  Noizeau.  Un  avocat  au 
Parlement,  Jean  Huraut,   a  acquis  le  troisième  lot, 


LE    MEDECIN    DE    LOUIS    XI  O 

dont  il  ne  tarde  pas  à  se  débarrasser,  le  27  janvier 
l/l89,  en  faveur  de  Jacques  Goitier,  naguère  encore 
premier  médecin  de  Louis  XI  et  son  conseiller  in- 
time. 

Coitier,  que  les  historiens  ont  tour  à  tour  appelé 
Coiciier\  Coittier,  Coiier,  Coctier^  et  enfin  Collier^ 
s'est  retiré  là,  tout  au  bout  de  la  ville,  contre  les 
remparts,  après  fortune  faite.  Ce  n'est  pas,  comme 
le  veut  une  légende  longtemps  acceptée,  pour  fuir  la 
colère  du  monarque,  qu'il  a  pris  sa  retraite.  Le  cour- 
roux de  Louis  XI  n'est  plus  redoutable  :  le  roi  est 
mort  depuis  six  ans,  quand  Coitier  est  devenu  l'ac- 
quéreur des  terrains  situés  vis-à-vis  la  poterne  de 
Bucy,  touchant  presque  le  rempart  de  Philippe-Au- 
guste. 

A  peine  le  nouveau  propriétaire  est-il  entré  en  pos- 
session, que  les  ouvriers  se  sont  mis  à  l'œuvre.  En 
quelques  mois,  se  sont  élevés  deux  corps  d'hôtel,  un 
mur  de  façade  crénelé,  et  derrière  le  mur  une  galerie 
close,  portée  sur  piliers,  telle  qu'on  en  voyait  fré- 
quemment dans  les  demeures  seigneuriales  du  moyen 
âge. 

A  l'angle  formé  par  la  réunion  des  deux  corps  de 
bâtiment  se  trouvent  :  une  cour  enfermant  un  escalier 
en  forme  de  vis  ;  un  ensemble  de  constructions  dispa- 
rates ;  un  petit  corps  d'hôtel. 

Une  deuxième  cour  possède  en  son  milieu  un  puits, 
qui  mérite  quelques  lignes  de  description.  Ce  puits, 


4  1-E    CABINET    SECRET   DE    L  HISTOIRE 

qui  se  voyait  encore  en  ces  dernières  années,  était  plu- 
tôt une  citerne  à  margelle  basse,  sur  laquelle  figurait 
une  tête  de  dauphin. 

N'oublions  pas  de  mentionner  deux  jardins,  un  jar- 
din d'agrément  et  un  jardin  fruitier,  et  une  chapelle 
gothique.  Au-dessus  de  la  porte  principale,  donnant 
sur  la  rue  Saint-André-des-Arcs,  Coitier  avait  fait 
graver  un  éléphant,  portant  sur  son  dos  une  tour. 

Sur  une  tourelle,  au-dessus  d'une  porte  donnant 
accès  à  un  escalier,  on  avait  sculpté  un  blason,  dans 
le  champ  duquel  avait  été  représenté  un  arbre  chargé 
de  fruits,  un  oranger  ou  un  abricotier*,  et  desimages 
de  la  Vierge,  de  saint  Jacques  et  de  saint  Nicolas, 
avec  cette  inscription,  en  lettres  incluses  les  unes  dans 
les  autres,  ainsi  qu'on  l'observe  communément  dans 
les  écritures  des  rois  de  la  première  et  de  la  deuxième 
races  : 


Jacobus  Collier 

Miles  et  consiliarus 

Ac  vice  prseses  camerse  compolorum 


1  Pour  ne  pas  faire  mentir  la  légende,  qui  veut  que  Coitier  ait  voulu 
faire  un  jeu  de  mots,  une  sorte  d'enseigne  de  rébus,  nous  adoptons  la  ver- 
sion de  l'abricotier. 

A  r.A5ri  Cotier  signifiait  que  le  médecin  s'estimait  beureux  d'être  retiré, 
comme  le  sage,  à  l'abri  de  toutes  les  tracasseries  importunes.  Mais  il  est 
plus  vraisemblable  qu'il  s'agissait  d'un  oranger,  l'oranger  «  arraché  d'or  » 
se  trouvant  dans  les  armes  de  l'archiâtre. 


LE   MÉDECIN    DE    LOUIS    XI  ï> 

Parisiensis, 

Aream  emil  el  in  ea  sedificauil 

Anno  M.CCCC.XC. 

Le  manoir  de  Goitier,  connu  sous  le  nom  de  «  Mai- 
son de  l'Éléphant  »,  ne  fut  démoli  qu'en  1739.  Il  oc- 
cupait l'emplacement  des  n''^  M,  49,  51  et  53  de  la  rue 
Saint- André-des- Arcs ^  En  17ZiO,  l'hôtel  de  l'archiâtre 
royal  fut  remplacé  par  des  maisons  dépourvues  de 
caractère,  en  dépitdes  protestations  des  journalistes 
de  l'époque  contre  cet  acte  de  vandalisme. 

Goitier  vécut  près  de  quinze  ans  dans  la  Maison 
de  l'Éléphant,  accablé  d'honneurs  et  de  dignités, 
jouissant  en  paix  des  biens  qu'il  avait  amassés.  Il  ne 
se  contenta  pas  d'avoir  un  hôtel  à  la  ville,  il  voulut 
avoir  une  maison  de  campagne.  A  quelques  por- 
tées de  fusil  de  la  forêt  de  Bondy,  près  de  l'ab- 
baye célèbre  de  Livry,  existait  une  ancienne  châtelle- 
nie,  la  seigneurie  d'Aulnay  :  il  en  fit  l'acquisition 
moyennant  plus  de  3.000  écus  d'or.  Gette  seigneurie 
comprenait  :  un  château  avec  pont-levis,  un  manoir 
situé  dans  la  basse-cour  du  château,  deux  étangs, 
deux  moulins  à  eau,  une  garenne,  sans  compter  les 

*  La  traduction  de  cette  inscription  est  la  suivante  : 

«Jacques  Coitier,  chevalier,  conseiller  du  roi,  vice-président  de  la 
Chambre  des  Comptes,  a  acheté  ce  terrain  et  y  a  fait  bâtir  cet  édifice 
l'an  1490.  » 

*  Coïncidence  à  signaler  :  c'est  dans  la  maison  portant  le  n"  53  de  la  rue 
Saint-André-des-Arts,  que  mourut  Orfila,  le  12  mars  1853. 


6  LE    CABINET    SECRET    DE    L'hISTOIRE 

arpents  de  terre,  de  prairies  et  de  bois,  qui  en  fai- 
saient un  des  plus  beaux  domaines  des  environs  de 
Paris. 

Coitier  pouvait,  s'il  lui  en  prenait  fantaisie,  jouer 
au  seigneur  dans  ses  terres.  La  châtellenie  jouissait, 
en  effet,  de  droits  et  prérogatives  incontestables  : 
droits  de  voirie,  droits  de  geôles  et  prisons,  droits 
de  greffe  et  de  tabellionnage  ;  droits  de  fourches  pa- 
tibulaires, droits  de  haute,  moyenne  et  basse  jus- 
tice. En  usa-t-il  jamais,  c'est  ce  que  l'histoire  a  né- 
gligé de  nous  apprendre.  Si  Louis  XI  eût  vécu,  les 
paysans  auraient  sans  doute  subi  le  sort  des  serfs  du 
temps  jadis,  et  on  aurait  vu  renaître  sur  ce  coin  de 
terre  les  pratiques  féodales.  Mais  Coitier  n'était 
plus  en  faveur  à  la  cour  et  Louis  XII,  pas  plus  que 
Charles  VIII, n'étaient  disposés  à  servir  son  ambition. 

A  la  mort  de  Louis  XI,  le  médecin  bourguignon 
avait  perdu  sa  charge  de  premier  médecin,  celle  de 
président  des  Comptes  et  n'avait  dû  qu'à  de  hautes 
influences  d'être  rétabli  dans  les  fonctions  secondaires 
de  vice-président.  On  voulait  bien  toutefois  avoir 
égard  «  aux  grands,  agréables  services  que  iceluy 
conseiller,  maître  Jacques  de  Coitier,  a  fait  à  nostre 
seigneur  et  père,  durant  sa  maladie  »,  comme  disait 
la  charte  de  Charles  VIII,  charte  que  Louis  XII  con- 
firmait plus  tard,  «  à  cause  de  la  grande  estime  et 
parfaite  confiance  »  qu'il  avait  en  son  «  amé  et  féal  » 
Jacques  Coitier. 


LE    MÉDECIN    DE    LOUIS   XI 


Assurément  ce  n'était  pas  une  disgrâce,  mais  quel- 
que chose  d'approchant,  pour  qui  connaît  l'extraordi- 
naire carrière  poursuivie  sous  le  règne  précédent  par 
ce  médecin  sans  scrupules,  qu'un  roi  pusillanime 
comblait  de  libéralités,  pensant  éloigner  ainsi  la  mort 
qu'il  redoutait  ^ 


II 


En  avait-il  exercé  un  ascendant  sur  ce  monarque 
soupçonneux,  redouté  de  tous  ceux  qui  l'appro- 
chaient, et  qui  se  pliait  docilement  à  toutes  ses  exi- 
gences, si  hautaines  et  si  impérieuses  qu'elles  fussent? 
Comment  un  médecin  de  village  était-il  devenu  le  di- 
recteur de  la  santé  d'un  souverain  défiant  entre 
tous  ?  Comment  avait-il  réussi  à  gagner  sa  con- 
fiance ?  Autant  d'énigmes  qu'on  n'a  pas  encore  tirées 

au  clair. 

On  ignore  non  seulement  la  date  de  la  naissance 
de  Coitier,  mais  on  ignore  tout  de  son  enfance  et  de 
ses  premières  années  "^  On  sait  seulement  qu'il  naquit 

*  Charles  VIII,  en  monlanl  sur  le  trône,  avait  emprunté  à  Coitier  la 
somme  considérable  de  23.100  livres  soit  environ  193.000  francs  de  notre 
monnaie.  Le  roi  de  France,  après  avoir  attendu  quatorze  ans  pour  faire 
honneur  à  sa  signature,  finit  par  s'exécuter. 

*  Ce  que  nous  savons  de  Coitier  nous  le  tenons,  pour  une  bonne  part, 
du  docteur  Chereau,  qui    a  publié,    sur   le  médecin    de  Louis  XI,  une 


8  LE    CABINET    SECRET   DE    l'hISTOIRE 

en  Franche-Comté,  à  Poligny,  et  qu'il  appartenait  à 
une  famille  honorable,  possédant  même  une  certaine 
aisance.  On  chercherait  vainement,  dans  les  registres 
de  la  Faculté  de  Paris  ou  de  Montpellier,  la  trace  de 
son  passage.  Peut-être,  mais  ce  n'est  qu'une  conjec- 
ture, prit-il  ses  grades  à  l'Université  de  Dôle,  où  il 
avait  été  remarqué  par  Philippe,  duc  de  Savoie,  qui 
se  l'attacha  comme  médecin. 

A  en  croire  Louis  Guyon,  ce  fut  le  duc  de  Savoie 
qui  le  présenta  à  Louis  XI  et  le  fit  agréer  par  le  roi, 
vers  ililO.  Il  eut  tôt  fait  de  persuader  à  ce  prince 
qu'il  avait  été  jusque-là  maltraité  ;  que  ses  médecins 
habituels  n'entendaient  rien  à  sa  maladie  ;  qu'il  avait 
soigneusement  étudié  son  cas  et  que,  seul,  il  en  vien- 
drait à  bout.  Pour  achever  de  le  convaincre,  il  ne 
craignit  pas  de  lui  parler  sur  un  ton  de  brutalité, 
auquel  le  roi  n'était  guère  accoutumé.  Il  lui  était  si 
rude,  écrit  Comynes,  «  que  l'on  ne  dirait  point  à  un 
valet  les  outrageuses  paroles  qu'il  lui  disait  ».  Et 
s'il  le  voyait  se  regimber,  il  lui  répliquait  audacieuse- 
ment  :  <(  Je  scay  bien  qu'un  matin  vous  m'envoyerez 
comme  vous  faictes  d'autres,  mais  par  la...  (un  grand 


étude  très  documentée,  dans  l'Union  médicale  (1861  et  1862),  étude  que 
nous  avons  dû  considérablement  élaguer.  Cette  étude  a  été  reprise  par  le 
môme  auteur  dans  le  Bulletin  de  la  Société  d'Agriculture,  Sciences 
et  Arts  de  Poligny,  année  1861,  pp.  33-43,  57-64  et  81-89  (tiré  à  part, 
Poligny,  1881,  in-8).  Voir  aussi  dans  le  même  recueil,  année  1868, 
p.  10-11,  les  «  lettres  de  naturalité  de  J.  Coitier,  par  Louis  XI  (1473). 


LE    MÉDECLN    DE    LOUIS    XI  9 

serment  qu'il  jurait),  vous  ne  vivrez  point  huict  jours 
après  ».  Et,  par  crainte  de  la  mort,  le  roi  accordait 
tout  ce  que  son  médecin  sollicitait  —  et  Dieu  sait  s'il 


avait  les  dents  longues  ! 


III 

C'est  d'abord  la  place  de  «  clerc  ordinaire  »  de  la 
Chambre  des  Comptes  que  Coitier  réclame,  place 
qui  lui  rapportera  9  francs  environ  par  jour,  a  sans 
compter  des  droits  de  robes,  de  manteaux,  de  gants, 
de  manchons,  de  chapeaux,  de  bonnets,  de  harnais,  de 
housses, de  chevaux,  d'huis,  de  canifs,  d'écritoirs,  etc.  » 
Il  devient  le  vice-président  de  cette  même  Chambre, 
à  la  mort  du  titulaire  de  cette  charge,  au  bout  de 
trois  ans^ 

'  Antoine  Riboteau,  commis  par  le  roi  pour  faire  le  paiement  d'une 
demi-année  des  Francs-Archers  de  Champagne,  qui  étaient  sous  le  com- 
mandement de  Baudricourt,  capitaine-général,  n'avait  pas  rendu  compte 
de  sa  gestion,  et  redevait  au  roi  une  somme  assez  considérable. 

Louis  XI  fit  donner  ordre  à  la  Chambre  des  Comptes,  le  24  juin  1480,  de 
faire  rechercher  Riboteau,  et  de  le  forcer  à  restituer  les  sommes  dont  il 
était  détenteur.  Le  monarque  saisit  cette  occasion  pour  faire  un  présent 
à  son  médecin,  vice-président  des  Comptes  :  il  garda  pour  lui  la  moitié  des 
sommes  que  devait  rendre  le  payeur  des  Francs-Archers,  et  donna  l'autre 
moitié  à  Coitier. 

Un  peu  plus  tard,  Louis  fait  don  à  Coitier  de  tout  le  droit  que  Jean 
Cauchon,  parent  de  l'évéque  de  Beauvais,  avait  sur  les  biens  de  certains 
Anglais,  ainsi  que  des  biens  mêmes  du  juge  de  Jeanne  d'Arc,  mort, 
comme  on  le  sait,  en  14'f3,  et  jeté  à  la  voirie  (t/nion  médica/e,  5  sep- 
tembre 1861). 


10  LE    CABINET    SECRET    DE    L  HISTOIRE 

Au  bout  d'une  nouvelle  période  de  trois  ans,  «  par 
considération  de  bons,  agréables  et  continuels  ser- 
vices »,  le  roi  donne  à  son  médecin  les  revenus  du 
château  de  Civray. 

Un  peu  plus  tard,  par  lettres  patentes  datées  de 
Lyon,  Coitier  reçoit  le  château  et  la  seigneurie  de 
Rouvres,  avec  toutes  ses  dépendances.  Puis  c'est  la 
châtellenie  de  Poissy,  qui  lui  échoit  à  titre  de  dota- 
tion; en  plus,  une  maison  située  dans  la  basse-cour 
du  château  de  Plessis-du-Parc,  résidence  favorite  de 
Louis  XL 

Son  ambition  ne  connaît  dès  lors  plus  de  bornes. 
Ce  qu'il  ne  peut  obtenir  par  la  ruse,  il  l'aura  par  la 
violence.  La  délation,  les  accusations  mensongères, 
tous  les  moyens  lui  sont  bons. 

Un  même  personnage,  JeandeLadriesche,  a  le  titre 
de  bailli  ou  concierge  du  palais  du  roi  et  celui  de  pré- 
sident des  Comptes  ^  :  il  n'aura  pas  de  cesse  qu'il  ne 
l'ait  fait  destituer. 

L'emploi  de  bailli,  outre  des  appointements  fixes 
de  L200  livres  (39.000  fr.),  donne  des  avantages 
considérables.  Le  bailli  a  justice  basse  et  moyenne; 
il  a  seul  le  droit  de  donner  et  d'ôter  les  places  aux 
merciers,  sans  compter  une  foule  d'autres  privilèges 
non  moins  productifs.   Il    est  entendu  que  Coitier 

Le  président  et  même  le  vice-président  des  Comptes  furent  appelés  à 
contre-signer  la  plupart  des  ordonnances  des  rois  de  France,  même  des 
actes  politiques  plus  importants,  tels  que  traités  de  paix  et  d'alliances,  etc. 


LE   MÉDECIN    DE   LOUIS   XI  H 

touchera  les  bénéfices  que  lui  rapportent  ses  fonc- 
tions, sans  les  exercer.  L^état  de  l'auguste  malade 
réclame  sa  présence  constante  auprès  de  lui,  et  c'est 
le  souverain  lui-même  qui  l'a  dispensé  de  remplir  les 
devoirs  de  ses  charges. 

Comme  s'il  redoutait  de  voirie  roi  mourir  avant  que 
son  rêve  ne  fût  réalisé,  il  s'empresse  de  lui  faire 
signer  les  actes  qui  le  mettent  en  possession  des 
domaines  de  Poligny  et  de  Grimont,  dans  son  propre 
pays  '  ;  des  châtellenies  de  Brazay  et  de  Saint  Jean- 
de-Losne  ;  d'une  maison  à  Dijon,  que  Louis  XI  paie 
sur  sa   cassette,   et  d'autres  cadeaux  d'une  valeur 

i  Pour  rehausser  encore  la  valeur  de  ce  splendide  présent,  et  faire 
dignement  succéder  l'archiâtre  royal  aux  Gérard  de  Rossillon,  aux  Othon, 
aux  Renaud,  aux  Guillaume  le  Grand,  etc.,  Louis  voulut  que  Coilier  vint 
lui-même  faire  hommage  accoutumé,  c'est-à-dire  une  espèce  de  soumis- 
sion et  de  reconnaissance,  que  le  vassal  faisait  au  seigneur  du  fief  domi- 
nant, pour  lui  marquer  par  là  «  qu'il  était  son  homme  »,  comme  on  disait 
alors,  et  lui  jurer  une  entière  fidélité.La  comédie  se  joua  pleine  et  entière 
entre  le  roi  et  son  médecin.  Le  20  février  1483,  Coiticr,  introduit  en  grande 
cérémonie  dans  une  des  salles  du  Palais-Royal,  se  mit  à  genoux  devant 
le  monarque,  la  tête  nue,  les  mains  jointes,  entre  celles  de  son  seigneur 
couronné,  sans  ceinture  ni  épée,  et  débita  les  termes  accoutumés  de 
l'hommage  du  vassal  envers  son  souverain  : 

.  Je  deviens  votre  homme  et  vous  promets  féauté  dorénavant,  comme 
à  mon  seigneur,  envers  tous  hommes  (qui  puissent  vivre  et  mourir)  en 
telle  redevance  comme  le  flef  le  porte.  » 

Cela  fait,  Coitier  baisa  Louis  XI  sur  la  joue  ;  Louis  XI  baisa  Coitier 
sur  la  bouche  {osculum  fidei),  et  tout  fut  dit.  Coitier  était  seigneur  de 
Poligny,  et  lui,  vassal  du  roi,  eut  à  son  tour  des  vassaux  qui  lui  rendi- 
rent aussi  foi  et  hommage  (Docteur  Chereac). 


12  LE    CABINET   SECRET   DE    L  HISTOIRE 

inférieure.  Il  est  juste  d'ajouter  que,  s'il  ne  s'oublie 
pas,  il  pense  aussi  à  sa  famille.  Un  de  ses  neveux, 
Pierre  de  Vercey,  chanoine  de  Bayeux,  est  nommé, 
sans  coup  férir,  grâce  à  lui,  évêque  d'Amiens. 


IV 


C'est  l'époque  où  le  roi  est  tombé  dans  un  tel  état 
de  dépression  intellectuelle  et  d'affaiblissement  phy- 
sique, qu'il  ne  sait  plus  rien  refuser  à  l'ambition, 
jamais  assouvie,  de  son  médecin. 

En  l/i81,  après  une  attaque  d'apoplexie,  survenue 
comme  il  sortait  de  table,  le  roi  a  presque  perdu 
l'usage  de  la  parole  \  Dès  ce  moment,  il  passe  par 
des  alternatives  d'amélioration  et  de  rechutes  succes- 
sives ;  il  se  croit  entouré  de  dangers  imaginaires, 
fait  murer  son  château  de  Plessis  d'une  véritable 
enceinte  de  fer. 

Un  jour,  il  se  figure  que  son  corps  exhale  une 
odeur  infecte  et  il  s'inonde  de  parfums  des  pieds  à  la 
tête.  Une  autre  fois,  il  s'avise  que  la  musique  le 
soulagera  et  les  joueurs  sont  aussitôt  comman- 
dés pour  l'égayer.  Privé  de  la  chasse,  une  de  ses 
distractions,  il  prend  plaisir  à  faire  chasser  par  ses 
chiens,  dans  ses  appartements,  des  rats  et  des  souris. 

*  Sur  cet  incident  morbide  elles  autres  maladies  de  Louis  XI,  voir  nos 
Morts  mystérieuses  de  l'Histoire,  chapitre  Louis  XI. 


LE   MÉDECIN    DE   LOUIS   XI  l3 

Il  consulte  charlatans  et  devins,  a  recours  à  tous 
les  remèdes  naturels  et  surnaturels,  se  fait  apporter 
la  sainte  ampoule  de  Reims  \  va  jusqu'à  se  faire 
envoyer  des  reliques  par  le  sultan. 

On  équipe  deux  navires  pour  aller  quérir  «  quelque 
chose  pour  la  santé  du  roi  ».  Quelque  chose,  une 
drogue  exotique  apparemment,  dont  on  attendait  les 
meilleurs  effets. 

On  mande  d'Allemagne  un  chirurgien  du  nom  de 
Sixte  ■'.  On  fait  venir  un  médecin  en  renom  de  Reims, 


'  Voici  la  lettre  qu'il  écrivit,  à  cette  occasion,  à  l'abbé  de  Saint-Rémy 
de  Reims  : 

«  De  par  le  Roy. 

«  Cher  et  bien-aimé,  nous  avons  vu  les  lettres  que  vous  avez  escript, 
et  sçavons  très-bon  gré  de  la  belle  messe  et  des  prières  que  vous  et  vos 
religieux  avez  fait  et  faites  pour  nous. 

«  Nous  vouldrions  bien,  s'il  se  pouvoij,  faire,  avoir  une  petite  goutte 
de  la  sainte  ampoulle.  Et  pour  ce,  nous  vous  prions  que  vous  advisiez  et 
enquerres  s'il  se  pourroit  faire  d'en  tirer  un  peu  de  la  fiole  où  elle  est, 
sans  péché  n\-  danger.  Et  si  ainsi  est  qu'on  le  puisse  faire,  vous-mesmes 
rapportez-nous-en  en  quelque  part  que  nous  soyions.  Car  plus  grand  plai- 
sir ne  nous  pourriez  faire.  Mais  à  tous  vous  prie  que  vous  advisiez  bien 
comment  il  se  pourra  faire. 

«  Donné  à  Saint-Laurent-de-la-Roche,  le  17  d'avril  (1483). 

«  Signé  :  Loys.  »  —  Et  au-dessous  :  «  Parent.  » 

La  précieuse  gouttelette  fut,  en  effet,  apportée  à  Sa  Majesté,  et,  le 
30  juillet  suivant,  la  cour  du  Parlement  se  rendait,  à  cheval,  jusqu'à 
Saint-Antoine-des-Champs.  où  se  trouvait  l'ampoule  renfermée  dans  une 
petite  «  capse  »  recouverte  d'un  drap  d'or.  —  A.  Ch.  (Éphémérides  médi- 
cales, de  l'Union  médicale,  17  avril  1873). 

*  Ce   chirurgien  ayant  amélioré  l'état  du  monarque,  fut  fait  chevalier 


l4  LE   CABINET   SECRET    DE    l'hISTOIRE 

Gérard  Cochet,  une  matrone  ou  sirurgienne,  Guille- 
mette  Duluys.  Et  tout  cela  ne  sert  de  rien,  et  tout 
cela  n'empêche  pas  le  roi,  comme  dit  Comynes,  de 
passer  «  par  là  où  les  autres  sont  passés  ». 

En  dépit  des  chirurgiens  et  apothicaires  \  Louis  XI 
mourait  le  30  août  1483.  Son  médecin  devait  lui  sur- 
vivre vingt-deux  ans  :  il  ne  succomba,  en  effet,  que  le 
29  octobre  1506. 


Comme  il  a,  dans  sa  vie,  beaucoup  péché,  Coitier, 
arrivé  aux  portes  de  l'éternité,  ne  songe  plus  qu'à 
racheter  ses  fautes  passées.  Deux  églises,  seize  con- 
grégations participent  à  ses  libéralités  posthumes. 
Tous  ses  filleuls,  et  ils  étaient  en  nombre  ;  des  pau- 


conseiller,  et  reçut  en  don,  le  3  juillet  1483,  les  magnifiques  hôtels  de 
Paris,  de  Flandre,  d'Artois  et  de  Bourgogne,  que  Marguerite,  héritière 
des  comtes  de  Flandre  et  d'Artois,  avait  apportés  en  dot  à  Philippe  de 
France,  quatrième  fils  du  roi  Jean.  Sixte  reçut  encore  la  Seigneurie  de 
Conflans,  près  Paris,  seigneurie  que  Louis  XI  avait  déjà  donnée,  deux 
ans  auparavant,  à  Jean  de  Saint-Omer,  mais  qu'il  en  déposséda  pour 
récompenser  le  chirurgien  allemand  {Union  médicale,  19  septembre  1861). 
'  Et  nous  devons  ajouter  des  astrologues,  car  il  avait  à  son  service 
des  médecins  astrologiens,  dont  les  noms  ont  été  conservés,  ainsi  que 
les  indications  des  honoraires  dont  les  gratifiait  le  roi.  (V.  les  Archives 
historiques,  artistiques  et  littéraires,  t.  I",  1889-1890,  p.  362-364,  et  aussi 
VUnion  médicale,  1862,  n"  98.)  Sur  les  autres  médecins  de  Louis  XI,  cf. 
l'Union  médicale,  1862,  n"  110  et  125. 


LE   MÉDECIN    DE    LOUIS   XI  l5 

vres  orphelines  en  âge  d'être  mariées  ;  ses  amis,  ses 
serviteurs,  touchent  leur  part  d'héritage  ;  seuls,  deux 
fils,  nés  d'un  amour  illicite,  ne  sont  pas  couchés  sur 
son  testament,  bien  qu'ils  eussent  été  légitimés  par 
le  roi. 

Pour  couronner  son  œuvre  de  bien,  le  pécheur 
repenti  demanda  à  être  inhumé  dans  la  chapelle 
Saint-Nicolas  de  l'église  Saint-André-des-Arcs,  qui 
devint  dès  lors  la  chapelle  des  Coitier. 

Enfin,  par  son  testament,  Coitier  léguait  sa  biblio- 
thèque au  chapitre  de  Poligny  ^,  et  fondait,  dans  l'église 
de  ce  lieu,  une  messe  quotidienne  à  perpétuité  pour 
le  salut  de  son  âme. 

En  devenant  vieux  le  diable  s'était  fait  ermite. 


*  On  a  voulu  faire  de  Coitier  un  Berrichon,  parce  qu'il  existe,  à  deux 
lieues  du  Blanc, une  commune  du  nom  de  Pouligny,  autrefois  Poligny.  et 
que,  d'autre  part,  Coitier  avait  légué  aux  Pères  Augustins  du  Blanc,  en 
Berry,  une  somme  importante  ;  mais  les  actes  authentiques,  exhumés 
par  Chereau,  détruisent  cette  assertion,  qui  a  été,  du  reste,  abandonnée 
sans  difficulté  par  celui  qui  l'avait  émise  {Comptes  rendus  des  travaux 
de  la  Société  du  Berry,  1862-1863,  p.  248  et  suiv.). 


LE  MÉDECIN  DE  RICHELIEU.  — LA  MALADIE  DU  CARDINAL. 


I 


«  11  serait  intéressant  de  rechercher  quel  usage 
ont  fait,  non  seulement  de  leur  influence  mais  de  ce 
droit  de  vie  et  de  mort  qu'ils  ont  eu  sur  leurs  sem- 
blables, les  médecins  appelés  à  donner  des  soins  aux 
hommes  qui  ont  joué  un  rôle  dans  l'histoire  K  »  11  y  a 
là,  en  effet,  des  horizons  insoupçonnés  à  découvrir 
pour  lepsycho-pathologiste.  Comme  le  confesseur,  le 
médecin  a  été  souvent  le  dépositaire  de  secrets  ter- 
ribles, parfois  l'instrument  de  manœuvres  criminelles, 
qu'il  a  pu  dissimuler  sous  le  couvert  mensonger  de  la 
science. Dans  d'autres  circonstances, les  médecins  ont 
rendu  des  services  éminents,  réclamés  par  la  politique 
ou  les  intérêts  des  personnages  auxquels  ils  ont  été 
attachés  :  on  trouve,  dans  l'histoire,  les  noms  de  Mi- 
ron  lié  à  celui  de  Catherine  de  Médicis,  dont  il  fut  le 
confident;  comme    Louis  de   Bourges  l'avait  été  de 

*  h'Histoive  et  la  Philosophie  dans  leurs  rapports    avec  la  médecine, 
par  le  docteur  G.   Sauckrotte  (Paris,  V.  Masson,  1863,  p.  111). 


LE    MÉDECIN    DE    RICHELIEU  I7 

François    F;   comme   Vautier    lo  fut   d'Anne  d'Au- 
triche; Gitoys,  du  cardinal  de  Richelieu. 

Citoys  naquit  à  Poitiers  en  1572.  A  23  ans,  bache- 
lier en  médecine  de  l'école  de  Montpellier,  il  se  fai- 
sait recevoir  bachelier  de  la  Faculté  de  Poitiers 
(18  décembre  1595).  Le  6  mai  suivant,  il  était  candi- 
dat à  la  licence.  Les  25  et  26  octobre  de  cette  même 
année,  «  après  un  examen  rigoureux  »  —  cet  examen 
consistait  à  prendre  au  hasard  unpassaged'Hippocrate 
ou  de  Galien,  sur  lequel  le  candidat  devait  répondre 
après  vingt-quatre  heures  de  réflexion  —  Citoys  était 
reconnu  capable  de  recevoir  le  degré  de  licencié. 

La  Faculté  lui  avait  accordé,  par  faveur  spéciale,  la 
dispense  de  deux  ans  d'études  et  de  deux  examens 
publics.  Le  12  novembre,  le  nouveau  gradué  était 
conduit  par  le  doyen  dans  l'église  Saint-Hilaire,  de 
Poitiers,  «  pour  recevoir  la  bénédiction  apostolique 
de  Maître  Antoine  Baron,  vice-chancelier  de  cette 
Université,  qui  lui  a  donné  la  licence,  permission  et 
bénédiction  accoutumées  ».  Deux  jours  après,  le  doyen 
et  les  Régents  de  la  Faculté,  après  avoir  fait  prêter 
serment  à  l'impétrant  «  de  garder  et  observer  tous 
les  articles  contenus  es  statuts  de  la  dite  Faculté,  con- 
cernant la  licence  »,  l'ont  reçu  et  approuvé  licencié  et 
lui  ont  délivré  «  les  lettres  signées  de  chacun  d'eux, 
scellées  du  sceau  de  la  Faculté  et  contresignées  du 
sceau  du  doyen*  ». 

<  Histoire  de  iancienne  Faculté  de  médecine  de  Poitiers  (1431-1793),  par 

iv-2 


l8  LE   CABINET   SECRET    DE    l'hISTOIRE 

Citoys  est  reçu  docteur  le  19  janvier  1598  ;  en  1609, 
il  fait  partie  de  la  délégation  de  professeurs,  convo- 
qués par  le  bedeau  pour  conduire  l'aspirant  au  docto- 
rat François  Pidoux  —  un  aïeul  de  La  Fontaine  ^  — 
à  la  cathédrale. 

Tous  les  docteurs-régents  ont  «  la  chappe  rouge, 
le  chaperon  fourré  et  le  bonnet  carré,  orné  du  flot 
d'or  »,  insignes  de  leur  dignité.  Maître  François  Pi- 
doux,  seul,  est  revêtu  de  la  chappe,  du  chaperon  et 
du  bonnet  «sans  flot»,  qui  le  distingue  de  ses  maîtres. 
Citoys  a  été  désigné  pour  lui  conférer  le  bonnet, 
l'anneau,  le  livre  et  les  autres  insignes  du  doctorat. 

Citoys  conquit  rapidement  un  renom  de  savant 
médecin  et  de  bel-esprit.  «  Qu'on  se  batte  désormais 
d'estoc  et  de  taille,  écrit  un  de  ses  panégyristes  ; 
Citoys  guérira  tout  et  vite  :  hic  cilô  Ciiosius  qui 
medeatur  erit  ».  Dès  1605,  Scévole  de  Sainte-Marthe 
parlait  de  lui  comme  d'un  génie  cultivé,  qui  ferait 
honneur  à  sa  patrie,  à  laquelle  il  promet  «  mille 
Hippocrates  en  lui  seul  ». 

Toutes  ces  qualités  devaient  plaire  à  Richelieu,  qui 
tenait  à  avoir  auprès  de  lui  un  homme  assez  versé 
dans  son  art  pour  lui  donner  des  soins  éclairés  et 
capable,  d'autre  part,  de  dissiper   son  hypocondrie. 

le  docteur  Jean  Jablonski,  médecin  de    l'Hôtel-Dieu   (parue  en  feuille- 
ton, dans  \c  Républicain,  de  Poitiers,  vers  1897,  et  qui  nous  a  été  commu- 
niquée par  l'auteur  en  février  1898). 
•  Cf.  Chronique  médicale,  1"  avril  1898. 


LE   MÉDECIN    DE   RICHELIEU  I9 

On  sait  que  Gitoys  remplit  à  merveille  les  desseins  du 
cardinal  ;  la  meilleure  preuve  en  est  que  celui-ci 
garda  son  médecin  auprès  de  lui  jusqu'à  sa  mort,  c'est- 
à-dire  pendant  plus  de  trente  ans. 

Citoys  était  entré  au  service  de  Richelieu  en 
1609  ^  Il  fut  non  seulement  son  médecin,  mais  son 
secrétaire  :  beaucoup  de  dépêches  sont  signées  de  sa 
main.  Le  cardinal  occupait  un  autre  secrétaire,  du 
nom  de  Charpentier.  Gitoys  figure,  en  outre,  sur 
l'état  des  gages  des  domestiques  du  cardinal  pour 
1626*.  Il  ne  paraît  pas  avoir  abusé  de  sa  situation. 
Nous  n'avons  trouvé  qu'une  mention  de  l'interven- 
tion du  cardinal  en  faveur  du  personnage  chargé  de 
veiller  sur  sa  précieuse  santé  :  en  16/il,  Richelieu 
s'interpose  pour  qu'on  maintienne  Gitoys  à  la  mairie 
de  Poitiers.  La  mairie  de  Poitiers  était  alors  élec- 
tive. De  par  sa  charge,  le  maire  obtenait  le  titre 
et  le  privilège  de  noblesse^.  On  voulait  déposséder 
Citoys  de  ce  privilège.  Richelieu  écrivit  alors  ce 
billet,  conservé  dans  sa  Correspondance  : 

Mon  petit  médecin  m'importune  de  telle  sorte  que  sa 
mélancolie,  sa  triste  flgure  et  sa  raison  me  font...  vous  prier, 
par  ce  billet,  de  trouver  quelque  repli   en  son  affaire  par 


'  D'AvENEL,    Correspondance    de   Richelieu  (Documents     inédits  de 
l'Histoire  de  France),  t.  I,  p.  88. 
*  Revue  historique  et  nobiliaire,  1870-71,  p.  459. 
»  BouLLAiNViLLiERS,  Êlat  de  France,  t,  II,  p.  98,  édit    n-f". 


aO  LE   CABINET    SECRET   DE   L  HISTOIRE 

lequel  il  puisse  avoir  contentement;  car  si  ce  petit  bon 
homme  perd  sa  noblesse,  il  perdra  l'usage  de  la  raison  et  la 
vie  qui  est  nécessaire  à  la  conservation  de  la  mienne. 

Poète  facile  autant  qu'adroit  courtisan,  Gitoys 
avait  réussi  à  plaire  à  son  illustre  client.  Il  faisait  des 
vers  pour  distraire  Son  Éminence,  qu'il  savait  amuser 
par  sa  conversation  pleine  d'agrément.  On  n'a  pas 
oublié  comment  il  fît  rentrer  en  grâce  auprès  de 
Richelieu  Boisrobert,  qui  servait  de  bouffon  au  cardi- 
nal. Pour  toute  ordonnance,  il  écrivit  sur  une  feuille 
de  papier  :  Recipe  Boisrobert.  Richelieu  comprit  et 
Boisrobert  fut  rappelé.  Boisrobert,  qui  n'était  pas  un 
ingrat,  alla  chantant  partout  que  Citoys  était  le  pre- 
mier des  médecins  de  son  temps  ;  il  le  mit  sur  le 
pied  des  plus  doctes  de  la  Faculté  : 

Outre  nos  maîtres  uniformes, 
Outre  les  Citoys,  les  Delormes, 
Les  Mayernes  et  les  Valots, 
Les  Merlets  et  les  Bourdelots, 
Je  pense  avoir  vu  pour  ma  bile 
Tous  les  charlatans  de  la  ville  ^ 

Le  2  avril  1608,  Citoys  avait  été  élu  un  des 
soixante-quinze  bourgeois  du  corps  de  ville  ;  il  devint 
pair  et  échevin   de  Poitiers,  le    13  août  1638,  après 

*  Bibliothèque  historique  etcritiqiie  du  Poitou  (t.  IV,  p.  l  et  suivantes), 
par  Dredx  dd  Radier.  MDCCLIV. 


LA  MALADIE  DE    RICHELIEU  21 

deux  délibérations  du  Conseil  de  la  commune  lui 
réservant  la  première  place  vacante,  «  à  cause  des 
bons  offices  qu'il  a  rendus  et  rend  journellement  à  la 
ville  » . 

Après  la  mort  de  Richelieu,  survenue  le  li  dé- 
cembre 164^,  Gitoys  revint  se  fixer  définitivement 
à  Poitiers,  où  il  séjourna  encore  dix  ans;  il  y  suc- 
comba âgé  de  80  ans,  le  3  juillet  1652.  Il  avait  été 
doyen  de  la  Faculté  de  cette  ville  pendant  vingt  ans, 
sans  remplir  les  devoirs  de  sa  charge,  retenu  auprès 
du  personnage  qui  eut  maintes  fois  recours  à  ses 
bons  offices. 


II 


On  peut  dire  que  Richelieu  a  été  valétudinaire 
toute  sa  vie.  Il  était  à  peine  âgé  de  22  ans  qu'il  était 
sacré  évéque  de  Luçon,  où  il  avait  pris  la  succession 
de  son  frère,  qui  venait  de  se  faire  agréer  aux  Char- 
treux. 

Le  nouveau  prélat  n'était  pas  installé  depuis  un 
an  dans  cette  masure  qu'était  la  maison  épiscopale  de 
Luçon,  qu'il  ressentait  les  premières  atteintes  de  fiè- 
vres intermittentes.  Trois  ans  plus  tard,  au  commen- 
cement de  1611,  les  fièvres  le  minent  de  nouveau  ;  il  se 
plaint  de  maux  de  tête  intolérables.  Ces  migraines  obs- 
tinées furent  le  tourment  de  sa  vie.  Il  s'excuse  auprès 


22  LE    CABINET    SECRET    DE    L  HISTOIRE 

d'un  de  ses  correspondants  de  ne  pas  lui  écrire,  parce 
«  qu'il  se  meurt  de  la  tête  ».  «  Mon  mal  de  tête  me  tue 
de  telle  sorte,  dit-il  un  autre  jour,  que  je  n'ose  prendre 
la  hardiesse  d'escrire  à  la  Reyne,  aiant  l'esprit  si  mal 
fait  »,  Les  remèdes  étant  restés  sans  effet,  il  eut  re- 
cours aux  empiriques.  On  a  de  lui  une  épître,  où  il 
remercie  le  général  des  Chartreux  de  lui  avoir  fait 
cadeau  d'une  croix  et  surtout  du  «  bon  bézouart 
(bézoard)  ^  qui  l'a  tiré  d'une  si  fâcheuse  maladie». 
«  Vous  avez  voulu,  lui  dit-il,  marier  les  remèdes  spi- 
rituels et  corporels,  afin  de  procurer  la  santé  de  mon 
âme,  et  tascher  de  rendre  à  mon  corps  celle  dont  ily 
a  plus  d'un  an  qu'il  est  destitué  ». 

En  1628,  Marie  de  Médicis  ne  manquera  pas  d'en- 
voyer à  son  ministre  le  bézoard  qui  lui  avait  si  bien 
réussi  une  première  fois  :  Richelieu  était  alors  occupé 
au  siège  de  La  Rochelle.  Sept  ans  auparavant,  dans  un 
moment  de  désespérance,  il  s'était  adressé  au  Ciel, 
pour  obtenir  cette  santé  que  les  hommes  ne  pouvaient 
lui  garantir  :  il  avait  fait  le  vœu  —  s'il  était  délivré, 
dans  les  huit  jours,  du  «  mal  de  tête  extraordinaire  » 
dont  il  se  plaignait  —  de  fonder,  en  sa  maison  de  Ri- 
chelieu, une  messe  qui  serait  célébrée  tous  les  diman- 
ches de  l'année. 

Il  convient  de  noter,  dès   à  présent,  cette  persis- 


*  Voir,  sur  ce  médicament  employé  jadis,  nos  Remèdes  d'autrefois  ; 
Paris,  Maloine,  1904. 


LA   MALADIE    DE    RICHELIEU  23 

tance  des  migraines,  depuis  la  jeunesse  jusqu'à  la 
vieillesse  prématurée  du  cardinal.  C'est  là  un  stig- 
mate des  plus  nets  du  tempérament  arthritique,  af- 
firmé par  le  cortège  de  symptômes  dont  fut 
affligé  Richelieu  :  hémorrhoïdes,  ulcères,  rhuma- 
tismes, etc.  Il  suffit,  d'ailleurs,  de  jeter  les  yeux  sur 
le  portrait  de  Philippe  de  Champaigne,  que  nous  re- 
produisons, pour  faire  son  diagnostic  ;  mais  nous 
devons  apporter  plus  de  précision  et  de  rigueur  dans 
la  reconstitution  de  l'observation  clinique  du  grand 
cardinal. 


III 


La  première  maladie  que  nous  trouvons  signalée 
dans  la  Correspondance  de  Richelieu  *  date  de  163/4.  H 
se  plaint  au  roi  d'un  rhumatisme  qui  lui  «  court  d'un 
côté  et  d'autre  »  et  qui,  finalement,  s'est  localisé  aux 
mâchoires.  Il  s'en  défend  «  du  mieux  qu'il  peut  »,  à 
l'aide  des  «  petits  remèdes  »  que  lui  a  prescrits  son 
«  petit  médecin  ».  Citoys  avait  alors  toute  sa  con- 
fiance ;  ce  médecin  donnait  également  ses  soins  à  la 
belle-sœur  de  Richelieu  et  à  son  neveu,  un  enfant 
débile  qui  mourut  en  bas  âge  ^. 

L'année  suivante  (1635),  Perdreau,  l'apothicaire  de 

*  Letlres  et  papiers  du  cardinal  de  Richelieu,  par  d'Avenel. 

*  Revue  des  questions  historiques,  1"  janvier  1869,  p.  155. 


24  LE    CABINET    SECRET    DE    L  HISTOIRE 

Monseigneur,  lui  fournit  un  compte  de  127  bols  de 
casse,  75  clystères,  sans  préjudice  de  nombreuses 
tisanes  et médecineslaxatives,  composées  derhubarbe, 
de  sirop  de  fleurs  de  pêcher,  «  et  autres  selon  l'ordon- 
nance »,  le  tout  s'élevant  à  la  coquette  somme  de 
1.401  livres  14  sols,  pour  la  seule  personne  du 
cardinal,  et  pendant  un  an  seulement  ^  Comme  le 
dit  notre  confrère  Corlieu  '^  c'était  le  bon  temps  pour 
les  apothicaires  ! 

En  sa  qualité  de  constipé  permanent,  Richelieu  fut 
toute  sa  vie  en  butte  à  cette  pénible  incommodité  qui 
se  nomme  hémorrhoïdes.  Cette  infirmité  fut  le  tour- 
ment de  sa  vie.  «  Le  cardinal  estoit  subject  aux  hé- 
morrhoïdes, conte  Tallemant^  et  Juif  Tavoitune  fois 
charcuté  à  bon  escient  ».  Ce  Juif  ^  était  le  chirurgien 
qui  avait  opéré  le  poète  Voiture,  dont  la  gratitude  se 
traduisit  dans  ces  vers  : 

J'ai  reçu  deux  coups  de  ciseau 
Dans  un  lieu  bien  loin  du  museau, 

Landerirette, 
Je  m'en  porte  mieux,  Dieu  merci, 

Landeriri, 


'  Collection  de  documents   pour  servir  à  l'histoire   des  hôpitaux  de 
Paris,  t.  IV,  par  Brièle  ;  Paris,  MDCCCLXXXVII,  p.  301. 

*  Revue  scientifique,  24  septembre  1898. 
^T.  II.  édition  in-12,  p.  229. 

*  Voir  à  son  sujet  l'Index  funereus,  de  J.  Devaux,  p.  44. 


LE    CARDINAL    DE    RICHELIEU 


LE    CARDINAL    DE    RICHELIEU 


LA    MALADIE    DE    RICHELIEU  25 

Le  médecin  qui  réussissait  si  bien  à  guérir  les 
poètes  eut  la  main  moins  heureuse  quand  il  s'agit  du 
cardinal.  En  désespoir  de  cause,  celui-ci  eut  recours, 
selon  son  habitude,  à  la  médication  surnaturelle  :  ilfit 
venir  les  reliques  de  saint  Fiacre,  qui  passaient  pour 
souveraines  dans  la  maladie  dont  il  était  affecté  :1a  res- 
semblance du  mot  fie  ^  avec  le  nom  du  saint  avait  fait 
placer  cette  infirmité  sous  l'invocation  de  ce  dernier. 

Les  ennemis  du  cardinal  n'eurent  garde  délaisser 
passer  Foccasionde  lui  décocher  leurs  traits;  la  poésie 
suivante,  dont  nous  ne  donnons  que  de  courts 
extraits,  courut  sous  le  manteau  : 

...Celuy  dont  la  fureur 
Remplit  toute  l'Europe  et  de  sang  et  d'horreur, 

Recherche  les  saints  lieux,  réclame  les  reliques, 
Couvre  de  piété  ses  humeurs  tyranniques. 

Les  rares  qualitez  de  ce  grand  favory 
S'étoutleront  bientôt,  s'il  a  le  cul  pourry. 
Chirurgiens  affronteurs,  dont  la  vaine  science 
A  trompé  le  puissant  ministre  de  la  France, 
Vous  ne  méritez  pas  d'avoir  part  aux  honneurs, 
Vous  n'aurez  plus  ce  digne  objet  de  vos  labeurs. 
Vos  consultations  ne  sont  que  des  chimères. 
Pour  guérir  ce  derrière  il  faut  de  grands  mystères. 

*  Sur  l'étymologie  et  l'origine  du  mot,  voir  le  Glossaire  de  Du  Cange, 
au  mot  Ficus,  t.  III,  p.  280,  col.  3,  et  LeDlcuat,  Remarques  sur  le  chapitre 
11,    liv.  II,  de  la  Confession  de  Sancu. 


26  LE    CABINET   SECRET    DE    l'hISTOIRE 

Retirez-vous  d'icy,  podagres  et  teigneux, 
Saint  Fiacre  n'a  plus  de  vertu  dans  ces  lieux... 
Ce  bon  saint,  délaissant  son  temple  et  ses  autels, 
Abandonne  le  soin  du  reste  des  mortels. 

Le  poète  énumère  ensuite   les  personnages  dési- 
gnés pourrapporter  les  reliques  : 

Nogent  S  le  plus  falot  de  tous  les  favoris, 

Avec  un  plein  pouvoir  est  party  de  Paris 

Pour  ravir  cet  ancien  protecteur  de  la  Brie, 

Enlever  saint  Fiacre  du  sein  de  sa  patrie... 

Deux  graves  députez  chargez  de  la  conduite 

Mettent  par  les  chemins  tous  les  galleux  en  fuite, 

Reservant  la  vertu  de  ce  vol  pretieux 

Pour  donner  guerison  à  ce  cul  glorieux. 

Thetis,  doyen  de  Meaux,  en  habit  magnifique. 

Doit  être  le  premier  porteur  de  la  relique  ; 

Le  bon  docteur  Julien,  quoy  qu'en  très  grand  emoy. 

Prête  son  ministère  à  ce  plaisant  esbat. 
Qui  ressemble  à  celui  qui  se  fait  au  Sabbat. 
Armand  dedans  son  lit  reçoit  cette  ambassade 
Et,  la  face  tournée,  offre  son  cul  malade... 

«  L'orateur,  étonné  de  cette  pourriture  »,  se  plaint 

*  Nogent,  c'était  Bautru,  un  des  amuseurs  du  cardinal.  Sa  femme,  qui 
craignait  qu'on  prononçât  son  nom  à  l'italienne,  ne  se  faisait  appeler  que 
Mme  de  Nogent  (F.  Barrière,  la  Cour  et  la  Ville,  p.  32). 


LA    MALADIE    DE    RICHELIEU  27 

qu'on  ait  dérangé  pour  rien  Monsieur  Saint  Fiacre. 
Ignorait-on  donc  que  celui-ci  «  ne  guérit  pas  un  phan- 
tome  sans  corps  », 

Que  sa  vertu  ne  peut  ressusciter  les  morts... 
Que  ce  cul  est  déjà  le  partage  des  vers, 
Et  que  l'àme  d'Armand  est  le  prix  des  enfers. 
Ainsi  tous  murmurans,  députez  et  reliques, 
Crient  qu'on  les  a  pris  pour  de  vrais  empiriques  ; 
Qu'on  les  a  fait  venir  pour  soulager  un  mal 
Dont  le  Ciel,  juste  auteur,  punit  ce  cardinal... 
Cet  impie  est  frappé,  mais  non  pas  dans  le  cœur  : 
Un  poltron  n'eut  jamais  cette  marque  d'honneur  ; 
Sos  dos,  son  cul,  rongez,  serviront  de  victimes 
Et  d'expiation  aux  horreurs  de  ses  crimes  *. 

Ce  pamphlet,  un  des  plus  virulents  qui  aient  été 
écrits  contre  Richelieu,  ne  nous  renseigne  qu'impar- 
faitement sur  le  mal  dont  était  affecté  le  cardinal.  Nous 
avons  dit  plus  haut  que  le  fie  avait  été  placé  —  par 
analogie  de  nom.  —  sous  la  protection  de  saint  Fiacre. 
Or,  qu'entendait-on  par  /ic  ^  ?  Il  y  a  tout  lieu  de  croire 
qu'on  désignait  autrefois,  sous  ce  terme  générique,  la 
plupart  des  excroissances  ou  végétations  péri-anales, 
fluentes  et  ulcérées,  tels  que  :  hémorrhoïdes,  condy- 
lomes,  etc.  Dans  le  cas  de  Richelieu,  il  paraît  s'agir 

*  Variétés  historiques  et  littéraires,  revues  et  annotées  par  M.  Edouard 
FoDRNiER  ;  Paris,  Jannet,  MDCCLVII,  p.  231  et  suiv. 
»  Voir  Chronique  médicale,  1900,  pp.  86  et  510  ;  1901,  pp.  55  et  328. 


28  LE    CABINET   SECRET    DE    L  HISTOIRE 

plutôt  d'hémorrhoïdes  et  non,  comme  certains  l'ont 
présumé,  d'ulcérations  tuberculeuses  ou  cancéreuses, 
encore  que  l'hypothèse  de  tuberculose  ne  soit  pas  tant 
déraisonnable  qu'elle  le  semble  à  première  vue 

On  a  dit  que  le  cardinal  était  mort  '(  d'une  horrible 
gangrène*  qu'il  avait  à  l'anus,  étant  au  bassin  ». 
Cette  gangrène  était-elle  de  nature  épithéliomateuse 
ou  bacillaire,  il  est  bien  difficile,  à  distance,  de  le  dé- 
terminer.Cependant  le  malade  a  eu,  dans  les  derniers 
temps  de  sa  vie,  des  abcès,  sur  la  nature  desquels  il 
n'est  guère  possible  de  se  méprendre  ;  mais  n'arri- 
vons pas  au  dénouement  avant  d'avoir  vu  la  pièce. 


IV 


Il  est  un  épisode  de  la  vie  morbide  du  cardinal  qui 
mérite  d'être  exposé  avec  quelques  développements. 

Au  mois  de  novembre  163*2,  le  cardinal  revenait 
«  d'assoupir  les  troubles  du  Languedoc  »  et  était 
arrivé  à  Bordeaux,  très  souffrant.  C'est  à  cette  époque 
que  se  rapporte  la  visite  que  lui  fit  le  duc  d'Epernon 
et  dont  un  historien  ^  a  parlé  en  ces  termes  : 

L'irritation  de  la  vessie,  l'impossibilité  d'uriner,  semblent 
du  premier  coup  l'approcher  de  la  mort...  Pour  comble,  le 
vieux  coquin  d'Epernon  (il  touchait  aux  quatre-vingts  ans) 

*  Cf.  Chronique  médicale,  1898,  p.  59. 

*  MicHELET,  Richelieu  et  la  Fronde. 


i 


LA    MALADIE    DE   RICHELIEU  29 

vient,  chaque  matin,  à  grand  bruit,  avec  toute  une  armée 
de  psadassins,  pour  lui  tàter  le  pouls  et  le  voir  au  visage,  lui 
aigrissant  son  mal  par  des  accès  de  peur... 

On  disait  qu'il  allait  mourir.  On  dansait.  Le  bal  ne  dura 
pas,  et  la  joyeuse  cour  revint  au  sérieux  tout  à  coup,  ap- 
prenant deux  nouvelles  qui  changeaient  le  monde  :  Richelieu 
avait  uriné,  et  Gustave-Adolphe  était  mort*. 

Richelieu  avait  eu,  en  effet,  une  rétention  d'urine 
et  c'est  un  maître  chirurgien  de  Bordeaux,  du  nom 
de  Mingelousaulx,  qui,  en  se  servant  de  bougies  ca- 
nulées  de  son  invention,  au  lieu  d'algalies  qu'on  em- 
ployait communément,  fut  assez  heureux  pour  rendre 
perméable  le  canal  de  l'auguste  Eminence. 

D'où  provenait  le  mal  ?  D'un  abcès,  qui  s'était  formé 
«  vers  l'extrémité  inférieure  des  muscles  fessiers  », 
par  suite  «  d'un  dégorgement  des  hémorrhoïdes  » 
auquel  le  malade  était  sujet. 

Le  voisinage  de  cet  abcez  fit  une  inflammation  et  une 
compression  du  col  de  la  vessie  qui  causèrent  à  cette  Emi- 
nence une  suppression  d'urine  dans  laquelle  il  demeura 
plus  de  trois  jours;  les  grandes  douleurs  de  cet  abcez,  les 
fréquentes  envies  d'uriner,  la  tension  de  tout  le  bas-ventre, 
mirent  ce  grand  ministre  sur  le  bord  de  la  fosse;  M.  Séguin, 

*  On  trouvera  un  récit  beaucoup  moins  piquant,  mais  beaucoup  plus 
fidèle,  de  la  peu  amicale  visite  de  Jean-Louis  de  Nogaret  à  Richelieu, 
dans  VHistoire  de  ta  vie  du  duc  d'Épemon,  par  Guillaume  Girard  (édi- 
tion de  1630,  in-4°,  p.  479). 


3o  LE    CABINET   SECRET    DE    l'hISTOIRE 

médecin  de  la  Reine-Régente,  depuis  mère  de  notre  invin- 
cible monarque,  M.  Cytoys,  médecin  de  cette  Éminence,  et 
Leroy  son  chirurgien,  se  trouvèrent  bien  embarrassez  dans 
cette  conjuncture,  ils  appelèrent  à  leurs  secours  MM.  François 
Jopes  et  Jean  Maures,  tous  deux  professeurs  du  Roy  en  mé- 
decine dans  l'Université  de  Rordeaux  et  médecins  jurés  de 
la  Ville. 

Ces  praticiens  ayant  avoué  leur  impuissance,  on 
fit  appel  aux  lumières  du  sieur  Jean  de  Mingelou- 
saulx,  maître  chirurgien  juré  delà  ville  de  Bordeaux, 
qui  proposa 

de  faire  pisser  monseigneur  de  Richelieu  par  le  moyen  de 
ses  bougies  canulées,  et  comme  elles  étoient  inconnues  aux 
médecins  de  la  Cour,  il  les  fallut  faire  voir,  et  leur  faire 
observer  que  par  leur  corps  doux,  souple  et  pliant,  elles  ne 
pouvoient  en  aucune  manière  blesser,  ni  piquer  le  col  de  la 
vessie  comme  font  ordinairement  les  algalies,  ce  qui  ayant 
esté  reconnu  et  goûté  par  tous  les  consultants,  et  par  les 
assistants,  on  le  fut  dire  à  M.  le  Cardinal  malade. 

Celui-ci  demanda  qu'on  lui  présentât  l'innovateur  ; 
il  voulut  également  voir  les  bougies,  s'informer  si  leur 
passage  serait  douloureux,  et  comment  il  devait  se 
placer  pour  l'opération,  «  puisque  son  abcez  ne  lui 
permettoit  pas  de  demeurer  assis  et  qu'estant  couché 
sur  le  dos,  ou  sur  le  costé,  la  situation  n'estoit  pas 
avantageuse  n'y  pour  introduire  la  bougie,  n'y  pour 
rendre  l'urine  ». 


LA    MALADIE    DE    RICHELIEU  3l 

Le  chirurgien  lui  proposa  de  se  tenir  debout,  en  se  faisant 
soutenir  par  ses  valets  de  chambre  sous  les  bras.  Grâce  à 
cette  attitude,  la  première  bougie  canulée  passa  fort  douce- 
ment et  son  Éminence  pissa  si  commodément  et  avec  tant  de 
joye  qu'elle  l'appela  Ile  chirurgien)  son  père  par  plusieurs 
fois,  et  l'urine  vint  si  abondamment  qu'Elle  en  rendit 
4  livres,  poids  de  marc,  car  elle  fut  pesée,  gardée  et  veue  de 
toute  la  Cour.  Son  Éminence  eut  une  joie  inconcevable  de  se 
voir  hors  de  ce  grand  péril,  tous  ses  amis  en  furent  ravis, 
et  peut-être  jamais  chirurgien  du  royaume  ne  fut  si  caressé, 
ny  loué,  par  tant  de  grands  hommes,  que  mon  père  (c'est  le 
récit  même  du  lils  de  l'opérateur  que  nous  rapportons)  le 
fut  en  cette  occasion,  lequel,  à  cause  de  son  âge  avancé,  et 
des  douleurs  de  la  pierre  qu'il  avoit  dans  la  vessie,  s'excusa 
de  suivre  Monseigneur  le  cardinal  qui  le  vouloit  mener  à 
Paris,  et  lui  donner  des  appointements  très  considérables^. 

Cet  «  abcès  au  fondement  »  avait  donné  beaucoup 
d'inquiétude  aux  médecins,  plus  encore  qu'à  l'entou- 
rage du  cardinal.  Dans  une  lettre  qu'adressait  au  roi 
Ghâteauneuf,  lettre  écrite  de  Bordeaux  le  12  novembre 
de  l'année  précitée,  celui-ci  annonçait  à  Louis  XIII 
que  son  ministre  avait  été  «  travaillé  d'une  fluxion 
sur  les  reins,  qui  s'est  terminée  par  une  rétention 
d'urine  qui  le  contraint  de  séjourner  ici  deux  ou  trois 
jours»  ;  il  ajoutait  que  le  malade  n'avait  pas  de 
fièvre, 

La  guérison  ne  vint  pas  aussi  vite  que  l'avait  es- 

*  Chronique  médicale,  1"  février  1903,  p.  77-78. 


32  LE    CABINET   SECRET    DE    l'hISTOIRE 

péré  Châteauneuf,  lequel  avouait,  trois  jours  plus 
tard,  que  «  les  accidents  avaient  donné  aux  médecins 
une  grande  appréhension  ». 

Le  père  Joseph  écrivait,  de  son  côté,  que  la  dou- 
leur provenait  «  d'un  pus  qui  s'était  formé  au  col  de 
la  vessie  »  et  qui,  sorti  avec  l'urine,  l'avait  beaucoup 
soulagé  *.  Le  cardinal  était  «  fort  faible,  pour  avoir 

'  A  la  date  du  24  novembre  1632,  Citoys,  récemment  nommé  doyen  de 
la  Faculté  de  Poitiers,  et  qui  avait  confié,  en  son  absence,  l'administra- 
tion de  la  Faculté  au  sous-doyen  M.  de  Rafou,  écrivait  à  ce  dernier  la 
lettre  suivante,  que  nous  exhumons  de  la  publication  de  M.  le  docteur 
Jablonski  (feuilleton  du  Républicain,  de  Poitiers,  n»  30)  : 

«  Monsieur  DE  P»afou,  docteur  en  la  Faculté  de  médecine  de  Poitiers. 

«  Monsieur,  il  n'y  a  rien  si  inconstant  que  la  Cour.  Je  m'estois  promig 
par  la  disposition  que  je  voyois  aux  affaires  que  je  pourrois  voir  à  l'entrée 
de  ces  Advents  commencer  les  principes  de  nos  escoles  et  en  bonne  com- 
pagnie de  MM.  Bouvard  et  Séguin,  mais  le  désir  qu'a  eu  le  Roy  de  se 
rendre  au  plutôt  à  Versailles,  a  fait  passer  M.  Bouvard  par  le  Limosin, 
Et  la  maladie  de  Monseigneur  le  Cardinal  a  donné  occasion  à  la  Reine  de 
commander  à  M.  Seguin  de  demeurer  près  de  luy  avec  moy,  comme  il  y 
est  de  présent.  Le  mal  de  Mondit  Seigneur  a  esté  un  grand  abscès  inter 
anum  et  coccygyum,  qui  avant  suppurer  luy  a  donné  mille  douleurs  et 
fièvre  assidue  avez  une  ischurie,  qu'un  chirurgien  de  Bordeaux  nous  a 
fait  cesser  par  une  bougie  cannulée  sans  laquelle  notre  homme  sufTo- 
quoit. 

>'  L'abscès  a  suppuré  et  ayant  tesmoigné  quelques  exitures  (abcès  qui 
suppure)  au  dehors  s'est  retiré  au  dedans  et  est  allé  s'ouvrir  dans  la  vessie. 
Depuis  ne  se  vuidant  pas  par  là  suffisamment  nous  avons  appliqué  un 
cautère  à  la  tumeur  où  ayant  passé  la  lancette  nous  en  avons  tiré  à  plu- 
sieurs fois  plus  de  cinq  palettes  de  pus.  Et  nonobstant  de  cela  il  n'a  laissé 
de  se  faire  un  autre  petit  abcès  ou  tubercule  au  col  de  la  vessie  qui  a 
pareillement  suppuré  et  s  est  vuidé  par  les  urines.  II  ne  nous  reste  plus 


LA    MALADIE    DE    RICHELIEU  33 

passé  plusieurs  jours  sans  dormir  et  avoir  été  saigné 
plusieurs  fois  ». 

La  convalescence  fut  longue  et  le  cardinal  eut  de  la 
peine  à  se  remettre  de  la  secousse. 


A  cette  époque,  le  roi  n'était  pas  moins  malade  que 
son  ministre,  qui  prenait  plus  de  souci  de  la  santé 
de  son  souverain  que  de  la  sienne  propre  :  en  16/i2, 
Richelieu  envoyait  un  de  ses  médecins,  Chicot,  et  un 
de  ses  chirurgiens,  Bomtemps,  auprès  de  Louis  XIII, 
affligé,  lui  aussi,  d'hémorrhoïdes. 

A  ce  moment  même,  le  cardinal  souffrait  cruelle- 
ment :  selon  sa  propre  expression,  on  ne  pouvait  le 
«  porter  d'un  lit  à  l'autre,  sans  d'extraordinaires 
douleurs  ».  Ne  pouvant  souffrir  ni  litière  ni  carrosse, 
il  voulut  remonter  le  Rhône  jusqu'à  Lyon,  «  dans  un 

que  de  mondifier  nos  ulcères  et  empescher  la  fistule.  Tout  cela  me  ren- 
voj"e  bien  loin  de  ce  que  j'avais  proposé  de  me  trouver  à  nos  principes. 
Et  partant  vous  ne  laisserez  pas  s'il  vous  plaist  de  les  faire  faire  quand 
il  plaira  à  la  compagnie.  Je  ne  pense  pas  estre  plutôt  par  delà  que  vers 
Noël,  en  attendant  l'honneur  de  vous  voir  je  demeure,  Monsieur, 

«  Votre  très  humble  serviteur, 

«    CiTOYS. 

»  De  Saint-Fort-en-Saintonge,  ce  23  novembre  1632. 

«  Nous  allons  donner  du  repos  à  notre  malade  à  Saujon  et  volontiers  à 
Brouage  qui  n'en  est  qu'à  trois  ou  quatre  lieues.  » 

iv-S 


34  LE   CABINET   SECRET   DE    l'hISTOIRE 

bateau  où  Ton  avait  bâti  une  chambre  de  bois,  tapissé 
de  velours  rouge  cramoisi  à  feuillages,  le  fonds  étant 
d'or  ».  Quand  son  bateau  abordait  la  terre,  il  y  avait 
un  pont  de  bois,  qui  du  bateau  allait  au  bord 
de  la  rivière.  Après  s'être  assuré  qu'on  pouvait 
débarquer  sans  danger,  on  sortait  le  lit  dans  lequel 
le  cardinal  était  couché,  Six^  hommes,  choisis  parmi 
les  plus  forts,  le  portaient  avec  deux  barres  et  «  les 
liens  où  les  hommes  mettaient  les  mains  étaient 
rembourrés  et  garnis  de  buffeteries  ». 

Ces  hommes  portoient  le  lit  et  le  dit  seigneur  dans  les 
villes  ou  aux  maisons  auxquelles  il  devoit  loger.  Mais  ce  dont 
tout  le  monde  etoit  étonné,  c'est  qu'il  entroit  dans  les  mai- 
sons par  les  fenêtres  ;  car  auparavant  qu  il  arrivât,  les  ma- 
çons qu'il  menoit  abattoient  les  croisées  des  maisons  ou 
faisoient  des  ouvertures  aux  murailles  des  chambres  où  il 
devoit  loger  et  après  on  faisoit  un  pont  de  bois  qui  venoit  de 
la  rue  jusque  aux  fenêtres  ou  ouvertures  de  son  logis  ^. 

On  le  transportait  de  la  sorte  dans  sa  chambre 
sans  lui  faire  monter  des  degrés,  afin  de  lui  éviter 
toute  secousse. 

Il  avait,  en  effet,  besoin  de  grands  ménagements. 
Dans  une  lettre  écrite  au  roi  par  de  Chavigny, 
confident  du  cardinal,  il  est  fait  mention,  à  la  date 

*  D'aucuns  disent  12  (Montglat)  ;  Pontis  en  compte  16  ;  Tallemant  va 
jusqu'à  24. 
'  Variétés  historiques  et  littéraires,  par  Ed.  Fournier,  t.  VII,  p.  339  et  suiv. 


LA   MALADIE    DE    RICHELIEU  35 

du  23  avril  (l6/i2)  *  d'un  abcès  survenu  au  bras  droit 
de  Richelieu,  pour  lequel  on  a  réclamé  l'intervention 
du  chirurgien. 

Le  6  mai,  une  nouvelle  fluxion  se  produit;  l'an- 
cienne plaie  s'est  rouverte  et  jette  du  pus  en  quantité. 
On  parle,  écrit  le  malade,  «  de  jouer  des  couteaux,  à 
quoy  j'aurai  bien  de  la  peine  à  m'y  résoudre,  n'ayant 
plus  ny  force  ni  courage  pour  cela  ».  Deux  jours  plus 
tard,  il  est  décidé  qu'on  lui  fera  une  ouverture  dans  le 
pli  du  bras,  mais  on  craint  d'y  rencontrer  et  de  couper 
la  veine. 

Le  roi  offre  à  son  ministre  de  lui  dépêcher  ses 
médecins. 

Le  17  mai,  un  petit  abcès  nouveau  s'est  manifesté 
dans  le  pli  du  bras,  au-dessus  de  la  première  ouver- 
ture; le  malade  a  un  cri  de  découragement,  malgré 
l'énergie  dont  il  a  donné  de  si  nombreuses  preuves. 
Bien  que  ses  chirurgiens  l'assurent  que  son  état 
s'améliore,  il  n'ajoute  pas  foi  à  leurs  dires,  et  com- 
mence à  douter  de  leur  parole. 

Les  pamphlétaires  reprennent  leur  triste  besogne. 
Des  poètes  de  bas  étage  raillent  l'ulcère  du  cardinal  : 

'  Dès  le  11  avril,  Sublet  des  Noyers,  intendant  des  Finances  sous 
Louis  XIII,  écrivait  de  Narbonne  au  maréchal  de  Brézé  que  «  S.  E. 
souffre  toutz  les  jours  de  nouveaux  maus  par  les  incisions  que  ceste 
cruelle  Faculté  fait  faire  à  son  bras  ».  Revue  des  Autographes,  avril  1905, 
p.  16. 


36  LE    CABINET    SECRET   DE    l'hiSTOIRE 

Il  vit  grouiller  les  vers  dans  ses  salles  ulcères, 

11  vit  mourir   son  bras. 

Son  bras  qui,  dans  l'Europe,  alluma  tant  de  guerres, 

Qui  brusla  tant  d'autels  *... 

Ces  abcès  au  bras  non  seulement  lui  causaient  des 
douleurs  atroces,  mais  encore  lui  avaient  enlevé  tota- 
lement l'usage  de  ses  mains;  de  telle  sorte  que,  le 
23  mai  16Zi2,  étant  encore  à  Narbonne,  en  l'hôtel  de 
la  vicomte,  après  avoir  dicté  ses  dernières  volontés 
(tant  il  se  sentait  frappé),  il  lui  fut  impossible  d'y 
apposer  sa  signature  ;  «.  d'autant,  lit-on  à  la  fin 
de  son  testament,  qu'à  cause  de  ma  dicte  maladie 
et  des  abcès  survenus  sur  mon  bras  droit,  je  ne  puis 
escrire  ny  signer;  j'ay  fait  escrire  et  signer  mon  tes- 
tament, contenant  seize  feuillets  et  la  présente  page, 
par  le  dit  Falconis,  notaire  royal;  après  m'en  être 
fait  faire  lecture  distinctement  et  intelligiblement"^  ». 


VI 


Nous  avons  vu  comment  on  le  transporta  à  Lyon, 
où  il  fit  décapiter  Cinq-Mars  et  de  Thou,  et  d'où  il  se 

^  Les  Derniers  jours  de  Richelieu,  par  Paul  Servant,  docteur  en  méde- 
cine; Paris  s.  d.  (vers  1887),  imprimerie  Charles  Blot,  rue  Bleue,  7. 
*  AuBERY,  Hist.  du  cardinal  de  Richelieu,  p.  625. 


LA   MALADIE    DE    RICHELIEU  3/ 

dirigea,  par  Roanne,  Montargis  et  Nemours,  sur 
Fontainebleau,  où  il  coucha. 

Le  17  octobre,  il  arrivait  à  Paris  '  ;  les  commissaires 
des  quartiers  eurent  ordre  de  faire  nettoyer  les  rues, 
depuis  le  port  Saint-Paul,  où  il  quitta  son  bateau, 
jusqu'à  l'hôtel  de  Richelieu. 

Il  fut  porté  dans  son  lit.  Quelques  jours  après,  une 
amélioration  inattendue  se  produisait  :  les  plaies  de 
son  bras  s'étaient  fermées  ;  il  eut  pendant  quelques 
jours  l'illusion  d'une  guérison  prochaine.  Il  congédia 
son  chirurgien,  qui  était  resté  six  mois  auprès  de 
lui,  en  lui  faisant  donner  800  pistoles. 

A  Ruel,  où  il  s'était  rendu,  il  reçut  la  visite  de  la 
reine.  Le  cardinal  s'assit  à  côté  d'Anne  d'Autriche 
«  dans  une  chaise  semblable  à  celle  de  Sa  Majesté, 
à  cause  de  son  indisposition  ».  Le  15  novembre,  il 
faisait  représenter,  sur  la  scène  du  Palais-Cardinal, 
une  tragi-comédie;  mais  l'état  de  sa  santé,  qui  s'était 
de  nouveau  dérangée,  ne  lui  permit  pas  d'assister  à 
la  représentation.  Les  inquiétudes  renaissaient;  les 
rougeurs  «  paraissaient  quelquefois  à  son  bras,  et 
il  consultait  à  tout  moment  les  chirurgiens^  ». 

On  croyait  à  une  accalmie  quand,  tout  à  coup,  dans 
la  matinée  du  29  novembre,  Richelieu  fut  pris  d'un 

1  Avant  de  rentrer  à  Paris,  il  se  rendit  aux  eaux  de  Bourboa-Lancy 
«  pour  se  faire  appliquer  de  la  boue  sur  son  bras  ».  Il  y  resta  dix  jours 
(Servant,  op.  cit.,  p.  22). 

*  Archives  des  Affaires  étrangères,  France,  844,  f°  144,  cité  par  Servant. 


38  LE    CABINET   SECRET   DE   l'hISTOIRE 

frisson  suivi  de  fièvre  et  d'une  grande  douleur  de 
côté.  On  le  saigna  deux  fois  ;  les  médecins  espé- 
raient encore  que  le  mal  ne  serait  que  passager.  La 
nuit  qui  suivit  ne  fut  pas  trop  mauvaise  ^ 

Le  roi  envoya  Bouvart,  son  médecin,  auprès  du  car- 
dinal ;  l'archiâtre  déclara,  après  examen,  qu'il  s'agis- 
sait d'une  pleurésie.  Citoys  était  près  de  partager 
cette  opinion,  que  combattit  «  M.  Kurtaud,  médecin 
de  M.  le  grand  ministre  ».  Selon  ce  dernier,  il  s'agis- 
sait d'  «  un  rhumatisme  superficiel  et  la  fluxion  n'était 
pas  interne  ». 

Le  lendemain,  lundi,  vers  3  ouZiheures  aprèsmidi, 
«il  eut  de  grands  redoublements,  accompagnés  d'un 
crachement  de  sang  et  d'une  difficulté  de  respirer,  et 
la  nuit  ayant  été  fort  mauvaise,  il  fut  encore  saigné 
deux  fois,  sur  l'avis  et  en  présence  du  sieur  Bouvard, 
médecin  du  roy  ^  ». 

Le  mardi  matin,  grande  consultation.  Le  malade  de- 
mandaauxmédecins  jusquesàquand  il  pourrait  encore 
vivre  ;  qu'ils  le  lui  disent  franchement,  puisqu'il  était 
bien  résolu  à  la  mort.  Après  avoir  balbutié  quelques 

1  Nous  suivons,  pour  la  relation  de  cette  dernière  maladie  du  cardinal, 
outre  les  récits  contemporains,  recueillis  par  le  docteur  Servant,  dans  sa 
brochure,  «  la  Lettre  à  monseigneur  le  marquis  de  Fontenay-Mareuil, 
ambassadeur  de  Sa  Majesté  à  Rome,  sur  le  trépas  de  monseigneur  l'Emi- 
D  entissime  cardinal  duc  de  Richelieu  »,  parue  dans  les  Archives 
curieuses  de  l'Histoire  de  France,  de  F.  Danjou,  2'  série,  t.  V,  p.  347 
et  suiv. 

'  Histoire  du  cardinal  de  Richelieu,  par  Aubery;  Paris,  1660 


LA    MALADIE     DE    RICHELIEU  89 

excuses  et  qu  il  n'y  avait  encore  rien  de  désespéré, 
la  Faculté  se  prononça  :  elle  ne  jugeait  pas  que  le 
malade  irait  au-delà  du  7.  —  «  Voilà  qui  est  donc 
bien  »,  répliqua-t-il  simplement.  Vers  le  soir,  la 
fièvre  ayant  redoublé,  on  pratiqua  une  nouvelle 
saignée.  Le  lendemain,  Bouvart  assurait  au  roi  que 
le  cardinal  ne  passerait  pas  la  journée;  mais,  dans 
la  soirée,  un  médecin  de  Troyes,  nommé  Lefebvre, 
lui  ayant  donné  une  pilule  de  sa  composition,  il  s'en 
suivit  un  soulagement  marqué  et  la  nuit  se  passa 
avec  plus  de  repos  et  moins  de  fièvre. 

Le  mercredi,  sur  les  cinq  heures  du  soir,  il  parut 
si  fort  soulagé  après  la  prise  d'une  seconde  pilule, 
semblable  à  la  première,  «  qu'on  le  crut  quasi  tout 
à  coup  hors  de  danger  » .  La  nuit  qui  suivit  fut  rela- 
tivement calme. 

Le  lendemain  jeudi,  au  matin,  il  prit  médecine, 
qui  opéra  si  heureusement,  que  ses  domestiques  ne 
doutaient  pas  de  son  prompt  rétablissement.  «  La 
matinée  se  passa  de  la  sorte  dans  l'attente  de  la 
santé  ».  Tout  le  monde  s'était  peu  à  peu  retiré,  les 
uns  pour  aller  prendre  du  repos,  les  autres  pour 
aller  manger.  Fort  peu  après  onze  heures,  le  cardi- 
nal tomba  en  faiblesse.  Il  eut  tout  juste  la  force  de 
dire  à  sa  nièce  :  «  Je  suis  bien  mal,  je  vais  mourir  ; 
je  vous  prie  de  vous  retirer  ;  votre  tendresse  m'atten- 
drit. »  Quelques  cuillerées  de  vin  qu'on  réussit  à  lui 
faire  prendre  le  ranimèrent  un  moment.  Il    eut   un 


40  LE    CABINET   SECRET    DE    LHIS FOIRE 

hoquet  convulsif,  puis  un  second,  a  sans  force  ni  vio- 
lence »  :  c'était  la  fin.  Quand  le  médecin  et  les  dix 
ou  douze  personnes  qui  étaient  dans  la  chambre 
eurent  jugé,  «  par  l'approche  de  la  bougie  et  autres 
marques  »,  qu'il  était  mort,  le  R.  P.  Léon  lui  ferma 
les  yeux,  puis  le  baisa  au  front,  en  prononçant  ces 
paroles  :  Ainsi  passe  la  gloire  du  monde  !... 


VII 


L'ouverture  du  corps  fut  faite,  et  les  résultats  de 
cette  opération  sont  indiqués  dans  cette  lettre  de 
Gui  Patin  à  son  ami  Ch.  Spon  : 

Rien  n'est  arrivé  ici,  écrit,  à  la  date  du  12  décembre  1642, 
le  satirique,  que  la  mort  de  M.  le  cardinal  de  Richelieu  le 
jeudi  à  midi  4  décembre.  In  disseclo  cadavere  deprehensus 
est  abcessus  insignis  in  parole  infima  Ihoracis,  a  quo  mirum 
in  modum  premebalur  diaphragma  (à  l'autopsie,  on  a  trouvé 
un  énorme  abcès  à  la  partie  inférieure  du  thorax  \  et  qui 
comprimait  fortement  le  diaphragme)...  Tout  le  sang  qu'on 
lui  a  tiré  était  très  pourri,  sans  aucune  fibre,  avec  une  séro- 
sité laiteuse...  Le  quatrième  jour  de  sa  maladie,  desperan- 

*  «  On  lui  trouva,  dit  Aubery  {Histoire  du  cardinal  de  Richelieu),  deux 
apostumes  dont  il  y  en  avait  une  de  crevée,  et  tout  le  poumon  gâté; 
mais  les  autres  parties  étaient  saines  et  belles.  » 


LA   MALADIE    DE    RICHELIEU  ^l 

libus  medicis^  on  lui  amena  une  femme  qui  lui  fit  avaler  de 
la  fiente  de  cheval  dans  du  vin  blanc,  et  trois  heures  après 
un  charlatan  qui  lui  donna  une  pilule  de  laudanum,  et  omnia 
frustra  :  contra  vim  mortis  non  est  medicamen  in  horlis 
(contre  la  force  de  la  mort  il  n'est  pas  de  médicament  en  nos 
jardins).  Il  sera  enterré  en  Sorbonne... 

De  ce  document,  il  résulte  que  Richelieu  succomba 
à  une  pleurésie  purulente  ou  à  une  pleuro-pneu- 
monie,  probablement  de  nature  tuberculeuse.  Il  était, 
en  effet,  considérablement  émacié  dans  sa  dernière 
maladie  et  cette  faiblesse,  cet  épuisement,  provenait 
vraisemblablement  de  la  fièvre  hectique,  qui  le  mina 
plusieurs  mois  durant,  fièvre  caractéristique  de  la 
phtisie. 

Une  pièce  de  l'époque  parle  de  deux  abcès  qu'on 
lui  trouva  au-dessus  du  poumon  ;  comme  le  suppose 
le  docteur  Servant,  ces  abcès  ne  pouvaient  être  que 
des  cavernes  pulmonaires.  Une  autre  cause,  ajoute 
notre  confrère,  avait  encore  affaibli  le  malade  :  la 
longue  suppuration  du  bras,  qu'on  peut  rapporter 
aune  ostéite  tuberculeuse.  Le  traitement  qu'on  infli- 
gea au  cardinal,  surtout  les  saignées  répétées,  ne 
purent  que  hâter  sa  fin. 

'  «  Le  lendemain,  3  du  courant,  qui  estoit  mercredy  au  matin,  les  mé- 
decins l'abandonnèrent  aux  empiriques,  voyans  qu'ils  n'avoyent  plus  de 
remèdes  en  leur  pouvoir,  à  cause  que  l'inflammation  estoit  à  la  poictrine 
et  que  la  douleur  du  costé  alloit  d'un  costé  à  l'autre,  si  bien  que  sur  les 
onze  heures  le  bruict  de  sa  mort  couroit  par  toute  la  ville...  »  (Extrait 
d'une  relation  du  temps,  publiée  par  la  Revue  historique.) 


42  LE    CABINET   SECRET    DE    L  HISTOIRE 

Les  chirurgiens  qui  firent  l'autopsie  du  cerveau 
lui  trouvèrent  «  tous  les  organes  de  l'entendement 
doubles  et  triples  »,  ce  qui  passa,  dans  Topinion,  pour 
un  véritable  miracle.  Mais  qu'entendait-on  par  or- 
ganes de  l'entendement  ?  On  ne  connaissait  pas 
encore  les  localisations  cérébrales  ;  on  ne  pouvait 
donc  indiquer  avec  précision  le  siège  des  facultés. 
Quant  à  en  déduire  «  cette  vivacité  admirable  qu'il 
avait  à  concevoir  sur  le  champ  les  choses  les  plus 
difficiles  ;  cette  netteté  à  éclaircir  les  plus  em- 
brouillées ;  cette  sérénité  de  jugement  à  prendre  ses 
résolutions^  »,  c'est  de  la  phraséologie  de  courtisan, 
et  rien  autre  chose. 

Le  chirurgien  qui  avait  fait  l'ouverture  de  la  tête, 
pour  en  retirer  le  cerveau,  avait  relevé  des  singula- 
rités non  moins  extraordinaires  que  celles  qui  pré- 
cèdent. 

Il  avait  remarqué  d'abord  que  les  deux  tables  du 
crâne  étaient  minces  et  poreuses,  et  qu'aux  endroits 
les  plus  épais  «  il  y  avait  peu  de  cette  substance  spon- 
gieuse et  osseuse  qu'on  appelle  disploé  [sic),  en  sorte 
que  d'un  coup  de  poing  on  aurait  pu  facilement  en- 
foncer ce  crâne,  qui  est  extrêmement  dur  et  épais 
dans  les  autres,  pour  résister  aux  impressions  du 
dehors  qui  ne  sont  pas  trop  violentes  ». 

*  Lettre  de  Fontenay-Mareuil,  précitée. 


LA   MALADIE    DE    RICHELIEU  [\Z 

Ce  qui  suit  sort  du  domaine  scientifique,  mais  n'en 
a  pas  moins  son  intérêt  : 

...  «  Ayant  ouvert  le  cerveau,  —  il  s'agit  toujours 
de  celui  qui  pratiqua  l'autopsie,  —  il  le  trouva  tout 
grisâtre  et  d'une  consistance  bien  plus  ferme  qu'à 
l'ordinaire.  Il  élaii  d'une  odeur  suave  et  agréable^ 
au  lieu  qu'il  a  coutume  d'être  blanchâtre,  mol,  aqueux, 
et  d'une  odeur  un  peu  fétide.  » 

Nous  nous  expliquons  aisément  cette  particula- 
rité :  Richelieu  faisait  parfumer  sa  chambre  «  toute 
de  musc  et  d'ambre  »,  sans  doute  pour  chasser  les 
mauvaises  odeurs  qui  se  dégageaient  de  sa  personne, 
et,  comme  le  dit  un  écrivain  satirique  du  temps  : 

Pour  modérer  un  peu  l'odeur  puantissime, 
Qui  sort  du  cul  pourry  de  l'éminentissime  ^. 

Rien  de  surprenant  donc  que  son  cerveau  embaumât. 
Chez  un  homme  dépassant  la  commune  mesure,  tout 
devait,  du  reste,  sembler  prodigieux,  extraordinaire, 
et  les  hyperboles  posthumes  les  plus  outrées  étaient 
trouvées  toutes  naturelles. 

^  Sur  l'enlèvement  des  reliques  de  saint  Fiacre  apportées  de  la  ville 
de  M  eaux  pour  la  guérison  du  cul  de  Monsieur  le  cardinal  (Bibl.  Car- 
navalet, ms.  11956). 


l'odyssée    d'un    CRANE.    —    LA    TÊTE    DU    CARDINAL 


I 


Par  une  fatalité  inconcevable,  l'homme  devant  qui 
avaient  tremblé  les  puissants  de  ce  monde,  le  cardi- 
nal tant  redouté  de  son  vivant,  n'allait  plus  goûter 
le  repos,  du  jour  où  il  entrait  dans  la  paix  éternelle. 

Au  lendemain  de  sa  mort,  son  tombeau  *  avait  failli 
subir  une  première  profanation.  Le  ministre  avait 
accumulé  tant  de  haines  pendant  sa  vie,  que  des  gens 
du  peuple  ne  parlaient  de  rien  moins  que  de  jeter  le 
corps  à  la  voirie,  menace  qu'ils  n'auraient  pas  man- 
qué d'exécuter,  si  les  docteurs  de  Sorbonne  n'avaient 
jugé  prudent  de  faire  disparaître  momentanément  le 
cercueil. 

Le  tombeau  de  Richelieu  fut  respecté  jusqu'à  la 
Révolution.  Le  19  frimaire  an  II  (l*""  décembre  1798), 
ordre  était  donné  de  fouiller  les  cercueils  de  la  Sor- 
bonne,  sur  la  déclaration  faite  par  un  membre   du 

*  Ce  tombeau,  situé  au  centre  du  chœur  de  l'église,  fut  placé  là  où 
étaient  autrefois  les  latrines  du  collège  de  Cluny! 


l'odyssée    d'un    CRANE  45 

Directoire,  le  sieur  Leblanc,  qu'il  y  existait  «  un  dé- 
pôt soupçonné  enfoui  dans  la  ci-devant  église  ». 
En  conséquence,  les  caveaux  étaient  ouverts  et 
fouillés  officiellement  les  19,  20,  21,  22  et  23  du 
même  mois  (l^*"  au  5  décembre). 

D'après  un  procès-verbal  de  l'époque  i,  les  citoyens 
Dubois,  Hébert  et  Grincourt,  commis  à  l'enlèvement 
des  cercueils,  avaient  aj)pris  du  citoyen  Bernard, 
porteur  de  la  clef  de  l'église,  qu'il  était  venu  plu- 
sieurs citoyens  le  17  du  mois  et  parmi  eux  Saillard, 
commissaire  de  la  section,  afin  de  fouiller  dans  le 
caveau  du  cardinal  de  Richelieu  ;  que  le  dit  Saillard 
avait  fait  ouvrir  le  tombeau;  mais  qu'il  ne  savait 
rien  de  plus  sur  l'incident.  Saillard,  interrogé  à  son 
tour,  déclarait  qu'effectivement  «  un  particulier  », 
dont  il  ne  se  rappelait  pas  le  nom,  mais  qui  était 
«  chargé  d'ordre  du  département  »,  avait  fait  ouvrir 
le  tombeau  de  Richelieu,  y  était  descendu  «  sans 
rien  emporter  »,  puis  l'avait  fait  refermer.  Ce  que  le 
procès-verbal  mentionnait  également,  c'est  qu'une 
heure  était  accordée  chaque  jour  «  pour  le  déjeuner 
des  ouvriers  »,  et  que,  pendant  cette  heure,  aucune 
surveillance  n'était  exercée.  Est-ce  à  ce  moment  que 
fut  commis  le  vol,  dont  nous  allons  rapporter  les  cir- 
constances, ou  lors  de  la  visite  du  «  particulier  », 
signalée  plus  haut  ?  La  chose  parait  assez  difficile  à 

*  Académie  des  Sciences  morales  et  politiques,  t.  LVII  (1902),  p.  193. 


46  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

déterminer.  Toujours  est-il  que  la  tête  du  cardinal 
fut  dérobée*  et  qu'elle  le  fut  vraisemblablement  par 
un  sieur  Cheval,  connu  comme  l'un  des  plus  ardents 
patriotes  de  la  section  des  Thermes*. 

Cheval  était  bonnetier  rue  de  la  Harpe  ou  rue 
Saint-Jacques,  à  deux  pas  de  la  Sorbonne.  Un  jour 
qu'un  honorable  ecclésiastique,  l'abbé  Armez,  était 
venu  faire  un  achat  chez  lui,  le  commerçant  avait 
emmené  son  client  dans  Farrière-boutique,  et  lui 
avait  confié  qu'il  possédait  la  tête  de  Richelieu  !  Et 
ce  disant,  il  avait  montré  à  son  visiteur  stupéfait  le 
masque  du  cardinal,  encore  enveloppé  dans  un  mor- 
ceau maculé  de  toile  forte,  authentique  débris  du 
linceul  qui  avait  servi  à  l'ensevelir^.  Sur  la  demande 

1  Ce  ne  fut  pas  le  seul  larcin  commis.  On  peut  voir  à  la  Bibliothèque 
Mazarine,  à  côté  du  buste  en  bronze  du  ministre  de  Louis  XIII,  enchâssé 
sous  le  cristal,  un  des  petits  doigts  du  cardinal,  qui  fut  arraché  par  l'un 
des  maçons  qui  travaillaient  au  chantier,  afin  de  le  dépouiller  à  l'aise 
des  bagues  qui  l'encerclaient. 

Ce  doigt  humain  devint  plus  tard  la  propriété  de  M.  Petit-Radel,  frère 
du  bibliothécaire  de  ce  nom,  lequel  en  fit  don  à  la  Bibliothèque  Maza- 
rine {Biographie  Michaud,  art.  Richelieu). 

*  On  a  raconté  que  la  tête  du  cardinal  avait  été  tirée  la  première  du 
cercueil  et  soufQetée  au.t  applaudissements  de  l'assistance.  Le  trait 
paraît  être  le  produit  d'une  imagination  romanesque.  «  La  tombe  de 
Richelieu,  dit  simplement  Lenoir,  a  été  ouverte  en  ma  présence,  et  son 
corps,  constaté  dans  une  entière  conservation,  fut  mis  en  pièce  par  la 
multitude  :  ce  fut  un  certain  homme  Cheval,  qui  porta  le  premier  coup.  » 
Bulletin  de  l'Académie  des  Sciences  morales,  loc.  cit.,p.  195. 

3  Cf.  Les  Tombeaux  des  Richelieu  à  la  Sorbonne,  p.  13,  par  un  membre 
de  la  société  Archéologique  de  Seine-et-Marne,  etc.  (Th.  Lhuillier); 
Paris,  Ernest  Thorin,  1867. 


l'odyssée    d'un  CRANE  4? 

de  l'abbé  Armez,  le  commerçant  consentit,  à  plusieurs 
reprises,  à  montrer  la  relique  qu'il  possédait. 

Après  le  9  thermidor,  redoutant  d'être  inquiété 
pour  ses  opinions  avancées,  et  craignant  que  son  vol 
ne  vînt  un  jour  à  être  découvert,  Cheval  pria  l'abbé 
Armez  de  le  débarrasser  d'un  dépôt  qu'il  jugeait  com- 
promettantV  Pour  éviter  une  nouvelle  profanation, 
l'abbé  emporta  le  masque  au  fond  de  la  Bretagne  ; 
il  en  fît  don  à  son  frère,  habitant  Plourivo,  dans  les 
Côtes-du-Nord". 

Sous  la  Restauration,  une  dame  de  Kérouard,  de 
Brest,  demanda  sans  succès,  à  l'abbé  Armez,  d'en 
faire  hommage  au  duc  de  Richelieu^.  D'après  une 
autre  version,  M.  Armez  l'aurait  offert  directement, 
par  lettre,  au  duc  de  Richelieu,  qui  ne  lui  aurait  pas 
répondu. 

La  relique  échut,  par  droit  de  succession,  à  M.  Ar- 
mez fils.  Celui-ci,  qui  fut  depuis  député,  fit  démarches 
sur  démarches,  pour  restituer  le  dépôt  qui  lui  avait  été 
confié.  En  juin  1846,  François  Grille  informait  le  pré- 

*  Contrairement  à  Tassertion  de  Lenoir,  reproduite  quelques  lignes 
plus  haut,  le  sieur  Cheval  avait,  parait-il,  les  intentions  les  plus  pures. 
S'il  s'empara  delà  relique,  c'est  qu'il  voulait  la  soustraire  au  vandalisme 
des  révolutionnaires  déchaînés.  (Voir  le  Magasin  pittoresque,  i"  avril 
1903,  p.  158.)C'est  une  version  d'autant  plus  vraisemblable,  que  celui  qui 
avait  commis  le  vol  n'en  a  tiré  aucun  profit. 

*  Études  sur  l'art  et  la  curiosité,  par  Edmond  Bonnaffé  ;  Paris,  1902, 
p.  143. 

3  Bulletin  de  l'Académie  des  Sciences  morales,  t.  LVII  (1902),  p.  195. 


^8  LE   CABINET   SECRET    DE    L  HISTOIRE 

sident  du  Comité  historique  des  Arts  ot  monuments, le 
comte  de  Montalembert,  des  intentions  de  M.  Arinez^ 
Malgré  les  efforts  de  la  Société,  la  tête  resta  veuve 
de  son  corps. 

Vers  18/iO,  la  tête  de  Richelieu  avait  servi  de 
modèle  à  un  peintre  d'histoire, M.  Bonhomme, qui  put 
ainsi  faire,  d'après  nature,  le  portrait  du  cardinal, 
destiné  à  Tune  des  salles  du  Conseil  d'Etat^ 

En  1853,  le  ministre  de  Tlnstruction  publique  né- 
gociait avec  le  détenteur  pour  rentrer  en  possession 
de  la  relique  macabre^.  Il  ne  réussit  pas  dans  ses 
négociations^. 

Ce  n'est  qu'en  octobre  1866  que  M.  Armez  écrivait 
au  préfet  des  Gôtes-du-Nord,  pour  le  charger  de  faire 
parvenir  au  ministre  de  l'Instruction  publique,  qui 
était  M.  Duruy^,  la  boite  osseuse  de  l'éminent  prélat. 

'  Bullelin  Archéologique,  t.  IV,  p.  154  (Séance  du  19  juin  1846). 
-  Les  Tombeaux  des  Richelieu,  auct.  cit.,  p.  14. 

3  Ainsi  le  prouve  cet  extrait  des  Mémoires  de  Viel-Castel,  qui  nous  est 
communiqué  par  notre  ami,  M.  Félix  Chambon  : 

c.   16  octobre  18L3. 

«  Le  ministre  de  l'Instruction  publique  est  venu  me  voir  avant-hier  . 
il  m'a  dit  qu'il  s'occupait  de  reconquérir  pour  la  Sorbonne  la  vraie  tête 
du  cardinal  de  Richelieu  avec  peau,  barbe  et  moustache,  vendue  50  fr. 
à  un  amateur  en  1793  par  les  honnêtes  patriotes  qui  violaient  les  tom- 
beaux. Si  le  ministre  ne  réussit  pas  dans  cette  entreprise,  nous  verrons 
un  jour  cette  puissante  tète  adjugée  aux  enchères  avec  des  porcelaines, 
par  un  commissaire-priseur.  »  H.  de  Viel-Castel,  Mémoires,  II,  215. 

■•  Académie  des  Sciences  morales,  etc.,  loc.  cit. 

5  Prosper  Mérimée,  alors  sénateur,  suggéra  à  Duruy  dei'aire  faire  un 


l'odyssée    d'un    CRANE  ^9 

Le  15  décembre  suivant,  le  ministre  remettait 
en  grande  pompe*,  à  la  Sorbonne,  à  l'archevêque 
de  Paris,  Mgr  Darboy,  «  ce  qui  restait  du  grand 
homme  ».  Après  les  discours  et  les  prières  d'u- 
sage, le  coffret  contenant  la  précieuse  dépouille 
était  descendu  dans  un  caveau  préparé  sous  le  mau- 
solée qui  avait  été  élevé,  en  l69/i,  par  les  héritiers 
du  cardinal. 

En  la  remettant,  dans  l'église,  au  milieu  d'un 
grand  concours  de  notabilités  académiques  et  univer- 
sitaires, à  l'archevêque  de  Paris,  Monseigneur  Dar- 
boy, qui  présidait  la  cérémonie,  Victor  Duruy  di- 
sait : 

«  Monseigneur,  je  dépose  en  vos  mains  ce  qui 
nous  reste  d'un  grand  homme  dont  le  nom  est  tou- 
jours ici  présent,  parce  qu'il  pacifia  et  agrandit  la 
France,  honora  les  lettres  et  construisit  cette  maison 
qui  est  devenue  le  sanctuaire  des  plus  hautes  études. 
L'Université  et  l'Académie  accomplissent  un  devoir 
filial  en  réunissant  leur  hommage  au  pied  de  cette 
tombe,    qui   ne   sera  plus  violée.   » 

A  la  vérité,    le    tombeau  n'a  pas   été  violé    dé- 


moulage du  masque  de  Richelieu,  avant  que  la  cérémonie  du  15  dé- 
cembre 1866  restituât  solennellement  l'original  au  caveau  de  la  Sorbonne 
[Magasin  piltoresque,  art.  cité.)  Ce  moulage  est  aujourd'hui  conservé  à 
la  Bibliothèque  de  l'Université  de  Paris. 

1  Sur  les  détails  de  la  cérémonie,    cf.  la  brochure  précitée,  de   M.  Th. 
Lhcillier,  sur  les  tombeaux  des  Richelieu  à  la  Sorbonne,  p.  5etsuiv. 

IV  4 


5o  LE    CABINET    SECRET    DE    L  HISTOIRE 

puis,  mais  il  a  été  ouvert  :  simple  nuance  de  mots. 

En  1895,  averti  par  M.  l'abbé  Bouquet,  profes- 
seur honoraire  de  la  Faculté  de  théologie,  adminis- 
trateur de  Péglise,  aujourd'hui  évêque  de  Mende, 
l'architecte  de  la  Sorbonne,  M.  Nénot,  reconnaissait 
que  le  soubassement  du  mausolée  n'était  plus  clos 
et  que,  par  la  porte  descellée,  il  suffisait  presque 
d'étendre  le  bras  pour  s'emparer  du  coffret  qui  ren- 
fermait la  relique.  Il  remarquait,  en  outre,  que  les 
scellés  du  coffret  étaient  sans  cachets  et  ne  portaient 
que  l'empreinte  d'un  pouce.  Pendant  les  troubles  de 
la  Commune  en  1871, ou  depuis,  dans  l'église  souvent 
déserte,  à  la  nuit  tombante,  n'avait-il  pas  subi 
quelque  dommage  ?  Les  mesures  furent  aussitôt 
prises  pour  mettre  le  monument  en  état  de  défense. 
Mais  les  circonstances  commandaient  de  s'assurer 
d'abord  qu'il  était  indemne. 

Le  ministre  de  l'Instruction  publique,  M.  Raymond 
Poincaré,  avait  autorisé  l'exhumation.  L'historien  de 
Richelieu,  M.  Hanotaux,  alors  ministre  des  Affaires 
étrangères,  avait  manifesté  le  désir  d'assister  à  la 
cérémonie.  La  princesse  de  Monaco,  veuve  du  duc 
de  Richelieu,  le  dernier  représentant  de  la  famille, 
s'était  fait  un  devoir  de   s'y  rendre. 

Le  25  juin,  la  princesse,  accompagnée  de  son 
père,  M.  Michel  Heine,  et  de  M.  Mayer,  le  chef  de 
cabinet  du  prince;  M.  Hanotaux;  le  directeur  des 
Beaux- Arts,  M.  Henri  Roujon;  M.  l'abbé  Bouquet; le 


L  ODYSSEE    D  UN    CRANE  gl 

peintre  Edouard  Détaille*  ;  M.  Nénot  etM.  Gréard*, 

—   M.    Poincaré   avait    été  empêché    de   venir,   

étaient  réunis  autour  du  coffret,  non  sans   quelque 
anxiété. 

L'enveloppe  extérieure  du  dépôt  fut  reconnue 
intacte.  Dans  une  boîte  de  chêne  s'en  trouvait  une 
autre  en  bois  de  citronnier,  qui  renfermait  un  coffret 
de  plomb.  Sous  une  feuille  de  ouate,  le  parchemin 
contenant  le  procès-verbal  de  1866  fut  relevé  et  lu.  A 
l'intérieur,  tout  était  en  ordre.  Seulement,  du  ton 
d'ivoire  jaune  foncé  qu'elle  avait  en  1866  et  qui 
venait  du  vernis  dont  on  l'avait  enduite  en  1812, 
pour  la  préserver  des  insectes^,  la  tête  était  passée 
à  un  ton  brun  :  ce  qui  fît  dire  à  M.  iXénot  qu'elle  res- 
semblait à  un  vieux  bronze  florentin.  La  barbiche 
apparaissait,  irrégulièrement  coupée^  par  un  coup  de 

'  M.  Edouard  Détaille  a  dessiné  le  portrait  du  cardinal.  L'original 
appartient,  croyons-nous,  à  M.  llanotaux.  mais  des  photographies  en  ont 
été  remises  à  M.  Gréard,  et  l'une  d'elles  se  trouve  à  la  Bibliothèque  de 
la  Sorbonne. 

*  C'est  le  récit  même  de  M.  Gréard.  paru  dans  le  Bulletin  de  l'Aca- 
démie des  Sciences  morafes,  1902.  que  nous  reproduisons,  pour  cette 
partie  de  notre  travail.  M.  Gréard  avait  l'intintion  de  faire  une  élude 
plus  détaillée  encore;  mais  la  mort  est  survenue  avantqu'il  ait  pu  re- 
prendre ce  travail. 

'  C'est  un  pharmacien  de  Rennes  du  nom  de  Hamon,  qui,  consulté  à 

ce  sujet,  conseilla  de  badigeonner  la  tête  avec  un  vernis  jaune,  en  usage 

pourles  préparations  d'histoire  naturelle  (Études  sur   l'art  et  la  curiosité 

par  Ed.  Bo.nnaffé,  p.  143-144). 

*  Dans  une  relation  contemporaine  de  la  mort  de  Richelieu,  ileslditque. 


52  LE    CABINET    SECRET   DE    l'hISTOIRE 

ciseau  donné  à  la  hâte.  M.  Hanotaux  constatait,  de 
son  côté,  la  dissymétrie  des  arcades  sourcilières,  la 
longueur  du  nez  busqué  au  milieu,  l'enfoncement  des 
orbites',  le  menton  court  et  pointu,  tous  les  traits 
propres  à  la  construction  de  la  tête  du  cardinal. 

La  bouche,  petite  et  grimaçante,  était  tendue  sur 
des  dents  d'un  émail  éclatant  ;  la  mâchoire  inférieure 
était  retenue  en  place  au  moyen  de  fils  d'argent.  Le 
système  pileux,  modifié  par  la  coloration  des  aro- 
mates, paraissait  roux;  les  paupières  étaient  encore 
pourvues  de  leurs  cils  ;  les  sourcils  dessinaient  l'ar- 
cade sourcilière  '.  Tous  ces  traits  répondent  au  signa- 
lement historique. 

Pour  achever  la  démonstration,  il  eût  été  peut-être 
nécessaire  de  soumettre  cette  tête  à  la  mensuration, 
comme  on  l'avait  fait  lors  de  l'exhumation  de  1866. 
A  cette  époque,  M.  Fabre  d'Olivet,  dont  le  manus- 
crit^, inédit,  nous  a  été  signalé  par  M.  F.  Chambon, 
bibliothécaire  à  la  Sorbonne,  avait  procédé  à  cette 

dans  ses  derniers  jours,  comme  le  malade  ne  peinait  plus  prendre  aucune 
nourriture  solide  et  que  les  réconfortants  liquides  qu'on  lui  faisait  boire 
se  répandaient  sur  sa  barbiche,  il  avait  fallu  en  couper  la  pointe. 

*  Ce  détail  est  attesté  par  le  médecin  et  académicien  Marin  Cureau 
de  la  Chambre,  qui  avait  vu  le  cardinal  sur  son  lit  de  mort.  «  Son  visage, 
écrit-il,  ne  semblait  pas  changé  ny  de  forme,  ny  de  contour  :  le  front,  le 
nez  et  les  joues  paroissoient  tout  de  mesme  que  s'il  eust  été  encore  en 
vie  ;  il  avoit  seulement  les  yeux  plus  enfoncés  que  lorsqu'ils  estoient 
animés.  » 

'  l.'Éclair,  12  septembre  1895  (article  de  G.  Montorgueil). 

^  Ms  n°  96  (Manuscrits  de  la  Bibliothèque  de  la  Sorbonne). 


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l'odyssée    d'un    CRANE  53 

opération;  il  avait  en  outre  donné,  d'après  nature,  — 
nous  reproduisons  ci-après  son  dessin*  — la  tête 
du  cardinal. 

«  Cette  tête,  ce  front...,  écrivait  notre  confrère,  je 
les  ai  vus,  je  les  ai  touchés  ! 

«  Si  vous  voulez  voir  Richelieu  tel  qu'il  était  à  sa 
mort,  tel  qu'il  est  aujourd'hui,  tel  que  je  l'ai  vu  hier, 
le  voici  —  aussi  bien  que  notre  gravure  peut  repré- 
senter les  traits  déformés  et  le  sombre  aspect  de  cette 
momie  couchée  sur  le  lambeau  de  son  linceul. 

«  Au  reste,  pour  suppléer  aux  inexactitudes  invo- 
lontaires que  la  main  du  dessinateur  pourrait  avoir 
commises,  et  pour  donner  aux  amateurs  de  la  science 
phrénologique  des  données  précises  sur  l'ampleur  et 
la  configuration  de  cette  tête  célèbre,  voici  quelques 
mesures  prises  avec  exactitude,  et  qui  suffiront  pour 
leur  faire  connaître  l'ensemble,  sinon  les  détails  : 

«  La  hauteur,  depuis  la  réunion  des  sourcils  à  la 
naissance  du  nez  jusqu'au  sommet  du  front,  à  la  ren- 
contre d'une  ligne  tirée  en  avant  du  trou  auditif,  est 
de  0,102  milllimètres. 

«  La  hauteur  de    cette   même  ligne  en  avant    du 


1 1!  a  paru  également  un  dessin  de  la  tète  de  Richelieu  dans  la  Gazette 
des  Beaux-Arts,  2'  période,  vol.  XXVII, dessin  dû  à  M.  Maurice  Cottier  ; 
xin  autre  dans  la  Revue  scientifique,  1895  ;  un  autre,  enfln,  dans  le  Maga- 
sin pittoresque,  du  1"  avril  1903,  mais  celui-là  fait  d'après  un  moulage 
exécuté,  vers  1866,  par  M.  Jules  Talrich,  moulage  dont  un  exemplaire 
se  trouve   au  Musée  d'Anthropologie. 


54  LE    CABINET    SECRET   DE    l'hISTOIRE 

conduit  auditif  jusqu'à  la  rencontre  de  la  ligne  per- 
pendiculaire du  nez,  0,170  millimètres. 

«  La  largeur  du  front,  mesurée  par  une  ligne  passant 
sur  les  sinus  frontaux  et  aboutissant  des  deux  côtés 
à  la  ligne  en  avant  des  conduits  auditifs,  0,226  mil- 
limètres. 

«  Gomme  remarques  particulières  sur  la  structure 
du  front,  on  peut  observer  une  légère  dépression  de 
tous  les  organes  du  côté  droit,  qui  sont  sensiblement 
moins  dévoloppés  que  ceux  du  côté  gauche.  Cette 
dépression  correspond  à  une  augmentation  visible 
d'épaisseur  dans  la  boite  osseuse  qui  est  plus  dense 
et  plus  forte  à  droite  qu'à  gauche. 

«  A  part  cette  légère  anomalie,  le  front  est  uni, 
régulièrement  bombé  sur  la  ligne  médiane  et  ne  pré- 
sente aucune  rugosité  ni  saillie  remarquablement 
prédominante.  Ainsi  que  les  mesures  rapportées  ci- 
dessus  le  font  voir,  le  crâne,  peu  élevé  à  la  partie 
supérieure  du  front,  présente  un  assez  fort  renflement 
dans  la  partie  temporale. 

«  Quant  aux  traits  de  la  figure,  ils  ont  été  notable- 
ment altérés  par  la  mort,  et  depuis  la  mort  par  le  sé- 
jour dans  le  cercueil.  Les  yeux  se  sont  creusés  et  ont 
presque  disparu  sous  l'orbite,  bien  que  les  paupières 
aient  conservé  tous  leurs  cils.  Le  cartilage  du  nez  s'est 
affaissé.  La  bouche,  soit  par  une  dernière  convulsion 
de  l'agonie,  soit  par  une  pression  étrangère,  s'est  dé- 
formée, et  les  lèvres  se  sont  entr 'ouverte s  par  un  gri- 


l'odyssée    d'un    CRANE  55 

maçant  sourire  qui  laisse  entrevoir  les  dents.  Celles- 
ci  sont  incomplètes.  Les  dents  inférieures  seules  sont 
conservées  et  régulièrement  rangées.  A  la  mâchoire 
supérieure  on  ne  voit  qu'une  canine. 

«  On  trouve  des  traces  de  cheveux  au  sommet  de 
la  tête,  et  des  restes  de  barbe  et  de  moustaches  om- 
bragent encore  les  lèvres  et  le  menton. 

«  Au  reste,  depuis  son  exposition  à  Tair  libre,  la 
face  a  pris  une  teinte  noirâtre,  qui  ajoute  encore  à 
l'étrangeté  de  son  aspect,  et  qui  la  fait  ressembler  à 
une  antique  momie  arrachée  des  catacombes  égyp- 
tiennes. 

«  Voilà  ce  qui  reste  de  Richelieu.  » 

Nous  avons  tenu  à  donner  cette  relation,  d'abord 
parce  qu'elle  est  inédite,  et  puis  parce  qu'elle  émane 
d'une  personnalité  compétente.  En  la  confrontant  avec 
celle  qui  a  paru  dans  une  revue  scientifique  ^,  il  y  a 
quelques  années,  sous  la  signature  d'un  anthropolo- 
giste  éminent,  M.  le  colonel  E.  Duhousset^,on  verra 


^  La  Revue  scieniifiqae,  1895,  p.  622  et  suiv. 

'  Dans  sa  séance  du  20  décembre  1866,  M.  Duhousset,  en  mettant  sous 
les  yeux  de  la  Société  d'anthropologie  le  calque  du  mas(|ue  de  Richelieu, 
lisait  la  note  suivante  : 

«  L'ovale  est  allongé,  régulier. 

«  Comme  contour  général,  les  proportions  des  parties  qui  constituent 
le  visage  se  rapprochent  du  type  du  beau  par  leur  régularité. 

«  Le  front  surpasse  en  hauteur  la  longueur  du  nez,  et  il    s'élargit  for- 


56  LE    CABINET    SECRET    DE    L  HISTOIRE 

qu'aux  détails  près,  il -y  a  concordance  absolue  entre 
les  deux  récits. 


II 


On  fera  sans  doute,  après  lecture  de  ce  qui  suit,  la 
réflexion  qui  nous  est  venue  également  à  l'esprit  : 
si  l'on  a  dérobé  en  179ilatète  de  Richelieu,  comment 
un  collectionneur  a-t-il  pu  soutenir  qu'il  en  était 
l'unique  détenteur  - 

Quand  mourut,  en  iSSi.  l'éditeur  Dentu.  on  trou- 
va, en  effet,  dans  sa  collection  d'  «  objets  rares  et 
précieux»,  une  tête,  ou  plutôt  un  fragment  de  tète, 
qui  fut  reconnue  pour  être  la   partie  postérieure   du 

tement  daas  sa  partie  supérieure.  La  glabelle  est  plate,  lisse  et  passe 
sans  saillie  auiarcs  sourciliers. 

«  Ce  qui  trouble  cependant  un  peu  l'impression  de  l'harmonie  générale 
est  une  légère  asymétrie  de  la  région  frontale  :  le  côté  gauche  est  plus 
saillant  que  le  droit  ;  de  plus,  à  côté  de  ces  traits  généraui  de  supériorité, 
le  front  présente,  dans  sa  partie  élerée.  une  légère  fuite  vers  le  sommet 
ce  qui  caractériserait  le  cràae  allongé  dolicocéphale  du  Celte,  si  la  lar- 
geur, dans  cette  partie  supérieure,  nétait  pas  aussi  grande. 

«  La  longueur  sous-nasale  surpasse  celle  du  nez  ;  celte  particularité, 
jointe  à  l'épaisseur  médiane  de  la  lèvre  inférieure,  dont  on  peut  suivre  le 
contour  desséché,  indique  le  dédain  :  le  menton  accuse  de  la  fermeté,  de 
la  ruse  et  de  la  force.  Les  dents  sont  au  complet  dans  la  partie  droite 
les  quatre  qui  manquent  dans  la  partie  gauche  du  maxillaire  inférieur  se 
détachèrent  probablement  dans  les  péripéties  aui  suivirent  la  violation 
du  cercueil  pour  amener  cette  tète  illustre  à  n'être  réintégrée  dans  son 
tombeau  qu'en  1366.  > 


l'odyssée  d'un  CRANE  by 

crâne  de  Richelieu  ;  des  papiers  dûment  authenti- 
fiés établissaient  que  le  célèbre  collectionneur  tenait 
la  relique  de  M.  Armez.  C'est  cette  partie  postérieure 
que  M.  de  Quatrefages  se  plaignait  de  n'avoir  pu  exa- 
miner. M.  de  Quatrefages,  au  cours  d'une  discussion  à 
la  Société  d'anthropologie,  faisait  observer  : 

«  Il  est  à  remarquer  que  la  partie  postérieure  du  crâne 
manque.  J'ai  eu  le  crâne  entre  les  mains.  Les  tempes 
présentaientune  dépression  sensible,  le  front  était  con- 
sidérablement élargi  dans  sa  partie  supérieure.  Les 
mêmes  caractères  se  retrouvent  dans  la  statue  de 
Girardon.  Mais  dans  la  statue  le  crâne  semble  bra- 
chycéphale,  la  bosse  frontale  gauche  est  très  déve- 
loppée; à  droite,  le  front  est  presque  lisse.  » 

On  sait  comment  le  monument  de  Girardon  fut  pré- 
servé. En  pleine  Terreur,  un  homme,  qui  joua  sa  vie 
dans  maintes  circonstances, pour  sauver  de  la  destruc- 
tion les  monuments  les  plus  précieux  de  l'art,  le  con- 
servateur Lenoir,  était  présent  dans  l'église  de  la  Sor- 
bonne,  au  moment  où  s'y  rua  une  horde  de  barbares, 
qui  voulaient  réduire  en  miettes  le  tombeau  de  Ri- 
chelieu. Dans  la  bagarre,  Lenoir  reçut  un  coup  de 
baïonnette,  mais  le  marbre  resta  intacte 

'  La  statue  de  Mazarin,  que  le  maréchal  de  La  Meillera3e  avait  com- 
mandée, et  qu'il  avait  fait  placer  dans  la  cour  de  son  château,  fut  plus 
maltraitée.  On  lit  dans  une  biographie  du  maréchal  : 

«  La  Révolution  de  1789  suivit;  le  château,  en  partie  détruit,  fut  démoli 
jusque  dans  ses  fondemens,  et  à  peine  en  reste-t-il  quelques  vestiges. 


58  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

Les  vandales  se  dédommagèrent  en  arrachant  le 
corps  de  sa  tombe  et  en  le  piétinant  outrageusement 
sur  les  dalles  du  sanctuaire. 

«  Le  cardinal  que  j'ai  vu  retirer  de  son  cercueil, 
raconte  Lenoir,  offrait  aux  regards  l'ensemble  d'une 
momie  sèche  et  bien  conservée.  La  dissolution  n'avait 
point  altéré  ses  traits.  Une  couleur  livide  était  répan- 
due sur  sa  peau.  11  avait  les  pommettes  saillantes,  les 
lèvres  minces,  le  poil  roux  et  les  cheveux  blanchis 
par  l'âge. 

«  Un  des  suppôts  du  gouvernement  de  1793,  croyant 
venger  dans  sa  fureur  les  victimes  de  ce  cruel  minis- 
tre, coupa  la  tête  de  Richelieu  et  la  montra  aux  spec- 
tateurs qui  se  trouvaient  dans  l'église .  » 

Le  corps  fut-il  remis  dans  son  cercueil  ?  Subit-il 
la  profanation  de  l'égout,  comme  tant  d'autres?  C'est 
une  question  à  résoudre. 

Quant  à  la  tête,  on  vient  de  voir  quelles  furent  ses 
étranges  vicissitudes. 

L'ornement  de  la  cour  d'honneur,  la  statue  en  marbre  du  cardinal  Maza- 
rin,  fut  renversée  et  brisée,  et  à  l'époque  néfaste  de  1793,  un  habitant  de 
Parthenay,  joignant  l'ironie  a"  "andalisme,  crut  faire  un  acte  de  haut 
patriotisme  et  même  de  civisme,  en  employant  la  tête  de  cette  statue  à 
l'usage  le  plus  vulgaire  :  il  en  fît  le  poids  de  son  tourne-broche.  » 

M  Dupin,  dans  sa  Statistique  des  Deiix-Sèvres,  attribue  à  une  préten- 
due statue  du  cardinal  de  Richelieu  l'anecdote  relative  à  la  statue  du 
cardinal  Mazarin  (Cf.  Le  Pdlais  Mazarin,  par  de  Laborde,  p.  34H). 


LE  SQUELETTE  DE  MADAME  DE  MAINTENON  ET  LE  CRANE 
DE  MADAME  DE  SÉVIGNÉ.  —  ILLUSTRES  DEBRIS  ET 
RELIQUES  ANATOMIQUES, 


I 


Est-ce  un  travers  de  l'esprit,  ou  ne  serait-ce  pas  plu- 
tôt une  manie  endémique  ?  On  rend  un  culte  à  des  débris 
humains,  parce  qu'ils  sont  les  vestiges,  le  plus  souvent 
contestables,  de  personnages  qui  ont,  de  leur  vivant, 
occupé,  à  un  titre  quelconque,  l'attention  publique  ; 
la  superstition  va  si  loin  sur  ce  chapitre,  qu'elle  con- 
fine de  près  à  la  folie  maniaque. 

Feuillet  de  Couches,  l'historiographe  attitré  de  la 
curiosité,  a  fait  à  cet  égard  des  révélations  surpre- 
nantes. Artémise,  nous  dit-il,  buvait  par  tendresse 
une  eau  saturée  des  cendres  de  son  mari,  mêlées  de 
perles  pilées.  Et  n'allez  pas  croire  que  le  cas  d'Arté- 
mise  soit  un  cas  isolé. 

Il  nous  revient  en  mémoire  un  récit,  publié  na- 
guère par  M.    Jules  Glaretie,   en   ses   vivantes  et 


6o                        LE    CABINET   SECRET    DE    L  HISTOIRE  f 

pittoresques  chroniques  du    Temps  ;  ce  récit  a   été  |' 

réédité    par   Philippe    Gille,    en   tète    des     Souve-  -                     f 
nirs  de  Louis-François  Gille,  son  grand-père,    sou- 


j 


î 
venirs    connus    sous  le  titre  de  :    Mémoires    (Van  \ 

conscrit  de  1808.  ; 

M.  Gille  père  assurait  avoir  tenu  entre  ses  mains 
les  ossements  de  Mme  de  Maintenon  !  ïl  les  avait  vus,  » 

il  les  avait  touchés.  En  revenant  de  Caprera  et  des  1. 

pontons  anglais,  le  grand-père  de  notre  confrère  du  1 

Figaro  était  entré  à  l'économat  de  l'École  royale  de 
Saint-Cyr,  vers  \%\!x-  Saint-Cyr  était  alors  dirigé  par  | 

le  général  d'Albignac  ;  l'économe  de  l'Ecole  se  nom-  f 

mait  Guillaumot.    Dans  une   armoire  du    logement  \ 

qui  fut  donné  à  François  Gille,  se  trouvait  une  pe-  l 

tite  caisse  mystérieuse,  portant  sur    son  couvercle  ; 

cette  inscription  à  demi  effacée  :  Os  de  Madame  de  î 

Maintenon.  | 

En  1793,  le  tombeau  de  la  veuve  Scarron  avait  été 
profané  comme  tant  d'autres  :  le  plomb  du  cercueil 
en  avait  été  enlevé,  et  les  os  avaient  été  traînés,  à  tra- 
vers les  rues  de  Saint-Cyr,  par  les  énergumènes  du 
village.  Après  les  avoir  bien  promenés  sur  une  claie, 
on  les  avait  jetés  près  du  Polygone.  C'est  là  que  les 
recueillit  un  abbé,  qui  les  rapporta  nuitamment  à 
l'Ecole.  Le  fait  avait  été  certifié  au  père  Gille  par  l'au- 
teur de  VHistoire  des  Français  des  divers  Etats, 
Alexis  Monteil,  professeur  à  Saint-Cyr,  et  par  le  chi- 
rurgien de  l'Ecole;  celui-ci,  ardent  jacobin,  ajoutait 


LE    SQUELETTE    DE    MADAME    DE   MAINTENON  6l 

même  que  le  brave  abbé  avait  recueilli  un  os  de  trop, 
et  que  cet  os  était...  un  tibia  de  vache  ! 

Le  général  d'Albignac  s'inquiéta  à  plusieurs  re- 
prises de  faire  donner  une  sépulture  convenable  aux 
restes  de  l'épouse  du  grand  Roi.  Il  écrivit  au  mi- 
nistre, il  en  parla  à  la  duchesse  d'Angoulème.  Il  vit, 
à  cet  effet,  le  duc  et  la  duchesse  de  Berry,  On  lui 
tourna  partout  le  dos.  Les  Bourbons  craignaient,  di- 
sait-on, en  voyant  se  révéler  de  nombreux  Louis  XVII, 
de  se  trouver  en  présence  de  quelque  nouvel  impos- 
teur, quisefût  déclaré  descendant  directde  LouisXIV, 
par  Mme  de  M  a  intenon. 

Les  os  de  la  fondatrice  de  Saint-Cyr  restèrent 
donc  entre  les  mains  de  M.  Gille.  Or,  un  soir,  après 
un  dîner  où  il  avait  convié  des  camarades  de  Cabrera, 
un  des  amis  de  l'amphitryon,  qui  s'appelait  Paluel, 
et  qui  devint  plus  tard  secrétaire  du  baron  Athalin, 
sous  Louis-Philippe,  voulut,  par  bravade,  croquer 
du  bout  des  dents  un  des  morceaux  brisés  du  crâne. 
Il  en  tomba  malade...  de  peur  presque  sur-le- 
champ,  mais  il  s'en  consolait  en  répétant  à  qui  vou- 
lait l'entendre  :  «  C'est  égal!  j'ai  mangé  de  la  Main- 
tenon  !  » 

Ce  ne  fut  que  sous  Louis-Philippe  que  les  os  de  la 
fondatrice  de  Saint-Cyr  furent  placés  dans  un  tom- 
beau, qu'on  peut  voir  aujourd'hui  dans  la  chapelle  de 
l'École. 


62  LE    CABINET   SECRET    DE    l'hISTOIRE 


II 


En  recherchant  à  quel  genre  de  mort  avait  suc- 
combé Mme  de  Sévigné  *,  nous  n'avons  pas  conté  les 
migrations  de  son  crâne.  Elles  valaient  pourtant  d'être 
connues. 

Au  moment  de  la  violation  du  tombeau  de  Mme 
de  Sévigné,  pendant  la  Révolution,  la  municipalité 
était  présente.  L'administration  locale,  suivie  d'un 
grand  nombre  de  citoyens,  s'était  transportée  à 
l'église  Saint-Sauveur,  dans  le  but  de  trouver  une 
quantité  considérable  de  plomb  dans  les  caveaux  des 
comtes  de  Grignan,  où  avait  été  inhumée  Mme  de  Sé- 
vigné^. Un  ouvrier  maçon  de  la  localité,  alors  âgé 
de  vingt  ans,  celui-là  même  qui  fut  chargé  d'enlever 
la  dalle  qui  fermait  le  caveau,  voulut  avoir  sa  part  des 
dépouilles  de  la  célèbre  marquise.  Il  prit  une  mèche 
de  ses  cheveux,  dont  il  donna  une  partie  au  naturaliste 
Faujas  de  Saint-Fond  ;  le  reste  fut  mis  dans  un  papier 
et  caché  dans  un  trou  de  remise.  Plus  tard,  cette 
dernière  part  fut  divisée,  par  la  fille  aînée  du  maçon, 
entre  M.  Charles  de  Payan-Dumoulin,  lieutenant  de 


*  Voir  nos  Indiscrétions  de  l'Histoire,  1"  série. 

*  Trois  ou  quatre  des  ouvriers  présents  descendirent  dans  le  caveau  et 
brisèrent  six  ou  sept  cercueils  qui  s'y  trouvaient,  pour  s'emparer  du 
plomb  que  la  municipalité  envoya  au  district  de  Montélimar. 


LE  CRANE  DE  MADAME  DE  SÉVIGNÉ         63 

vaisseau,  et  M.  Devès,  greffier  de  la  justice  de  paix  de 
Grignan.  Ce  dernier  conserva  précieusement  dans  une 
boite  les  quelques  cheveux  qui  lui  avaient  échu  et  qui, 
disait-il,  étaient  blancs  et  encore  empreints  de  chaux. 
Le  maçon  prit  également  un  lambeau  de  la  robe  de 
brocatelle  dont  le  squelette  était  vêtu  et  qui  était  pres- 
que intacte. 

Le  juge  de  paix  de  Grignan,  à  Tépoque  où  se  passait 
ce  que  nous  venons  de  conter,  M.  Pialla-Champier\ 
était  présent  à  l'exhumation.  //  fil  scier  le  crâne  de 
la  célèbre  marquise,  et  envoya  la  partie  supérieure 
de  ce  crâne  à  une  école  de  Paris  pour  qu'on  étudiât 
le  cervelet.  M.  Saint-Surin,  un  des  éditeurs  de  la 
correspondance  de  Mme  de  Sévigné,  prétend  avoir 
ouï  dire  que  cette  pièce  anatomique  fut  soumise  à 
l'examen  du  docteur  Gall.  Nous  verrons  tout  à  l'heure 
quel  en  fut  le  sort. 

Ajoutons  qu'un  autre  témoin  oculaire  de  l'exhuma- 
tion, M.  Veyrenc,  notaire  à  Grignan,  recueillit  un 
fragment  d'os  de  la  marquise  (un  moroeau  de  côte,  de 
0  m.  Oh  de  long),  qu'il  fit  enchâsser  dans  un  cadre  de 
verre,  au-dessus  duquel  il  écrivit  le  quatrain  sui- 
vant : 


*  M.  Pialla  se  fil  remettre  une  des  dents  de  Mme  de  Sévigné  ; 
celte  dent,  enchâssée  dans  une  bague  d'or,  fut  donnée  à  Mme  de  Cordoue 
de  Tain,  dont  la  fille  fut  peu  de  temps  après  élevée  avec  Mme  Pialla- 
Champier. 


64  LE    CABINET   SECRET    DE    l'hISTOIRE 

De  sa  beaulé  voici  les  îrisles  restes, 
Le  Irait  fatal  ne  les  respecta  pas, 
Mais  si  tout  passe  et  s'enfuit  ici-bas, 
L'esprit  survit  aux  temps  les  plus  funestes. 

Le  médaillon  dans  lequel  est  enchâssé  ce  fragment 
d'os  appartient  aujourd'hui  à  M.  Louis  Faj^n^ 

Arrivons  à  Tépilogue  de  cette  aventure  qui,  par 
quelques  côtés,  confine  au  vaudeville. 

En  avril  J870,  on  remplaçait  le  vieux  dallage  en 
pierre,  usé,  du  sanctuaire  et  du  chœur  de  l'église  de 
Grignan,  par  le  beau  dallage  en  ciment  comprimé 
qu'on  y  voit  aujourd'hui.  Outre  de  nombreux  osse- 
ments mélangés  à  de  la  chaux,  épars  et  en  désordre 
sur  le  sol,  apparut  une  moitié  de  crâne  très  régulière- 
ment sciée,  et  dont  l'extérieur,  relativement  propre, 
prouvait  qu'il  avait  été  jadis  manié.  M.  Léopold 
Faure  prit  l'empreinte  du  contour  delà  partie  sciée, 
sur  un  papier  qu'il  conserve  comme  souche  de  confron- 
tation, dans  le  cas  où  on  retrouverait  la  partie  supé- 
rieure envoyée  à  Paris.  Cette  moitié  de  crâne  fut  en- 
suite replacée,  en  présence  de  témoins,  à  l'endroit  où 
elle  avait  été  trouvée,  et  immédiatement  le  caveau  fut 
refermé  avec  une  dalle  scellée. 

Il  reste  donc  avéré  que  le  tombeau  de  Grignan  ne 
renferme  que  la  moitié  du  crâne  de  Mme  de  Se  vigne. 

*  Voir  Le  Mire,   A   propos  du  deuxième  centenaire  de  la   mort  de 
Mme  de  Sévigné;  br.  in-8,  éditée  à  Rouen. 


LE    CRANE    DE   MADAME    DE    SÉVIGNÉ  65 

Où  se  trouve  l'autre  moitié,  c'est  ce  qu'il  ne  nous  a 
pas  été  possible  de  déterminer.  Nous  avions  espéré 
un  moment  la  retrouver  dans  la  collection  de  crânes 
célèbres  du  Muséum,  dite  Colleclion  de  Gall  et  Du- 
moulier;  mais  M.  Manouvrier,  le  professeur  d'an- 
thropologie qui  a  fait  de  cette  collection  une  étude 
approfondie,  nous  a  assuré  que  le  crâne  de  Mme  de 
Sévigné  n'y  figurait  pas. 

Dirigeant  d'un  autre  côté  nos  investigations,  nous 
avons  recherché,  dans  un  dossier  jadis  constitué  en 
vue  d'un  travail  sur  les  Débris  analomiques  illus- 
tres, s'il  n'y  avait  point  de  note  relative  au  crâne  de 
Mme  de  Sévigné,  et  le  hasard  a  fait  tomber  sous  nos 
yeux  cette  coupure,  provenant  sans  doute  d'un  journal 
quotidien  de  Paris  : 

On  lit  dans  les  journaux  de  Nancy  : 

Bien  des  gens  ignorent  que  notre  ville  possède  le  crâne 
du  célèbre  écrivain  éplstolaire  du  dix-septième  siècle,  qui 
fut,  en  son  vivant,  la  toute  gracieuse  marquise  de  Sévigné, 
née  Marie  de  Itabutin  de  Chantai,  petite-fille  de  sainte 
Jeanne  de  Chantai,  fondatrice  de  Tordre  de  la  Visita- 
tion. 

Cette  relique  est  conservée  à  Nancy,  dans  la  bibliothèque 
des  Pères  Dominicains  ;  il  manque  à  cette  tête  le  maxillaire 
inférieur,  détaché  lors  de  sa  translation  de  Provence  en 
Lorraine. 

Le  crâne  de  Mme  de  Sévigné  a  été  donné  au  monastère, 
fondé  à  Nancy  par  Lacordaire,  par  un  descendant  collatéral 


66  LE    CABINET   SECRET    DE    l'hISTOIRE 

de  la  marquise.  Du  reste,  toutes  les  preuves  d'authenticité 
et  les  documents  historiques  sont  réunis  dans  une  custode 
formant  le  double  fond  de  la  cassette  où  l'on  conserve  le 
crâne. 

Muni  de  ces  indications,  nous  écrivîmes  au  prieur 
des  Dominicains  de  Nancy,  le  T.  R.  P.  Tripier,  qui 
voulut  bien  nous  honorer  de  la  réponse  suivante  : 

Nancy,  le  15  juin  I896. 
A  M.  le  docteur  Cabanes. 

Monsieur, 

Nous  possédons  un  crâne,  que  la  Iradilion  prétend  être 
celui  de  l'illustre  écrivain  épistolaire  du  dix-septième 
siècle. 

M.  de  Saint-Beaussant  habitait  Nancy  quand  le  P.  Lacor- 
dairevint  prêcher  une  station  à  la  cathédrale.  Il  se  fit  reli- 
gieux et  donna  au  P.  Lacordaire  une  petite  maison,  qui, 
exactement,  malgré  certaines  modiflcations,  est  le  chœur  de 
notre  couvent.  M.  de  Saint-Beaussant  était  artiste  et  un 
collectionneur  distingué  :  c'est  de  lui  que  nous  tenons  le 
crâne  dit  de  Mme  de  Sévigné. 

Les  religieux,  ses  contemporains,  ont  disparu  et  n'ont 
laissé  aucune  pièce,  que  je  sache,  établissant  l'authenticité 
du  crâne. 

Le  crâne  est  renfermé  dans  une  boite  en  carton,  de  forme 
ronde,  haute  de  quinze  à  dix-huit  centimètres  ;  elle  parait 
d'une  vétusté  respectable. 


LE  CRANE  DE  MADAME  DE  SÉVIGNÉ  67 

Sur  le  couvercle  est  fixée  une  carte  avec  l'inscription  sui- 
vante, d'une  vieille  écriture  : 


Tête  de  Madame  „  nf 

de  Sévigné  ^''"'^  Monsieur 

—  GARNIER 

chez  Monsieur  de  Bocheforl 

Rue  Caumarlin,  n"  12 


Assez  fidèlement  je  reproduis  la  dimension  de  la  carte  et 
l'écriture. 

Le  crâne  est  fort,  assez  évasé  à  l'arrière,  un  peu  rétréci 
sur  le  devant.  L'os  frontal  paraît  très  régulier  et  d  un  déve- 
loppement assez  large.  La  longueur  du  crâne  est  de  quinze 
centimètres  et  demi.  La  largeur  de  l'os  frontal  au-dessus 
des  yeux  est  de  onze  centimètres  et  demi.  La  largeur  du 
crâne   à  larrière  est  de   quatorze  centimètres. 

La  curiosité  et  la  compétence  artistique  de  M.  de  Saint- 
Beaussant,  l'inscription  dont  je  vous  donne  un  fac-similé, 
la  tradition  conservée  au  couvent  de  Nancy,  sont  les  seules 
pièces  justificatives  que  nous  possédions. 

L'autorité  de  M.  de  Saint-Beaussant,  bon  connaisseur  et 
artiste,  est  la  seule  source  de  la  tradition. 

Au  couvent  de  nos  pèr.^s,  rue  du  faubourg  Saint-Honoré, 
le  T.  B.  P.  Faucillon,  ancien  prieur  de  Nancy,  aurait  peut- 
être  à  vous  fournir  des  renseignements  plus  précis  sur  la 
provenance  de  ce  crâne,  que  nous  serions  heureux  de  savoir 
être  celui  de  Mme  de  Sévigné. 

Agréez,  monsieur,  mes  respectueuses  salutations. 

P.  Tripier,  prieur. 


68  LE    CABINET   SECRET    DE    l'hISTOIRE 

Pour  compléter  notre  enquête,  nous  nous  empres- 
sions de  rendre  visite  au  T.  R.  P.  Faucillon,  qui 
nous  accueillit  avec  une  courtoisie  parfaite.  IVotre 
interlocuteur  nous  confirma,  du  reste,  simplement, 
les  renseignements  qui  nous  avaient  été  obligeamment 
fournis  par  son  collègue  de  Nancy. 

<(  M.  de  Saint-Beaussant,  nous  dit-il,  était  un  homme 
du  monde,  qui  entra  dans  notre  couvent  de  Nancy,  le 
premier  qui  fut  fondé  en  France,  à  la  suite  des  prédi- 
cations du  Père  Lacordaire.  De  qui  tenait-il  Fobjet 
dont  vous  me  parlez,  je  ne  saurais  vous  le  dire.  Il 
n'était  pas,  en  tout  cas,  allié  aux  Rabutin  :  il  appar- 
tenait à  une  vieille  famille  de  Lorraine  et  n'avait 
j  amais  habité  la  Provence.  Tout  ce  que  je  puis  vous 
dire,  c'est  que  c'était  un  amateur  dun  goût  éclairé, 
et  qui,  s'il  a  cru  nous  faire  don  du  crâne  de  Mme  de 
Sévigné,  était  de  bonne  foi.  Qu'il  ait  été  mystifié 
lui-même,  la  chose  est  possible,  et  je  vous  avouerai 
que,  si  nous  n'avons  jamais  fait  remise  de  cette  re- 
lique à  un  musée  ou  à  une  collection  médicale,  c'est 
que  nous  n'avions  en  main  aucune  pièce  qui  justifiât 
de  son  absolue  authenticité.  Cependant,  il  semblait 
bien  que  ce  fut  un  crâne  de  femme  ;  et  le  grain,  le 
poli,  le  ton  jauni  de  l'ivoire  témoignaient  bien  de  sa 
vétusté.  D'ailleurs,  la  boîte  qui  renfermait  l'objet 
avait  un  air  de  vieillerie  qui  pouvait  en  imposer. 
Sur  cette  boite  était  fixée  une  carte,  qui  paraissait 
être  une  carte   à  jouer  retournée,  et  qui  était  fixée 


RELIQUES  ANATOMIQUES  69 

aux  quatre  coins  avec  de  la  cire  à  cacheter  toute 
desséchée,  toute  effritée.  Eu  tout  cas,  il  serait  im- 
possible de  préciser  quel  a  été  le  premier  propriétaire 
du  crâne  que  possède  le  couvent  de  Nancy.  M.  de 
Saint-Beaussant,  qui  seul  eût  pu  vous  renseigner 
efficacement,  est  mort  à  OuUins,  dans  une  de  nos 
maisons,  et  il  n'a  pas  laissé  de  descendants.  Dans 
ces  conditions...  » 

Ainsi,  il  y  aurait  de  par  le  monde  deux  crânes  de 
Mme  de  Sévigné  :  le  vrai,  ou  plutôt  une  moitié  du 
vrai,  et  une  imitation.  Bien  fin  qui  nous  dirait  dans 
quelle  moitié  résida  le  génie  de  la  plus  illustre  des 
épistolières. 


III 


Quel  dramatique  chapitre  on  pourrait  écrire,  si  Ton 
voulait  faire  l'historique  des  vicissitudes  qu'ont  su- 
bies les  débris  anatomiques  des  personnages  illustres  ! 
Il  faudrait  la  plume  d'un  Baudelaire  ou  d'un  Edgar 
Poë  pour  décrire,  dans  leur  horreur  tragique,  les  des- 
tinées des  cadavres  de  certains  grands  hommes  ;  car 
il  est  rare  que,  ballottés  de  siècle  en  siècle,  ils  n'aient 
pas  eu  à   subir  quelque   sacrilège   profanation. 

Le  grand  poète  de  l'Italie,  Dante  Alighieri,  a  eu 
cette  chance  heureuse  d'y  échapper  dans  une  certaine 
mesure.  Il  meurt  à  Ravenne,à  l'âge  de  soixante-cinq 


yO  LE    CABINET    SECRET    DE    L  HISTOIRE 

ans,  après  une  vie  des  plus  agitées  ;  aussitôt  après  sa 
mort,  son  hôte,  Guido  délia  Polenta,  est  lui-même 
chassé  de  la  ville,  avant  d'avoir  pu  élever  une  tombe 
à  celui,  dit  Ampère,  «  que  les  agitations  de  sa  terrena- 
tale  avaient  privé  d'une  patrie  et  que  les  troubles  de  sa 
terre  d'exil  privaient  d'un  tombeau  ».  Ce  fut  seule- 
ment plus  d'un  siècle  plus  tard  que  le  podestat  de 
Ravenne  pour  la  République  de  Venise  fit  ériger  à 
la  dépouille  mortelle  du  chantre  de  Béatrix  un  monu- 
ment, «  dont  la  jalousie  ou  les  remords  tardifs  de 
Florence  ne  la  laissèrent  pas  longtemps  jouir  ». 

La  ville  qui,  après  avoir  donné  le  jour  au  poète, 
l'avait  non  seulement  banni  de  ses  murs,  mais  encore 
condamné  à  mort,  voulut,  en  15d6,  avoir  ce  corps, 
pour  rendre  au  moins  à  l'illustre  méconnu  les  hon- 
neurs posthumes  d'une  sépulture.  Les  négociations 
entamées  à  cette  fin  avec  le  gouvernement  de  la  Séré- 
nissime  République  et  l'intervention  favorable  du 
Pape  lui  auraient  donné  certainement  gain  de  cause 
si,  désobéissant  courageusement  au  doge  et  au  pon- 
tife, les  humbles  moines  de  Saint-François,  qui  en 
avaient  la  garde,  n'avaient  soustrait  nuitamment 
l'insigne  relique,  pour  la  placer  dans  une  cachette 
sûre. 

La  soustraction  du  corps  irrita  vivement  Florence, 
mais  elle  n'empêcha  cependant  point  les  pieux  pèle- 
rinages des  admirateurs  du  Dante  de  continuer,  sinon 
au  tombeau  que  l'on  savait  vide,  du  moins  à  l'église 


RELIQUES   ANATOMIQUES  7I 

OÙ  l'on  supposait  que  les  ossements  étaient  restés. 
Cette  supposition  n'avait  rien  d'erroné  ;  car,  en  1677, 
au  cours  de  certains  travaux  de  réparations,  le  hasard 
faisait  enfin  découvrir,  par  un  des  religieux,  la  caisse 
en  bois  de  chêne  portant,  sur  une  petite  plaque  en 
cuivre,  cette  simple  et  précieuse  inscription  :  Danlis 
ossa.  On  replaça  ces  derniers  dans  le  monument  de 
Lamberti,  que  le  cardinal  Domenico  Corsi,  Floren- 
tin, légat  du  Pape  pour  la  Romagne,  faisait  ensuite 
restaurer  en  1692,  quoique  d'une  façon  artistement 
peu  heureuse. 

L'essentiel  était  que  le  repos  de  l'illustre  person- 
nage ne  fût  point  à  nouveau  troublé  ;  et  il  ne  le  fut  pas 
durant  deux  siècles,  Florence  ayant  définitivement 
renoncé  à  ses  prétentions.  Mais,  à  l'époque  de  la  do- 
mination napoléonienne  en  Italie,  les  franciscains  de 
Ravenne,  ayant  été  contraints  par  la  sécularisation 
d'évacuer  leur  couvent,  ces  gardiens,  plus  jaloux  en- 
core que  fidèles  du  dépôt  confié  à  leurs  soins,  cru- 
rent devoir,  dans  l'appréhension  d'on  ne  sait  quels 
dangers,  retirer  secrètement  une  seconde  fois  du  sé- 
pulcre, pour  les  cacher  ailleurs  dans  l'église,  les  vé- 
nérables ossements.  En  1805,  quand  on  fit  abattre  le 
monument  élevé  par  le  cardinal  Coni,  on  trouva  la 
tombe  vide^ 

En  1857,  de    nouvelles  recherches   furent  égale- 

*  Petit  Temps,  2  décembre  1896. 


72  LE   CABINET   SECRET    DE    L  HISTOIRE 

ment  infructueuses.  Ce  n'est  qu'en  1865,  au  moment 
où  l'Italie  célébrait  le  jubilé  séculaire  de  la  naissance 
du  Dante,  que  Ton  remit  au  jour  la  caisse  portant 
l'inscription  :  Danlis  ossa. 

Les  moindres  détails  de  cette  découverte  sont  au- 
jourd'hui connus.  En  vue  delà  célébration  projetée  de 
l'anniversaire  du  Dante,  M.  Romolo  Conti,  ingénieur 
en  chef  de  la  municipalité  de  Ravenne,  fut  chargé 
d'exécuter  divers  travaux  autour  du  Braccio  forte\ 
Le  mur  de  face  du  porche,  attenant  à  l'angle  nord-est 
de  la  chapelle  Rosponi,  l'une  des  chapelles  de  Saint- 
François,  n'avait  été  démoli  que  jusqu'à  la  hauteur 
de  1  m.  50  au-dessus  du  soi.  Dans  ce  pan  de  muraille, 
reste  de  la  chapelle  primitive,  avait  existé  une  porte, 
depuis  longtemps  fermée  par  des  briques  cimentées 
de  terre  ;  plusieurs  de  ces  briques  faisant  saillie  et 
gênant  la  manœuvre  d'une  pompe  établie  en  cet  en- 
droit, on  résolut  la  démolition  complète  de  la  mu- 
raille. Le  27  mai  1865,  on  l'attaqua,  et  les  premiers 
coups  de  pioche  ayant  détaché  quelques  briques,  mi- 
rent à  découvert  une  cavité  contenant  une  caisse,  dont 
le  côté  tomba  avec  quelques  ossements  humains,  lais- 
sant voirie  fond  sur  lequel  étaient  grossièrement  tra- 
cés à  l'encre  ces  mots,  qui  furent  toute  une  révéla- 
tion : 

*  Les  renseignements  qui  suivent  sont  empruntés  à  l'excellente 
brochure  de  M.  E.  Breton,  Découverte  dts  restes  du  Dante  à  Ra- 
venne. 


RELIQUES  ANATOMIQUES  7^ 

Danlis  ossa 

Denuper  revisa  die  levlio  junij 

1677. 

Prévenus  immédiatement,  les  ingénieurs  Lanciani 
et  Conti  accoururent,  et  bientôt  vinrent  se  joindre  à 
eux  le  syndic  et  la  municipalité  de  Ravenne,  assistés 
de  plusieurs  notaires,  qui  dressèrent  acte  de  la  dé- 
couverte. 

La  cavité,  longue  de  0  m.  90,  haute  de  0  m.  335, 
avait  été  pratiquée  dans  les  briques  employées  à 
condamner  la  porte  ;  du  côté  regardant  l'intérieur  du 
portique,  elle  aurait  été  formée  par  un  simple  lattis 
cimenté, 

La  caisse  qui  était  renfermée  dans  cette  cavité  était 
formée  de  planches  brutes  de  sapin  assemblées  gros- 
sièrement avec  des  clous  ;  sa  longueur  extérieure 
était  de  Om.  77,  sa  largeur  de  0  m.  SSZi,  et  sa  hauteur 
deO  m.  30  ;  elle  était  un  peu  rongée  par  le  temps  et 
l'humidité.  Lorsqu'on  l'eut  extraite,  une  seconde  ins- 
cription, plus  importante  encore,  tracée  sur  la  face 
opposée,  apparut  aux  regards  ;  elle  était  composée  de 
ces  mots,  tracés  également  à  l'encre  en  gros  carac- 
tères: 

Danlis  ossa 

Ame  fre  Antonio  Sanli 

hic  posila 

Ano  1677.  Die  18  oclobris. 


7^  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

Les  ossements,  qui  étaient  entassés  pêle-mêle  dans 
cet  étroit  espace,  furent  recueillis  avec  le  plus  grand 
soin,  et  deux  habiles  anatomistes,  les  professeurs 
Giovanni  Puglioli  et  Claudio  Bertozzi,  purent  recons- 
tituer le  squelette  presque  entier. 

Les  ossements  étaient  en  parfait  état  et  de  couleur 
brune  ;  quelques-uns  seulement  manquaient,  dont  les 
principaux  étaient  la  mâchoire  inférieure,  la  plupart 
des  phalanges,  le  talon  droit,  etc.  Le  squelette  ainsi 
rétabli  mesurait  seulement  1  m.  55,  du  sommet  de  la 
tête  à  la  plante  des  pieds.  Boccace  dit,  il  est  vrai, 
que  le  Dante  était  de  taille  médiocre,  di  médiocre 
siatura  ;  cependant ,  d'après  les  portraits  qui 
sont  restés  de  lui,  soit  au  Bargello,  soit  à  la  cathé- 
drale de  Florence,  on  n'aurait  pu  croire  qu'il  eût  été 
d'une  taille  au-dessous  de  la  moyenne. 

Pour  n'avoir  plus  de  doute  sur  l'authenticité  de  la 
découverte,  il  restait  à  faire  une  dernière  et  décisive 
vérification.  Le  7  juin,  le  sarcophage  renfermé  dans 
la  chapelle  funéraire  fut  ouvert,  en  présence  de  la 
municipalité  et  d'une  commission  nommée  par  le 
gouvernement,  et,  comme  il  y  avait  lieu  de  s'y  at- 
tendre, il  fut  trouvé  vide.  Au  milieu  d'un  peu  de  terre 
et  de  quelques  morceaux  déciment,  tombés  sans  doute 
à  l'époque  où  le  couvercle  du  tombeau  avait  été  res- 
cellé, en  1781,  on  recueillit  seulement  quelques 
feuilles  de  laurier  desséchées  et  trois  phalanges, 
dont  deux  appartenant  à  la  main  et  une  aux  pieds. 


RELIQUES   ANATOMIQUES  75 

Ces  ossements  étaient  justement  du  nombre  de  ceux 
manquant  au  squelette  découvert... 


IV 


«  Je  ne  sais  personne,  écrivait  naguère  M.  Aimé 
Giron,  en  parlant  de  Duguesclin,  dont  la  dépouille  ait 
été  plus  disputée  et  plus  déchiquetée,  les  tombeaux 
plus  mutilés  et  plus  déplacés,  les  cendres  plus  mal- 
traitées que  celles  du  connétable.  » 

Duguesclin  avait  exprimé  la  volonté  d'être  trans- 
porté à  Dinan,  dans  la  chapelle  funéraire  de  ses  an- 
cêtres. On  se  mit  en  route  pour  la  Bretagne.  Le  Puy 
était  la  première  étape.  Là,  au  couvent  des  Jacobins, 
un  service  devait  être  célébré,  le  corps  exposé  un 
jour,  puis  embaumé,  malgré  la  règle,  en  pareil  cas, 
de  le  brûler,  puis  d'en  coudre  les  ossements  dans 
un  sac.  En  effet,  le  23  juillet,  «  grande  pompe  et 
toute  habondance  de  triumphes  mortuaires  » ,  avec  cin- 
quante torches  de  cire,  un  drap  d'or  armorié  brodé 
de  noir  —  plus  une  oraison  funèbre  par  le  théolo- 
gien du  couvent. 

Or,  les  vicomtes  de  Polignac  avaient  leur  sépul- 
ture dans  l'église  des  Frères  Prêcheurs.  Se  croyant 
un  peu  chez  eux  et  les  obligés  du  connétable  venu  à 
leur  secours,  ils  déclarèrent  tout  à  coup  leur  volonté 


76  LE    CABINET    SECRET    DE    L  HISTOIRE 

formelle  d'en  garder  les  entrailles,  qui  furent  bel  et 
bien  a  tumulées  dans  un  beau  monument...  » 

Deux  siècles  durant,  à  peu  près,  le  repos  éternel 
du  capitaine  breton  ne  fut  point  troublé.  Mais,  en 
1567,  le  chevalier  de  Malte  défroqué,  Blacons,  lieu- 
tenant du  baron  des  Adrets,  à  la  tête  de  8.000  reli- 
gionnaires,  campa  dans  le  couvent  et  n'en  déguerpit 
qu'après  avoir  vandalisé  l'église  et  mutilé  le  monu- 
ment. Tel  resta  celui-ci  jusqu'en  l'an  VIII  de  la  Ré- 
publique, où  certain  préfet  voulut  voir  et  vit  «  les  dites 
entrailles  ». 

En  1833,  le  tout  fut  transporté  et  restauré  dans  une 
chapelle.  On  trouva  dans  le  sarcophage  une  double 
boîte  ronde  en  plomb.  Sur  la  plus  petite,  toute  mo- 
derne, on  lisait  :  «  Ici  reposent  les  cendres  du  cœur 
et  viscères  du  connétable  Duguesclin,  ensevelis  dans 
l'église  Saint-Laurent  et  exhumés  le  5  complémen- 
taire de  l'an  VIII  de  la  République  française  sous  la 
préfecture  du  citoyen  Lamothe.  » 

Cette  petite  boîte  ouverte  ne  contenait  que  quelques 
pincées  de  vieilles  cendres.  Des  prêtres  étaient  seuls 
là,  autour,  curieux,  respectueux,  silencieux  et  pen- 
chés sur  cette  relique.  Ils  respiraient  à  peine.  Un 
souffle  eût  suffi  à  disperser  ce  qui  demeurait  des  en- 
trailles du  grand  connétable. 

Donc,  en  1380,  le  corps  du  connétable  partit  du 
Puy  dans  son  cercueil.  Ses  écuyers  étaient  déjà  au 
Mans,  quand  une  troisième  volonté  —  celle  de  Char- 


RELIQUES   ANATOMIQUES  77 

les  V  —  les  y  atteignit  et  s'imposa.  Le  roi  ordon- 
nait que  le  corps  de  Duguesclin  fût  inhumé  à  Saint- 
Denis  «  en  haute  tombe,  à  grande  solennité,  en  la 
chapelle  que  pour  luy-même  il  avait  fait  faire  »,  dit 
Froissard. 

Le  corps  fut  donc  dirigé  sur  Saint-Denis,  «  où  le 
roy  lui  fit  faire  des  obsèques  comme  s'il  eût  été  son 
propre  fils  ».  On  lui  tailla  une  statue  de  marbre  blanc 
sur  un  tombeau  de  marbre  noir,  devant  lesquels  une 
lampe  devait  brûler  jour  et  nuit. 

La  lampe  de  Duguesclin  brûla  jusqu'en  1709,  où 
des  réparations  la  déplacèrent  et  l'éteignirent.  Qua- 
tre-vingt-quatre ans  après,  la  Révolution  viola  en  bloc 
les  sépultures  de  la  basilique.  Il  ne  restait  du  conné- 
table que  de  rares  ossements,  mais  la  tête  tout  en- 
tière, à  laquelle  on  arracha  les  cheveux.  De  ces  débris, 
jetés  pêle-mêle  dans  la  même  fosse  que  les  cendres 
royales,  le  crâne  fut  pieusement  soustrait.  On  «  m'af- 
firme, ajoute  M.  Giron,  qu'il  est  à  Paris,  en  pos- 
session du  curé  de  Saint-Thomas-d'Aquin,  M.  l'abbé 
Rigat.  Mais  je  n'y  suis  point  allé   voir^  » 

Quant  au  cœur  du  connétable,  il  reçut  asile  dans 
l'église  cathédrale  de  Saint-Sauveur.  Un  cénotaphe  de 
marbre  blanc  lui  fut  dédié,  et,  sur  un  ccusson,  brille 
en  lettres  gothiques  d'or  cette  vieille  inscription  :  Ci- 
gît  le  cœur  de  messire   Bertrand  du  Géaquin,  en 

Cf.  le  Figaro   octobre  1895 


78  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

son  vivant  conneslable  de  France,  qui  trespassa  le 
XVIII"  jour  de  juillet  Van  mil  III''^  II fP^  dont  son 
corps  repose  avec  ceux  des  roys  à  Saint-Denijs  en 
France. 


Les  grands  hommes  —  en  raison  de  leur  grandeur 
même  —  ne  sont  jamais  assurés  du  repos  définitif. 
Sous  prétexte  d'honneurs  à  leur  rendre,  on  viole  leur 
sépulture,  on  disperse  leurs  cendres  au  vent,  quand 
sonne  l'heure  des  réactions  triomphantes. 

Poursuivi  par  ses  détracteurs  à  la  cour  d'Isabelle 
et  de  Ferdinand,  Christophe  Colomb  était  mort  à  Sé- 
ville,  en  1506,  dans  le  dénuement  et  le  chagrin.  Son  fils 
Fernand  avait,  se  conformant  à  la  volonté  paternelle, 
fait  transférer  ses  restes  à  Saint-Domingue,  en  1536, 
d'où  ils  furent  portés  définitivement  à  la  Havane,  en 
1795,  dans  la  cathédrale.  Or,  Cuba,  dont  la  Havane 
est  la  capitale,  est  devenue  américaine,  à  la  suite  de 
la  guerre  dont  les  événements  sont  encore  présents  à 
toutes  les  mémoires.  Les  Espagnols  ont  tenu  à  ce 
que  leur  mort  national  ne  reposât  plus  en  pays  en- 
nemi, et  ils  ont  obtenu  du  gouvernement  américain  de 
rapatrier  les  cendres  de  Christophe  Colomb.  De 
grandes  et  imposantes  cérémonies  ont  eu  lieu,  à  l'oc- 
casion de  l'arrivée  en  Espagne  du  navire  qui  appor- 


RELIQUES   ANATOMIQUES  79 

tait  ces  précieuses  reliques  et  de  leur  transfert  dans 
leur  sépulture  définitive. 

L'histoire  des  cendres  de  Marceau,  qui  ont  fini  par 
échouer  —  une  partie  du  moins —  au  Musée  de  l'Ar- 
mée, est  trop  récente  ^  pour  que  nous  la  narrions  à 
nouveau.  Par  contre,  les  anecdotes  que  nous  allons 
rapporter,  si  elles  sontconnues  de  quel(|ues-uns,  sont, 
pour  la  plupart,  oubliées. 

Quand  mourut  la  grande  Mademoiselle,  Louis  XIV 
voulut  que  la  pompe  funèbre  se  fît  avec  le  plus  grand 
cérémonial.  Le  corps  de  Mademoiselle  fut  exposé  et 
gardé  pendant  plusieurs  jours  par  une  princesse,  par 
une  duchesse  et  par  deux  dames  de  qualité. 

Quand  vint  la  cérémonie,  et  pendant  qu'on  rendait 
ces  tristes  devoirs,  arriva  un  accident  qui  causa  un 
vif  émoi.  «  Au  milieu  de  la  journée,  dit  Saint-Simon, 
et  toutes  les  personnes  de  la  cérémonie  présentes, 
l'urne  qui  contenait  les  entrailles,  et  qui  était  sur  une 
crédence,  tomba  et  se  brisa  avec  un  bruit  épouvan- 
table. A  l'instant,  voilà  les  dames,  les  unes  pâmées 
d'effroi,  les  autres  en  fuite.  Les  héraults  d'armes,  les 
Feuillants  qui  psalmodiaient,  s'étouffaient  aux  portes 
avec  la  foule  qui  se  sauvait. 

«  La  confusion  fut  extrême,  la  plupart" gagnèrent  le 
jardin  et  les  cours.  C'étaient  les  entrailles  mal  embau- 

*  Voiries  journaux  de  1901. 


8o  LE    CABINET    SECRET    DE    L  HISTOIRE 

mées  qui  avaient  causé  ce  fracas.  Tout  fut  parfumé 
et  rétabli,  et  cette  frayeur  servit  de  risée  à  la 
cour.  » 

Le  corps  fut  conduit  à  Saint-Denis,  on  porta  les  en- 
trailles aux  Célestins,  le  cœur  au  Val-de-Grâce. 
L'abbé  Anselme,  fameux  prédicateur,  prononça  Forai- 
son  funèbre.  Mlle  de  Montpensier  appartenait  à  1  his- 
toire *. 

N'est-on  pas  allé  jusqu'à  prétendre  que  le  cœur  du 
grand  Roi  lui-même  a  subi  le  sort  le  plus  fantas- 
tique? La  légende  est  trop  divertissante,  malgré  que 
le  sujet  en  soit  quelque  peu  macabre,  pour  ne  pas  être 
recueillie. 

Voici  ce  que  nous  relevions  naguère  dans  un  vieux 
numéro  de  journal,  dont  il  nous  a  été  impossible  de 
préciser  le  titre  ni  la  date. 

«  Il  y  a  une  dizaine  d'années  environ,  au  n°  104  de 
la  rue  du  Faubourg-Poissonnière,  existait  une  maison 
où  était  installée  une  école  professionnelle  catholique 
de  jeunes  filles,  dirigée  par  les  Dames  patronesses. 
MM.  Gorbon  fils  et  Gie,  propriétaires,  ont  fait  dé- 
molir cette  maison  et  en  ont  supprimé  le  jardin  planté 
d'arbres  :  le  tout  est  remplacé  par  trois  maisons, 
construites  d'après  le  plan  de  M.  Richefeu,  archi- 
tecte. 

*  Le  Luxembourg  (1300-1882),  par  Louis  Favre,  p.  77. 


RELIQUES   ANATOMIQUES  ol 

«  Un  souvenir,  extrêmement  curieux  et  à  peu  près 
ignoré,  se  rattache  à  cette  vieille  maison.  Avant  la 
Révolution,  elle  était  habitée,  en  partie  du  moins,  par 
un  Anglais  fort  riche,  le  docteur  Buckland,  dont  le 
nom  est,  pour  ainsi  dire,  devenu  légendaire,  à  cause 
d'un  fait  qui  n'a  peut-être  pas  de  précédent  dans 
l'histoire. 

«  Un  jour,  raconte  Labouchcre,  on  lui  présenta  le 
cœur  de  Louis  XIV,  afin  d'avoir  son  opinion  sur  cette 
singulière  relique.  C'était  quelque  chose  de  sec  et  de 
ratatiné,  ayant  une  assez  grande  ressemblance  avec 
un  morceau  de  cuir.  Le  savant  docteur  examina  la 
chose  avec  la  plus  grande  attention,  la  flaira  lon- 
guement, si  longuement  qu'il  finit  par  l'avaler. 

«  Le  fit-il  exprès,  ou  par  inadvertance  ?  On  ne  l'a 
jamais  bien  su.  L'aventure  fit  un  bruit  énorme,  comme 
on  se  l'imagine  ;  mais  comme  une  restitution  était  im- 
possible, faffaire  en  resta  là.  Ajoutons  que  les  restes 
du  docteur  Buckland  reposent  à  Westminster,  mais  le 
cœur  de  Louis  XIV  était  digéré  depuis  longtemps, 
lorsque  mourut  le  docteur.  » 

Une  découverte  récente  vient  contrarier,  malheu- 
reusement, cette  légende.  Le  Musée  Carnavalet  est 
entré,  il  y  a  environ  dix  ans,  en  possession  d'une 
lettre  du  comte  de  Maurepas,  ministre  de  Louis  XV, 
datée  de  Versailles,  19  mars  1730.  M.  de  Maurepas  y 
informe  le  duc  d'Artois  que,  suivant  l'ordre  du  Roi,  le 
cœur  de  Louis  XIV  sera  déposé  le  surlendemain  21 

iv-6 


82  LE    CABINET   SECRET   DE    l'hISTOIRE 

mars,  en  l'église  des  Pères  Jésuites  de  la  rue  Saint- 
Antoine.  Il  l'invite  à  s'entendre  avec  M.  Robert  de 
Cotte,  architecte  des  bâtiments  du  Roi,  et  l'intendant 
Jules  de  Cotte,  pour  faire  placer  le  cœur  «  sur  le  mau- 
solée construit  pour  le  recevoir.  »  A  cette  lettre  est 
joint  le  procès-verbal  de  la  cérémonie,  qui  eut  lieu, 
en  effet,  dans  la  matinée  du  21  mars. 


VI 


Puisque  nous  en  sommes  au  siècle  de  Louis  XIV, 
sait-on  que  le  corps  de  Turenne  fut  longtemps  con- 
servé au  Muséum  d'histoire  naturelle? 

Après  la  violation  des  sépultures  de  Saint-Denis  *, 
où  le  maréchal  reposait  au  milieu  des  rois,  son  cer- 
cueil avait  été  enlevé  et  déposé  dans  le  grenier  de 
l'amphithéâtre  de  chirurgie,  au  Jardin  des  Plantes  ^, 

^  Son  corps,  parfaitement  conservé,  était  entièrement  desséché  lors  des 
exhumations  de  1793  ;  il  fut  heureusement  oublié  dans  la  chapelle  où  on 
l'avait  momentanément  déposé  et,  par  conséquent,  ne  fut  pas  jeté  dans 
les  fosses  communes  {Des  Sépultures  nationales,  par  Legrand  d'Ausst, 
p.  384n). 

*  Les  administrateurs  du  Muséum  d'histoire  naturelle  le  réclamèrent 
comme  objet  d'art,  et  il  resta  deux  années  dans  une  cage  en  verre  dans 
le  cabinet.  Transporté  ensuite  au  musée  des  Petits-Augustins,  il  fut  placé 
dans  un  tombeau  avec  cette  inscription  :  Passant,  va  dire  aux  enfants 
de  Mars  que  Turenne  est  dans  ce  tombeau.  Les  consuls  le  firent  trans- 
porter aux  Invalides,  où  on  rétablit  son  tombeau  de  SaintrDenis.  Cette 
translation    fut   très   pompeuse  ;   on  remarquait,  à  la  suite  du  corps,  la 


RELIQUES    ANATOMIQUES  83 

OÙ  il  était  encore  au  départ  du  général  Bonaparte 
pour  l'Egypte. 

Le  duc  de  Rovigo  se  rappelait  Ty  avoir  vu  à  cette 
époque,  lorsque  le  général  Desaix  visita  cet  établis- 
sement ;  on  le  montrait  avec  vénération,  quoiqu'il  fût 
confondu  avec  les  autres  squelettes  qui  gisaient  dans 
le  grenier. 

Plus  tard,  le  citoyen  Lenoir,  ayant  obtenu  l'auto- 
risation de  réunir  dans  le  couvent  des  Grands- 
Augustins,  qu'il  avait  transformé  en  Muséum  des 
monuments  français,  les  mausolées  échappés  aux  ou- 
trages de  Saint-Denis,  avait  fait  transporter  dans  ce 
lieu  le  corps  de  Turenne.  C'est  là  que  le  gouverne- 
ment le  fît  prendre,  pour  le  transférer  aux  Invalides. 

C'est  à  Beaumarchais  que  l'on  doit  d'avoir  retiré 
le  corps  de  Turenne  du  Muséum  d'histoire  naturelle, 
pour  le  transporter  au  Musée  des  Invalides,  où  le 
célèbre  guerrier  est  évidemment  mieux  à  sa  place. 

Voici  la  lettre,  peu  connue,  dans  laquelle  l'auteur 
du  Mariage  de  Figaro,  s'adressant  à  François  de 
Neufchâteau,  alors  ministre,  sollicitait  la  a  cessation 
de  ce  scandale  »  : 


cuirasse,  l'écharpe  de  ce  graad  homme,  et  le  boulet  qui  le  tua.  Ces 
objets  avaient  été  prêtés  par  le  duc  de  Bouillon,  à  qui  ils  appartenaient. 
(Legrand  d'Aussy,  loc.  cit.) 


84  LE   CABINET   SECRET   DE    l'hISTOIRE 

Au  ciloijen  François  de  Neufchâieau. 

21  brumaire  an  VII  (ii  novembre  1798). 
Citoyen  Ministre, 

Les  soins  constants  que  vous  mettez  pour  embellir  le  jar- 
din national,  conservatoire  des  plantes  exotiques,  des  arbres 
et  des  animaux  qui  arrivent  de  tous  les  points  du  globe,  nous 
prouvent  que  vos  sages  vues  s'étendent  à  tout  ce  qui  peut 
être  utile  au  public,  ou  sembler  digne  de  sa  curiosité.  Mais 
j'avoue  qu'au  plaisir  de  voir  ces  collections  se  mêle  en  moi 
un  sentiment  pénible,  toutes  les  fois  que  j'y  retrouve  au 
coin  d'un  laboratoire  de  chimie,  dans  la  poussière  des 
lourneaux,  des  matras  et  des  matériaux  servant  à  des 
distillations,  le  corps  exhumé  de  Turenne,  sans  que  je 
puisse  m'expliquer  les  motifs  d'un  pareil  dédain  pour  les 
restes  d'un  chef  d'armée  que  le  roi  le  plus  fier  de  son 
rang  jugea  digne  de  partager  la  sépulture  de  sa  maison. 

Que  peut  donc  avoir  de  commun  le  squelette  du  Grand 
Turenne  avec  les  animaux  que  votre  enceinte  nous  con- 
serve ? 

Qu'aurait  dit  Montecuculli  de  voir  son  vainqueur  figurer 
au  milieu  d'une  ménagerie? 

En  cherchant  s'il  n'y  avait  point  à  Paris  quelque  dépôt 
moins  indécent  pour  les  restes  de  ce  grand  homme  qu'un  la- 
boratoire de  chimie  qui  nous  dégrade  el  non  pas  lui,  j'ai  re- 
trouvé son  tombeau  d'un  grand  style,  au  muséum  de  nos 
monuments  funéraires,  enclos  des  Petits-Augustins,  où  ses 
restes  si  révérés  manquent  autant  à  son  tombeau  que  le 
tombeau  manque  à  ses  restes. 


RELIQUES    ANATOMIQUES  85 

Le  marbre  noir  placé  dessous  le  bas-relief  de  la  bataille 
dcTurckeim  en  iG75,  après  le  gain  de  laquelle  Turenne 
perdit  la  vie  en  visitant  un  poste  dangereux,  ce  marbre  peut 
être  enlevé;  un  cadre,  des  verres  en  sa  place,  laissant  voir 
le  corps  du  héros,  commanderaient  notre  respect,  apaise- 
raient l'indignation  qu'on  éprouve  en  voyant  Turenne  auprès 
des  fœtus  et  des  monstruosités  qui  attirent  la  foule. 

Je  suis  même  très  étonné  que  les  ingénieux  auteurs  du 
muséum  le  plus  philosophique  de  tous,  quoique  dans  un  lo- 
cal mesquin,  n'aient  pas  sollicité  la  cessation  d'un  tel  scan- 
dale, en  vous  priant,  citoyen  ministre,  de  confier  le  dépôt 
provisoire  des  restes  du  grand  homme  dont  ils  ont  sauvé  le 
tombeau,  en  attendant  que  la  nation  lui  décerne  enfin  des 
honneurs  dignes  de  sa  réputation  ;  eux  qui,  pendant  que 
l'ignorance  exaltée  mutilait  tous  les  monuments  de  nos  ar- 
tistes, ont  eu  la  pensée  courageuse  de  préserver,  et  la  con- 
ception profonde  de  classer  par  suite  de  siècles,  les  tombeaux 
des  hommes  puissants  dont  l'histoire  offrirait  le  muséum 
moral,  si  l'on  pouvait  les  y  embrasser  d'un  coup  d'oeil  comme 
on  le  fait  aux  ci-devant  Augustins. 

Ce  rapprochement  désirable  de  Turenne  avec  son  tombeau 
renforcerait  l'un  des  buts  si  frappants  qu'on  sent  qu'ils  ont 
voulu  remplir  en  composant  leur  muséum  :  celui  de  nous 
montrer  par  quels  degrés  nos  sculpteurs  et  nos  architectes 
se  sont  élevés  à  l'honneur  de  rivaliser  avec  les  grands  ar- 
tistes de  la  Grèce;  celui  d'y  rappeler  cette  pensée  philoso- 
phique, qu'avant  que  l'on  eût  érigé  ce  grand  royaume  en  ré- 
publique, la  mort  seule  avait  le  pouvoir  d'y  ramener  les 
choses  privilégiées  à  cette  égalité  que  la  république  con- 
sacre; enfin,  l'honorable  but  de  prouver  à  tous  les  penseurs 


86  LE    CABINET   SECRET    DE    L'hISTOIRE 

de  l'Europe  que  la  nation  française  est  loin  de  partager  la 
barbarie  qui  uous  a  privés,  en  peu  d'heures,  des  numuments 
de  douze  siècles.  Si  notre  muséum  central,  par  la  réunion 
des  chefs-d'œuvre  qu'on  y  expose,  donne  un  plaisir  délicieux 
à  ceux  qui  savent  en  jouir,  celui-ci  nous  élève  à  de  grandes 
pensées  ;  et  le  désir  d'y  voir  déposer  provisoirement  les  cen- 
dres de  Turenne  en  est  une  des  plus  morales. 

Je  vous  prie  donc,  ministre  ami  de  l'ordre,  dont  la  haute 
magistrature  est  de  surveiller  les  objets  de  décence  publique 
de  prendre  en  considération  cette  remarque  sur  Turenne, 
qu'un  bon  citoyen  vous  soumet. 

Je  pourrais  bien  signer  mon  nom,  ou  même  en  donner 
l'anagramme,  si  cette  singularité  ajoutait  quelque  chose  au 
mérite  d'un  aperçu  :  Qu  importe  qui  je  sois,  si  je  dis  la  vérité  ? 
c'est  de  cela  seul  qu'il  s'agit. 

Le  corps  de  Turenne  n'est  pas  la  seule  relique 
humaine  que  le  Jardin  des  Plantes  possède  ou  ait 
possédée  :  le  corps  de  Daubenton  y  repose  ou  y  repo- 
sait dans  un  coin  du  labyrinthe,  sous  un  petit  monu- 
ment du  temps  *.  Victor  Jacquemont,  Guy  de  la 
Brosse  y  ont  aussi  leur  sépulture^.  Mais,  au  moins 
pour  ceux-là,  on  ne  songera  pas  à  protester.  Ce 
sont  des  naturalistes,  des  gloires  de  la  Maison  ;  ils 
sont  chez  eux,  au  milieu  des  fleurs. 


'  Gazette  anecdotique,  1885,  p.  91. 

'  Les  corps  de  V.  Jacquemont  et  G.  de  la  Brosse  sont  restés  enfouis 
dans  les  caves  du  Muséum  jusqu'à  ces  dernières  années  ;  il  y  a  quelques 
années  seulement  qu'on  leur  a  donné  une  sépulture  convenable. 


RELIQUES   ANATOMIQUES  87 

On  demandait  dernièrement  où  était  le  cœur  de 
Turenne,  que  les  Allemands  affirmèrent  longtemps 
être  déposé  dans  une  petite  chapelle  située  aux  en- 
virons d'Achem,  près  de  Sulzbach. 

En  réalité,  le  cœur  de  Turenne  est  conservé  en 
France  ;  il  n'y  a  aucun  doute  à  garder  sur  ce  point, 
désormais  incontestable. 

Le  4  nivôse  an  II  {2/i  décembre  1793),  le  précieux 
viscère  fut  placé,  par  les  soins  de  M.  Guichard,  maire 
de  Cluny,  dans  les  archives  de  cette  ville,  où  il  resta 
jusqu'au  commencement  du  règne  de  Louis  XVIII. 

Une  ordonnance  royale  ayant  décidé  que  les  cœurs 
des  généraux  seraient  rendus  à  leurs  familles,  une 
enquête  fut  établie,  sur  les  ordres  des  ministres  de 
l'intérieur  et  de  la  guerre,  afin  de  constater  l'identité 
du  cœur  de  Turenne,  réclamé  par  le  comte  de  la 
Tour  d'Auvergne-Lauraguais. 

Le  procès-verbal  d'enquête  fut  rédigé,  le  30  août 

1818,  par  le  marquis  de  Vaulchier,  préfet  de  Saône- 
et-Loire.  Le  16  décembre  suivant,  le  cœur  de  Tu- 
renne était  adressé,  par  le  préfet  de  Saône-et-Loire, 
à  son  collègue  de  l'Aude,  pour  être  remis  au  comte  de 
la  Tour  d'Auvergne . 

Cette  remise  eut  lieu  à  Carcassonne,  le  2  janvier 

1819,  par  M.  Cromot  de  Fougy,  conseiller  d'État, 
préfet  de  l'Aude.  Depuis  cette  époque,  le  cœur  de 
Turenne  est  conservé  au  château  de  Saint-Paulet, 
dans  une  boîte  sur  laquelle  on  lit  ces  mots  : 


88  LE    CABINET   SECRET    DE    L  HISTOIRE 

La  présente  boîte  de  carton^  contenant  le  cœur  de 
Tiirenne^  a  été  scellée  par  nous,  préfet  de  Saône-et- 
Loire  et  maire  de  Cluny,  à  Cluny,  le  30  août  I8l8. 
—  Signé  :  Fart  in,  maire  de  Cluny. 

La  boîte  elle-même,  contenue  dans  une  enveloppe 
de  plomb,  revêtue  d'un  sac  de  velours  cramoisi,  est 
accompagnée  de  la  note  suivante  : 

Ici  est  renfermé  le  cœur  de  très  haut  et  très  puis- 
sant prince  Henry  de  la  Tour  d'Auvergne,  vicomte 
de  Turenne,  colonel  général  de  la  cavalerie  légère 
de  France,  gouverneur  du  haut  et  bas  Limousin  et 
maréchal  général  du  camp  et  armées  du  roi. 

Le  cœur  de  Turenne  *  avait  si  peu  de  volume,  qu'en 
l'examinant,  les  chirurgiens  de  l'armée  qui  l'embau- 
mèrent ne  pouvaient  revenir  de  leur  surprise.  Ce 
héros  leur  fournit  un  sujet  d'étonnement  de  plus  :  il 
n'avait  qu'un  rein. 

VII 

Combien  de  débris  funéraires  qui  ont  eu  des  péri- 
péties mouvementées  ! 

*  La  découverte  du  prétendu  Cœur  de  saint  Louis,  faite  à  la  Sainte-Cha- 
pelle, le  15  mai  1843,  a  donné  lieu  à  une  publication  critique  de  M.  Le- 
TRONNE  (Paris,  1844).  Nous  avons  parlé  du  cœur  de  différents  grands 
personnages  dans  nos  Curiosités  de  la.  Médecine,  et  de  l'odyssée  du  cœur 
du  prétendu  Louis  XVII,  dans  nos  Morts  mystérieuses  de  l'Histoire. 


RELIQUES   ANATOMIQUES  89 

S'il  ne  fallait  se  borner,  que  de  révélations  impré- 
vues pourrions-nous  encore  faire  !  IVous  sera-t-il 
permis  de  rappeler  cependant  une  indiscrétion  dont 
nous  nous  rendîmes  jadis  coupable  et  qui  souleva, 
à  l'époque  où  elle  se  produisit,  un  assez  gros  ta- 
page ? 

En  feuilletant  un  ouvrage  d'anecdotes  médicales, 
nous  avions  découvert  un  fait  inattendu  :  les  méde- 
cins qui  avaient  pratiqué  l'autopsie  du  grand  empe- 
reur avaient  dû,  pendant  la  nuit,  interrompre  leur 
besogne,  et  le  lendemain,  le  cœur  de  Napoléon  ne  se 
retrouvait  plus...,  parce  qu'il  avait  été  mangé  par  les 
rats  !  Je  tenais  le  détail  de  mon  érudit  confrère  et 
ami,  le  docteur  Bremond,  qui  avait  recueilli  ce  détail 
dans  les  Mémoires  du  docteur  Anlommarchi,  un  de 
ceux  qui  assistèrent  aux  derniers  moments  de  l'exilé 
de  Sainte-Hélène. 

Ainsi,  les  quelques  milliers  de  curieux  qui  avaient 
défilé  devant  le  tombeau  des  Invalides  s'étaient  age- 
nouillés devant  un  cœur...  de  mouton;  car  on  avait 
substitué  le  viscère  de  ce  doux  animal  à  celui  du 
vainqueur  du  monde  ^  ! 

Pareille  mésaventure  était  arrivée  au  cœur  d'Ar- 
naud, le  solitaire  de  Port-Royal,  ainsi  qu'au  cœur 
du  Régent.  Un  chien,  un  beau  danois,  sans  respect 


'  Voir  Intermédiaire  des  chercheurs  et  des  curieux,  1864,  pp.  20,  46  ; 
1865,  p.  42  ;  1879,  pp.  98,  151  ;  1887,  pp.  549,  658. 


QO  LE    CABINET    SECRET    DE    L  HISTOIRE 

pour  ce  muscle  inanimé,  les  avait  dévorés  sans  autre 
façon^ 


VIII 

Une  simple  réflexion  en  terminant  :  Y  a-t-il  inté- 
rêt à  conserver,  dans  nos  musées,  le  crâne  de  Riche- 
lieu ou  la  cervelle  de  Talleyrand,  à  moins  toutefois 
quils  ne  présentent  quelque  particularité  au  point 
de  vue  anthropologique  ? 

Les  cheveux  de  Maximilien  Robespierre  ou  la 
prétendue  tête  de  Charlotte  Gorday  devraient-ils 
avoir  leur  place  à  côté  des  chefs-d'œuvre  les  plus 
remarquables  de  Tart  ancien  ou  moderne  ?  D'au- 
tant qu'on  est  exposé,  à  tout  instant,  aux  plus  gros- 
sières mystifications,  celle-ci,  entre  autres  :  on  avait 
retrouvé  la  mâchoire  de  l'auteur  de  Tartufe.  M,  Dar- 
cel,  qui  l'avait  reçue,  pour  le  musée  de  Cluny,  des 
héritiers  du  docteur  Cloquet,  l'avait  offerte  à  l'ad- 
ministrateur du  Théâtre-Français,  la  seule  sépulture 
digne  d'une  telle  dépouille  ^. 

*  Voir,  pour  les  Cœurs  mangés,  VI intermédiaire,  1886,  pp.  58  et  216. 

*  Voir,  sur  la  mâchoire  de  Molière,  l'Intermédiaire,  I,  pp.  109,246;  VIII, 
pp.  452,  538  ;  X,  p.  581  ;  la  brochure  intitulée  la  Relique  de  Molière, 
par  M.  Ulrich-Richard  Desaix,  et  l'article  de  M.  F.  Chambon,  dans  la 
Chronique  médicale  du  15  mars  1901  {Un  fragment  de  la  mâchoire  de 
Molière  à  la  Sorbonne).lï  est  question,  dans  l'opuscule  de  M.  Desaix, 
d'un  reliquaire  appartenant  à  Vivant-Denon  et  qui  contenait,  outre  un 


RELIQUES   ANATOMIQUES  9I 

Il  n'y  avait  qu'un  malheur,  c'est  que  l'authenticité 
en  était  fort  contestée.  Un  irrévérencieux  humoriste 
alla  même  jusqu'à  insinuer  que  cette  mâchoire  de 
Molière  était  tout  au  plus  de  Regnard! 

Si  encore  ces  supercheries  nous  guérissaient  de 
notre  aberration;  si  on  finissait  par  comprendre  que  le 
souvenir  d'un  grand  homme  et  surtout  l'exemple  de 
son  œuvre  valent  mieux  que  cette  abdication  de  la 
raison  devant  une  matière  vouée  fatalement  à  la  des- 
truction î 

fragment  d'os  de  Molière,  des  cheveux  d'Agnès  Sorel  et  d'7nés  de  Castro, 
une  partie  de  la  moustache  de  Henri  IV,  un  morceau  du  linceul  de 
Turenne,  des  cheveux  du  général  Desaix,  une  dent  de  Voliaire,  des  frag 
menls  d'os  d'Hëloîse  et  Abeilard,  du  Cid  et  de  Chimène,  de  la  Fontaine 
et  enfin  une  mèche  des  cheveux  de  Napoléon  !"•■. 

Consulter,  sur  le  crâne  de  Sophocle,  Nouvelles  de  l'Intermédiaire, 
30  août  1893,  p.  47-48;  sur  les  débris  anatomiques  du  Dante,  l'Amateur 
d'autographes,  t.  IV,  pp.  175  et  192  ;  sur  la  tête  de  Coligny,  l'Intermé- 
diaire, XXV,  pp.  385,  436,  49S,  593,  655  ;  sur  la  tète  de  Pascal,  Intermé- 
diaire, 1875,  pp.  383,  464;  1878,  pp.  3,  61  ;  sur  la  destinée  du  cadavre 
de  La  Bruyère,  Intermédiaire,  1887,  p.  678  ;  sur  le  cadavre  de  Des 
cartes,  le  Journal  de  Médecine  de  Paris,  1890,  p.  662-663,  et  le  Bulle- 
tin de  la  Société  archéologique  de  Touraine,  XIII,  1901,  p.  55-80  ;  sur 
le  corps  de  Voltaire,  émietté  un  peu  partout  :  Petite  Revue,  1866,  t.  XI, 
p.  182  ;  Intermédiaire,  1, 62  ;  III,  8  ;  XVIII,  389,  452,  536;  XXI,  12  ;  Reuue 
des  autographes,  15  août  1866  ;  Reuue  de  la  Révolution,  Documents  iné- 
dits, t.  VII,  p.  109;  sur  le  crâne  de  Mirabeau,  l'Intermédiaire,  XX,  452  ; 
sur  la  tête  de  Stofflet,  l'Intermédiaire,  1892,  t.  II,  pp.  15  et  308;  sur 
l'histoire  posthume  de  quelques  personnages  célèbres,  cf.  la  Corres- 
pondance historique  et  archéologique,  1897,  n"  39. 


LE  MEDECIN  DE  MADAME  DE  POMPADOUR 


Ne  va-t-on  pas  s'aviser  que  le  dix-huitième  siècle, 
si  fouillé  et  pourtant  si  fécond  en  surprises,  n'est 
pas  seulement  l'époque  des  soupers  fins,  des  femmes 
à  paniers,  des  vapeurs  et  des  mouches  ?  Cesserait- 
on  de  le  représenter  comme  une  perpétuelle  féerie, 
où  libertins  et  oisifs  jouaient  seuls  la  partie  ?  Nous 
auraient-ils  donc  trompés,  les  annalistes  grivois,  en 
déroulant  sous  nos  yeux  le  spectacle  d'une  sarabande 
folle,  où  marquises  et  abbés  de  cour,  petits-maîtres 
et  nobles  duchesses,  s'entremêlent  joyeusement? 

Quand  on  nous  parle  du  règne  de  Louis  XV,  c'est 
avec  un  air  entendu,  le  sourire  sur  les  lèvres.  Ah!  le 
beau  temps  pour  les  scandales  à  huis  clos,  les  enlève- 
ments discrets,  l'arbitraire  et  la  licence  sans  frein  ! 
S'il  est  pourtant  un  caractère  de  cette  époque  qu'on 
n'a  pas  mis  suffisamment  en  relief,  c'est  le  contraste 
qu'il  nous  offre  d'une  vie  de  plaisirs  faciles  et  celle 
d'un  travail  opiniâtre. 


LE  MÉDECIN  DE  MADAME  DE  POMPADOUR       qS 

On  attribue  communément  aux  Encyclopédistes  le 
mérite  d'avoir  été  les  pionniers  de  la  Révolution,  de 
l'avoir  préparée  par  leurs  écrits  ;  on  oublie  qu'ils  ont 
été  secondés  dans  cette  besogne  par  des  hommes, 
d'allures  plus  modestes,  qui  ont  accompli  leur  œuvre 
sans  ostentation  ni  fracas.  Ces  hommes,  on  les  peut 
compter;  ils  sont  une  poignée,  tout  au  plus,  ces  fac- 
tieux qui  conspirent  dans  l'entresol  même  de  la  favo- 
rite du  moment,  de  cette  bourgeoise  parvenue,  hier 
encore  Mm^e  d'Etiolles,  aujourd'hui  la  vraie  reine  de 
France  :  Mme  de  Pompadour. 

Tandis  que,  dans  une  pièce  voisine,  la  maîtresse 
s'essaie  à  réveiller  les  sens  blasés  de  son  royal  amant; 
alors  que,  de  sa  main  fluette,  elle  signe  les  disgrâces 
et  distribue  les  faveurs  ;  pendant  qu'elle  courbe,  sous 
le  talon  de  sa  mule,  les  Choiseul,  les  Bernis,  les  Ma- 
chault  et  autres  courtisans  empressés  à  la  lui  baiser 
dévotieusement,  des  philosophes  agitent  les  plus  gra- 
ves problèmes  dans  son  propre  appartements  sans 
s'inquiéter  qu'on  écoute  aux  portes. 

*  Au-dessous  du  logement  de  Quesnay,  se  trouvait  le  «  cabinet  parti- 
culier »  où  Mme  de  Pompadour  recevait  le  roi  et  les  personnages  impor- 
tants, «  pour  ses  affaires  secrètes  ».  Mémoires  de  MmeduHausset,  p.  51. 

Le  duc  de  Croy  parle  a  d'un  arrière-cabinet  de  laque  rouge  »,  où  il  est 
reçu  par  la  marquise  et  paroù,  àl'improviste,  arrive  le  roi  (Mémoires  de 
Croy,v.  132)  :  ce  devait  être,  d'après  M.  de  Nolhac  {Le  Château  de  Ver- 
sailles sous  Louis  XV,  p.  212),  le  «  cabinet  particulier  »,  dont  il  vient  d'être 
question  et  qu'un  passage  reliait  à  un  escalier  intérieur  réservé  au  roi. 

Mme  d'Etiolles.devenue  Mme  de  Pompadour,  occupa  au  château  de  Ver- 


g4  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

Il  est  des  jours  où  le  bruit  des  discussions  doit 
ébranler  les  murs,  car  les  conversations  sont  des 
plus  animées.  La  présence  de  l'hôtesse  de  céans, 
qui  daigne  s'asseoir  à  la  table  où  voltigent  les  plus 
ingénieux  paradoxes,  les  plus  audacieuses  théories, 
n'est  pas  pour  en  ralentir  le  feu. 

Dans  cette  assistance  de  choix,  on  reconnaît  la  plu- 
part de  ceux  qui  prendront  plus  tard  la  plume  pour 
stigmatiser  les  abus,  anéantir  le  passé  et  préparer 
Tavenir.  On  y  voit,  devisant  ensemble,  d'Alembert,  au 
masque  narquois;  Duclos,  si  bien  défini  par  Jean- 
Jacques  :  un  homme  droit  et  adroit  ;  Diderot,  qui 
rumine  dans  son  vaste  cerveau  la  vaste  Encyclopédie  ; 
Marmonlel,le  prêtre  défroqué,  l'auteur  de  Contes  dits 
moraux,  probablement  par  euphémisme  ;  BufFon, 
l'homme  aux  manchettes,  ce  qui  ne  l'empêche  pas 
d'être  un  naturaliste  de  génie;  enfin,  un  personnage 
grave  entre  tous,  qui  ne  parle  que  par  sentences, 
le  médecin  qui  a  toute  la  confiance  de  la  favorite  :  le 
docteur  Quesnay^ 

sailles  divers  appartements;  le  dernier,  où  elle  mourut,  était  situé  dans 
l'aile  du  Nord,  au  rez-de-chaussée  (Hist.  de  Mme  du  Barry,  t.  III,  par 
Ch.  Vatel). 

*  C'est  par  Mme  dEstrades,  parente  de  Mme  de  Pompadour,  que  Ques- 
nay  était  entré  en  relations  avec  la  favorite  de  Louis  XV .  Un  jour  Mme 
d'Estrades,  en  voiture  avec  le  duc  de  Villeroy,  s'étant  trouvée  mal,  Quesnay 
fut  appeléauprès d'elle.  Mme  d'Estrades,  satisfaite  des  soins  que  lui  avait 
doaaés  Quesnay,  recommanda  le  docteur  à  sa  cousine,  Mme  de  Pompa- 
dour. 

Ce  ne  fut  que  vers  1748  ou  1749   que  Quesnay  devint  le  médecin  de 


LE  MÉDECIN  DE  MADAME  DE  POMPADOUR        QS 

Louis  XV  a  logé  Quesnay  dans  une  dépendance 
de  Tappartement  de  sa  maîtresse,  à  deux  pas  de  son 
boudoir.  Le  médecin  est  bien  à  l'étroit  dans  son 
entresol,  mais  il  s'en  console  en  philosophe,  trop 
heureux  d'avoir  sous  les  yeux  un  champ  d'observa- 
tions sans  limites. 

Et  puis  il  a  un  dada,  l'aimable  docteur,  qui  suffirait 
à  dissiper  son  ennui,  si  tant  est  qu'il  eût  le  temps  de 
s'ennuyer.  Vous  le  voyez  errer  dans  le  palais  de  Ver- 
sailles, le  visage  rasé  de  frais,  l'air  souriant,  l'œil 
malicieux,  le  nez  au  vent.  Vous  vous  le  représentez 
obséquieux  et  poli,  remplissant  en  conscience  son  mé- 
tier de  médecin  de  cour.  Détrompez-vous  :  le  doc- 
teur Quesnay  réfléchit',  sous  un  masque  de  galantin 
oisif,  aux  plus  sévères  problèmes  d'économie  sociale. 
Pendant  qu'on  délibère  chez  Mme  de  Pompadour  de 

Mme  de  Pompadour  ;  à  la  fin  de  1747,  il  était  toujours  attaché  au  duc  de 
Villeroy  comme  chirurgien  ;  en  mars  1749,  il  devint  médecin  à  la  Cour  ; 
le  24  janvier  1750,  Mme  de  Pompadour  est  la  marraine  d'un  de  ses  petits- 
enfants,  ce  qui  fait  supposer  des  relations  établies  avec  le  grand-père. 
(Inauguration  du  monument  de  François  Quesnay  et  Vie  de  Quesnay, 
par  F.  LoRiN,  p.  139-140).  Après  la  mort  de  la  marquise  de  Pompadour, 
Quesnav  habita  à  Versailles,  au  Grand-Commun  (aujourd'hui  l'hôpital 
militaire),  dont  il  était  le  médecin  ;  quand  il  venait  à  Paris,  il  descendait 
chez  son  gendre  au  palais  du  Luxembourg  (J.  Lorin,  op  cit.,  p.  168). 

«  Louis  XV  l'avait  surnommé  le  Penseur.  Quand  il  l'avait  anobli,  il 
avait  demandé  à  choisir  lui-même  l'écusson  de  ses  armes.  C'est  ainsi 
qu'il  les  composa  de  trois  fleurs  de  pensées  sur  un  champ  d'argent,  à  la 
fasce  d'azur,  avec  cette  devise  :  Propter  cogitationem  mentis,  «  espèce 
de  rébus,  si  l'on  veut,  dit  d'.\lembert,  comme  plusieurs  autres  écussons, 
mais  rébus  honorable,  parce  qu'il  était  vrai.  « 


C)6  LE    CABINET   SECRET   DE    L  HISTOIRE 

la  paix  ou  de  la  guerre,  du  choix  des  généraux,  du 
maintien  ou  du  renvoi  des  ministres,  notre  docteur, 
aussi  indifférent  à  tous  les  mouvements  de  la  cour, 
que  s'il  eût  été  à  cent  lieues  de  distance,  griffonne  en 
paix  ses  axiomes  d'économie  rustique*.  Il  vit  à  la 
cour,  ignorant  de  la  langue  du  pays,  ne  cherchant  pas 
à  l'apprendre  et  peu  lié  avec  ses  habitants"^. 

Les  seules  personnes  avec  qui  il  aime  s'entretenir 
sont  les  gens  de  lettres^  ou  les  philosophes  qui 
viennent  le  visiter. 

*  Marmontel,  Mémoires. 

'  Mercure  de  France,  novembre  1778. 

'  La  Condamine  vint  un  jour  le  prier  d'intervenir  auprès  de  Mme  de 
Pompadour,  pour  obtenir  la  mise  en  liberté  de  la  Beaumelle,  qui  avait 
offensé  la  favorite  et  était  emprisonné  à  la  Bastille  ;  la  Beaumelle  quitta 
la  Bastille  au  mois  de  septembre  suivant  {La  Beainnelle  et  Saint-Cyr, 
par  M.  Ach.  Taphanel,  p.  291). 

En  1762,  Voltaire  écrivait  à  un  de  ses  amis  que  Mme  Calas  ferait  bien 
de  voir  Quesnay  :  «  Je  suis  fort  de  votre  avis,  que  Mme  Calas  aille  trou- 
ver QuesQaj',  mais  je  ne  sais  si  elle  doit  se  trouver  sur  le  passnge  du 
Roi,  à  moins  qu'il  ait  quelqu'un  qui  la  fasse  remarquer  à  Sa  Majesté  ou 
qu'il  lui  en  ait  parlé.  »  Le  16  août,  Voltaire  revient  à  la  charge  :  ■■  Je 
suppose  que  Mme  Calas  a  fait  rendre  à  Mme  la  marquise  de  Pom- 
padour la  lettre  que  le  professeur  Tronchin  avait  écrite,  il  y  a  un  peu 
plus  d'un  mois,  en  faveur  de  Mme  Calas  ;  je  crois  qu'il  y  en  a  une 
aussi  à  M.  Quesnay.  Ces  lettres  sont  importantes.  Si  Mme  Calas  ne  les 
avait  pas  encore  fait  rendre,  il  faudrait  qu'elle  ne  différât  plus,  elle 
n'aurait  qu'à  écrire  à  M.  Quesnay,  à  Versailles,  et  mettre  la  lettre  pour 
Mme  de  Pompadour  dans  le  paquet  de  M.  Quesnay. 

«  Ceux  qui  dirigent  Mme  Calas  à  Paris  lui  dicteraient  une  lettre  courte 
et  attendrissante  pour  M.  Quesnay  :  cette  démarche  ferait  très  bon  effet.» 
Correspo7idance  de  Voltaire. 


LE  MÉDECIN  DE  MADAME  DE  POMPADOUR       97 

Ce  sont  d'abord  la  plupart  des  rédacteurs  de  VEn- 
cyclopédie\  dont  il  est  un  des  plus  assidus  collabo- 
rateurs :  Duclos,  l'historiographe  du  roi,  pour  lequel 
il  professe  une  réelle  sympathie,  faite  d'une  commu- 
nauté d'idées  et  de  tempérament  ;  Buffon,  Turgot, 
alors  tout  jeune,  et  qui  appliquera  plus  tard  au  pou- 
voir les  idées  du  maître. 

Dans  ce  milieu,  Quesnay  conserve  son  franc 
parler.  On  composerait  tout  un  recueil  des  saillies 
qui  lui  échappaient  dans  le  feu  de  l'improvisation,  car 
il  ne  se  gênait  guère  pour  dire  crûment  ce  qu'il 
croyait  être  la  vérité. 

Lors  des  disputes  du  clergé  et  du  Parlement,  il  se 
rencontre  un  jour,  dans  le  salon  de  Mme  de  Pompa- 
dour,  avec  un  homme  qui  proposait  au  roi  l'emploi 
des  moyens  violents,  lui  disant  :  c'est  la  hallebarde 
qui  mène  un  royaume. 

—  Et  qui,  répliqua  Quesnay,  mène  la  hallebarde, 
Monsieur  ? 

Voyant  qu'on  attendait  le  développement  de  sa 
pensée  : 

—  C'est  l'opinion!  prononça-t-il  avec  force;  c'est 
donc  sur  l'opinion  qu'il  faut  travailler.  Propos  osé, 
pour  le  temps  où  il  fut  tenu. 

•  Il  fit  pour  ce  dictionnaire  les  articles  Fermiers  et  Grains,  ainsi  que 
l'article  Évidence,  «  qui  eut  le  sort  de  presque  tous  les  ouvrages  de  celte 
espèce,  d'être  assez  peu  lu,  encore  moins  entendu,  et  fort  critiqué.  » 
D'Alembert. 

iv-7 


()8  LE    CABINET    SECRET    DE    L  HISTOIRE 

Un  autre  jour,  le  dauphin,  père  de  Louis  XVI, 
Louis  XVIII  et  Charles  X,  se  plaignait  des  embarras 
de  la  royauté. 

—  Que  feriez-vous  donc  si  vous  étiez  roi,  dit-il  en 
se  tournant  vers  Quesnay? 

—  Monseigneur,  je  ne  ferais  rien. 

—  Et  qui  gouvernerait  ? 

—  Les  lois. 

Devant  le  roi  lui-même,  son  attitude  était  aussi 
fière,  mais  sa  tierté  était  tempérée  d'un  respectueux 
attachement.  Il  en  témoigna  maintes  fois  S  mais 
c'est  dans  une  occurrence  grave  que  son  dévoue- 
ment trouva  surtout  à  s'exercer. 

Au  beau  milieu  de  la  nuit,  Mme  de  Pompadour 
avait  réveillé  sa  femme  de  chambre,  qui  nous  a  con- 
servé le  récit  de  l'aventure. 

—  Venez  vite,  lui  dit-elle,  le  roi  se  meurt.  Toute 
en  émoi,  la  soubrette  met  en  hâte  un  jupon  et  arrive 
auprès  du  roi  :  Louis  XV  était  évanoui. 

On  lui  jette  de  l'eau  :  il  revient  à  lui.  Quelques 
gouttes  de  liqueur  d'Hoffmann,  préparation  à  base 
d'éther,  achevaient  de  le  remettre. 


'  Quesnay  avait  donné  des  soins  à  Louis  XV,  lors  de  l'attentat  de 
Damiens,  le  7  janvier  1757.  Hévin,  médecin  de  la  dauphine,  s'y 
était  trouvé  le  premier;  en  l'absence  de  la  Martinière,  il  soigna  le 
roi  ;  la  Martinière  vint  ensuite,  mais  il  exprima  le  même  avis  que 
Quesnay,  à  savoir  que,  si  le  roi  avait  été  un  simple  particulier,  il 
aurait  pu   quitter  la    chambre  le  lendemain  (Lorin,    Variétés,  p.  64  n.) 


LE  MÉDECIN  DE  MADAME  DE  POMPADOUR       99 

—  Ne  faisons  pas  de  bruit,  dit  le  roi  dès  qu'il  put 
parler.  Allez  seulement  chez  Quesnay  lui  dire  que 
c'est  votre  maîtresse  qui  se  trouve  mal,  et  dites  à  ses 
gens  de  ne  pas  parler. 

Quesnay  vient  aussitôt,  et  reste  étonné  de  trouver 
le  roi  dans  cet  état.  Il  lui  tâte  le  pouls  et  dit  :  «  La 
crise  est  finie  ;  mais  si  le  roi  avait  soixante  ans,  cela 
aurait  pu  être  sérieux.  » 

Il  alla  chercher  chez  lui  quelque  drogue,  probable- 
ment des  gouttes  du  général  Lamotte  \  puis  se  mit 
à  inonder  le  roi  d'eau  de  senteur.  On  fit  prendre  en- 
suite au  malade  quelques  tasses  de  thé,  et  il  regagna 
son  appartement,  appuyé   sur  le  bras   du    docteur. 

Le  lendemain,  le  roi  faisait  remettre  un  billet  à  sa 
maîtresse,  où  il  disait  :  «  Ma  chère  amie  doit  avoir  eu 
grand'peur,  mais  qu'elle  se  tranquillise,  je  me  porte 
bien,  et  le  docteur  vous  le  certifiera.  »  Quesnay 
reçut  mille  écus  de  pension  pour  ses  soins  et  la  pro- 
messe d'une  place  pour  son  fils  ^. 

Le  bon  docteur  en  avait  été  quitte  pour  la  peur, 
mais  il  appréhendait  souvent  ce  qui  adviendrait,  si  le 

1  Sur  leur  composition,  cf.  le  Vieux-Neuf,  2"  édition,  1, 153  et  111,534  n. 

•  Le  roi,  qui  l'avait  en  grande  estime  et  affection,  voulut  lui  faire  une 
■dotation  considérable.  Quesnay  connaissait  l'état  lamentable  des 
finances  du  pays  ;  il  avait,  dans  un  de  ses  écrits,  fait  imprimer,  par  le 
roi  lui-même,  cette  phrase  :  Pauvre  paysan,  pauvre  royaume  ;  pauvre 
royaume,  pauvre  souverain.  —  «  Sire,  répondit-il,  j'accepterai  les  pré 
sents  de  Votre  Majesté,  quand  elle  aura  payé  ses  dettes.  »  F.  Lorin, 
Inauguration  du  monument,  etc.,  p.  27. 


100  LE    CABINET    SECRET    DE    L  HISTOIRE 

roi  disparaissait  du  monde.  Une  fois  que  Mirabeau, 
le  frère  de  l'orateur,  lui  disait  :  «  J'ai  trouvé  mau- 
vais visage  au  roi  ;  il  vieillit.  » 

—  Tant  pis,  mille  fois  tant  pis  !  répondit  Quesnay , 
ce  serait  la  plus  grande  perte  pour  la  France  s'il 
venait  à  mourir.  Et  il  détaillait  toutes  les  consé- 
quences de  cet  événement,  qu'il  prévoyait  bien  avoir 
de  funestes  suites. 

Nous  avons  dit  que  Quesnay  avait  du  respect  pour 
son  roi.  Ce  respect  n'allait  pas  sans  quelque  terreur. 
Un  jour  que  le  roi  conversait  avec  lui  chez  Mme  de 
Pompadour,  le  docteur  ayant  l'air  tout  troublé,  après 
que  le  roi  fut  sorti,  sa  favorite  lui  dit  : 

—  Vous  avez  l'air  embarrassé  devant  le  roi,  et 
cependant  il  est  si  bon  ! 

—  Madame,  répliqua-t-il,  je  suis  sorti  à  quarante 
ans  de  mon  village,  et  j'ai  bien  peu  l'expérience  du 
monde,  auquel  je  m'habitue  difficilement.  Lorsque 
je  suis  dans  une  chambre  avec  le  roi,  je  me  dis  : 
«  Voilà  un  homme  qui  peut  me  faire  couper  la  tête  », 
et  cette  idée  me  trouble. 

—  Mais  la  justice  et  la  bonté  du  roi  ne  devraient- 
elles  pas  vous  rassurer  ? 

—  Cela  est  bon  pour  le  raisonnement,  répondit-il  ; 
mais  le  sentimentestplus  prompt,  et  il  m'inspire  delà 
crainte  avant  que  je  me  sois  dit  tout  ce  qui  est  propre 
à  l'écarter  *. 

*  Mme  DU  Hausset,  Mémoires. 


LE  MEDECIN  DE  MADAME  DE  POMPADOUR      101 

Il  avait  néanmoins  pour  Louis  XV  une  admiration 
sans  mélange,  soit  qu'il  approuvât  ceux  qui  en  disaient 
hautement  du  bien,  comme  Turgot  ou  Duclos,  soit 
qu'il  portât  lui-même  un  jugement  sur  le  roi. 

—  Louis  XIV,  disait-il,  a  aimé  les  vers,  protégé  les 
poètes:  cela  était  peut-être  bon  dans  son  temps,  parce 
qu'il  faut  commencer  par  quelque  chose;  mais  ce 
siècle-ci  sera  bien  plus  grand,  et  il  faut  convenir 
que  Louis  XV,  envoyant  au  Mexique  et  au  Pérou  des 
astronomes  pour  mesurer  la  terre,  présente  quelque 
chose  de  plus  imposant  que  d'ordonner  des  opéras. 
Il  a  ouvert  les  barrières  à  la  philosophie,  malgré  les 
criailleries  des  dévots,  et  l'Encyclopédie  honorera 
son  règne. 

D'un  génie  positif,  très  porté  vers  les  sciences 
exactes,  Quesnay,  peu  disposé  à  goûter  les  beautés 
des  vers,  parlait,  avec  un  dédain  marqué,  de  la  pro- 
tection accordée  par  le  grand  Roi  à  la  poésie.  Gomme 
on  lui  demandait  un  jour  s'il  n'admirait  pas  les  grands 
poètes  : 

—  Comme  de  grands  joueurs  de  bilboquet,  riposta- 
t-il,  sur  ce  ton  qui  rendait  plaisant  tout  ce  qu'il 
disait.  J'ai  cependant  fait  des  vers,  et  je  vais  vous  en 
dire  :  c'est  sur  un  M.  Rodot,  intendant  de  la  marine, 
qui  se  plaisait  à  dire  du  mal  de  la  médecine  et  des 
médecins.  J'ai  fait  ces  vers  pour  venger  Esculape  et 
Hippocrate  : 


102  LE   CABINET   SECRET   DE    L  HISTOIRE 

Antoine  se  niédicina, 

En  décriant  la  médecine 

Et  de  ses  propres  mains  mina 

Les  fondements  de  sa  machine; 

Très  rarement  il  opina 

Sans  humeur  bizarre  ou  chagrine, 

Et  l'esprit  qui  le  domina 

Etait  affiché  sur  sa  mine. 

Quesnay,  le  grave  Quesnay,  ne  dédaignait  pas  de 
faire  le  bel-esprit  \  heureusement  ce  n'était  qu'à  de 
rares  intervalles  qu'il  se  permettait  cette  débauche  de 
mauvais  goût.  D'ordinaire,  ses  propos  étaient  moins 
enjoués. 

Le  premier  médecin  du  roi  se  trouvant  un  jour 
chez  Mme  de  Pompadour,  on  se  mit  à  parler  de  fous 
et  de  folie.  Le  roi,  qui  s'intéressait  beaucoup  à  tous 
les  sujets  du  ressort  de  la  pathologie,  écoutait  avec 
attention. 

—  Je  me  fais  fort  de  connaître  six  mois  à  l'avance 
les  symptômes  de  la  folie,  dit  Quesnay. 


*  11  était  s^àrituel  à  ses  heures,  ainsi  qu'en  témoigne  cette  anecdote 
rapportée  par  M.  F.  Lorin. 

Des  médecins  avaient  été  appelés  en  consultation  pour  un  cas  grave: 
il  s'agissait  d'un  grand  personnage.  L'avis  de  l'un  d'eux  ayant  prévalu, 
(ce  n'était  peut-être  pas  le  bon),  il  crut  devoir  aller  demandera  Ques- 
nay ce  qu'il  en  pensait,  sous  prétexte  de  rendre  hommage  à  sa  science. 

—  «  Monsieur,  répondit  Quesnay,  il  m'est  arrivé  quelquefois  comme  à 
TOUS  de  mettre  à  la  loterie  ,  mais  jamais  quand  elle  était  tirée.  » 


LE  MÉDECIN  DE  MADAME  DE  POMPADOUR      lo3 

—  Y  aurait-il  des  gens  à  la  cour  qui  doivent  deve- 
nir fous  ?  dit  vivement  le  roi. 

Et  Quesnay  de  répondre  :  «  J'en  connais unqui  sera 
imbécile  avant  trois  mois.  » 

On  le  pressa  de  le  désigner;  il  s'en  défendit  quelque 
temps  ;  puis,  de  guerre  lasse,  il  en  prononça  le  nom  : 
a  C'est  M.  de  Séchelles,  contrôleur  général.  Il  veut 
à  son  âge  faire  le  galant,  et  je  me  suis  aperçu  que  la 
liaison  de  ses  idées  lui  échappe.  »  Le  roi  se  mit  à  rire  ; 
mais,  trois  mois  après,  il  vint  chez  Madame  et  lui 
dit  :  «  Séchelles  a  radoté  en  plein  conseil  ;  il  faut  lui 
donner  un  successeur*.  » 

Quelque  temps  après,  c'était  le  tour  du  garde  des 
sceaux  Berrier,  dont  Quesnay  avait  prédit,  quatre 
jours  auparavant,  qu'il  tomberait  en  apoplexie  :  ce 
qui  se  vérifia  exactement. 

Quesnay  avait  un  coup  d'œil  d'une  finesse  péné- 
trante. Il  jugeait  les  hommes  à  la  première  rencontre, 
lisant  au  fond  de  leurs  âmes,  les  dépouillant  pour 
ainsi  dire  à  leur  insu.  Puis  il  les  caractérisait  d'un 
mot,  avec  un  rare  bonheur  d'expression.  Un  jour, 
comme  on  parlait  de  M.  de  Choiseul,  le  ministre 
musqué   : 

—  Ce  n'est  qu'un  petit-maître,  dit  le  docteur,  et, 
s'il  était  plus  joli,  fait  pour  être  un  favori  d'Henri  III. 

Une  autre  fois,  le  comte  de  Saint-Germain,  qui  se 

*  Mme  DU  Hausset,  op   cit. 


104  LE   CABINET   SECRET    DE    l'iIISTOIRE 

vantait  de  transformer  les  petits  diamants  en  gros, 
venait  de  faire  des  expériences  à  la  cour. 

—  M.  de  Saint-Germain  peut  grossir  les  perles, 
c'est  possible,  dit  Quesnay.  Mais  il  n'en  est  pas  moins 
un  charlatan,  puisqu'il  a  un  élixir  de  longue  vie  et 
qu'il  donne  à  entendre  qu'il  a  plusieurs  siècles. 

Il  ne  manquait  aucune  occasion  de  stigmatiser  les 
charlatans,  comme  ils  le  méritaient.  Un  certain  méde- 
cin,appelé  Renard,  et  qui  justifiait  bien  son  nom,  avait 
prescrit  à  Mme  de  Pompadour,  qui  souffrait  de  palpi- 
tations violentes  S  de  se  promener  dans  sa  chambre, 
de  soulever  des  poids  et  de  marcher  vite.  «  Si  le  mou- 
vement accélère  les  battements,  lui  avait-il  dit,  c'est 
une  preuve  que  cela  vient  de  l'organe  ;  sinon,  cela 
vient  des  nerfs.  »  Comme  on  rapportait  à  Quesnay 
cette  étrange  médication  : 

—  C'est  la  conduite  d'un  habile  homme,  se  con- 
tenta-t-il  de  répondre. 

Chose  singulière, une  seule  fois  ^,  la  reine,  côté  du 

1  Voir,  dans  les  Indiscrétions  de  l'Histoire,  2'  série,  le  chapitre  :  Une 
Consultation  pour  la  Pompadour. 

*  Une  seule  fois  n'est  peut-être  pas  tout  à  fait  exact  ;  en  tout  cas, 
Mme  de  Pompadour  n'eut  que  rarement  recours  aux  soins  de  son  mé- 
decin en  titre.  On  trouve  quelques  vagues  renseignements  sur  la  santé 
de  la  favorite  dans  un  recueil,  qu'on  songe  rarement  à  consulter  et  qui 
contient  pourtant  de  précieuses  informations  :  c'est  le  Catalogue  Morri- 
son,  qui  n'est  pas  dans  le  commerce  et  dont  nous  devons  l'obligeante 
communicatioa  à  M.  Noël  Charavay  (Cf.  Chronique  médicale,  1901, 
1"  décembre,  p.  751  n.) 


LE  MÉDECIN  DE  MADAME  DE  POMPADOUR      1  o5 

cœur,  eut  recours  aux  bons  offices  de  Quesnay.  C'était 
un  an  ou  quinze  mois  avant  sa  disgrâce.  Etant  à  Fon- 
tainebleau ^  elle  s'était  placée  devant  un  petit  secré- 
taire pour  écrire  ;  il  y  avait  au-dessus  un  portrait  du 
roi.  En  fermant  le  secrétaire,  après  avoir  écrit,  le 
portrait  tomba  et  frappa  assez  fortement  sa  tête.  On 
envoya  quérir  Quesnay.  Il  se  fit  expliquer  l'accident 
et  prescrivit  des  calmants  et  une  saignée. 

Les  relations  entre  le  médecin  et  la  femme  de 
chambre  de  la  marquise  paraissent  avoir  été  plus 
étroites,  bien  qu'il  ne  soit  nullement  prouvé  qu'il  y  ait 
eu  entre  eux  autre  chose  qu'un  commerce  d'amitié. 

Mme  du  Hausset  ne  nie  pas,  du  reste,  la  sympathie 
que  le  docteur  lui  inspirait,  les  soupers  qu'elle  ac- 
ceptait chez  lui,  les  entrevues  ici  où  là  qu'elle  lui  mé- 
nageait. Elle  proclame,  en  maints  endroits,  «  qu'il 
avait  de  l'esprit  »,  «  qu'il  était  fort  gai  »,  qu'elle 
le  consultait  «  comme  un  oracle  »  ;  mais  nous  ne 
voyons  nulle  part  l'ombre  d'un  compromis. 

Elle  dit  encore  qu'il  «  était  un  grand  génie  »  ; 
mais,  ajoutait-elle,  ((  tout  le  monde  le  dit  ». 

Il  aimait  à  causer  avec  elle  de  la  vie  des  champs, 


1  Quesnay  accompagnait  Mme  de  Pompadour  dans  ses  déplacements. 

Les  inventaires  de  Saint-Hubert  nous  apprennent  qu'il  y  avait,  au 
château  de  Saint-Hubert,  une  chambre  réservée  à  Quesnay.  Cette 
chambre  était  située  au  premier  étage  du  château.  Dans  l'Inventaire 
des  meubles  du  château  de  Saint-Hubert,  1762,  on  trouve  la  description 
au  mobilier  de  la    chambre  de    Quesnay  (Lori.n,  op.  cit.,  p.  145). 


106  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

et,  comme  elle  y  avait  été  élevée,  il  lui  faisait  parler 
des  herbages  de  Normandie,  du  Poitou,  de  la  richesse 
des  pommiers,  et  de  la  manière  de  cultiver.  Mme  du 
Hausset  convient  qu'il  «  était  bien  plus  occupé,  à  la 
cour,  de  la  meilleure  manière  de  cultiver  la  terre  que 
de  tout  ce  qui  s'y  passait.  »  Mais  là  s'arrêtent  ses 
confidences . 

Quesnay  avait,  d'ailleurs,  trop  la  passion  du 
travail  pour  s'en  laisser  distraire  par  la  bagatelle. 

Le  travail  était  un  besoin  pour  son  activité.  Dans 
le  mois  qui  précéda  sa  mort,  il  fît  trois  mémoires 
d'économie  politique,  qui  firent  dire  à  un  homme  en 
place  qu'il  avait  une  tête  de  30  ans  sur  un  corps 
de  80. 

A  70  ans,  il  s'était  livré  avec  ardeur  à  l'étude  des 
mathématiques,  et  avait  fait  imprimer,  malgré  les 
supplications  de  ses  amis,  sa  prétendue  découverte 
de  la  quadrature  du  cercle.  Il  écrivit  aussi  sur  la 
théologie.  Du  moins  avait-il  eu  le  bon  goût  de  s'en 
rapporter,  sur  ce  chapitre,  au  R.  P.  Desmarets, 
confesseur  du  roi,  qui  lui  fournit  d'utiles  indica- 
tions. 

Son  Tableau  économique  donne  mieux  la  mesure 
de  sa  compétence  ;  avec  VExtrait  des  Economies 
royales  de  Sully,  il  fut  imprimé  à  Versailles,  par 
ordre  exprès  du  roi,  qui  avait  tenu  à  en  tirer  lui- 
même  quelques  épreuves.  Mais  les  exemplaires  fu- 
rent si  soigneusement  séquestrés,  que,  même  de  son 


LE  MEDECIN  DE  MADAME  DE  POMPADOUR      IO7 

vivant,  peu  de  temps  après  la  publication,  ainsi  que 
Mirabeau  en  faisait  la  constatation,  il  n'était  plus 
possible  d'en  découvrir  un  seul. 

Après  une  existence  si  remplie,  — il  était  octogé- 
naire quand  il  mourut  — ,  Quesnay  n'avait  pas  à 
s'alarmer  de  voir  approcher  sa  fin.  Accablé  de 
travaux  et  d'infirmités  \  il  sortit  de  la  vie,  suivant 
le  mot  d'un  poète  ancien,  comme  d'un  festin,  sans 
dégoût,  mais  sans  regret,  avec  toute  la  tranquillité 
d'un  sage.  Comme  son  domestique  pleurait  à  chaudes 
larmes  : 

—  «  Console-toi,  lui  dit-il  avec  douceur.  Je  n'étais 
pas  né  pour  ne  pas  mourir.  Regarde  le  portrait  qui 
est  devant  moi  ;  lis  au  bas  l'année  de  ma  naissance  ; 
juge  si  je  n'ai  pas  assez  vécu.  ^  » 

Il  ne  se  doutait  pas,  à  cette  heure  suprême,  que  son 
dernier  voyage  le  conduisait  aux  portes  de  l'im- 
mortalité^. 

'  Dès  l'âge  de  vingt  ans,  il  était  goutteux,  ce  qui  le  détermina  plus  tard 
à  abandonner  la  chirurgie  pour  la  médecine.  Il  devint  docteur  en  méde- 
cine à  cinquante  ans  ;  depuis  vingt-six  ans,  il  exerçait  officiellement  la 
chirurgie. 

*  Nous  avons  publié,  dans  la  Chronique  médicale  (30  mars  1902),  l'acte 
d  inhumation  et  l'inventaire  des  biens  après  décès  de  François  Quesnay. 
Nous  avons  appris  depuis  que  cet  inventaire  avait  été  publié  dans  le  Bul- 
letin du  Comité  des  Travaux  historiques  (Sciences économiques),  1891, 
p.  12-16. 

3  La  statue  de  Quesnay  a  été  inaugurée  à  Méré,  près  Montfort-l'Amaury, 
en  1896. 


GUILLOTIN    EST-IL    l'iNVENTEUR    DE    LA    GUILLOTINE? 


A-t-on  calomnié  Guillotin  ^,  en  lui  attribuant  une  in- 

*  Joseph-Ignace  Guillotin,  né  le  28  mai  1738  à  Saintes  (Charente-Infé- 
rieure), était  le  fils  d'un  avocat.  Il  fit  ses  études  à  Bordeaux,  où  il  reçut,  le 
11  décembre  1761,  le  titre  de  magister  artium.  Plus  tard,  il  fut  nommé 
professeur  au  Collège  des  Irlandais,  de  Bordeaux,  tenu  par  les  Jésuites. 
Il  ne  put  longtemps  s'accommoder  delà  règle  de  l'ordre  et  vint  à  Paris 
étudier  la  médecine. 

Sa  première  inscription  date  de  1763.  Il  suivit  les  cours  d'Antoine  Petit 
pendant  plusieurs  années,  mais  s'éloigna  de  la  capitale  en  1768,  pour  pas- 
ser les  examens  du  doctorat  à  Reims,  sa  fortune  modeste  ne  lui  permet- 
tant pas  d'acquitter  les  droits  élevés  (8.000  francs  environ  de  notre  mon- 
naie), que  coûtait  alors  une  promotion  à  la  Faculté  de  Paris. 

Reçu  docteur  le  7  janvier  1768,  il  revient  aussitôt  à  Paris,  où  le  27  du 
même  mois,  après  un  brillant  concours,  il  est  nommé  pupille  de  la  Fa- 
culté .  Il  reçut  enfin,  le  26  octobre  1770,  des  mains  de  Poissonnier,  la  bar- 
rette de  docteur  parisien,  lui  conférant  le  droit  de  pratiquer  dans  Paris. 
Peu  après,  il  obtint  de  ses  collègues  le  titre  de  docteur-régent. 

Le  crédit  dont  jouissait  Guillotin  est  attesté  par  sa  nomination  comme 
membre  d  une  Commission  royale  chargée,  en  1784,  de  rechercher  ce  qu'il  y 
avait  de  fondé  dans  la  doctrine  et  les  expériences  du  fameux  Mesmer.  La 
Faculté  choisit,  dans  la  circonstance,  Guillotin  et  trois  de  ses  collègues, 
auxquels,  sur  leur  demande,  furent  adjoints  cinq  membres  de  l'Académie 


GUILLOTIN    EST-IL    l'iNVENTEUR   DE    LA   GUILLOTINE?       IO9 

vention  que  d'autres  pourraient  plus  légitimement 
réclamer?  N'y  aurait-il  pris,  comme  d'aucuns  vou- 
draient l'insinuer,  la  plus  légère  part  ? 

Sans  refaire  ici  l'historique  de  la  guillotine,  rap- 
pelons en  quelques  lignes  le  rôle  véritable  joué  par 
Guillotin. 

Jusqu'en  1789, on  faisait  usage  des  supplices  les  plus 
variés.  Le  bûcher,  la  noyade,  la  potence,  les  divers 
instruments  de  torture,  la  mutilation,  étaient  infligés 
à  des  malheureux,  coupables  pour  la  plupart  d'insi- 
gnifiants délits.  Ce  fut  dans  un  but  essentiellement 
humanitaire  que  Guillotin  proposa  de  substituer  à  tous 


des  sciences  :  Lavoisier,  Franklin  et  Bailly  étaient  de  ces  derniers. 
L'enquête,  menée  d'après  une  méthode  strictement  scientifique,  dura 
six  mois,  de  mars  à  août  1784. 

Le  14  juillet  1787,  le  docteur  Guillotin  épousait  Marie-Louise  Saugrain, 
fille  d'Antoine  Saugrain,  maître  libraire,  et  de  Marie  Brunet.  Elle  lui  sur- 
vécut, après  de  longues  années  de  la  plus  parfaite  union, mais  sans  laisser 
de  postérité. Les  Saugrain  formaient  une  véritable  dynastie  d'imprimeurs, 
comme  les  Panckouke. 

Nous  passons  sur  le  rôle  politique  de  Guillotin  ;  nous  retrouvons 
le  médecin,  ou  plutôt  l'hygiéniste,  dans  le  discours  qu'il  prononça, 
le  17  juin  1789,  contre  l'insalubrité  de  la  salle  des  Menus  où  siégeait  l'As- 
semblée. L'air  ne  sy  renouvelait  pas  assez  facilement,  ce  qui  pouvait 
devenir  dangereux  au  cours  d'aussi  longues  séances;  la  distribution  des 
bancs  trop  rapprochés  était  insalubre  ;  le  manque  de  dossiers  pouvait 
entraîner  de  graves  inconvénients,  etc.  L'Assemblée  chargea  également 
Guillotin  du  soin  de  l'éclairage,  des  tribunes  publiques  et  de  tout  ce  qui 
touchait  à  l'installation  matérielle.  11  remplissait,  en  somme,  les  fonctions 
du  questeur  dans  notre  Chambre  actuelle  (Cf.  La  Révolution  française, 
13*  année,  n°  5,  14  novembre  1893). 


no  LE    CABINET   SECRET   DE    L  HISTOIRE 

ces  procédés  barbares  un  moyen  plus  prompt  et  moins 
infamant.  Le  10  octobre  1789,  Guillotin  demandait 
que  les  délits  du  même  genre  fussent  punis  par  le 
même  genre  de  peine,  quels  que  fussent  le  ran  et 
l'état  des  coupables  ^ 

Le  1"  décembre,  il  remontait  à  la  tribune  de  l'As- 
semblée, et  faisant  une  peinture,  aussi  pittoresque 
qu'émue,  des  supplices  effroyables  qui  avaient  encours 


*  Le  docteur  Chereau  a  retrouvé  aux  Archives  la  minute  même  de  la 
rédaction  définitive  des  articles  décrétés  le  10  octobre  1789  et  le  21  jan- 
vier 1790.  Il  a  reproduit  ce  texte  dans  sa  curieuse  et  introuvable  brochure, 
Guillolin  et  la  Guillotine;  Paris,  aux  bureaux  de  VUnion  médicale,  1870, 
p.  6. 

Voici  ce  que  dit  le  Moniteur  : 

«  M.  Guillotin  lit  un  travail  dans  lequel  il  établit  en  principe  que  la  loi 
«  doit  être  égale  pour  tous,  quand  elle  punit  comme  quand  elle  protège,  et 
«  chaque  développement  de  ce  principe  amène  un  article  que  M.  Guillolin 
«  propose  à  la  délibération  de  l'Assemblée. 

«  Ce  discours  est  fréquemment  interrompu  par  des  applaudissements  ; 
«  une  partie  de  l'Assemblée,  vivement  émue,  demande  à  délibérer  sur-le 
«  champ,  mais  une  autre  partie  paraît  vouloir  s'y  opposer. 

«  M.  le  duc  de  Liancourt,  ajoute  le  Moniteur,  fait  observer  que  des 
«  citoyens  sont  prêts  à  subir  des  arrêts  de  mort,  qu'il  est  dès  lors  indis- 
<■  pensable  de  ne  pas  différer  d'un  jour,  puisqu'un  instant  de  retard  peut 
«  les  livrer  à  la  barbarie  d'un  supplice  que  l'humanité  presse  d'abolir, 
«  puisqu'un  instant  peut  ainsi  livrer  au  déshonneur,  dont  un  préjugé 
»  absurde  flétrirait  les  parents,  des  coupables  qu'une  loi  juste  et  sage 
"  doit  flétrir  à  son  tour.  » 

L'article  premier,  mis  en  délibération,  est  décrété  à  l'unanimité  en  ces 
termes  : 

«  Les  délits  du  même  genre  seront  punis  par  le  même  genre  de  peine, 
«  quels  que  soient  le  rang  et  l'état  des  coupables.  » 


GUILLOTIN    EST-IL    l'iNVENTEUR    DE    L\   GUILLOTINE?       111 

jusqu'alors,  et  qui  déshonoraient  Thumanité:  le  gibet, 
la  roue,  le  bûcher,  il  concluait  à  ce  que,  «  dans  tous 
les  cas  où  la  loi  prononcera  la  peine  de  mort  contre 
un  accusé,  le  supplice  sera  le  même,  quelle  que  soit 
la  nature  du  délit  dont  il  se  sera  rendu  coupable.  »  Il 
ajoutait  :  «  le  criminel  sera  décapité  ;  il  le  sera  par 
l'effet  d'un  simple  mécanisme  ».Il  serait  même  allé 
jusqu'à  faire  devant  ses  collègues  la  description  de 
la  mécanique.  Oubliant  un  instant  qu'il  était  législa- 
teur, il  aurait  prononcé  cette  phrase  où,  dans  le  feu  de 
l'improvisation,  les  termes  allaient  bien  au  delà  de  sa 
pensée  :  «  La  mécanique  tombe  comme  la  foudre,  la 
tête  vole,  le  sang  jaillit,  l'homme  n'est  plus*.  » 

L'assemblée,  tout  en  approuvant  en  principe  la 
motion  de  Guillotin,  prononça  l'ajournement  sur  le 
mode  de  supplice  qui  devait  être  infligé  aux  coupa- 
bles punis  de  la  peine  de  mort.  Guillotin  avait  seule- 
ment obtenu  que  nobles  ou  vilains  seraient  punis 
d'égale  façon. 

Ce  n'est  que  le  3  juin  1791,  soit  vingt  mois  après  le 
premier  discours  de  Guillotin,  que  Lepeletier  de  Saint- 


1  Dans  son  Histoire  de  la  Consliluante,  Bûchez  prétend  qu'au  cours 
de  cette  discussion,  emporté  par  son  ardeur,  l'orateur  se  serait  écrié  : 
«  Avec  ma  machine,  je  vous  fais  sauter  la  tête  en  un  clin  d'oeil,  et  vous 
ne  souffrez  point.  »  Cette  exclamation,  qui  ne  se  trouve  dans  aucune  rela- 
tion offlcielle,  nous  paraît  un  de  ces  mots  historiques,  inventés  long- 
temps après  les  circonstances  dans  lesquelles  ils  auraient  dil  être  pro- 
noncés (f-a  Révolution  française,  loc.  cit.). 


112  LE    CABINET   SECRET   DE    L  HISTOIRE 

Fargeau  faisait  voter  que  «  tout  condamné  à  mort  au- 
rait la  tête  tranchée*  ». 

Restait  à  faire  fabriquer  la  machine  assez  expédi- 
tive  pour  épargner  des  souffrances  inutiles  aux  pa- 
tients qui  devaient  en  faire  l'essai  *. 

*  Moniteur,  4  juin  1791. 

*  «  II  suffit,  en  effet,  de  jeter  les  yeux  sur  le  récit  des  décapitations 
les  plus  célèbres  pour  voir  à  combien  de  basards  étaient  exposés  les 
patients  ;  plus  la  victime  était  élevée,  plus  elle  montrait  de  courage  et 
de  résignation,  plus  elle  courait  de  dangers.  Voyez  Marie  Stuart  :  elle 
croyait,  dit  son  éloquent  historien,  qu'on  la  frapperait  comme  en  France, 
dans  une  attitude  droite  et  avec  le  glaive.  On  l'aida  à  poser  sa  tête  sur 
le  billot  ;  le  bourreau  ému  la  frappa  d'une  main  mal  assurée  ;  la  hache, 
au  lieu  d'atteindre  le  cou,  tomba  sur  le  derrière  de  la  tète  et  la  blessa 
sans  qu'elle  fît  un  mouvement,  sans  qu'elle  proférât  une  plainte  ;  au 
second  seulement,  le  bourreau  lui  abattit  la  tête.  Pour  le  jeune  de  Thou, 
ce  fut  bien  autre  chose  :  condamné  à  mort  pour  n'avoir  pas  trahi  Cinq- 
Mars,  il  ne  fallut  pas  moins  de  sept  coups  pour  abattre  cette  noble  tête,  et 
les  condamnés  n'ignoraient  pas  qu'on  pourrait  ainsi  les  manquer  !  Le 
fils  naturel  de  Charles  II,  Monmouth,  en  véritable  Anglais,  s'adressant 
au  bourreau,  lui  dit  :  ><  Tiens,  voilà  six  guinées  ;  ne  va  pas  me  hacher 
comme  tu  l'as  fait  à  lord  Russel.  »  Le  premier  coup  ne  fit  qu'une  légère 
blessure.  Monmouth  leva  la  tête  et  jeta  au  bourreau  comme  un  regard 
de  reproche  :  il  fallut  quatre  coups  pour  achever  cette  sanglante  tra- 
gédie. L'idée  d'être  manqué  préoccupait  aussi  le  jeune  chevalier  de  la 
Barre  ;  mis  en  face  du  bourreau  de  Paris,  qu'on  avait  fait  venir  pour 
l'exécuter,  cet  héroïque  enfant  lui  dit  résolument  :  «  Tes  armes  sont-elles 
bonnes?  Voyons-les.  —  Cela  ne  se  montre  pas.  Monsieur,  lui  répondit 
le  bourreau.  —  Est-ce  toi,  reprit  le  chevalier,  qui  as  exécuté  le  comte 
de  Lally  ?  —  Oui,  Monsieur.  —  Tu  l'as  fait  souffrir  ?  —  C'est  sa  faute, 
il  était  toujours  en  mouvement.  Placez-vous  bien,  et  je  ne  vous  man- 
querai pas;  soyez-en  sûr.  »  En  effet,  ce  maître  bourreau  balança  plu- 
sieurs fois  son  arme  et  enleva  la  tête  d'un  seul  coup.  »  Extrait  des 
Recherches  historiques  sur  les  derniers  jours  de  Louis  et  de  Vicq  d'Azyr, 


GUILLOTIN    EST-IL    l'iNVENTEUR    DE    LA    GUILLOTINE?       Il3 

L'Assemblée  nationale,  prise  de  court,  songea,  pour 
se  tirer  d'embarras,  à  s'adresser  au  secrétaire  per- 
pétuel de  l'Académie  de  chirurgie,  Antoine  Louis, 
déjà  connu  par  des  travaux  scientifiques  de  haute 
valeur.  Louis  s'empressa  de  rédiger  un  «  avis 
motivé    sur  la    décollation».    Son   rapport*,   adopté 

discours  lu  à  l'Acodémie  de  médecine  par  M.  Dubois  d'Amiens,  secré- 
taire perpétuel  (Bulletin  de  l'Académie  de  médecine  ;  Paris,  1866, 
t.  XXXII.  p.  9  et  suiv.). 

1  Cette  consultation  chirurgicale  dun  nouveau  genre  mérite  d'être 
conservée  dans  notre  recueil  de  curiosités  historiques.  En  voici  les  par- 
lies  essentielles  :  elle  a  été  publiée  in  extenso  dans  la  iîeune  des  docu- 
ments liistoriques,  t.  III,  p.  47. 

Consultation  du  Secrétaire  perpétuel  de  l'Académie  de  chirurgie. 
«  ...  Personne  n'ignore  que  les  instruments  tranchants  n'ont  que  peu  ou 
point  d'efifet  lorsqu'ils  frappent  perpendiculairement.  En  les  examinant 
au  microscope,  on  v  it  qu'ils  ne  sont  que  des  scies  plus  ou  moins  fines, 
qu'il  faut  faire  agir  en  glissant  sur  les  corps  à  diviser  ;  on  ne  réussirait 
pas  à  décapiter  d'un  seul  coup  avec  une  hache  ou  couperet  dont  le  tran- 
chant serait  en  ligne  droite,  mais  avec  un  tranchant  convexe,  comme 
aux  anciennes  haches  d'armes  ;  le  coup  asséné  n'agit  perpendiculaire- 
ment qu'au  milieu  de  la  portion  du  cercle  ;  mais  l'instrument,  en  péné- 
trant dans  la  continuité  il<  s  parties  qu'il  divise,  a  sur  les  cotés  une  action 
oblique  en  glissant  et  atteint  sûrement  au  but.  En  considérant  la  struc- 
ture du  col.  dont  la  colonne  vertébrale  est  le  centre,  composée  de  plu- 
sieurs os  dont  la  connexion  forme  des  enchevauchures  de  manière  qu'il 
n'y  a  pas  de  joint  à  chercher,  il  n'est  pas  possible  d'être  assuré  d'une 
prompte  et  parfaite  séparation  en  la  confiant  à  un  agent  susceptible  de 
varier  en  adresse  par  des  causes  morales  et  physiques  ;  il  faut  certaine- 
ment, pour  la  certitude  du  procédé,  qu'il  dépende  de  moyens  mécani- 
ques invariables,  dont  on  puisse  également  déterminer  la  force  et  l'effet  : 
c'est  le  parti  qu'on  a  pris  en  Angleterre. 

>'  Le  corps  du  criminel  est  couché  sur  le  ventre,  entre    deux  poteaux 

lv-8 


Il4  LE    CABINET   SECRET    DE    L  HISTOIRE 

sans  discussion,  fut  imprimé  dans  le  Moniteur  ^ 
Il  ne  s'agissait  plus  que  de  faire  construire  la  ma- 
chine. Une  correspondance  active  fut  échangée  à  ce 
sujet  entre  Louis,  le  procureur-syndic  du  département 
de  Paris,  Rœderer,  et  le  ministre  des  contributions 
publiques,  Clavière^.  Guillotin  ne  fut  consulté  que 
pour  la  forme.  En  réalité,  Louis  présida  à  toutes  les 
opérations  ^. 


barrés  dans  le  haut  par  une  traverse  d'où  l'on  fait  tomber  sur  le  col  la 
hache  convexe  au  moyen  d'un  déclic.  Le  dos  de  l'instrument  doit  être 
assez  fort  et  assez  lourd  pour  agir  efficacement,  comme  le  mouton  qui 
sert  à  enfoncer  les  pilotis  ;  on  sait  que  sa  force  augmente  en  raison  de 
la  hauteur  d'où  il  tombe. 

«  Il  est  aisé  de  faire  construire  une  pareille  machine  dont  l'effet  sera 
immanquable.  La  décapitation  sera  faite  en  un  instant,  suivant  le  vœu 
et  l'esprit  de  la  loi.  Il  sera  facile  d'en  faire  l'épreuve  sur  les  cadavres  et 
même  sur  un  mouton  vivant. 

«  On  verra  s'il  ne  serait  pas  nécessaire  de  fixer  la  lête  du  patient  par 
un  croissant  qui  embrasserait  le  col  au  niveau  de  la  base  du  crâne;  les 
cornes  ou  prolongements  de  ce  croissant  pourraient  être  arrêtés  par  des 
clavettes  sous  l'échafaud  ;  cet  appareil,  s'il  paraît  nécessaire,  ne  ferait 
aucune  sensation,  il  serait  à  peine  aperçu. 

«  Consulté  à  Paris,  le  7  mars  1792. 

«  Louis, 
«  Secrélaire  perpétuel  de  l'Académie  de  chirurgie.  » 

*  Quand  le  décret  du  20  mars  1792  fut  rendu,  Guillotin  n'était  plus 
législateur. 

*  La  correspondance  de  Rœderer  et  de  Clavière  a  été  publiée  dans  la 
Revue  rétrospective,  de  Taschereau,  janvier  1835,  p.  5  et  suiv. 

*  Ce  fut  Louis  qui  recommanda  à  Rœderer  le  facteur  de  pianos  Schmidt, 
qui  était  venu  lui  offrir  un  plan  de  machine  à  décoller  ;  ce  fut  le  même 


GUILLOTIN    EST-IL    l'iNVENTEUR    DE    LA   GUILLOTINE?       Il  5 

Il  demanda  d'abord  au  charpentier  ordinaire  du  do- 
maine un  devis  estimatif  delà  dépense  qu'allait  occa- 
sionner la  construction  du  nouvel  appareil,  mais  de- 
vant les  prétentions  exagérées  du  «  sieur  Guidon  », 
qui  n'exigeait  pas  moins  de  5.660  livres  pour  «la  pre- 
mière machine  »,  alléguant  surtout  «  la  difficulté  de 
trouver  des  ouvriers  pour  des  travaux  réputés  infa- 
mants »,  Clavière  et  Rœderer  décidèrent  d'un  com- 
mun accord  de  se  passer  de  son  concours. 

Louis  fit  alors  appel  à  un  «  autre  artiste», un  «  fac- 
teur de  pianos  »  d'origine  allemande,  Tobias  Schmidt*, 
qu'il  recommanda  au  Directoire.  Le  17  avril  1792,  à 
dix  heures  du  matin,  les  premiers  essais  avaient  lieu 
avec  la  machine  définitivement  construite,  dans  l'am- 
phithéâtre ou  dans  une  petite  cour  adjacente  de  Bi- 


Louis  qui,  sur  l'ordre  du  Directoire,  avait  doané  ses  Inslructioas  au 
charpentier  du  domaine  pour  la  construction  de  l'instrument  ;  son  rôle 
a  donc  été  capital  en  l'espèce  (Cf.  Revue  des  documents  historiques, 
t.  III,  loc.  cit.). 

«  Sur  Schraidt,  voir  le  Bulletin  de  la  Société  de  l'Histoire  de  Paris, 
t.  XVI,  p.  123  ;  le  Moniteuril  septembre,  17'.)4,  et  21  décembre  1799,  et  la 
brochure  de  Chereau  précitée. 

Ce  Schmidt  s'amouracha,  sur  le  tard,  d'une  danseuse  du  njm  de  Cha- 
meroi,  qui  passait  pour  être  au  mieux  avec  Eugène  de  Beauharnais. 
Schmidt  avait  connu  la  «  belle  impure  »  dans  le  salon  de  la  Grazini  (ou 
Grassini),  vers  1800.  Le  grossier  soupirant,  réduit  au  rôle  d'amoureux 
surnuméraire,  fournissait  à  la  danseuse  les  sommes  qu'elle  ne  pouvait 
tirer  de  la  bourse,  fort  plate,  du  militaire  à  qui  elle  avait  réservé  son 
cœur.  Schmidt  était,  au  contraire,  très  riche,  ayant  gagné  plusieurs 
millions  dans  les  entreprises  de  construction  dont  il  avait  été  chargé. 


1  l6  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

cêtre,  en  présence  des  employés  supérieurs  de  la  mai- 
son; des  médecins  Philippe  Pinel  et  Cabanis,  Tami  de 
Mirabeau;  des  docteurs  Louis,  Cullerier  et  Guillo- 
tin  ;  du  procureur-syndic  de  la  Commune  ;  d'une  foule 
de  notabilités  de  l'Assemblée  nationale;  des  membres 
du  Conseil  des  hospices  \  etc. 

Le  bourreau  Sanson  et  ses  aides  couchèrent  un  ca- 
davre entre  les  deux  bras  de  la  machine,  la  face  tour- 
née vers  le  plancher.  Au  signal  donné  par  l'un  de  ses 
ouvriers,  Sanson  pressa  le  bouton  qui  retenait  la 
corde.  Le  couperet,  fort  de  son  poids,  glissa  rapide- 
ment entre  les  coulisses  et  sépara  la  tête  du  tronc, 

*  Voici,  à  ce  sujet,  la  lettre  qu'écrivit  le  docteur  Louis  au  docteur 
Michel  Cullerier,  alors  chirurgien  de  l'Hôpital  général  ;  cette  lettre  a  été 
publiée  par  Chereau,  qui  en  devait  la  communication  au  docteur  Culle- 
rier, fils  du  chirurgien  de  Bicêtre. 

«  Samedi,  12  avril  1792. 

«  Le  mécanicien.  Monsieur,  chargé  de  la  construction  de  la  machine 
à  décapiter,  ne  sera  prêt  à  en  faire  l'expérience  que  mardi.  Je  viens 
d'écrire  à  M.  le  procureur  général  syndic,  afin  qu'il  enjoigne  à  la  per- 
sonne qui  doit  opérer  en  public  et  en  réalité,  de  se  rendre  mardi  à  deux 
heures  au  lieu  désigné  pour  l'essai.  J'ai  fait  connaître  au  Directoire  avec 
quel  zèle  vous  avez  saisi  le  vœu  général  sur  cette  triste  affaire.  Ainsi 
donc  à  mardi. 

«  Pour  l'efficacité  de  la  chute  du  couperet  ou  tranchoir,  la  machine 
doit  avoir  quatorze  pieds  d'élévation.  D'après  cette  notion,  vous  verrez 
si  l'expérience  peut  être  faite  dans  l'amphithéâtre  ou  dans  la  petite  cour 
adjacente. 

«  Je  suis  de  tout  mon  cœur,  Monsieur,  le  plus  dévoué  de  vos  obéissants 

serviteurs. 

«  Louis.  » 


GUILLOTIN    EST-IL    l'iNVENTEUR    DE    LA   GUILLOTINE?       Il 7 

avec  la  vitesse  du  regard,  selon  l'expression  de  Ca- 
banis lui-même.  Les  os  furent  tranchés  nets.  Les 
deux  autres  essais,  successivement  effectués,  réussi- 
rent de  la  même  manière.  C'était  désormais  un  résul- 
tat acquis  *. 

Le  25  avril  1792,  un  assassin  et  voleur  de  grand 
chemin,  Pelletier,  était  «  décollé  »  par  le  nouveau  tran- 
choir*. 

II 

S'il  est  maintenant  établi  que  Guillotin  ne  fut  pas 

*  Paul  Bru,  Histoire  de  Bicélre^  p.  87  ;  Revue  des  documents  histori- 
ques, loc.  cit.,  p.  53. 

Nous  croyons  devoir  rapporter  à  cette  place  une  anecdote,  dont  cepen- 
dant nous  ne  certifions  nullement  l'authenticité. 

Pendant  que  les  spectateurs  adressaient  leurs  félicitations  aux  deux 
médecins  dont  l'invention  tendait  à  rendre  plus  prompte  et  moins  dou 
loureuse  l'application  de  la  peine  capitale,  seul,  le  vieux  Sanson,  les 
yeux  fixés  sur  le  dernier  cadavre  dont  la  tête  avait  roulé  si  rapidement, 
si  facilement,  sans  que  sa  main  exercée  eût  fait  autre  chose  que  de 
pousser  un  ressort,  répétait  avec  tristesse  :  «  Belle  invention  !  pourvu 
qu'on  n'abuse  pas  de  la  facilité  !  »  Les  spectateurs  sortirent  de  l'enceinte 
et  allèrent  rendre  compte  de  l'invention  nouvelle,  les  unsà  l'Assemblée, 
les  autres  par  la  ville.  Quant  aux  prisonniers,  ils  se  regardèrent  les  uns 
les  autres  et  descendirent  des  appuis  des  fenêtres,  sur  lesquelles  ils 
avaient  grimpé. 

—  C'est,  dit  l'un,  le  fameux  projet  d'égalité.  Tout  le  monde  mourra  de 
la  même  manière. 

-  Oui,  répliqua  un  plaisant  de  Bicêtre,  cela  nivelle  !  »  Histoire  anec- 
dotique  des  prisons  de  l'Europe,  par  Alboize  et  A.  Maquet. 

*  Chronique  de  Paris,  n"  11«,  26  avril  1792  ;  Journal  de  Perlet,  n*  207. 


Il8  LE    CABINET   SECRET   DE    l'hISTOIRE 

l'inventeur  de  l'instrument  qui  porte  son  nom,  com- 
ment en  devint-il  le  parrain  ? 

Le  rédacteur  du  Journal  de  Perlet,  à  la  date  du 
22  mars  4792,  écrivait: 

«  Le  Comité  de  législation  a  fait  adopter  un  projet 
de  décret  sur  le  mode  de  décollation  des  malheureux 
condamnés  à  mort.  Il  a  été  rendu  sans  être  lu  ni  dis- 
cuté. Ce  décret  n'est  autre  chose  que  l'avis  de 
M.Louis,  secrétaire  perpétuel  de  l'Académie  de  chi- 
rurgie, qui  propose  pour  l'exécution  de  cet  article 
du  Code  pénal  une  machine  à  peu  près  semblable  à 
celle  que  son  inventeur  avait  fait  appeler  la  guillo- 
tine. » 

Dès  le  mois  de  décembre  1789,  on  pouvait  lire 
dans  le  journal  les  Actes  des  Apôtres^: 

«  Une  grande  difficulté  s'est  élevée  sur  le  nom  à 

*  Guillotin  n'était  pas  un  orateur,  c'était  un  honnête  homme  animé 
d'excellentes  intentions,  mais  imbu  des  nouvelles  idées.  Il  n'en  fallut  pas 
davantage  pour  qu'il  devînt  l'objet  d'attaques  et  de  moqueries  conti- 
nuelles. On  se  mit  à  le  chansonner;  les  rédacteurs  des  Actes  des 
Apôtres  supposèrent  que,  de  concert  avec  Barnave  et  Chapelier,  il 
avait  inventé  une  machine  propre  à  tuer  les  gens  tout  doucement  ;  de  là 
les  bouts-rimés  où  il  est  dit  que  Guillotin,  aidé  des  gens  du  métier, 

De  sa  main 

Fait  soudain 

La  machine, 
Qui  doucement  nous  tuera. 
Et  que  l'on  nommera 

Guillotine. 

(Dubois,  d'Amiens,  op.  cit.] 


GUILLOTIN    EST-IL    l'iNVENTEUR  DE    LA   GUILLOTINE?       II9 

donner  à  cet  instrument.  Prendra-t-on  pour  enrichir  la 
langue  le  nom  de  son  inventeur? Ceux  qui  sont  de  cet 
avis  n'ont  pas  eu  de  peine  à  trouver  la  dénomination 
douce  et  coulante  de  guillotine.  Sera-ce  celui  du  pré- 
sident qui  prononcera  le  vœu  de  l'Assemblée  à  ce 
sujet?  On  aurait  alors  à  choisir  entre  M.  Coupé  et 
M.  Tuault.  On  a  observé  que  la  mansuétude  pasto- 
rale ne  permettait  pas  à  M.  de  Sabran  d'accepter 
cette  place  ;  sans  cela, il  était  assuré  des  voix  de  toute 
la  noblesse.  On  ajoute  qu'un  nouveau  candidat  se 
présente  pour  avoir  les  honneurs  de  cette  machine 
supplicielJe.  M.  de  Mirabeau  s'est  emparé  jusqu'ici 
des  motions  qui  ont  porté  les  plus  grands  coups  à  la 
tyrannie.  Ses  essais  si  connus  de  jurisprudence  cri- 
minelle lui  donnent  des  droits  incontestables  au  mo- 
nument proposé.  Avec  un  léger  amendement,  l'hono- 
rable membre  pourrait  prendre  cette  machine  sous 
œuvre,  et  le  nom  de  Mirabelle  remplacerait,  à  la 
grande  satisfaction  des  bons  Français  celui  de  guillo- 
tine. » 

Entre  Mirabelle,  petite  Louison^,  Louisette^  et 
Guillotine,  le  choix  du  public  fut  vite  fait:  ce  fut  le 
dernier  vocable  qui  l'emporta. 


1  Desgenettes,  Souvenirs  de  la  fin  du  dix-huitième  siècle,  etc.,  t.  II, 
p.  175-182. 

*  Cf.  Souvenirs  de  la  marquise  de  Créquy,  t.  VI,  p.  100.  Le  docteur 
Louis,  n'ayant  pas  de  situation  politique,  était  peu  connu  du  public  ;  sa 
mort,  arrivée  peu  après,  le  fit  tout  à  fait  oublier. 


120  LE   CABINET    SECRET    DE    L  HISTOIRE 

Une  légende  veut  que  c'est  en  assistant,  plusieurs 
années  avant  la  Révolution,  à  une  pantomime  des 
Quatre  fils  A  y  mon,  représentée  sur  un  théâtre  du 
boulevard,  que  Guillotin  aurait  pris  la  première  idée 
de  sa  machine  K  11  est  plus  vraisemblable  de  penser 
qu'il  en  avait  trouvé  le  modèle  dans  certains  auteurs 
du  seizième  siècle,  qui  en  donnaient  une  description 
détaillée. 

Que  Guillotin  ait  eu  des  précurseurs,  cela  ne  fait 
point  doute  ^;  qu'il  ait  été  le  premier  en  France  à 
proposer  et  à  faire  adopter  le  principe  d'une  ma- 
chine à  décapiter,  c'est  un  mérite  qu'on  ne  peut  son- 
ger davantage  à  lui  contester. 

Quoi  qu'il  en  soit,  le  nom  de  Guillotin  restera  insé- 
parable de  l'instrument  de  supplice  qui  a  tranché  le 
fil  de  tant  d'existences  humaines,  et  grâce  auquel  un 
philanthrope,  dont  toute  la  vie  fut  consacrée  au  bien 
de  ses  semblables,  aura  conquis  l'immortalité  ^ 

1  Saint-Edme,  Biographie  de  la  police,  1829,  in-8,  p.  253. 

'  Sur  les  origines  de  la  guillotine,  cf.  les  ouvrages  et  opuscules  sui- 
vants :  La  Guillotine  au  treizième  siècle,  par  Héron,  br.  in-8,  Rouen,  1892  ; 
Gay,  Gîossau-e  archéologique,  p.  802;  le  Bulletin  de  l'Alliance  des  Arts, 
25  février  1844  et  10  décembre  1846  ;  le  Musée  universel,  1872-73,  t.  I,  p.  179, 
et  t.  II,  p.  118;  Revue  des  Documents  historiques,  t.III,Joc.  cit.;  les  Curio- 
sit' s  judiciaires,  de  Warée,  pp.  13  et  382  ;  les  Curiosités  des  Traditions, 
p.  302  et  suivantes  ;  les  brochures  de  Chereau,  L.  Du  Bois,  Dubois 
(d'Amiens),  sur  la  guillotine  ;  le  Vievx-Neuf,  d'Eo.  Fournier,  t.  1, 
p.  318 n.;  enfin,  la  Chronique  médicale,  1901,  p.  606  ;  1902,  pp.  52  et  242; 
1905,  p.  377. 

'Ona  prétendu  que  Guillotin  était  mortsurl'échafaud  et  les  plaisantins 


GUILLOTIN   EST-IL    l'iNVENTEUR    DE   LA   GUILLOTINE?     121 

n'ont  pas  manqué  de  souligner  la  coïncidence.  Est-il  nécessaire  de  rele- 
ver cette  absurdité  ?  Guillotin  est  mort  à  Paris,  d'un  anthrax  à  l'épaule 
gauche,  le  26  mars  1814,  à  3  heures  du  soir,  âgé  de  soixante-seize  ans.  Il 
habitait  alors  rue  Saint-Honoré,  533,  quartier  des  Tuileries,  au  coin  de  la 
rue  de  la  Sourdière. 

Quelqu'un  qui  eut  occasion  de  le  rencontrer  plusieurs  fois,  dans  les 
derniers  temps  de  sa  vie,  nous  le  représente  comme  «  un  petit  homme 
à  cheveux  blancs,  de  manières  unies,  à  la  parole  douce,  et  dont  on 
disait  le  talent  de  médecin  digne  de  toute  confiance.  Quand  on  lui 
parlait  de  l'adoption  de  son  idée,  il  en  montrait  du  regret,  bien  que  per- 
suadé qu'elle  n'avait  pas  influé  sur  le  nombre  des  victimes  dont  la  Révo- 
lution aurait  toujours  fait  sa  proie.  Mais  il  ne  se  consolait  pas  de  ce  que 
son  nom  était  resté  attaché  à  la  lugubre  machine.  »  Charles  Maurice, 
Histoire  anecdolique  du  Théâtre  et  de  la  Littérature  (1856),  t.  I,  p.  16. 

11  conserva  l'usage  de  la  poudre  et  le  chapeau  à  cornes  même  pendant 
le  règne  du  bonnet  rouge,  et,  dans  un  ouvrage  du  docteur  Saucerotte 
(Les  médecins  pendant  la  Révolution,  Paris,  1887),  nous  lisons  que 
«  le  père  de  l'auteur  a  acheté  en  1813  (lisez  18141,  à  la  vente  après 
décès  de  Guillotin,  les  bustes  de  Henri  IV  et  do  Sully,  qui  avaient  orné, 
en  temps  prohibé,  le  cabinet  de  ce  pacifique  révolutionnaire.  » 

Partout  où  il  le  put,  il  chercha  à  protéger  les  victimes  de  la  Révolution. 
Il  recueillit  chez  lui  des  proscrits,  intervint,  du  reste  sans  succès,  près 
de  son  confrère  Marat,  en  faveur  d'amis  communs  ;  on  dit  même  qu'il 
prépara  pour  les  victimes  de  la  Terreur  un  poison  qui,  au  moins,  les  pré- 
servait del'échafaud.  Un  émigré,  le  comte  de  Méré,  condamné  à  mort, 
avait,  avant  son  exécution,  recommandé  par  écrit  à  Guillotin  sa  femme 
et  ses  enfants.  La  lettre  tomba  aux  mains  de  Fouquier-Tinville.  On 
demanda  à  Guillotin  de  révéler  le  séjour  de  cette  famille  d'émigrés  qu'il 
ne  lui  était  plus  loisible  de  sauver.  Sur  son  refus,  il  fut  emprisonné,  et 
seule,  la  chute  de  Robespierre,  au  9  thermidor,  le  sauva  de  la  mort. 

A  Guillotin,  on  doit  la  fondation  d'une  «  Académie  de  médecine  »,  qui 
tint  ses  séancs  dans  une  salle  mise  à  sa  disposition  par  le  Consistoire 
réformé  de  Paris.  Cette  Société  ne  laissa  que  peu  de  traces,  n'ayant 
publié  aucun  compte  rendu  ;  elle  se  confondit  avec  le  Cercle  médical,  et 
ne  fut  plus  connue  que  sous  cette  dernière  dénomination. 

Guillotin  était  un  chaleureux  partisan  du  vaccin  de  Jenner. 

Sous  l'Empire,  Guillotin  avait  conservé  la  même  liberté  de  langago 


122  LE    CABINET    SECRET    DE    L  HISTOIRE 

que  sous  la  Terreur.  Bourru  raconte  que,  dans  un  interrogatoire  que  lui 
fit  subir  le  préfet  de  police,  on  lui  dit  :  Monsieur  Guillotin,  vous  passez 
pour  ne  point  aimer  l'empereur  ?  —  «  Monsieur,  cela  est  vrai.  —Mais, 
Monsieur,  pourquoi  ne  l'aimez-vous  pas  ?  —  Monsieur,  parce  que  je  ne  le 
trouve  point  aimable.  »  Il  fut  impossible  de  le  faire  sortir  de  cette 
logique.  (Cf.  La  Révolution  française,  14  nov. 1893, art.  de  M.  E.  Pariset.) 


UN    MÉDECIN,    MAIRE    DE    PARIS    EN    1798 


Ceux  qui  connaissent  dans  ses  moindres  détails 
l'histoire  de  la  Révolution  sont  déjà  familiers  avec  le 
nom  du  confrère  dont  je  vais  évoquer  la  physionomie. 
Mais  nombre  de  lecteurs  entendront  certainement 
pour  la  première  fois  parler  du  docteur  Chambon, 
de  Monlaux,  membre  de  la  Société  royale  de  méde- 
cine, médecin  de  la  SalpêtrièreS  premier  médecin 

•  Il  était  médecin  de  cet  hôpital  en  février  1790  ;  il  fut  destitué  à  la  suite 
de  difficultés  avec  les  sœurs  (Lettre  de  M.  Sigismond  Lacroix,  du 
28  septembre  1896). 
Nous  lisons,  d'autre  part,  dans  les  Mémoires  de  Brissot  : 
.  L'exercice,  la  promenade,  la  vue  des  campagnes,  le  murmure  d'un 
ruisseau,  le  chant  des  oiseaux,  lui  paraissent  avec  le  régime  végétal  le 
meilleur  moyen  de  guérir  les  fous.  Ce  système  de  traitement  nest  pour- 
tant pas,  j'en  conviens,  sans  des  inconvénients  qui  méritent  d'être  pesés 
Il  faut  lire,  à  cet  égard,  le  savant  et  précieux  ouvrage  d'un  médecin  qui, 
aux  connaissances  et  à  la  pratique  de  son  art  dans  les  hôpitaux.joinl  les 
lumières  d'un  philosophe  et  l'enthousiasme  d'un  démocrate  pour  la 
liberté,  de  mon  digne  ami  le  docteur  Chambon.  »  Mémoires  de  Brissot, 
édition  F.  Didot,  1877,  p.  161.) 


124  LE    CABINET    SECRET   DE    L  HISTOIRE 

des  armées,  inspecteur  général  des  hôpitaux  militaires, 
et  maire  de  Paris  pendant  deux  mois  à  peine,  mais 
deux  mois  qui  comptentpourdesannées,du8  décembre 
1792  auZi  février  1793. 

De  l'enfance  de  ChambonS  rien  de  saillant  à  mettre 
en  lumière.  Issu  d'une  vieille  famille  champenoise,  il 
avait  conservé  de  ses  ascendants  cet  esprit  de  terroir 
qui  lui  servit,  en  maintes  circonstances,  à  doubler  le 
cap  de  difficultés  qu'une  diplomatie  moins  avisée 
n'eût  pu  surmonter. 

Le  père  de  Ghambon  était  un  chirurgien  gradué, 
qui  avait  traversé  la  scène  du  monde  sans  y  faire 
grand  bruit. 

Sa  mère,  Marie  ^  Froussard, descendait  du  noble  sire 
Etienne  de  Montaux,  capitaine  anobli  par  Louis  XIV, 
pour  avoir  enlevé  plusieurs  drapeaux  à  l'ennemi,  et 
mort  plus  tard  au  champ  d'honneur^. 

Nicolas  Ghambon  (de  Montaux)  avait  fait  ses  pre- 
mières armes  professionnelles  en  province ,  à  Langres  *. 
Aussitôt  débarqué  à  Paris,  il  suivit  les  cours  du  célèbre 
Petit,  dont  l'enseignement  avait,  à  cette  époque,  une 
grande  vogue. 

*  Il  naquit  le  21  septembre  1748,  à  Breuvannes  en  Champagne. 

*  Elle  est  dénommée  Marie-Marguerite,  dans  la  notice,  publiée    par 
M.  Victor  Froussard,  à  Arcis-sur-Aube. 

*  Il  fut  tué  en  1675,  près  du  camp  commandé  parTurenne,  à  deux  lieues 
de  Strasbourg. 

*  «  C'est  à  Langres  qu'il  avait  exercé  la  médecine  avant  de  venir  pro- 
fesser à  Paris.  »  Mémoires  de  Brissot,  loc.  cit.,  p.  164-165. 


UN    MÉDECIN,    MAIBE    DE    PARIS    EN    IjgS  125 

En  1782,  ses  connaissances  en  physique  faisaient 
désigner  le  docteur  Chambon  pour  aller  étudier,  à 
Bourbonne-les-Bains, l'action  de Télectricitécombinée 

avec  les  eaux  minérales. 

A  la  fin  de  1792,  il  se  trouvait  à  la  tête  de  l'admi- 
nistration des  impôts  et  finances  de  la  ville  de  Paris, 
quand,  à  la  suite  des  massacres  de  septembre,  Pétion 
vint  à  donner  sa  démission  de  maire. 

Le  parti  de  la  Montagne  portait  comme  candidat  à 
cette  périlleuse  fonction  LuUier  \  procureur-syndic  du 
département.  Les  modérés  se  proposaient  de  répartir 
leurs  suffrages  entre  Chambon etM.d'Ormesson,neveu 

de  l'ancien  premier  président  du  Parlement  de  Paris. 
Trois  sections  n'envoyèrentpas leurs  procès-verbaux: 
celle  du  Mail,  ci-devant  place  de  Louis  XVI  ;  celle  de 
Poissonnière  et  celle  du  Finistère,  ci-devant  des 
Gobelins.  Les  Zi5  autres  sections  avaient  fourni 
11.365  votants:  Chambon  obtint  8.358  voix, et  LuUier 
3.906.  On  compta  101  voix  nulles ^  Proclamé  maire 
de  Paris  dans  la  séance  de  la  Commune  du  2  décembre 
1792,  Chambon  accepta  ces  fonctions  sous  la  réserve 
de  ne  prendre  possession  de  son  poste  qu'après  avoir 
rendu  ses  comptes  d'administrateur  des  hôpitaux. 
Installé  le  8  du  mois,  il  prêtait,  ce  jour-là  même,  le 
serment  et  recevait  l'investiture. 

1  Louis-Marie  Luilier  avait  succédé  à  Berthelol,  qui  prenait  la  qualité 
de  "  docteur  agrégé  de  la  Faculté  de  Paris  ». 
*  Moniteur  universel,  XV,  626. 


126  LE    CABINET    SECRET    DE    L  HISTOIRE 

Dès  les  premiers  jours  de  son  installation,  Ghambon 
se  trouvait  aux  prises  avec  de  grosses  difficultés.  Le 
6  décembre,  un  décret  de  la  Convention  avait  cité 
le  Roi  à  sa  barre  ^  En  exécution  de  ce  décret,  on  battait 
la  générale  le  11  décembre,  dans  tous  les  quartiers. 
Tous  les  hommes  disponibles  étaient  rappelés  sous  les 
armes.  La  force  armée  devait  être  groupée  sur  divers 
points,  partout  où  le  roi  avait  à  passer  pour  se  rendre 
à  l'Assemblée. 

Le  soir  de  son  installation,  Chambon  réunit  chez  lui 
les  membres  de  la  Convention  qui  voulaient  sauver 
les  jours  du  Roi  et  se  concertait  avec  eux  sur  la  créa- 
tion d'une  garde  départementale,  destinée,  en  appa- 
rence, à  mettre  l'Assemblée  à  l'abri  des  mouvements 
populaires,  mais  qui,  en  réalité,  devait  servir  à  pro- 
téger celui  qu'on  ne  désignait  plus  que  sous  les  noms 
de  «  tyran  »  ou  de  «  Louis  Capet  ».  Le  décret  du 
maire  fut  rapporté  le  lendemain,  et  celui-ci  dut  aviser 
à  d'autres  moyens  de  salut. 

Sous  prétexte  de  préserver  la  Conciergerie,  mena- 
cée, disait-on,  d'un  envahissement  imminent,  Cham- 
bon fit  caserner  à  la  mairie  le  2^  bataillon  de  Mar- 
seille, muni  d'une  quantité  considérable  de  cartouches, 
pour  parer  à  tout  événement.  La  Convention,  préve- 
nue, enjoignit  au  bataillon  des  Marseillais  de  quit- 
ter Paris  sans  retard.   Le  plan   de  Chambon  était 

1  Moniteur  uràversel,  8  décembre  1792. 


UN    MÉDECIN,    MAIRE    DE    PARIS    EN    1798  I27 

de  nouveau  déjoué.  L'Assemblée  avait  son  siège  fait  : 
le  procès  du  Roi  était  décidé. 

Le  maire,  le  procureur  de  la  Commune,  le  secré- 
taire-greffier et  trente  officiers  municipaux  furent  dési- 
gnés pour  escorter  la  voiture  du  roi,  lorsqu'on  le  con- 
duirait à  la  Convention  et  qu'on  le  ramènerait  au 
Temple.  Les  sections  reçurent  Tordre  de  se  tenir  en 
permanence.  En  exécution  de  cet  arrêté,  tous  les  per- 
sonnages indiqués  plus  haut,  à  l'exception  des  trente 
officiersmunicipaux,  pénétraient,  lell  décembre  1792, 
à  une  heure  de  l'après-midi,  dans  la  chambre  du 
roi. 

L'officier  municipal  de  service  à  la  Tour  du  Temple 
a  rendu  compte,  en  ces  termes,  de  cette  solennelle  en- 
trevue '  : 

Je  m'approchai,  dit-il,  de  Louis  et  lui  annonçai  qu'il  allait 
recevoir  la  visite  du  maire. 

Louis. —  Ah,  tant  mieux...  Je  vais  donc  voir  le  maire! 
Est-ce  un  homme  gros,  grand,  jeune,  vieux  ? 

—  Je  ne  le  connais  qu'imparfaitement,  lui  dis-je,  je  sais 
qu'il  est  d'un  âge  moyen,  maigre  et  assez  grand. 

—  Savez-vousce  qu'il  a  à  me  dire? 

—  Il  vous  l'apprendra  lui-même. 

Louis  resta  pendant  une  heure  dans  son  fauteuih  II  était 
si  rêveur  que  je  passai  devant  lui  sans  qu'il  m'aperçût. 

—  Ce  maire  se  fait  bien  désirer,  dit-il  après  un  long 
silence. 

*  De  Beaucodrt,  Captivité  de  Louis  XVI,  t.  II,  p.  178  et  suivantes. 


128  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

Le  maire  arriva  et  lui  parla  avec  dignité. 

—  Je  suis  chargé  par  la  loi  de  vous  déclarer  que  la  Con- 
vention vous  attend  à  sa  barre,  je  viens  vous  y  conduire. 

Le  secrétaire-greffier  a  lu  alors  ceci  : 

Décret  de  la  Convention  nationale  du  6  décembre.  Art.  5. 

«  Louis  Capet  sera  conduit  à  la  barre  de  la  Convention 
nationale,  mardi  onze,  pour  répondre  aux  questions  qui  lui 
seront  faites  seulement  par  l'organe  du  président.  » 

Après  cette  lecture,  le  citoyen  maire  a  demandé  à  Louis 
s'il  voulait  descendre.  Celui  ci  a  paru  hésiter  un  instant  et 
a  dit  :  «  .)e  ne  m'appelle  pas  Louis  Capet  ;  mes  ancêtres  ont 
porté  ce  nom,  mais  jamais  on  ne  m'a  appelé  ainsi.  Au  sur- 
plus, cest  une  suite  des  traitements  que  j'éprouve  depuis 
quatre  mois  par  la  force.  Ce  malin,  on  a  séparé  mon  fils  de 
moi.  C'est  une  jouissance  dont  on  m'a  privé. 

«  Je  vous  attendais  depuis  deux  heures.  *  » 

Le  maire,  sans  répondre,  Payant  invité  de  nouveau 
à  descendre,  le  roi  finit  par  s'y  décider. 

Dans  une  notice  très  rare,  destinée  à  ses  amis, 
Ghambon  a  raconté,  de  son  côté,  sa  mission  auprès 
du  roi. 

En  montant  l'escalier  du  Temple,  dit-il,  mon  émotion, 
malgré  mes  efforts  pour  la  cacher,  fut  telle  que  mes  genoux 
tremblaient  sous  moi.  Ceux  qui  m'accompagnaient  s'en  aper- 
çurent ;  elle  s'augmenta  au  point  que  je  faillis  perdre  tout 

1  Le  roi  était  occupé  à  faire  une  lecture  quand  on  vint  le  prévenir  que 
le  Dauphin  allait  être  conduit  à  sa  mère.  Deux  heures  après,  Chambon 
se  présentait. 


UN   MÉDECIN,    MAIRE    DE    PARIS    EN    1798  I29 

à  fait  l'équilibre  et  tomber  sur  les  derniers  degrés  qui  res- 
taient à  franchir. 

Arrivé  à  la  porte  de  l'étage  occupé  par  le  roi,  je  redoublai 
d'eflorts  pour  modérer  le  trouble  auquel  j'étais  en  proie.  Je 
traversai  lentement  la  première  pièce  pour  acquérir  une 
assurance  apparente,  quoique  nous  eussions,  mes  amis  et 
moi,  les  plus  grandes  espérances  de  délivrer  le  roi,  et  que, 
d'après  la  parole  du  plus  grand  nombre  des  députés,  nous 
nous  en  crussions  assurés  ;  mes  réflexions,  en  contemplant 
un  si  adorable  monarque,  retenu  dans  la  Tour  du  Temple, 
étaient  des  plus  déchirantes.  J'articulai  à  voix  un  peu  basse: 
«  11  mest  ordonné  par  la  Convention  de  vous  traduire  à  sa 
barre  ;  le  secrétaire  de  la  Commune  va  lire  le  décret  qui 
m'intime  cet  ordre.  » 

Je  ne  pouvais  dire  ni  Sire  ni  Ciloyen.  Dans  le  premier  cas 
j'aurais  manifesté  quelque  intelligence  avec  Sa  Majesté  pour 
le  secourir,  et  dès  ce  moment,  la  vie  de  Louis  XVI  était 
compromise.  J'avais  tout  à  craindredela  hainepourlemonar- 
que  de  la  part  de  ceux  qui  m'accompagnaient  et  d'une  partie 
de  ceux  qui  étaient  restés  au  rez-de-chaussée.  Dans  le  second 
cas,  en  lui  disant  :  Ciloyen,  je  l'aurais  injurié  ;  il  eût  été 
encore  de  la  plus  grande  irrévérence  de  lui  adresser  la 
parole  en  substituant  à  ses  titres  et  à  ses  dignités,  comme 
tant  d'autres  l'avaient  fait,  son  seul  nom  de  baptême... 

Le  secrétaire  de  la  Commune  ayant  donné  lecture 
du  décret,  on  invita  le  roi  à  monter  dans  une  voi- 
ture. Le  maire  se  plaça  à  ses  côtés,  tandis  que  Ghau- 
mette,  procureur  de  la  Commune,  et  Brûlé,  l'un  de 
ses  membres,  se  tenaient  sur  le  devant. 

iv-9 


l3o  LE    CABINET   SECRET    DE    l'hISTOIRE 

Durant  tout  le  parcours,  Chambon  essaya  d'occu- 
per le  roi  «  par  une  conversation  suivie  *  »,  pour  rem- 
pêcher  d'entendre  les  propos  insultants  qu'on  tenait 
sur  leur  passage.  Le  roi  parut  prendre  un  vif  intérêt 
à  ce  que  lui  racontait  Chambon,  notamment  quand  il 
l'entretint  des  «  objets  d'antiquité  »  qu'on  trouvait 
encore  dans  sa  province.  Louis  XVI  fit  preuve,  à 
s'en  rapporter  au  témoignage  de  son  interlocuteur, 
des  connaissances  les  plus  variées  ;  il  semblait  sur- 
tout avoir  des  notions  très  précises  d'histoire  et  de 
géographie. 

Cependant  la  voiture  poursuivait  l'itinéraire  fixé^. 

Dans  un  moment,  dit  Chambon,  où  le  roi  jetait  sur  raoi 
un  regard  de  bonté  en  voulant  me  faire  entendre,  par  ses 
expressions  mêmes,  qu'il  me  savait  gré  de  mes  soins,  je  trou- 
vai moyen  de  l'avertir,  d  un  coup  d'oeil,  que  nous  étions 
entourés  de  gens  dont  la  présence  ne  permettait  pas  un 
épancheraent  qui  serait  dangereux  pour  lui... 


'  Le  récit  de  Chambon  est  ici  en  contradiction  avec  le  Procès-verbal 
de  la.  Commune  de  Paris,  du  11  décembre,  où  il  est  dit  que  le  roi, 
«  monté  en  voiture,  a  gardé  le  silence,  presque  tout  le  temps  de  sa 
translation  ». 

'  Ordre  pour  la  marche  et  l'escorte  de  Louis  Capet,  10  décembre, 
depuis  le  Temple  jusqu'à  la  Convention  nationale,  en  passant  par  la 
rue  du  Temple,  les  boulevards,  la  rue  Neuve-des-Capucins,  la  place 
Vendôme  et  la  cour  des  Feuillans  (V.  le  document  in  extenso  aux 
Archives  nationales,  B.  B.  52,  d'après  le  marquis  de  Beaucourt,  Cap- 
tivité et  derniers  moments  de  Louis  XVI,  t.  II,  p.  162  et  suiv.). 


UN   MÉDECIN,    MAIRE    DE    PARIS   EN    IjgS  l3l 

Il  avait  été  décidé  qu'en  passant  près  de  la  porte  Saint- 
Denis,  on  ferait  une  décharge  d'artillerie  sur  la  voiture  ^ 

J'étais  prévenudececoinplot  ;les  canonniers  tenaient  leurs 
mèches  allumées.  En  abordant  cette  porte,  je  m'élançai  par 
la  portière,  le  corps  à  moitié  en  dehors,  et  d'une  voix  et 
d'un  geste  menaçants,  je  paralysai  le  bias  des  canonniers. 

Louis  XVI  put  ainsi,  sans  autre  encombre,  arriver 
à  la  barre  de  la  Convention.  Il  s'y  présenta  en  com- 
pagnie du  maire  de  Paris  et  des  généraux  Santerre  et 
Berruyer  ^ 

Ghambon  ne  laissait  pas  que  d'être  inquiet  sur  le 
retour  ^.  La  populace  était  très  excitée,  et  il  redoutai 

'  La  Chronique  de  Paris  donne  la  version  suivante  :  «  Un  petit  mouve- 
ment, occasionné  par  la  désobéissance  au  général  du  citoyen  Jacques 
Higonet,  grenadier  de  la  section  de  la  Fraternité  et  commis  aux  Imposi- 
tions, hôtel  Soubise,  a  été  cause  que  la  voiture  a  été  arrêtée  sur  le 
boulevard,  en  face  de  la  rue  de  Lancri.  Le  général  avait  commandé 
d'appuyer surla  droite  ;  ce  militaire  a  prétendu  qu'il  y  avaitde  la  boue,  et 
que  l'état-major  à  cheval  pouvait  y  passer  plus  facilement. 

«  Le  boulevard  entre  la  porte  de  Saint-Martin  et  celle  de  Saint-Denis 
étant  très  étroit,  la  voiture  a  été  encore  arrêtée.  Alors  Louis  a  demandé 
si  on  n'abattrait  pas  ces  deux  arcs  de  triomphe  ;  on  lui  a  répondu  que 
celui  de  la  porte  Saint-Denis  étant  un  chef-d'œuvre,  on  pourrait  le  con- 
server. » 

«  C'est  le  général  Berruyer  et  non  Wittenkoff  qui  accompagna 
Louis  XVI  à  la  barre. 

3  On  lit,  dans  le  Journal  de  Perlet,  numéro  du  13  décembre  1792  : 

«  La  conduite  du  prisonnier,  du  Temple  à  la  Convention,  s'est  faite 
avec  le  plus  grand  calme,  d'après  les  sages  mesures  prises  par  le  conseil 
exécutif,  de  concert  avec  la  Commune.  Louis  était  dans  une  voiture  gar- 
nie en  tôle  avec  le  maire  et  un  officier  municipal  ;  elle  était  entourée  de 


l32  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

des  incidents.  Ses  alarmes  ne  firent  que  s'accroître, 
quand,  à  la  fin  de  la  séance,  au  moment  où  le  roi  pre- 
nait quelques  rafraîchissements,  on  vint  brusquement 
donner  l'ordre  du  départ.  La  voiture  qui  avait  amené 
le  roi  stationnait  place  Vendôme.  On  dut  aller  la 
rejoindre  au  milieu  d'une  foule  dont  on  pouvait  craindre 
avec  quelque  raison  les  manifestations  hostiles. 
Cependant,  sur  un  ordre  donné  parle  commandant 

trente  autres  officiers  municipaux  en  écharpe.  Douze  cents  hommes 
d'infanterie  et  de  cavalerie  précédaient  et  suivaient  la  voiture  avec  des 
pièces  de  canon.  Les  citoyens  ont  vu  ce  cortège  dans  un  silence  républi- 
cain. On  fait  courir  le  bruit  que  le  prisonnier  ne  voulait  point  se  rendre 
à  la  barre  et  que  la  Convention  avait  été  obligée  de  rendre  un  décret 
pour  le  faire  venir  de  force.  Ces  bruits  répandus  à  dessein  commen- 
çaient déjà  à  produire  de  l'agitation.  Santerre  les  a  , fait  cesser  par  sa 
présence.  La  voiture  dans  laquelle  était  le  ci-devant  roi  avait  les  por- 
tières ouvertes,  ce  qui  a  produit  un  excellent  effet  sur  le  peuple.  On  sait 
que  la  séparation  de  Louis  de  sa  famille  ne  s'est  pas  faite  sans  inquié- 
tudes, qui  ont  été  dissipées  par  son  retour.  » 

On  lit,  d'autre  part,  dans  la  Révolution  de  92  ou  Journal  de  la.  Conven- 
tion nationale,  n°  84  (mercredi  12  décembre  1792)  :  «...  Il  était  une  heure 
après  midi,  quand  Louis  XVI  est  sorti  de  sa  prison  du  Temple  dans  la 
voilure  du  maire  de  Paris,  où  se  trouvaient  le  maire,  le  procureur  de  la 
Commune  et  le  secrétaire-greffier.  Louis  était  dans  le  fond  à  droite 
ayant  son  chapeau  sur  la  tête.  Son  habit  était  de  la  plus  grande  simpli- 
cité, et  cet  habit  était  couvert  d'une  redingote  toute  unie,  couleur  mar- 
ron ;  ses  regards  étaient  tranquilles  et  pleins  d'assurance  ;il  considérait, 
à  travers  les  portières  de  la  voiture,  la  garde  immense  et  silencieuse 
qui  protégeait  sa  translation  à  l'Assemblée  nationale  et  rien  en  lui  n'an- 
nonçait que  la  plus  grande  confiance  et  la  plus  grande  fermeté...  Le 
plus  morne  silence  régnait  sur  son  passage...  Il  a  été  reconduit  au  Tem- 
ple vers  six  heures  du  soir  dans  le  même  ordre,  et  le  peuple  a  observé 
la  même  conduite  respectueuse  qu'il  avait  manifestée  le  matin.  » 


UN   MÉDECIN,    MAIRE    DE    PARIS    EN    IJQS  i33 

de  la  place,  le  plus  grand  silence  s'établit  et  Louis  XVI, 
toujours  suivi  du  maire,  monta  de  nouveau  en  voi- 
ture. 

Au  moment  où  le  commandant  fermait  la  portière, 
Ghambon  lui  dit  ces  paroles  : 

Vous  nous  avez  sauvé  la  vie,  mais  les  canons  sont  braqués 
à  la  porte  de  Saint-Denis  pour  faire  sauter  la  voiture.  Allez 
dire  à  mon  épouse  de  ne  plus  compter  sur  moi. 

Les  craintes  du  maire  furent  dissipées  en  aperce- 
vant, au  moment  du  départ,  un  bataillon  de  sa  sec- 
tion. Sur  un  signe,  le  bataillon  fit  escorte  à  la  voiture, 
qui  arriva  au  Temple  vers  les  six  heures,  sans  qu'au- 
cun des  funestes  pressentiments  de  Ghambon  se  fût 
réalisé. 

Le  roi  a  été  remis  dans  la  chambre  à  six  heures  et  demie  *, 
dit  le  rapport  de  l'officier  du  Temple.  Au  moment  du  départ 
du  maire,  il  lui  a  demandé,  à  deux  reprises  dilTéreates  et 
avec  insistance,  de  lui  faire  passer  très  promptement  le 
décret  qui  lui  accorde  le  conseil  qu'il  deinanie  et  qu'on  ne 
refuse  à  personne.  Le  citoyen  maire  a  répondu  qu'il  n'était 
chargé  que  de  sa  translation  et  que  la  Convention  lui  ferait 
connaître  sa  volonté  '^. 

*  Son  premier  soin  fut  de  demander...  à  manger.  Il  mangea  à  son  dîner 
six  côtelettes,  un  morceau  de  volaille  assez  volumineux,  des  œufs,  but 
un  verre  d'alicanle,  puis  s'en  alla  se  coucher  (Cf.  de  Bi^aucourt,  op.  cit. 
p.  181). 

*  Procès-verbal  de  la  Commune  de  Paris,  du  11  décembre  1792. 


l34  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

«  Le  maire  de  Paris  a  parlé  au  roi  avec  dignité  », 
dit  le  rapport  de  Tofficier  :  on  a  vu,  par  le  récit  que 
nous  avons  tout  au  long  relaté,  qu'il  avait,  au  con- 
traire, complètement  perdu  la  tête. 

Chambon  était,  du  reste,  un  caractère  faible  et  sans 
portée,  cherchant  à  louvoyer  entre  les  partis,  coque- 
tant  avec  le  roi,  rusant  avec  l'Assemblée,  système 
qui,  en  définitive,  n'était  pas  si  maladroit,  puisqu'il 
devait  lui  sauver  la  vie. 

Chambon  avait  quelques-unes  des  qualités  du  mi- 
nistre Roland,  sans  en  avoir  l'héroïsme.  Mme  Roland 
l'avait  bien  jugé  quand,  assise  au  coin  de  la  chemi- 
née dans  son  salon,  elle  disait  à  Desgenettes  et  au  na- 
turaliste Bosc  d'Antic,  qui  devisaient  des  événements 
du  jour  :  «  Voilà  deux  hommes  qui  se  ressemblent 
beaucoup  extérieurement,  et  je  suis  portée  à  croire 
qu'ils  ont  le  même  désintéressement,  le  même  genre 
de  patriotisme,  enfin  les  mêmes  vertus  aussi.  »  A  quoi 
Desgenettes  répliquait  :  qu'il  y  avait,  en  effet,  de 
grandes  analogies  entre  le  ministre  et  le  maire,  sans 
ajouter  que  leurs  épouses  les  conduisaient  tous  deux 
par  le  bout  du  nez. 


Il 


Le  26   décembre   1792,  Chambon   était,  pour  la 
deuxième  fois,  désigné  pour  accompagner  Louis  XVI 


UN    MÉDECIN,    MAIRE    DE    PARIS    EN    1798  l35 

à  l'Assemblée  ^  Quand  la  Convention  avait  rendu  le 
16  décembre  un  décret  bannissant  de  France  tous  les 
membres  de  la  famille  Gapet,  à  l'exception  de  ceux 
qui  étaient  détenus  au  Temple,  de  nombreuses  péti- 
tions s'étaient  couvertes  de  signatures,  pour  obtenir 
de  l'Assemblée  légiférante  qu'elle  rapportât  son  dé- 
cret. 

Le  19,  Chambon  écrivait  au  président  de  la  Conven- 
tion pour  lui  présenter  l'adresse  relative  au  rappel  du 
décret  rendu  le  16  décembre.  La  Convention  avait 
d'abord  décidé  qu'elle  passerait  à  l'ordre  du  jour. 
Mais  Bazire  ayant  insisté  pour  que  le  maire  compa- 
rût à  la  barre,  Robespierre  profita  de  la  circonstance 
pour  accuser  Chambon  de  relations  avec  les  factieux. 
Chambon  fut  alors  introduit  et  se  borna  à  déclarer 
que  le  devoir  de  sa  place  l'obligeait  à  remettre  à  la 
Convention  la  pétition  qui  lui  avait  été  contiéc,  mais 
qu'il  ne  l'avait  en  aucune  façon  provoquée  ;  qu'en 
tous  cas  il  n'en  assumait  point  la  responsabilité.  A  la 
suite  de  ces  explications,  Chambon  fut  admis  aux 
honneurs  de  la  séance. 

Le  procès-verbal  de  la  seconde  translation  de 
Louis  XVI  de  la  Convention  au  Temple  n'ayant  pas 
paru  assez  détaillé  àplusieurs  membres  ni  aux  tribu- 
nes, le  secrétaire-greffier  donna  lecture  du  rapport 
qu'il  avait  rédigé  en  grande  partie  lui-même  ;iUournit 

*  On  n'avait   pas  été  sang  inquiétude  sur  le  second  tiansfèrement  (Cf. 
Pièces  annexes,  A,  Cubincl  secret,  3'  séiie,  pr<niieis tirages,  p.  20(1-208). 


l36  LE   CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

de  curieux  aperçus  sur  la  psychologie  du  roi  qui  allait 
payer  de  sa  tête  sa  remarquable  impéritie. 

Arrivés  au  Temple,  le  maire,  le  procureur  de  la  Commune, 
quelques  commissaires  de  service,  le  commandant  général 
et  moi,  nous  sommes  montés  à  la  tour.  Un  a  notifié  à 
rinstant  au  prisonnier  qu'il  eût  à  se  transporter  à  la  Con- 
vention. Louis  est  descendu  sur  le  champ;  il  était  alors  neuf 
heures  et  demie.  11  a  marqué  quelque  inquiétude  sur  la 
manière  dont  ses  conseils  se  transporteraient  à  la  Con- 
vention ;  il  a  dit  qu'hier  ils  avaient  demandé  à  la  Com- 
mune qu'elle  prît  une  décision  à  cet  égard.  On  lui  a  répondu 
«  que  sur  cet  objet  ses  conseils  feraient  comme  ils  voudraient; 
que  le  Conseil  avait  arrêté  qu'il  n'y  avait  pas  lieu  à  délibé- 
rer. »  —  11  s'est  rendu  à  la  voiture  en  faisant  attention  au 
détachement  de  cavalerie  de  lEcole  militaire,  dont  il  ne  con- 
naissait pas  la  formation  ;  mais  il  a  témoigné  là,  comme  pen- 
dant toute  la  marche,  le  plus  grand  sang-froid  et  la  plus  par- 
faite tranquillité.  Il  faut  que  cet  homme  soit  fanatisé,  car  il 
est  impossible  d'expliquer  comment  l'on  peut  être  aussi  tran- 
quille avec  tant  de  sujets  de  craindre. 

Monté  en  voiture,  il  a  pris  part  à  la  conversation  qui  a 
été  assez  soutenue  sur  la  littérature  et  spécialement  sur 
quelques  auteurs  latins.  Il  a  donné  son  avis  sur  tout  avec 
beaucoup  de  justesse,  et  m'a  paru  fort  curieux  de  faire  voir 
qu'il  est  instruit.  Quelqu'un  a  dit  qu'il  n'aimait  pas  Sénèque, 
parce  que  son  amour  pour  les  richesses  contrastait  fort 
avec  sa  prétendue  philosophie  et  qu'on  ne  pouvait  pas  lui 
pardonner  d'avoir  osé  pallier  au  sénat  les  crimes  de  Néron. 
Cette  réflexion  n'a  pas  paru  l'aflecter.   En  parlant  de  Tite- 


UN    MÉDECIN,    MAIRE    DE    PARIS    EN    1798  l'àj 

Live  (il   a  dit)  que  son  style  était  bien  opposé  à  celui  de 
Tacite. 

Arrivé  à  la  salle  où  il  devait  attendre  avant  d'être  intro- 
duit, 11  a  trouvé  ses  conseils,  avec  lesquels  il  s'est  rendu 
dans  un  coin,  et  les  a  entretenus  en  particulier. 

Bientôt  il  a  été  averti  de  se  rendre  à  la  Convention... 

Nous  sommes  remontés  en  voiture,  il  a  conservé  le  même 
calme,  la  même  sérénité  que  s'il  eût  été  dans  une  position 
ordinaire.  En  passant  devant  le  dépôt  des  ci-devant  gardes 
françaises,  il  a  remarqué  avec  beaucoup  d'étunnement  la 
superbe  maison  que  l'on  bâtit  sur  cet  emplacement. 

Un  peu  plus  loin,  il  me  dit,  en  plaisantant  sur  ce  que 
j'avais  mon  chapeau  sur  la  tête  :  «  La  dernière  fois  que  vous 
êtes  venu,  vous  aviez  oublié  votre  chapeau  ;  vous  avez  été 
plus  soigneux  aujourd'hui.  »  Peut-être  m'a  t-il  fait  cette 
observation  sans  dessein  particulier,  peut-être  aussi,  se 
rappelant  les  anciennes  prérogatives,  a-t-il  voulu  me  témoi- 
gner que,  dans  son  système,  je  devais  tenir  chapeau  bas 
devant  lui.  Chaumet  m'a  fait  signe  du  coude  à  cette  remarque 
en  faisant  peut-être  la  même  réflexion  que  moi. 

A  propos  de  l'indisposition  du  procureur  de  la  Commune, 
la  conversation  est  tombée  sur  les  hôpitaux  de  Paris.  Il  a 
fait  des  réflexions  sur  la  dépense  de  ces  maisons.  Il  a  dit 
qu'il  serait  utile  d'en  instituer  dans  chaque  section,  que  les 
pauvres  en  seraient  bien  mieux  soignés  et  plus  soulagés. 
Il  a  fait  ensuite  diverses  questions  à  Chaumet.  Il  lui  a 
demandé  de  quel  pays  il  était,  quelles  étaient  ses  occupations; 
il  a  même  porté  la  curiosité  jusqu'à  lui  demander  des  détails 
de  sa  famille. 

Puis,  comme  en  allant,  je  saluais  plusieurs  de  mes  cama- 


l38  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

rades  que  je  connaissais,  il    m'a  dit  :  «  Ces  personnes  que 
vous  saluez  sont-elles  de  votre  section?  » 

—  Non,  ce  sont  des  membres  de  l'ancien  Conseil  général, 
que  je  vois  avec  plaisir  s'occuper  du  soin  de  maintenir 
l'ordre.  Là-dessus,  il  me  dit  qu'il  y  en  avait  un  qui  n'était 
pas  resté  longtemps.  11  voulait  me  parler  de  Meunier.  Lors- 
qu'il était  de  service  au  Temple,  m'a-t-il  dit,  il  lui  est  souvent 
échappé  des  mouvements  de  trouble,  en  entendant  tirer  des 
coups  de  fusil,  il  paraît  qu'il  les  craignait  beaucoup.  Je  lui 
ai  répondu  que  c'était  moins  un  effet  de  la  crainte  que  de  la 
surprise  de  voir  que  l'arrêté  du  Conseil  qui  défendait  de 
tirer  des  coups  de  fusil  dans  la  rue,  n'était  point  exécuté. 
«  Il  est  mort  bien  malheureusement»,  m'a-t-il  répliqué. 
J'ignore  qui  l'instruit  si  bien  ;  mais,  comme  vous  voyez,  il 
sait  presque  toutes  les  particularités  arrivées  aux  membres 
du  Conseil.  11  a  pris  ensuite  la  boîte  du  maire,  il  lui  a 
demandé  si  ce  portrait  qui  était  gravé  d'un  côté  était  celui 
de  sa  femme.  Mais  avant  que  le  maire  put  lui  répondre, 
la  conversation  a  été  coupée  par  des  cris  de  :  «  Fermez  les 
fenêtres,  fermez  les  fenêtres  1  »  Sur  cela  il  a  dit:  «  C'est 
abominable  !»  —  «  C'est  une  mesure  de  sûreté  que  l'on  a 
prise  »,  lui  a  répondu  Chaumet  ;  «  l'on  a  défendu  d'ouvrir 
les  fenêtres.  »  —  «  Je  croyais  que  l'on  criait  vive  Lafayette! 
Ce  serait  une  sottise.  »  Sans  doute  que  Louis  Capet  s'occupa 
en  cet  instant  de  la  différence  qu'il  y  avait  entre  la  garde 
brillante  de  Lafayette  et  celle  qui  l'escortait,  composée  en 
grande  partie  de  sans-culottes. 

"Voilà,  citoyens,  tous  les  petits  détails  dans  lesquels  j'ai 
cru  devoir  entrer,  puisqu'ils  ont  paru  vous  intéresser. 
Plusieurs   membres  ont   ensuite   demandé   la  parole  pour 


UN   MÉDECIN,    MAIRE   DE    PARIS   EN    IJQS  i39 

ajouter  des  circonstances  à  ce  rapport.  Une  violente  oppo- 
sition s'est  manifestée  à  ce  qu'ils  fussent  entendus;  mais 
les  tribunes  ayant  témoigné  par  leurs  murmures  un  vif 
désir  de  les  entendre,  il  a  été  arrêté  qu'ils  auraient  la  pa- 
role. 

Pour  vous  faire  connaître  le  caractère  apathique  de  cet 
homme  et  son  indillérence,  a  dit  le  premier,  le  trait  suivant 
ne  sera  pas  inutile.  Lorsque  les  membres  du  Comité  des  21 
lui  ont  apporté  les  i06  pièces  relatives  à  son  procès,  il  les 
a  reçues  comme  un  grand  seigneur  reçoit  les  comptes  de 
son  intendant;  et  pendant  qu'on  s'occupait  à  les  examiner, 
ce  qui  a  duré  près  de  cinq  heures,  lui,  il  s'occupait  de  la 
tabatière  de  Tronchet,  posée  sur  la  table.  Cette  tabatière, 
à  double  face,  représentait  d'un  côté  l'aristocratie  désirant 
la  contre-révolution;  et  de  l'autre  une  figure  coiffée  du  bon- 
net de  la  liberté,  avec  cette  légende  :  La  démocratie  aime  la 
révolution.  Là-dessus  Louis  se  retourne,  en  tenant  le  côté 
où  l'aristocratie  était  représentée.  «  —  Je  n'aurais  pas  cru, 
a-t-il  dit,  trouver  sur  la  tabatière  du  citoyen  Tronchet  une 
figure  préchant  la  contre-révolution.  —  «  C'est  une  figure 
d'ancienne  date,  »  a  dit  Tronchet,  occupé  au  dépouille- 
ment. 

Vous  voyez  par  ce  petit  trait,  citoyens,  que  l'abbé  Lenfant 
lui  a  tellement  inculqué  que  son  royaume  n'est  plus  de  ce 
monde  et  que  tout  ce  qu'il  éprouve  est  son  purgatoire,  que 
l'affaire  la  plus  majeure  ne  le  frappe  guère.  —  «  11  n'est 
pas  inutile,  a  dit  Lebois,  d'observer  quel  est  le  caractère  de 
cet  homme  et  des  personnes  qui  lui  appartiennent.  Lorsque 
j'ai  été  nommé  de  garde  au  Temple,  le  hasard  ma  placé 
tantôt  chez  lui  et  tantôt  chez  elles.  J'ai  remarqué  dans  les 


l40  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

femmes  beaucoup  de  finesse,  et  chez  luibeaucoup  de  bêtise; 
c'est  un  privilège  pour  lui  de  n'être  pas  sensible...  On  a 
pris  jusqu'à  ce  jour  pour  de  l'esprit  la  mémoire  prodigieuse 
qu'il  a;  mais  tout  son  mérite,  à  mes  yeux,  c'est  cette  mé- 
moire, où  les  moindres  objets,  les  plus  petites  particularités 
se  classent  admirablement.  Quant  à  son  âme,  je  crois  qu'il 
n'en  a  pas  beaucoup.  » 
L'ordre  du  jour  a  été  adopté  sur  tous  ces  détails. 


III 


Le  5  janvier  1793,  Ghambon  était  invité  à  rendre 
compte  à  l'Assemblée  de  l'état  des  esprits  dans  la 
capitale,  ainsi  que  des  forces  dont  la  municipalité 
pouvait  disposer.  Il  prononça  à  cette  occasion  un 
discours  élevé,  d'une  véritable  éloquence,  un  modèle 
de  courage  civique  et  de  bon  sens. 

Accompagné  de  douze  membres  de  la  munici- 
palité, il  monta  à  la  tribune  et  ût,  au  milieu  d'un 
grand  silence,  les  déclarations  suivantes  : 

En  premier  lieu,  dit-il,  dune  voix  un  peu  basse  (plusieurs 
voix  crient  :  On  n'entend  rien!),  une  des  causes  les  plus 
actives  de  la  fermentation  actuelle  est  le  procès  de  Louis 
Capet.  On  n'en  connaît  pas  l'issue,  mais,  quelle  qu'elle  soit, 
la  plupart  des  citoyens  se  soumettront  à  la  loi  qui  aura  pro- 
noncé sur  ses  crimes. 

Les  billets  de  la  maison  de  secours  sont  aussi  une  raison 


UN    MÉDECIN,    MAIRE    DE    PARIS    EN    1798  l4l 

de  désordres  toujours  renaissants.  Les  ouvriers  ont  la  plus 
grande  difliculté  à  les  faire  passer. 

L'approvisionnement  de  Paris  est  encore  un  objet  d'a- 
larmes ;  on  blâme  généralement  les  primes  accordées  aux 
boulangers.  La  classe  laborieuse  réclame  du  travail.  Les 
secours  accordes  aux  parents  des  soldats  qui  ont  volé  aux 
frontières  pour  secourir  la  patrie  menacée,  se  distribuent 
lentement. 

Les  maisons  de  joie,  les  maisons  de  femmes  publiques 
recèlent  nos  plus  dangereux  ennemis,  à  qui  des  maisons 
particulières  servent  également  d'asile. 

La  force  armée  est  accablée  d'un  service  excessif.  Plus 
de  1  "20.000  hommes,  exactement  120.979,  sont  mobilisés  à 
Paris.  Mais  les  citoyens  qui  possèdent  de  grandes  fortunes 
cherchent  à  se  dérober  à  la  garde  nationale. 

L'esprit  républicain  est  toutefois  celui  de  la  majorité,  de 
la  presque  totalité  des  habitants. 

Le  clergé  cherche  à  fomenter  des  troubles.  N'a-t-il  pas 
crié  à  la  tyrannie,  parce  que  le  Conseil  général  de  la  com- 
mune, craignant  que  les  églises  ouvertes  pour  la  messe  de 
minuit  ne  servissent  de  retraite  aux  malveillants,  et  pour 
prévenir  les  désordres  que  cette  réunion  pouvait  entraîner, 
dans  des  circonstances  où  le  procès  d'un  grand  traître 
divisait  les  esprits,  a  ordonné  de  tenir  les  portes  exactement 
fermées  ?  Cette  mesure,  pourtant  sage  et  politique,  a  égaré 
quelques  esprits  inquiets,  qui  proclamaient  bien  haut  qu'on 
exerçait  le  «  despotisme  des  opinions  ».  Les  émigrés  agissent 
de  leur  côté,  ils  font  une  propagande  active  en  faveur  du 
souverain  déchu. 

Il  est  donc  nécessaire  que  les  bons   citoyens  se  rallient, 


1^2  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

et  alors  les  conspirateurs  ne  tarderont  pas  à  être  replongés, 
comme  au  10  août,  dans  les  ténèbres... 

Cette  harangue  fit  sur  l'Assemblée  une  impression 
profonde.  La  députation  fut  admise  aux  honneurs  de 
la  séance,  et  l'impression  du  discours  de  Ghambon 
votée  sans  discussion. 


IV 


Sur  ces  entrefaites  survenait  un  incident,  dont  les 
conséquences  pouvaient  devenir  fatales  à  Ghambon 
de  Montaux. 

Le  3  janvier  1793,  on  donnait  au  Théâtre-Français 
la  première  représentation  de  VAmi  des  Lois.  Dans 
cette  comédie  à  clefs,  comme  on  dirait  aujourd'hui, 
les  allusions  étaient  transparentes.  L'auteur  de  la 
pièce,  Laya,  n'avait  pas  craint  de  prendre  directe- 
ment à  partie  les  puissants  de  l'époque,  qu'il  dési- 
gnait sous  des  pseudonymes  facilement  percés  à 
jour.  Robespierre,  qui  se  nommait  pour  la  circons- 
tance Nomophage;  Marat,  que  tout  le  monde  recon- 
nut sous  le  masque  de  Daricrâne,  étaient  particu- 
lièrement maltraités. 

h^Ami  des  Lois  obtint  un  succès  d'enthousiasme. 
On  applaudit  avec  fureur  ces  vers  vibrants  qui  stig- 
matisaient, en  termes  d'une  violence  outrée,  les 
hommes  de  la  Terreur. 


UN   MÉDECIN,    MAIRE    DE    PARIS   EN    1798  1 43 

A  la  Commune,  comme  au  club  des  Jacobins,  ces 
attaques  ne  pouvaient  rester  sans  écho.  Laya  eut 
l'habileté  de  mettre  son  œuvre  sous  les  auspices  de 
la  Convention  ;  sa  lettre  fut  lue  à  la  séance  du  10  jan- 
vier 1793. 

On  avait  accordé  une  mention  très  honorable  à  la 
pièce,  quand  Prieur  fit  observer  qu'il  avait  lu,  dans 
un  extrait  de  la  brochure,  ces  mots  :  Aristocrate, 
mais  honnête  homme,  deux  expressions  qui  juraient, 
disait-il,  et  dont  on  devait  demander  raison.  Il  s'en 
suivit  une  discussion  des  plus  vives,  qui  se  termina 
par  le  renvoi  de  la  pièce  au  Comité  d'instruction  pu- 
blique. 

La  Commune  avait  décidé,  de  son  côté,  qu'en  pré- 
sence des  allusions  manifestes  qu'on  rencontrait  dans 
VAmi  des  Lois,  la  pièce  serait  interdite  \  Chambon 
fut  chargé  de  l'exécution  de  l'arrêté: 

Ce  jour-là,  la  foule  envahit  le  Théâtre-Français. 
Les  acteurs  donnent  lecture  de  l'arrêté  de  la  Com- 
mune. On  réplique  par  des  huées  et  des  sifllets  -.  Le 
général  Santerre,  présent  dans  la  salle,  annonce,  sur 
un  ton  d'autorité,  que  la  représentation  ne  se  pour- 
suivra pas.  On  lui  répond  par  les  cris  do:  A  bas  te  gé- 

*  Après  un  rapport  de  Real,  qui  devait  devenir  conseiller  d'Etat  sous 
l'Empire,  la  Commune  suspendit  les  représentations  de  la  pièce,  «  dans 
laquelle  des  journalistes  malveillants  ont  fait  des  rapprochements  dan- 
gereux ». 

*  Th.  Muret,  Histoire  par  le  théâtre,  I,  72. 


l44  Ï'E    CABINET   SECRET     DE    l'hISTOIRE 

néral  mousseux!  Nous  voulons  la  pièce  ou  lamorl! 

Le  maire  était  arrivé  au  théâtre  à  deux  heures,  pour 
y  annoncer  le  respect  dû  à  l'arrêté  du  Conseil  géné- 
ral, qui  avait  prononcé  la  suspension  de  la  pièce  de 
Laya.  Il  ne  réussit  pas  à  se  faire  écouter. 

La  Convention,  qui  était  alors  en  permanence  pour 
le  procès  du  roi,  fut  saisie  de  l'affaire  par  une  pro- 
testation énergique  de  Fauteur  de  VAmi  des  Lois, 
tandis  que  le  public  attendait  patiemment  dans  la 
salle  l'issue  de  cette  démarche. 

Un  rapport  est  fait  et  présenté  par  le  député  Ker- 
saint,  et  la  Convention,  statuant  séance  tenante, 
met  à  néant  l'arrêt  de  la  Commune,  s'appuyant  sur 
ce  fait  :  «  qu'il  n'y  a  point  de  loi  qui  autorise  les 
corps  municipaux  à  censurer  les  pièces  de  théâtre  ». 

Cette  décision,  rapidement  portée  au  théâtre,  est 
accueillie  par  de  frénétiques  acclamations  ;  VAmi 
des  Lois  est  joué  «  sans  autre  bruit  que  celui  des 
bravos  »,  et  à  une  heure  du  matin,  le  public  se  retire 
victorieux  et  triomphant  ^ 

Malgré  l'effervescence  populaire,  il  n'avait  pas  été 
prononcé  un  seul  mot  injurieux  contre  le  maire  de 
Paris,  ainsi  que  celui-ci  le  reconnaissait  dans  une 
lettre  adressée  au  président  du  Conseil  général. 
Chambon  se  plaignit  néanmoins  de  fatigues  et  de 
douleurs,  «  résultant  de  la  compression  de  quelques 

*  Th.  Muret,  oc.  cit. 


UN    MÉDECIN,    MAIRE    DE    PARIS    EN    1798  l/jS 

citoyens  qui  l'avaient  serré  de  trop  près».  Le  Conseil 
général  lui  infligea  un  blâme,  sous  prétexte  que  la 
lettre  de  Laya  à  la  Convention  avait  provoqué  une 
représentation  séditieuse,  et  aussi  que  le  maire  avait 
soutenu  trop  mollement  l'exécution  des  arrêtés  de  la 
Commune  et  du  Conseil.  On  décida,  cependant,  d'en- 
tendre les  explications  de  Chambon. 

Le  maire  arrive  et  prend  place  au  fauteuil  de  la 
présidence.  Sur  l'observation  qu'il  ne  devait  pas  pré- 
sider dans  une  discussion  où  il  était  directement 
mis  en  cause,  Chambon  cède  le  fauteuil  à  Grouvelle. 
Il  se  défend  de  n'avoir  fait  qu'exécuter  les  ordres  de 
la  Convention,  ne  tentant  pas  une  justification  qu'il 
croit  superflue.  Le  procureur  de  la  Commune  requiert 
alors  l'improbation,  qui  est  adoptée  à  la  presque 
unanimité,  sauf  à  arrêter  en  commun  les  termes  de 
la  rédaction. 

Les  administrateurs  de  la  police  et  le  procureur  de 
la  Commune  sont  à  leur  tour  blâmés,  pour  ne  pas 
s'être  rendus  à  leur  poste,  c'est-à-dire  pour  ne  point 
s'être  tenus  aux  côtés  du  maire  sur  le  lieu  du  ras- 
semblement. Mais  l'ordre  du  jour  rejette  le  blâme, 
estimant  satisfaisantes  les  explications  du  procureur 
Chaumette.  Il  est  décidé  qu'une  adresse  sera  envoyée 
aux  hS  sections,  pour  faire  connaître  la  motion  de 
blâme  contre  le  maire  et  les  motifs  qui  l'ont  provo- 
quée. 

Le  lendemain,  1'^  mides  Lois  était  réclamé  à  grands 

iv-lO 


l46  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

cris,  après  un  lever  de  rideau  composé  de  Sémîramis 
et  d'une  petite  comédie  de  Vigie,  la  Matinée  d'une 
folie  femme.  Un  des  acteurs,  Dazincourt,  vint  an- 
noncer que,  d'un  commun  accord,  l'auteur  et  l'ad- 
ministration du  théâtre  avaient  décidé  d'ajourner  la 
représentation,  pour  laisser  le  calme  se  rétablir  dans 
les  esprits  ;  mais,  sur  l'insistance  du  public,  on  dut 
promettre  que  la  pièce  serait  représentée  le  lendemain. 

La  Commune,  pour  masquer  l'illégalité  de  son  ar- 
rêté, avait  ordonné  de  fermer  provisoirement  tous 
les  spectacles,  sous  prétexte  que  la  tranquillité  pu- 
blique était  menacée.  Le  Conseil  exécutif  provisoire 
cassa  le  décret,  mais,  pour  ne  pas  se  mettre  en  con- 
flit avec  un  pouvoir  rival  du  sien,  il  engageait  les 
directeurs  de  théâtre  à  ne  pas  jouer  les  ouvrages 
«  susceptibles  de  causer  du  trouble  ».  La  Commune 
en  profita  pour  interdire  de  nouveau  l'^mf  des  Lois. 

Le  14,  bien  que  l'affiche  annonçât  V Avare  et  le 
Médecin  malgré  lai,  le  public  réclame  la  pièce  de 
Laya.  Les  troupes  sont  massées  aux  alentours  du 
théâtre  ;  les  canons  sont  braqués.  Santerre,  qui  se 
présente,  est  accueilli  par  des  huées.  Des  jeunes 
gens,  s'élançant  sur  la  scène,  parviennent  à  lire  la 
pièce,  au  milieu  de  bravos  frénétiques. 

Les  échos  de  l'émeute  *  s'étaient  répercutés  jus- 


*  Voir  aux  Pièces  annexes  du  Cabinet  secret,  3"  série,  édit.  originales, 
la  note  B,  p.  211-214. 


UN   MÉDECIN,    MAIRE    DE    PARIS    EN     1798  l^J 

qu'à  la  prison  du  Temple  '.  Le  sourd  grondement  de 
la  rue  avait  ébranlé  les  voûtes  du  cachot  où  Louis  XVI 
attendait  le  sort  qui  lui  était  depuis  longtemps  ré- 
servé. 

Le  dimanche  20  janvier,  à  2  heures,  s'ouvrent  les 
portes  du  Temple.  Le  Conseil  exécutif  fait  son  entrée 
dans  la  prison:  après  le  ministre  de  la  justice'^,  vien- 
nent le  ministre  des  affaires  étrangères,  le  procureur 
de  la  Commune,  le  commandant  de  la  garde  nationale, 
enfin  le  maire. 

D'après  l'arrêté  de  la  Convention,  le  maire,  en  sa 
qualité  de  premier  administrateur  de  la  police,  devait 
conduire  le  roi  au  supplice.  Chambon  réussit  à  faire 
prendre  à  la  Commune  une  délibération,  aux  termes 
de  laquelle  des  commissaires  étaient  nommés  pour 
assister  aux  derniers  moments  du  roi.  Ces  com- 
missaires, voulant  accomplir  leur  mission  jusqu'au 
bout,  réclamèrent  et  obtinrent  sans  peine  de 
suivre  Louis  XVI  jusqu'au  pied  de  la  guillo- 
tine. 

Le  21  janvier,  à  8  heures  et  demie,  Santerre,  ac- 
compagné   de     deux   prêtres    municipaux,    Jacques 

'  Le  valet  de  chambre  Cléry  a  raconté,  dans  son  Journal,  qu'il  remit  lui- 
même  à  Louis  XVI  un  exemplaire  de  l'Ami  des  Lois  et  que  le  roi  parut 
prendre  un  grand  intérêt  à  la  lecture  de  cette  pièce. 

*  C'est  en  qualité  de  ministre  de  la  justice  que,  d'une  voix  émue  et 
tremblante,  M.  Garât  lut  à  Louis  XVI  son  arrêt  de  mort.  Grouvelle  était 
alors  secrétaire  du  Conseil  exécutif;  il  fut  depuis  envoyé  en  ambassade 
au  Danemark,  près  du  roi  Christian  {Mémoires  de  Brissot,  loc.  cit.). 


l48  LE    CABINET    SECRET    DE     l'hISTOIRE 

Roux    et  Jacques-Claude  Bernard,    étaient  chargés 
de  cet  oifice  ^ 

Contrairement  à  ce  que  certains  historiens  ont  ra- 
conté, la  voiture  dans  laquelle  Louis  XVI  fut  conduit 
au  supplice^  n'était  pas  celle  du  maire  de  Paris  :  le 
maire,  moins  que  personne,  ne  pouvait  disposer  du 
mobilier  de  la  mairie. 


'  Claude  Bernard  était  vicaire  de  la  Madeleine,  et  Jacques  Roux 
appartenait  à  la  communauté  des  prêtres  de  Saint-Nicolas-des-Champs. 

*  Ce  fut  dans  la  voiture  du  maire  Ciiambon  que  Louis  XVI  se  rendit 
à  la  Convention  pour  sa  première  comparution  du  12  décembre;  on  a 
prétendu  qu'elle  avait  servi  aussi  à  le  conduire  au  supplice;  mais  il 
est  aujourd'hui  démontré  que,  sur  le  ref.us  du  Conseil  de  la  Commune  de 
prêter  la  voiture  du  maire,  ce  fut  celle  du  ministre  Clavière  qui  amena 
Louis  XVI  du  Temple  à  la  place  de  la  Révolution. 

Cependant  il  convient  de  signaler  les  divergences  sur  ce  point  de  détail* 

M.  El.  disait  tenir  de  M.  Couvel,  conseiller  à  la  Cour  des  comptes, 
ancien  secrétaire  intime  de  Clavière,  que  ce  dernier  trajet  avait  eu  lieu 
dans  la  voiture  du  ministre.  A  cette  tradition,  d'autres  ont  opposé  un 
arrêté  du  Conseil  exécutif,  en  date  du  20  janvier,  portant  :  Art.  1"  :  La 
voiture  du  maire  amènera  Capet  du  Temple  au  lieu  de  l'exécution  (Ar- 
chives de  l'hôtel  de  ville).  M.  de  Beauchesne  et  M.  Granier  de  Cassa- 
gnac  indiquent  également  la  voiture  du  maire. 

Dans  le  Journal  d'un  Bourgeois  de  Paris  (p.  429),  M.  Ed.  Biré,  d'or- 
dinaire si  exact,  affirme  cependant  que  ce  fut  la  voiture  de  Clavière 
qui  servit  en  la  circonstance.  Ce  ministre  offrit  de  la  prêter,  parce 
que  la  Commune  s'opposa  à  ce  que  la  voiture  du  maire  servît  à  cet 
usage.  M.  Biré  renvoie  aux  Archives  nationales,  A.  F.,  II,  3,  Conseil 
exéculiC  provisoire. 


UN    MÉDECIN,    MAIRE    DE    PARIS    EN    1798  1^9 


Chambon  ne  put  se  dérober  complètement  à  ses  de- 
voirs dans  cette  journée  historique  '.  Le  21  janvier,  il 
faisait  placarder  sur  les  murs  de  Paris  la  proclama- 
tion suivante,  signée  de  son  nom,  et  qui  était  bien 
dans  le  ton  déclamatoire  du  temps  : 

Le  maire  de  Paris  à  ses  concitoyens. 

Le  glaive  de  la  loi  va  frapper  le  plus  grand  et  le  plus  cou- 
pable des  conspirateurs.  Vous  avez  conservé  pendant  le  cours 

•  V.  sa  proclamation  du  20  janvier  1793,  que  nous  avons  publiée 
ailleurs  {Chronique  médicale,  15  janvier  1899,  p.  44). 

Le  21  janvier  1793,  il  adressait  la  lettre  qui  suit  :  «  Aux  citoyens  mi- 
nistres composant  le  Conseil  exécutif  provisoire  ». 

«  Les  renseignements  qui  viennent  de  m'être  donnés  par  le  départe- 
ment de  police  m'apprennent  que  tout  Paris  est  dans  la  plus  grande 
tranquillité.  Cependant  un  officier  de  police,  qui  m'est  venu  joindre  au 
Conseil  général,  m'a  dit  que  les  habitants  du  faubourg  Saint-Antoine 
étaient  réunis  en  grand  nombre  dans  les  cabarets,  où  ils  se  réjouissent 
de  la  mort  du  tiran.  Il  m'a  ajouté  que  des  soldats  casernes  dans  ce  can- 
ton ont  pris  dans  un  chantier  de  ce  quartier  des  falourdes,  dont  ils  veu- 
lent faire  un  feu  de  joie  en  réjouissance  delà  punition  de  Louis.  Je  vais 
donner  cette  instruction  au  département  de  police  pour  qu'il  prévienne 
les  querelles  qui  pourraient  intervenir  relativement  à  cet  excès  par  des 
moiens  de  conciliations  {sic).  Je  ne  vous  donne  du  reste  ce  dernier  fait 
<iue  par  l'assertion  d'un  particulier,  mais  je  ne  vais  pas  moins  prendre 
les  précautions  nécessaires  pour  éviter  les  suites  de  cette  violence. 

«  Le  maire  de  Paris, 

«  Chambon.  » 
{Arch.  nat.,  A.  F.  II,  3.) 


l5o  LE    CABINET   SECRET   DE   l'hISTOIRE 

de  ce  long  procès  le  calme  qui  convient  à  des  hommes  libres, 
vous  saurez  le  garder  encore  au  moment  de  l'exécution  du 
tyran.  Vous  prouverez  par  la  sagesse  de  votre  contenance 
qu'un  acte  de  justice  ne  ressemble  pas  à  la  vengeance  ;  ce 
jour  sera  tout  à  la  fois  pour  les  rois  et  pour  les  peuples  un 
exemple  mémorable  de  la  juste  punition  des  despotes  et  delà 
dignité  que  doit  conserver  un  peuple  souverain  dans  l'exer- 
cice de  sa  puissance. 

Signé  :  Chambois  *. 

Chambon  n'allait  plus  chercher  qu'une  occasion  de 
résigner  ses  périlleuses  fonctions.  Une  semaine  en- 
viron après  la  mort  du  roi,  le  2  février,  Chambon 
écrivait  au  Conseil  de  la  Commune  que,  dans  lajour- 
née  du  12  janvier  (le  jour  de  la  représentation  tumul- 
tueuse de  VAmi  des  Lois)^  il  avait  contracté  une  infir- 
mité «  qu'il  conserverait  jusqu'à  la  mort  ». 

Depuis  ce  moment,  disait-il  dans  sa  lettre,  indépendam- 
ment des  accidents  qui  m'ont  rendu  toute  espèce  de  fatigue 
intolérable,  j'ai  éprouvé  les  plus  grandes  difficultés  à  prési- 
der le  Conseil  général.  Vous  avez  tous  été  témoins  de  ce  fait, 
et  vous  l'avez  remarqué,  ma  voix  ne  [peut  plus  se  faire  en- 
tendre dans  le  calme  même  de  cette  assemblée.  Vous  conce- 
vez donc  qu'il  n'est  plus  en  mon  pouvoir  de  remplir  une  par- 
tie essentielle  de  mes  fonctions  ;  il  n'est  pas  moins  important 
que,  dans  des  rassemblements  de  citoyens  agités  par  quel- 
ques passions,  le  maire  porte  la  parole  pour  ramener  ses 

*  Revue  de  Champagne  et  de  Brie,  t.  XVII,  p.  496. 


UN   MÉDECIN,    MAIRE    DE    PARIS    EN    1798  l5l 

Irères  à  l'observance  de  l'ordre  et  des  lois;  dans  les  circons- 
tances où  il  est  si  important  de  faire  entendre  le  langage  de 
la  raison,  mes  eflorts  deviendront  impuissants.  Vous  juge- 
rez, d'après  cet  exposé,  qu'un  zèle  mal  entendu  me  porterait 
en  vain  à  répondre  à  la  confiance  de  mes  concitoyens,  leur 
attente  serait  vaine. 

La  conviction  entière  que  jaide  cette  vérité  ne  me  permet 
plus  de  garder  cette  place,  qui  serait  mieux  remplie  par  tout 
autre  que  moi. 

Le  Conseil  général  renvoya  la  démission  au 
corps  municipal,  pour  qu'il  convoquât  à  bref  délai 
les  hS  sections,  en  vue  de  l'élection  d'un  nouveau 
maire. 

Chambon  résigna  ses  fonctions  le  k  février  1793; 
il  quittait  Paris  le  même  jour*.  De  Paris,  il  se  rendit 
à  Blois  et  n'échappa  aux  poursuites  décrétées  contre 
lui,  que  sur  le  bruit  qu'on  fit  courir  qu'il  avait  été 
fusillé  près  d'une  ferme  dans  les  environs  de  la  ca- 
pitale. 

Survint  le  9  thermidor,  qui,  ainsi  qu'à  bien  d'au- 
tres, lui  sauva  la  vie.  11  resta  à  Blois  jusqu'en  l80/i. 
Il  reprit  l'exercice  de  sa  profession^,  mais,  pendant 

*  Le  13  février,  Chambon  était  remplacé  par  Pache. 

*  Il  était  surtout  très  entendu  pour  les  maladies  des  enfants.  Ce  prati- 
cien, «  éloigné  des  dissertations  de  l'école  •>,  doit  être  considéré  comme 
un  «  précurseur  de  nos  grands  cliniciens  du  XIX'  siècle  ».  Cf.  un  très 
intéressant  article  de  M.  Joseph  Genévrier,  interne  des  hôpitaux,  paru 
sous  le  titre  de  Nicolas  Chambon  de  Montattx,  Pédiatre,  dans  le  journal 
La  Clinique  in/antife,  15  mars  1905. 


l52  LE       CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

toute  la  durée  de  TEmpire  *,  ne  sollicita  aucune  fonc- 
tion officielle.  Il  occupa  les  loisirs  de  sa  retraite  à 
écrire  nombre  d'ouvrages  ^. 

1  En  1808,  il  habitait  24,  rue  du  Cherche-Midi  (renseignement  donné 
par  le  docteur  Dureau,  le  regretté  bibliothécaire  de  l'Académie  de  mé- 
decine). 

*En  voici,  par  ordre  chronologique,  la  liste  aussi  complète  que  pos- 
sible : 

Traité  de  l'anthrax  ou  de  la  pustule  maligne  (1781),  in-lâ  ;  Maladies 
des  femmes  en  couches  et  à  la  suite  de  couches  (1784),  2  vol.  in-12  ;  Ma- 
ladies des  filles  pour  servir  de  suite  aux  maladies  des  femmes  (1785), 
2  vol.  in-12  ;  Des  maladies  de  la  grossesse  (1785),  2  vol.  in-12  ;  Traité  de 
la  fièvre  m.aligne  simple  et  des  fièvres  compliquées  de  malignité  (1787), 
4  vol.  in-12  ;  Des  moyens  de  rendre  les  hôpitaux  utiles  à  l'instruction 
(1787),  in-12  ;  Observationes  clinica},  curaliones  morborum  et  phenomena 
ipsorum  in  cadaveribus  observata,  referentes  Parisiis  (1789),  in-4''  ;  Mala- 
dies des  enfants  (1798),  2  vol.  in-S"  ;  Manuel  de  l'éducalion  des  abeilles 
(1798),  in-8°  ;  Maladies  des  filles,  des  femmes  et  de  la  grossesse,  et  mala- 
dies chroniques  à  la  suite  des  couches,  seconde  édition  avec  corrections 
et  additions  d'articles  qui  n'ont  pas  paru  dans  la  précédente  (1799),  vol. 
in-8''  ;  Recherches  sur  le  croup  (1806)  ;  Traité  de  l'éducation  des  moutons 
(1810j,  2  vol.  in-8°  ;  Lettres  à  M.  C.  sur  les  calomnies  répandues  contre 
moi  comme  maire  de  Paris,  et  renouvelées  de  ce  temps  (1814),  br.  in-8'' 
Comparaison  des  effets  de  la  vaccine  avec  ceux  de  la  petite  vérole  ino- 
culée par  la  méthode  des  incisions  (1821),  in-8°. 

Chambon  a  donné,  en  outre,  plusieurs  articles  à  l'Encyclopédie  métho- 
dique, au  Dictionnaire  d'agriculture  de  Rozicr,  et  plusieurs  Mémoires 
dans  la  collection  de  la  Société  royale  de  médecine. 

Parmi  les  écrits  de  Chambon  restés  inédits,  nous  citerons  :  une  traduc- 
tion du  Traité  d'Agriculture,  de  Columelle  ;  des  Recherches  pour  l'his- 
toire des  fièvres,  des  maladies  aiguës,  des  inaladies  chroniques;  un  Traité 
sur  la  goutte  ;  un  Essai  sur  les  asphyxies  ;  un  Traité  des  maladies  des 
voies  urinaires,  etc.,  manuscrits  déposés  à  la  bibliothèque  de  la  Faculté 
de  médecine  en  avril  1880.  Le  Traité  de  la  goutte  aurait,  d'après  ce  que 


UN    MÉDECIN,    MAIRE   DE    PARIS    EN    1798  l53 

Au  retour  des  Bourbons,  en  181/i,  il  sortit  de 
son  obscurité.  La  duchesse  d'Angoulème  lui  conser- 
vait beaucoup  de  gratitude  du  tact  et  des  atten- 
tions^ dont  il  avait  fait  preuve  à  l'égard  de  Louis  XVL 
Le  1 5  avril  181/j,  les  époux  Chambon  déposaient  entre 
les  mains  du  duc  de  la  Rochefoucauld,  pour  être  remis 
à  la  duchesse  d'Angoulème,  les  cheveux  de  la  dé- 
funte reine  Marie-Antoinette.  Deux  jours  avant  sa 
mort,  la  reine  avait  confié  à  une  dame  Roussel  des 
cheveux  qu'elle  s'était  coupés  elle-même,  lui  recom- 

nous  avons  relevé  quelque  part,  paru  de  1814  à  1817  en  2  volumes,  sous  le 
titre  de  :  Traité  de  la.  goutte  essentielle  symptomatique  anormale,  mais 
nous  n'avons  pas  eu  l'ouvrage  sous  les  yeux. 

*  Cléry  a  reproduit,  dans  son  Journal,  la  lettre  suivante,  écrite  par 
Chambon  au  président  de  la  Convention,  lettre  qui  témoigne  des  atten- 
tions que  le  maire  avait  eues  pour  le  prisonnier  du  Temple. 

«  Citoyen  Président. 

«  J'ai  l'honneur  de  vous  faire  passer,  pour  que  vous  ayez  la  bonté  d'en 
faire  part  à  la  Convention  nationale,  les  deux  arrêtés  pris  par  le  Conseil 
du  Temple  relativement  aux  demandes  que  lui  avait  faites  Louis  Capet 
de  lui  rendre  ses  rasoirs  pour  se  raser  lui-même  et  de  lui  faire  venir  le 
docteur  Dubois-Foucaut,  dentiste,  pour  lui  ordonner  les  remèdes  que 
pouvait  exiger  une  fluxion  qui  lui  était  survenue  à  la  joue. 

«  J'ai  l'honneur  de  vous  transmettre  l'arrêté  pris  par  le  Conseil  général 
sur  les  deux  objets  ci-dessus  désignés. 

«  Le  maire  de  Paris, 
«    Chambon.  » 

Le  8  janvier  179."?,  le  maire  envoyait  les  arrêtés  du  Conseil  du  Temple 
relatifs  aux  deux  objets  :  restitution  des  instruments  et  visite  du  den 
liste,  et  la  Commune  décidait  qu'on  rendrait  les  rasoirs  du  roi,  mais 
qu'il  ne  pourrait  s  en  servir  qu'en  présence  de  deux  municipaux. 


l54  LE    CABINET   SECRET   DE    l'hISTOIRE 

mandant  de  les  donner  à  son  fils  ou  à  sa  fille,  si  un 
jour  ils  étaient  appelés  à  régner.  En  1804,  cette  dame 
Roussel^    avait  partagé  la    précieuse    relique   avec 
Mme  Chambon,  qui  l'avait  acquise  de  cette  façon. 
Ghambon  mourut  à  Paris  en  1826,  le  2  novembre. 


'  M.  et  Mme  Chambon  étaient  depuis  longtemps  en  relations  avec 
cette  femme,  qui  avait  été  employée  au  service  de  Marie-Antoinette;  son 
emploi  avait  été  supprimé,  lorsque  le  ro.  etla  reine  avaient  été  contraints 
de  quitter  Versailles,  pour  venir  à  Paris.  Elle  n'en  continua  pas  moins  à 
servir  la  reine  en  secret,  et  elle  correspondait  avec  elle,  par  l'intermé- 
diaire d'un  graveur  allemand  du  nom  de  Baër,  attaché  à  la  maison  du 
comte  d'Artois.  C'est  elle  qui  prévint  la  reine,  la  veille  du  jour  où 
Louis  XVI  fut  tenu  de  coiffer  le  bonnet  rouge.  Lorsque,  après  la  mort  du 
roi,  la  reine  fut  transférée  à  la  Conciergerie,  cette  dame,  liée  avec  un  ar- 
chitecte, ami  intime  du  geôlier  Richard,  obtint  de  lui  qu'il  la  seconderait 
dans  son  dessein  de  pénétrer  près  de  la  reine.  L'architecte  gagna  tout  à 
fait  la  confiance  du  geôlier,  très  amateur  de  spectacles,  en  lui  donnant 
des  billets  pour  le  théâtre  de  la  Cité,  et  aussi  en  lui  glissant  quelque  ar- 
gent dans  les  mains. Subjugué  par  ces  arguments,le  geôlier  avait  autorisé 
la  femme  Roussel  à  s'habiller  chez  lui,  à  revêtir  un  pantalon  et  une  veste 
de  toile,  un  bonnet  de  coton  et  des  sabots,  qui  la  travestissaient  complète- 
ment en  garçon  guichetier  et  lui  permettaient  de  pénétrer  sans  éveiller 
les  soupçons  auprès  de  la  royale  captive.  Mme  Roussel  put  de  la  sorte 
procurer  à  la  reine  quelque  linge,  notamment  des  bas,  des  chemises  et 
des  mouchoirs,  dont  on  l'avait  laissé  complètement  manquer.  Un  jour 
Mme  Roussel  fît  passer  à  Marie-Antoinette  une  paire  de  ciseaux  que  la 
reine  lui  avait  demandés,  et  pour  les  dérober  aux  regards,  elle  les  atta- 
cha... sous  la  chaise  percée  ! 


UN    MÉDECIN,    MAIRE    DE    PARIS    EN    179-3  l55 


VI 


La  biographie  de  Chambon  ne  serait  pas  complète, 
si  nous  n'esquissions,  en  quelques  lignes,  la  phy- 
sionomie de  son  épouse,  Augustine  Chambon  de 
Montaux,  qui,  au  surplus,  mérite  bien  ce  coup  de 
crayon.  Le  principal  titre  de  gloire  d'Augustine 
Chambon  est,  Teussiez-vous  deviné,  l'invention 
d'une  chaufferette,  ou,  pour  mieux  dire,  d'un  «chauffe- 
pieds  économique  ^  ». 

*  Nous  donnons  ci-après  le  texte  d'un  curieux  prospectus,  que  nous 
avons  découvert  chez  un  marcliand  d'autographes  : 

Augustines  ou  nouveaux  chauffe-pieds  économiques. 

On  croit  rendre  un  service  au  public  en  annonçant  de  nouveau,  à  l'époque 
où  nous  sommes,  les  chauffe-pieds  économiques,  autrement  dits  augus- 
tines, du  nom  de  l'inventeur.  Cette  découverte  ingénieuse,  pour  laquelle 
Mme  Augustine  Chambon  de  Montaux  a  obtenu  un  brevet  d'inven- 
tion, et  ensuite  un  brevet  de  perfectionnement,  acquiert  de  jour 
en  jour  de  plus  grands  succès.  Outre  l'approbation  qui  lui  a  été  donnée 
par  la  Société  d'encouragement  pour  Vinduslrie  nationale,  par  un  grand 
nombre  de  médecins,  et  les  éloges  que  presque  tous  les  journaux  lui  ont 
accordés,  l'expérience  lui  découvre  encore  de  nouveaux  avantages.  Nous 
les  résumons  en  peu  de  mots. 

«  L'augustine,  allumée  dès  le  matin, donne  toute  la  journée  une  chaleur 
toujours  égale,  sans  odeur,  sans  fumée,  sans  qu'on  ait  besoin  de  lui 
donner  des  soins,  sans  danger  pour  le  feu;  enfin  sans  aucun  des  incon- 
vénients des  chaufferettes  ordinaires.  Par  de  légères  modifications,  non 
seulement  elle  sert  tour  à  lourde  veilleuse,  de  bain-marie  etd'étuve, 
mais  elle  est  susceptible  de  recevoir  des  ornements  plus  ou  moins  élé- 
gants, qui,  sous  la  forme  de  tabouret  ou  de  chancelière,la  rendent  propre 


l56  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

Au  mois  de  septembre  1813,  «  en  pensant  à  ce 
meuble  de  femme  qu'on  nomme  chaufferettes  »,  dit- 
elle  ingénument  dans  un  mémoire  sur  les  augustines 
(ainsi  qu'elle  avait  baptisé  l'ustensile,  pour  lequel 
elle  avait  eu  soin  de  prendre  un  brevet),  elle  avait 
remarqué  qu'il  n'avait  qu'un  seul  but  d'utilité,  c'était 
de  chauffer  les  pieds.  Mais  combien  de  personnes  ne 
s'entendent  point  à  préparer  convenablement  une 
chaufferette  !  La  faute  en  est  à  l'instrument,  plus 
encore  qu'à  l'opérateur.  On  a  bien  imaginé  «  les  livres 
en  bois  et  les  boîtes  en  étain  ».  Mais  les  livres  en 
bois  peuvent  mettre  le  feu  si  le  fer  est  trop  chaud. 
Quant  aux  boîtes  d'étain,  elles  sont  imparfaites. 
«  11  faut  aussi  toujours  du  feu  pour  renouveler  plu- 
sieurs fois  dans  la  journée,  par  l'eau  bouillante,  celle 
qui  est  refroidie  dans  la  boîte.  » 

L'appareil  de  Mme  Ghambon  n'exigeait,  au  surplus, 
pour  son  entretien  que  «  six  liards  d'huile,  une 
allumette  et  un  briquet. 

à  figurer  dans  un  appartement.  On  est  même  parvenu,  pour  l'usage  des 
gens  de  bureau,  à  en  faire  de  très  commodes,  qui  laissent  aux  jambes  et 
aux  pieds  une  position  avantageuse  et  une  liberté  convenable. 

«  Le  prix  des  augiistines,  des  plus  communes  aux  plus  ornées,  varie  : 
il  est  ainsi  à  la  portée  de  tout  le  monde. 

«  Elles  ne  se  vendent  qu'au  seul  dépôt  établi  à  Paris,  chez  M.  Lefèvre, 
rue  du  Paon-Saint-André-des-Arcs,  n»  8,  Hôtel  de  Tours,  chez  qui  l'on 
trouve  également  l'huile  convenable  aux  augustines,  au  même  prix  que 
dans  les  fabriques.  » 

Nous  avons  fait  don  de  l'original  de  cette  pièce  à  la  Société  historique 
du  VI'  arrondissement  de  Paris. 


UN    MÉDECIN,    MAIRE    DE    PARIS    EN    1798  iBj 

L'augustine  a  «la  forme  et  la  grandeur  d'une  chauf- 
ferette ordinaire  ;  elle  a  par-dessus  une  grande  ou- 
verture, emplie  par  un  vase  de  cuivre  étamé,  qui 
contient  du  sablon  ».  Le  calorique  est  fourni  par  une 
lampe  à  huile  qui,  une  fois  allumée  le  matin,  sert  pour 
toute  la  journée.  «  Cette  lampe  s'introduit  et  se  retire 
à  volonté  du  fourneau  par  une  porte  à  jour  fixée  à  la 
face  de  devant  de  l'augustine...  » 

J'ai  gardé  scrupuleusement,  disait-elleencoredans  son  pros- 
pectus, la  forme  et  la  dimension  des  anciens  chaufle-pieds.  Je 
n'ai  pas  voulu  innover,  mais  seulement  perfectionner,  sans 
m'écarter  en  rien  de  lusage  et  des  habitudes  des  femmes  ; 
mais  aussi  je  n'ai  de  même  oflert,  jusqu'à  présent,  qu'un  but 
d'utilité,  savoir  de  chauffer  les  pieds,  aussi  bien  la  nuit  que 
le  jour,  puisque  Ion  peut  emporter  le  réservoir  de  sable 
dans  son  lit,  le  soir  en  se  couchant,  après  avoir  soufflé  la 
lampe.  11  me  Teste  à  démontrer  à  quel  point,  avec  un  léger 
changement  apporté  dans  le  premier  chauffe-pieds,  j'ai  uti- 
lisé ce  meuble. 

Vous  ne  vous  douteriez  pas  de  tous  les  avantages 
que  l'on  peut  retirer  de  cet  ustensile.  Faites  appel  à 
toute  votre  imagination  et  vous  resterez  au-dessous 
de  la  vérité. 

Tout  le  monde,  poursuit  Mme  Chambon,  y  trouvera  son 
intérêt  personnel,  le  malade  et  la  garde.  Car  celle-ci,  dans 
les  longues  nuits  d'automne  et  d'hiver,  assise  dans  un  fau- 
teuil, est  surprise  par  le  sommeil,  s'éveille  glacée,   man- 


l58  LE    CABINET   SECRET    DE    l'hISTOIRE 

quant  de  tout  pour  son  malade,  le  feu  du  foyer  se  trouvant 
éteint.  Les  pieds  sur  son  chaulle-pieds,  elle  ne  peut  jamais 
être  surprise  par  le  froid,  et  les  boissons  et  les  aliments 
même  se  trouvent  toujours  prêts. 

Vous  avez  compris  que  la  chaufferette  s'est  trans- 
formée en  un  réchaud  au  bain-marie,  qui  sera  pré- 
cieux dans  bien  des  circonstances. 

Mais  le  génie  inventif  de  Mme  Ghambon  ne  s'arrête 
pas  en  si  beau  chemin. 

Quels  avantages,  s"écrie-t-elle  dans  un  accès  de  ly- 
risme, la  femme  en  couches  et  la  mère  qui  nourrit  ne  trou- 
veront-elles pas  dans  l'usage  de  ce  chauffe-pieds  !  La  der- 
nière peut,  de  plus  (quand  elle  n'en  a  pas  besoin  pour  chauf- 
fer ses  pieds),  y  adapter  un  dessus  en  carton  ou  une  boite 
sans  fond  et  se  faire  une  étuve  où  elle  tiendra  chauds  les 
linges  nécessaires  à  son  enfant. 

Dans  les  maladies  où  les  transpirations  sont  abon- 
dantes, on  aura  ainsi  à  volonté  du  linge  chaud  et  de 
rechange.  Et  tout  cela,  pour  six  liards  ;  ce  qui  allie, 
vous  l'avouerez,  la  commodité  à  l'économie. 

A  l'aide  d'un  ingénieux  mécanisme,  le  chauffe- 
pieds  peut  servir  à  donner  des  fumigations  et  des 
bains  de  vapeur. 

Dans  un  voyage  long  et  pénible,  où  l'on  ne  trouve  pas  des 
habitations  fréquentes,  un  voyageur  incommodé  est  exposé 
à  périr,  laute  du  plus  léger  secours. 


UN    MÉDECIN,    MAIRE    DE    PARIS    EN    1798  iSq 

Si  vous  avez  dans  votre  voiture  le  chau(Te-picds,  vous  pou- 
vez avoir  de  l'eau  dans  des  bouteilles,  du  bouillon,  des  ta- 
blettes de  bouillon,  du  vin,  du  sucre,  et,  selon  les  circons- 
tances, donner  ces  boissons  chaudes.  Vous  pourrez  aussi 
réchauffer  les  personnes  qui  auront  souffert  du  froid.  I.e 
plaisir  d'un  déjeuner  chaud,  dans  ces  cas,  est  une  chose 
bien  agréable. 

Mais  pourquoi  poursuivre  l'énumération  des  bien- 
faits de  cette  divine  chaufferette  ? 

11  serait  presque  ridicule  de  rendre  compte  de  tous  les 
usages  auxquels  ce  nouveau  chaufle-pieds  peut  être  propre. 
Le  bon  sens  les  découvre. 

Et  comme  les  meilleurs  boniments  doivent  avoir 
une  sanction  pratique,  il  est  temps  de  déclarer  que 
les  augustines  sont  à  la  portée  de  toutes  les  bourses, 
de  la  plus  modeste  comme  de  la  mieux  fournie. 

Outre  les  augustines  de  forme  ordinaire,  on  en  trouvera 
dont  l'extérieur  imite  celle  d'un  joli  tabouret.  11  y  en  a  en 
forme  de  chancelière.  Les  prix  varient  de  16  francs  à 
63  francs.  Le  tout  à  prix  fixe  et  au  comptant.  On  ne  fera 
jamais  aucune  diminution. 

Et  pour  que  nul  n'en  ignore,  les  auguslines  ou 
nouveaux  chauffe-pieds  se  vendent  chez  Mlle  l'Etang, 
hôtel  de  Tours,  rue  du  Paon,  n"  8,  maison  des  Bains, 
faubourg  Saint-Germain. 


l60  LE     CABINET   SECRET    DE    l'hISTOIRE 

Comme  monument  de  réclame,  celui-ci  nous  paraît 
assez  réussi  ! 

La  femme  de  l'ancien  maire  de  Paris  avait  l'esprit 
fertile  en  ressources.  Elle  fut,  du  reste,  pour  son 
mari  une  collaboratrice  *  intelligente  et  dévouée,  et 
on  n'aurait  pas  grand  effort  à  retrouver  dans 
l'œuvre  du  docteur  Chambon  l'inspiration  d'une 
femme  à  qui  il  ne  manqua  peut-être  que  les  cir- 
constances pour  développer  ses   multiples   talents. 


*  Mme  Chambon  (de  Mentaux  a  composé,  en  collaboration  avec  son 
mari,  un  Manuel  d'éducation  des  abeilles  et  a  écrit,  seule,  des  Réflexions 
sur  les  avantages  de  la  monarchie. 


APPENDICE 


Le  19  juillet  1820,  Chambon  avait  adressé  à  la 
duchesse  de  Berry  une  lettre  pour  l'engager  à  nour- 
rir elle-même  son  enfant.  Nous  donnons  ci-après  ce 
document*,  que  nous  avons  tout  lieu  de  croire 
inédit  : 

Pour  Son  A.  R.  Mme  la  duchesse  de  Berry. 

Un  usage  respectable,  duquel  il  n'est  pas  permis  de  s'écar- 
ter, défend  à  un  particulier,  confondu  dans  la  multitude, 
d'adresser  immédiatement  à  Votre  Altesse  Royale  un  écrit, 
de  quelque  nature  qu'il  soit,  sans  en  avoir  obtenu  l'agrément 
d'elle-même.  Cependant,  madame,  il  est  peut-être  des  cir- 
constances où  le  zèle  d'un  vrai  François  pour  la  conservation 
de  la  vie  ou  de  la  santé  de  ses  princes  et  son  amour  pour 
leurs  personnes  sacrées  le  forcent  à  franchir  les  obstacles 
qui   le  priveroient  de    la  possibilité  de  leur  dévoiler  ses 

'  Il  nous  a  été  jadis  communiqué  par  Mme  veuve  Charavay, 

IV. -11 


l62  LE    CABINET    SECRET    DE    L  HISTOIRE 

craintes  sur  les  suites  d'une  résolution,  dont  l'exécution 
pourroit  entraîner  des  effets  fâcheux  ou  funestes. 

On  assure  qu'on  est  parvenu  à  persuader  Votre  Altesse 
qu'il  est  de  lintérêt  de  sa  santé  de  faire  nourrir  par  une 
mère  étrangère  l'enfant  qu'elle  porte  dans  son  sein.  Cet 
enfant  chéri,  même  avant  sa  naissance,  attendu  avec  une 
tendre  inquiétude  par  les  François,  serait-il  destiné,  en 
voyant  le  jour,  à  être  déposé  en  des  mains  mercenaires  ? 
A-t-on  pu  se  déterminer  à  priver  Votre  Altesse  des  plaisirs 
si  purs  et  si  doux,  inséparables  de  l'exercice  des  fonctions 
les  plus  essentielles  de  la  maternité?  La  décision  portée  sur 
cet  objet  n'aurait-elle  pas  pu  être  arrachée  au  consentement 
des  médecins  par  les  oppositions  des  personnes  qui  envi- 
ronnent Votre  Altesse,  dans  le  dessein  (louable  en  soi)  de 
la  soustraire  aux  fatigues  de  l'allaitement?  Qu'on  se  sou- 
vienne que  des  importunités  semblables,  quoique  dans  un 
cas  différent,  furent  cause  de  la  perte  du  premier  Dauphin, 
fils  (le  Louis  XVI,  quoiqu'il  fût  conQé  aux  soins  de  médecins 
quiavoient  beaucoupplus  de  mérite  qu'il  n'en  falloit  pour  pré- 
venir ce  malheur  si  on  ne  leur  avoit  pas  imposé  un  silence 
qu'ils  eurent  la  foiblesse  de  garder. 

Je  me  persuade  que  ceux  qui  sont  attachés  à  Votre 
Altesss  n'ignorent  pas  que  la  nature  commande  impérieuse- 
ment aux  mères  de  nourrir  leurs  enfants  et  que  la  désobéis- 
sauce  à  ses  lois  est  presque  toujours  sévèrement  punie. 
Telle  est  la  suite  désastreuse  et  naturelle  de  Tordre  auquel 
toute  femme  est  assujettie  par  la  création  que  l'inobservance 
des  règles  qu'elle  doit  suivre  pour  vivre  exempte  de  souf- 
frances, devient  la  source  d'une  infinité  de  maladies  graves 
ou  funestes. 


UN  MÉDECIN,  MAIRE    DE    PARIS    EN    179,3  l63 

Un  trop  grand  nombre  de  faits  m'a  convaincu  que  les 
remèdes  même  administrés  pour  anéantir  les  sources  du 
lait,  quelques  foibles  qu'elles  soient,  ne  donnent  la  plus  part 
du  temps  qu'une  tranquillité  illusoire,  et  qu'après  quelques 
années  plus  ou  moins  éloignées  (si  la  santé  n'est  pas  lésée 
dans  un  court  espace  de  temps)  il  survient  des  alïections 
morbifiques  dont  la  curation  est  quelquefois  impossible. 
Cette  question  ne  doit  pas  être  ici  l'objet  d'une  discussion 
qui  seroit  trop  étendue.  11  y  a  quelques  circonstances  où 
l'on  a  raison  de  prohiber  lallaitement  ;  mais  Votre  Altesse 
ne  se  trouve  nullement  dans  ces  cas  d'exception. 

Je  nai  point  connu  de  bonne  mère  qui  ne  manifestât  le 
désir  ardent  de  nourrir  son  nouveau-né;  et  s'il  in'étoit 
permis  de  rappeler  la  vérité  tout  entière,  je  citerois  des 
filles  malheureuses  qu'un  égarement  momentané  avoit  rendu 
mères,  et  qui  sont  mortes  de  chagrin  parce  qu'on  les  avoit 
séparées  du  fruit  de  leur  erreur,  mais  je  dois  supprimer 
d'autres  détails  qui  prouvent  encore  mieux  la  proposition 
que  j'ai  avancée.  J'en  ai  assez  dit  sur  ce  sujet. 

Puisqu'il  est  impossible  de  méconnaître  les  qualités  qui 
mettent  Votre  Altesse  au  premier  rang  des  plus  excellentes 
mères,  on  est  convaincu  que  le  premier  mouvement  de  son 
cœur  a  été  d'allaiter  l'héritier  des  vertus  de  Mgr  le  duc  de 
Berry,  ou  l'héritière  des  perfections  qu'elle  possède.  Il  est 
même  indubitable  que  Votre  Altesse  a  connu  le  projet  dès 
l'instant  où  elle  a  pu  espérer  de  donner  aux  François  un 
prince  dont  la  naissance  les  comblera  dallégresse  :  enlin 
personne  ne  croira  qu'on  ait  pu  déterminer  Votre  Altesse 
à  renoncer  à  l'allaitement  de  ce  précieux  gage  de  bonheur 
futur  de  la  France,  qu'en  lui   faisant  éprouver  une  doulou- 


l64  I.E   CABINET    SECRET    DE    LHISTOIRE 

reuse  violence  et  en  l'accablant  par  la  perspective  d'éloigner 
de  son  sein  l'enfant  qui  lui  devra  la  vie. 

Quoi,  Madame,  vous  aurez  souffert  pendant  neuf  mois  les 
incommodités  de  la  grossesse,  les  inquiétudes  inséparables 
de  cet  état,  par  rapport  à  l'accouchement  les  douleurs  et  les 
dangers  de  cette  fonction,  et  à  peine  Votre  Altesse  aura  jeté 
un  regard  sur  cet  enfant  si  cher,  qu'il  lui  sera  enlevé  pour 
le  déposer  entre  les  mains  d'une  étrangère  !  A  peine  Votre 
Altesse  sera  remise  des  souflrances  de  l'enfantement  et  de 
ses  premières  suites,  que  déjà  cet  enfant  connoîtra  sa  nourrice 
et  sera  attiré  à  elle  par  un  sentiment  toujours  croissant  dont 
naîtront  les  premières  affections  de  son  cœur  ? 

Inutilement  vous  lui  prodiguerez  les  plus  tendres  ca- 
resses, elles  ne  seront  pour  lui  qu'une  simple  distraction  ; 
dès  lors  vous  aurez  cessé  d'être  sa  véritable  mère  ;  car  si 
pendant  que  vous  l'approchez  de  votre  cœur,  si,  en  le  cou- 
vant de  regards  attendris,  sa  nourrice  paroit  à  ses  yeux,  il 
s'arrachera  de  vos  bras  pour  se  précipiter  dans  les  siens, 
parce  quil  est  impossible  qu'il  ne  lui  accorde  pas  la  pré- 
férence. Vous  ne  jouirez  pas  de  ce  trouble  en  quelque  sorte 
voluptueux,  que  la  nature  a  attaché  à  l'acte  de  l'allaitement, 
qui  contribue  à  resserrer  les  liens  qui  attachent  une  mère 
à  son  enfant,  et  réciproquement  l'enfant  à  sa  mère.  Tout  sera 
un  sujet  de  privations  pour  vous,  et  de  plaisir  pour  la  femme 
qui  vous  remplacera  dans  l'accomplissement  des  devoirs  de 
la  maternité. 

La  considération  des  sensations  dont  je  viens  de  rendre 
compte  ne  furent  pas,  à  mon  sens,  une  des  moindres  causes 
qui  rendirent  si  intime  l'attachement  de  Blanche  de  (las- 
tille  pour  Louis  IX  et  celui  de  ce  grand  prince  pour  la 


ni.ip.clK-  <l.-  (  .ilJL-  ,„,.,nliou   U.n  ^lLl.S'r.o.li^     l'n  ioiiriiiu-   1>,.,m.- 

i       Jl.ma  le  jmnr  IViim-,   l.i    R»-iric    ^\-ai)(   apt'i.i  tXlc  aciion    la    lil,inii« 

I       An,  i»-  uc  v.nix  (j.v«  i|iif  pirroitiicpuillî-  jiic  ()ir(>ii(<v  li    libc  ili   m,  ic. 


ISLinclu-  de  Cillillc  nm.nlt..u    ,,.r   ;  I-  >  1     .           i        ..■.,:..«.     i).,nic 
Jlma  U  jmne  RniKc,  Ia    Reine   aviiil   apri»  oc<lc  4v(iaii   U   IJ.iiii.\rt- 
Jii.  iv  ne  veux  pa«  que  iktIoiiiK' p .••>•••  ■'■ ■■■•   I'    r.t,     .li-  m.r,- 


UN   MÉDECIN,    MAIRE    DE    PARIS   EN    IjgS  l65 

reine  *.  Un  lien  si  pur  procura  à  cette  reine  un  ascendant  qui 
lui  donna  la  facilité  d'inspirer  au  prince  son  fils  tous  les  sen- 
timents vertueux  et  les  grandes  qualités  qui  le  rendirent  si 
recommandable  ;  tandis  que,  d'un  autre  côté,  une  éducation 
qui  avoit  eu  un  résultat  si  heureux,  devint  l'origine  de  la 
vénération  de  tous  les  peuples  pour  Blanche  ;  au  point  que 
les  habitants  des  contrées  qu'elle  parcourut  avec  son  fils, 
s'assembloient  sur  son  passage  pour  lui  olïrir  les  hommages 
de  leur  admiration  et  de  leur  respect  ;  parce  que  la  renom- 
mée qui  avoit  publié  ses  vertus,  avoit  devancé  sa  présence 
dans  les  lieux  où  elle  paroissoit  successivement.  Ses  volages 
se  convertirent  donc  en  une  marche  triomphale,  dans  la- 
quelle elle  reçut,  avec  le  roi  son  fils,  la  récompense  flatteuse 
due  aux  œuvres  qui  avoient  rendu  l'un  et  l'autre  si  dignes 
•de  l'admiration  de  tous  les  hommes.  En  la  prenant  pour 
modèle  (si  Votre  Altesse  avoit  besoin  d'en  avoir),  il  est  in- 
dubitable que  votre  nom  seroit  dans  l'avenir  aussi  glorieux 
que  le  sien.  J'avoueroi  toutefois  que  votre  position  est  diffé- 
rente de  celle  de  Blanche,  en  ce  que  les  vices  des  tems  pré- 
aens  opposeront  plus  de  difficultés  à  satisfaire  les  élans  de 
votre  grand  cœur  ;  mais  en  triomphant  d'obstacles  sans  cesse 
renouvelles,  le  nom  de  Votre  Altesse  en  deviendra  encore 
plus  illustre. 

Repousserez-vous,  Madame,  l'annonce  d'un  pressentiment 
qui  revient  sans  cesse  à  ma  pensée?  il  me  présente  V.  A. 
amenée  en  France  comme  l'ange  tutélaire  de  ce  beau  royaume 
pour  en  relever  les  ruines  et  lui  rendre,  à  l'aide  du  prince» 
•votre  fils,  la  félicité  qu  il  a   perdue  en   le  rétablissant  dans 

*  La  gravure  que  nous  reproduisons  a  consacré  ce  touchant  épisode. 


l6G  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

son  ancien  lustre  aux  yeux  des  autres  nations  étonnées 
d'un  si  grand  prodige.  Tout  favorise  la  réussite  de  cette 
haute  entreprise.  La  mémoire  du  prince  votre  époux,  dont 
les  surprenantes  qualités  revivront  dans  son  fils  et  seront 
cultivées  par  vos  soins,  sera  d'une  grande  influence  dans 
l'exécution  de  ce  projet.  Vous  ne  doutez  pas  que  vous  ne 
trouviez  un  aide  pour  l'accomplissement  de  ce  généreux 
dessein  dans  une  personne  illustre  que  vous  aimez  tendre- 
ment et  qui  vous  chérit  de  même  :  vous  entendez  que  je  parle 
de  Madame,  qu'un  destin  rigoureux  rendit  la  plus  malheu- 
reuse des  femmes  depuis  son  enfance.  Ses  infortunes  inouïes 
jusqu'à  ces  jours  de  désolation  et  de  larmes  ont  sans  cesse 
été  réitérées  à  toutes  les  époques  de  sa  déplorable  vie,  sans 
que  la  constante  adversité  qui  l'a  poursuivie  et  qui  ne  cesse 
de  la  poursuivre,  ait  pu  ébranler  son  courage,  ni  altérer  la 
grandeur  ni  la  force  de  son  âme,  ni  même  affaiblir  la  bien- 
veillance dont  elle  prodigue  les  effets  à  ceux  qui  implorent 
ses  inépuisables  bontés. 

Aucun  genre  de  peines  ne  lui  est  inconnu  ;  elle  vous  fera 
part  des  résultats  de  la  dure  expérience  que  lui  ont  procurée 
ses  éternels  chagrins.  Vous  savez  déjà,  Madame,  que  l'expé- 
rience du  malheur  élève  les  grands  cœurs  au-dessus  d'eux- 
mêmes  et  leur  inspire  dans  cet  état  d'exaltation  des  résolu- 
tions justes  et  courageuses  dont  ils  auroient  été  incapables 
de  concevoir  l'idée  dans  la  prospérité. 

Mais  avant  l'époque  reculée  où  se  confirmeront  mes  pré- 
dictions, le  prince  françois,  l'aïeul  du  prince  votre  fils,  aura 
écarté  un  grand  nombre  d'obstacles  qui  auroient  retardé 
l'accomplissement  des  miracles  que  j'annonce.  Qui  pourra 
résister  à  l'influance  {sic)  qu'exercera  ce  prince  sur  les  Fran- 


UN    MÉDECIN,  MAIRE    DE    PARIS    EN    1798  167 

çois,  lui  qui  est  l'objet  du  plus  vif  amour  de  ceux  mêmes 
qui  ne  sont  pas  assez  heureux  pour  l'approcher/  Qu'on  ne 
s'étonne  donc  pas  de  la  force  des  sentiments  qu'il  inspire 
à  ceux  qui  l'environnent,  puisqu'il  fait  naître  dans  les  cœurs 
les  plus  endurcis  et  les  plus  incapables  daimer,  des  émo- 
tions douces  qu'ils  n'avoient  jamais  senties,  et  qui  les  en- 
traînent vers  lui,  malgré  la  résistance  qu'ils  opposent  à  ces 
émotions  qui  les  subjuguent.  Tels  sont  les  aides  qui  répa- 
reront avec  vous  les  malheurs  de  la  France. 

Il  est  ordinaire  dans  les  cours  de  sacrifier  une  princesse 
à  des  vues  politiques  ;  et  en  suivant  ce  système,  dont  je 
n'examinerai  pas  la  valeur  ou  la  nullité,  il  pouvoit  vous 
paraître  juste  de  ne  point  nourrir  vos  premiers  enfants 
parce  que  l'espoir  de  la  France  et  la  tranquillité  de  l'Eu- 
rope demandoient  à  grands  cris  des  princes  de  votre  sang  : 
maintenant  que  l'espérance  d'en  accroître  le  nombre  est 
ravie  à  Votre  Altesse,  tous  ses  soins  et  tous  ses  moments 
sont  dus  à  son  auguste  enfant  :  j'ai,  à  ce  qu'il  me  semble, 
assez  solidement  prouvé  qu'elle  doit  le  nourrir  de  son 
lait,  comme  elle  l'a  créé  de  son  sang  ;  quand  même  je 
n'aurois  égard  qu'à  la  stabilité  de  la  santé  de  l'une  et  de 
l'autre.  Je  prie  qu'on  veuille  bien  permettre  quelques 
preuves  confirmalives  de  mon  opinion,  qui  est  celle  des 
Anciens  que  les  vrais  savans  de  l'univers  vénèrent  comme 
leurs  maîtres. 

Je  pose  d'abord  en  fait  que  le  lait  d'une  nourrice,  aussi 
saine  qu'elle  puisse  paroitre,  n'a  pas  toujours  les  qualités 
qu'on  lui  suppose.  On  voit  tous  les  jours  des  vices  cachés 
dans  quelques  générations  successives,  se  reproduire  dans 
la  race  de  ceux  en  qui  les  vices  s'étoient  manifestés  dans  les 


l68  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

temps  antérieurs.  Sous  ce  rapport  on  ne  peut  donc  pas  être 
rassuré  sur  le  sort  d'un  enfant  allaité  par  une  nourrice  étran- 
gère, d'autant  que  le  développement  du  vice  des  parens  de 
cette  nourrice  sera  plus  facile  à  susciter  et  plus  fréquent 
chez  le  sujet  dont  l'allètement  lui  est  confié  que  dans  les 
descendants  de  la  famille  même  en  qui  il  a  subsisté  autre- 
fois. 

Admettons  maintenant  que  la  nourrice  choisie  ne  sera 
entachée  d'aucun  vice  particulier,  nous  ajouterons  (ce  qu'on 
ne  peut  pas  nier)  que  le  lait  dune  mère  qui  ne  jouit  que 
d'une  médiocre  force  de  santé  est  plus  avantageux  au  suc- 
cès de  l'allètement  que  celui  d'une  autre  femme.  Je  vais  plus 
loin,  et  j'avance  sur  la  parole  du  médecin  que  la  Grèce  a  le 
plus  exclusivement  vénéré  et  dont  la  gloire  n'a  pu  être  atta- 
quée follement  que  dans  les  temps  de  démence  où  nous  vi- 
vons; j'ajoute,  dis-je,  que  le  lait  dune  mère  qui  neseroitpas 
tout  à  fait  pur  nourrit  mieux  l'enfant  qui  vient  d'elle,  que 
celui  d'une  autre  femme  qui  seroit  parfaitement  saine.  Pour- 
quoi la  chose  se  passe-t-elle  ainsi?  C'est  que  l'enfant  de  la 
première,  dit  encore  l'auteur  que  j'ai  indiqué,  continue  l'u- 
sage d'un  aliment  auquel  il  étoit  accoutumé,  et  dont  il  a  été 
formé  '. 

Un  homme  robuste,  et  à  plus  forte  raison  un  enfant  nais- 
sant, habitué  à  s'alimenter  de  substances  peu  salubres,  ne 
peut  pas  changer  tout  à  coup  son  régime  en  un  meilleur 
sans  encourir  de  grands  dangers:  qu'on  fasse  l'application 
de  cette  maxime,  on    concevra    pourquoi    les    nouveau-nés 

*  Ces  considérations  ilémontrenl,  chez  leur  auteur,  un  sens  clinique 
tout  à  fait  remarquable  (Cf.  l'article  de,  M.  Genévrier,  précité,  sur 
Çhambon  de  Montaux,  pédiatre). 


UN    MÉDECIN,    MAIRE    DE    PARIS    EN     I  JQS  169 

sont  fourmentés  d'accidents  graves  ou  mortels  en  prenant 
le  sein  dune  nourrice  saine  ou  vigoureuse,  après  avoir  été 
formés  d'un  autre  sang:  le  contraire  a  lieu  s'ils  tètent  le  lait 
de  leurs  mères  Si  la  santé  d'un  nouveau-né  a  besoin  d'une 
surveillance  active  (et  l'on  pourrait  ajouter  cnnlinuelle),  qui 
s'étende  à  la  durée  de  plusieurs  mois,  raettra-t-on  en  doute 
que  les  soins  dune  bonne  mère  ne  soient  dirigés  avec  plus 
d'intelligence  que  ceux  dune  étrangère?  La  nature  a  mis 
dans  le  cœur  d'une  mère  une  tinesse  particulière  de  sens  qu' 
lui  fait  mieux  distinguer  les  besoins  divers  de  son  enfant, 
qu'une  simple  nourrice,  quelque  zèle  que  celle  ci  apporte  à 
remplir  ses  devoirs.  Il  paroit  qu'il  existe  une  relation  d'ins- 
tinct, si  Ion  peut  parler  ainsi,  qui  est  la  cause  pour  laquelle 
une  mère  juge  avec  plus  de  précision  que  nulle  autre  per- 
sonne ce  que  son  enfant  demande  d'elle.  Toutes  les  femmes 
disent  que  l'assistance  dune  nourrice  n'est  pas  comparable 
à  celle  de  la  mère  sur  la  nature  des  soins  variés  qu'exige 
l'allètement.  La  tendresse  de  l'une  sans  cesse  occupée  du 
bien  être  de  son  nourriçon  lui  fait  en  quelque  sorte  deviner 
ce  qui  lui  convient  le  mieux.  Jusque  dans  iesommeil,ellepa- 
rolt  conserver  une  certaine  portion  de  l'exercice  des  sens 
internes,  veillant  sans  interruption  sur  les  choses  qui  con- 
cernent la  conservation  de  son  enfant  :  espèce  de  sentiment 
intérieur  qui  ne  peut  pas  subsister  dans  une  nourrice  étran- 
gère. Personne  n'ignore  que  les  qualités  morales,  bonnes 
ou  mauvaises,  comme  les  perfections,  ou  imperfections  phy- 
siques, se  transmettent  souvent  de  génération  en  généra- 
tion, abstraction  faite  des  efïets  de  l'éducation.  L'expérience 
a  si  pleinement  confirmé  cette  vérité  dans  tous  les  siècles, 
qu'elle  est  devenue  un  axiome  commun  jusque  chez  les  agri- 


170  LE    CABINET    SECRET    DE    L  HISTOIRE 

culteurs.  De  là  procèdent  les  précautions  qu'on  prend  pour 
la  multiplication  des  races  d'animaux  qui  ne  pèchent  point 
par  le  caractère  de  leurs  inclinations  particulières  :  qu'on 
me  pardonne  cette  comparaison  dont  on  ne  peut  pas  s'offen- 
ser, car  si  la  sagesse  même  se  revêtait  des  formes  de  la  na- 
ture humaine  pour  converser  familièrement  avec  nous,  elle 
ne  le  désapprouverait  pas.  Je  dois  donc  conclure  de  mes 
raisonnements  précédents  qu'un  prince  ou  une  princesse  issu 
de  Monseigneur  le  duc  de  Berry  et  de  Votre  Altesse  naîtra 
avec  des  qualités  si  éminentes  qu'il  surpassera  nos  espé- 
rances, par  la  réunion  de  celles  qui  se  manifesteront  dans  sa 
personne;  mais  sa  confiance  à  cet  égard  suppose  que  le  sang 
de  cet  enfant  ne  sera  ni  modifié  ni  altéré  par  l'usage  d'au- 
cun tait  étranger. 

Si  l'on  m'objectoit  que  la  faiblesse  de  la  constitution  de 
Votre  Altesse  s'oppose  à  l'allètement,  je  demanderois  sur 
quoi  repose  la  base  de  cette  objection,  quand  trois  grossesses 
successives  dans  un  court  espace  de  temps  n'ont  pas  porté 
la  moindre  atteinte  à  sa  santé?  On  ajoutera  que  Votre  Altesse 
ne  supportera  pas  les  fatigues  de  l'allètement  jusqu'à  sa  ter- 
minaison. On  oublie  donc  combien  l'amour  d'une  mère  lui 
donne  de  forces  réelles.  On  dira  encore  que  l'enfant  en  gran- 
dissant ne  puisera  pas  assez  de  lait  dans  les  seins  de  sa 
mère  pour  satisfaire  ses  besoins,  etc.  Depuis  des  siècles  on 
a  élevé  des  enfants  qui  sont  devenus  des  hommes  robustes, 
sans  qu'ils  aient  pris  une  seule  fois  du  lait  ;  on  ne  peut  pas- 
ignorer  cette  vérité;  j'en  ai  fait  élever  ainsi  avec  le  plus 
parfait  succès.  Supposons  dans  une  accouchée  une  quantité 
ne  lait  insuffisante,  ce  ne  sera  pas  encore  un  motif  pour 
donner  à  l'enfant  une  nourrice  étrangère.  11  n'y  a  qu'une 


UN   MÉDECIN,    MAIRE   DE    PARIS   EN    1798  I7I 

maladie  réelle  capable  d'altérer  le  lait  qui  doive  déterminer 
à  changer  l'ordre  de  la  nourriture.  Après  cinquante-quatre 
ans  d'expériences,  des  travaux  sans  cesse  continués  et  des 
écrits  sur  l'objet  de  cette  lettre,  qui  m'ont  valu  assez  de 
considération  de  la  part  des  savants  étrangers,  il  me  semble 
que  j'ai  cru  pouvoir  et  devoir  donner  enfin  mon  avis  sur  la 
conservation  d'un  enfant  à  la  santé  duquel  toute  la  France 
est  intéressée:  j'ajoute  que  c'est  en  même  temps  veiller  sur 
sa  mère,  qui  mérite  à  tant  de  titres  la  vénération  et  l'amour 
que  les  bons  François  lui  ont  voués  pour  toujours.  Citons 
cependant  un  fait  dont  Monseigneur  le  duc  de  Bourbon  a  pu 
avoir  quelque  connoissance  :  mais  au  moins  les  deux  officiers 
qui  sont  les  deux  sujets  de  cette  observation  ont  eu  l'hon- 
neur d'approcher  souvent  de  sa  personne,  puisqu'ils  étoient 
pages  du  prince,  son  illustre  père,  que  ces  deux  officiers  ont 
suivi  à  l'armée  commandée  en  Allemagne  par  ce  vénérable 
héros.  Ces  deux  jeunes  pages,  MM.  de  Rose,  combattoient 
sous  les  ordres  du  prince  et  se  sont  signalés  par  leur  bra- 
voure. Ils  avoient  donc  acquis  une  excellente  constitution, 
pour  supporter,  comme  ils  ont  fait,  les  fatigues  de  la  guerre, 
souvent  manquant  de  vivres  et  même  de  vêtements. 

Mme  la  marquise  de  Rose  n'avoit  pour  lait  que  quelques 
cuillerées  de  sérosité  louche,  blanchâtre,  qui  ne  se  séparoit 
tout  au  plus  qu'une  fois  dans  les  vingt-quatre  heures.  En 
suivant  la  méthode  que  je  lui  ai  indiquée,  ses  fils  ont  été 
parfaitement  alimentés  ;  elle-même  avoit  acquis  plus  de  santé 
tandis  qu'elle  en  prenoit  soin  :  particularité  essentielle  à 
remarquer. 

Je  ne  prévois  pas  qu'on  élève  d'autres  difficultés  contre 
mon  conseil,  je  terminerai  donc  ici  ce  que  je  pourrois  dire 


172  LE    CABINET   SECRET    DE    L  HISTOIRE 

sur  la  nécessité  où  se  trouve  Votre  Altesse  de  nourrir  son 
enfant.  Son  exempleengageroit  un  grand  nombre  de  femmes  à 
remplir  les  devoirs  de  la  maternité.  Elles  en  seroient  plus  res- 
pectées, car  rien  n'inspire  davantage  aux  hommes  le  res- 
pect qu'ils  doivent  aux  femmes,  que  la  vue  d'une  mère  sans 
cesse  environnée  de  ses  enfanset  tenant  dans  ses  brascellui 
qu'elle  nourrit.  Cette  conduite  d'ailleurs  pourroit  contribuer 
à  la  génération  des  bonnes  mœurs,  sorte  de  changement 
dans  les  esprits,  sans  lequel  la  France  disparoltra  du  nombre 
des  nations. 

Je  suis.  Madame,  avec  le  plus  profond  respect,  de  Votre 
Altesse  Royale  le  très  humble  et  très  obéissant  serviteur, 

Chambon  de  Montaux. 

De  l'ancienne  faculté  de  médecine  de  Paris  ; 
ancien  professeur  d'anatomie,  de  la  Société 
royale  et  ancienne  de  médecine;  ancien  méde- 
cin de  la  Salpétrière  ;  ancien  premier  méde- 
-cin  des  armées  de  France  ;  ancien  inspecteur 
général  des  hôpitaux  militaires  '. 

*  Le  docteur  Witkowski  a  cité  un  grand  nombre  de  mères  qui  n'ont 
pas  dédaigné  d'allaiter  elles-mêmes  leurs  enfants  (Les  Accouchemenls  à 
la  Cour,  p.  46,  et  Teioniana,  p.  39  et  suiv.)-  Ainsi  Marie-Thérèse  allai- 
tait elle-même  ses  enfants  au  milieu  de  toutes  ses  préoccupations  poli- 
tiques et  militaires.  «  J'ignore,  écrivait-elle  à  la  duchesse  de  Lorraine, 
sa  belle-mère,  s'il  me  restera  une  ville  pour  y  faire  mes  couches.  » 

D'autres  reines  ont  donné  ce  bel  exemple.  Les  anciens  citent  Hécube. 
qui  allaita  Hector  ;  Andromaque,  Astyanax  ;  Pénélope,  Télémaque  : 
mais  ce  n'est  que  de  la  mythologie. 

Chez  les  Romains,  l'épouse  d'Auguste  nourrit  elle-même  ses  enfants  ; 
Flaccilla,  femme  de  Théodose,  donna  le  sein  à  Honorius  son  fils. 

Au  moyen  âge,  nous  verrons,  en  France,  la  reine  Blanche  donner  le 


UN   MÉDECIN,    MAIRE    DE    PARIS    EN    1798  178 

sein  à  son  fils,  le  futur  saint  Louis,  le  seul  roi  de  France  qui  n'eut  pas  de 
nourrice.  «  Un  jour,  écrit  Varillas,  que  la  reine  était  dans  la  plus  grande  ar- 
deur d'un  accès  de  fièvre  qui  dura  extraordinairement,  une  dame  de  qua- 
lité, qui,  pour  lui  plaire  ou  pour  l'imiter,  nourrissait  aussi  son  fils,  voyant 
le  petit  Louis  pleurer  de  soif,  s'ingéra  de  lui  donner  la  mamelle.  La  reine, 
au  sortir  de  son  accès,  demanda  son  fils  et  lui  présenta  la  sienne;  mais 
le  petit  Louis  n'en  voulut  pas,  soit  qu'il  fût  pleinement  rassasié,  soit  que 
le  lait  brûlé  le  rebutât,  après  en  avoir  pris  autant  de  frais  qu'il  lui  en 
fallait.  11  n'était  pas  difficile  d'en  deviner  la  cause  ;  et  la  reine  la  soup- 
çonna d'abord.  Elle  feignit  d'être  en  peine  de  remercier  la  personne  à 
qui  elle  était  redevable  du  bon  office  rendu  à  son  fils  durant  son  mal,  et 
la  dame,  croyant  faire  sa  cour,  avoua  que  les  larmes  du  petit  Louis 
l'avaient  si  sensiblement  touchée,  qu'elle  n'avait  pu  s'empêcher  d'y 
mettre  remède.  Mais  la  reine,  au  lieu  de  repartir,  la  regarda  d'un  air 
dédaigneux  et,  entrant  avec  force  son  doigt  dans  la  bouche  de  l'enfant 
le  contraignit  à  vomir  le  lait  qu'il  avait  pris.  Cette  violence  donna  de 
l'étonnement  à  ceux  qui  le  virent;  la  reine,  pour  le  faire  cesser,  dit  : 
«  Je  ne  puis  endurer  qu'une  autre  femme  ait  le  droit  de  me  disputer  la 
qualité  de  mère.  » 

En  France,  jusqu'au  quinzième  siècle,  l'usage  d'allaiter  son  enfant  exis- 
tait parmi  la  noblesse.  On  lit,  dans  iesMémoires  de  la  reine  Marguerite, 
femme  d'Henri  IV,  que  la  comtesse  de  Lalaing,  d'une  des  plus  illustres 
maisons  de  Flandre,  allaitait  elle-même  son  fils.  Marguerite  raconte  que, 
dans  un  grand  repas  que  lui  donna  le  comte  de  Lalaing,  la  comtesse 
«  parée,  toute  couverte  de  pierreries  et  en  pourpoint  de  toile  d'argent 
brodée  en  or,  avec  de  gros  boutons  de  diamants,  se  fit  apporter  à  table 
son  fils,  emmailloté  aussi  magnifiquement  qu'elle  était  vêtue,  pour  lui 
donner  à  téter;  ce  qui  eût  été  tenu  à  incivilité  à  quelque  autre;  mais 
elle  le  faisait  avec  tant  de  grâce  et  de  naïveté  qu'elle  en  reçut  autant  de 
louanges  que  la  compagnie  de  plaisir.  »  Witkowski,  Accouchements  à 
la  Cour,  p.  46. 

On  peut  ajouter  à  cette  liste  de  princesses  qui  ont  allaité  leurs  enfants 
lamère  de  la  future  reine  Victoria,  d'.\ngleterre;  enfin,  la  czarine  actuelle, 
qui  a  tenu  à  donner  elle-même  le  sein  à  sa  fille,  la  grande-duchesse 
Olga  (V.  Chronique  médicale,  1896,  p.  715). 


DEUX   JUGES  DE    MARIE-ANTOINETTE 


LE  CHIRURGIEN  SOUBERBIELLE 

La  composition  du  tribunal  révolutionnaire  était 
singulièrement  disparate  :  toutes  les  classes  s'y  trou- 
vaient confondues  K  A  côté  d'anciens  députés,  de 
présidents  de  tribunaux  criminels  des  départements, 
on  y  voyait  siéger  un  luthier,  un  chapelier,  un  perru- 
quier, un  imprimeur,  un  peintre,  un  menuisier,  un 
charpentier,  en  un  mot  tous  les   corps  de  métiers. 

Celui  qui  dirigeait  les  débats,  le  jour  du  procès  de 
Marie-Antoinette,  était  un  ami  de  Robespierre,  le 
citoyen  Herman.  C'est  au  même  titre,  d'ami  du  dicta- 

*  Le  jour  du  procès  de  Marie-Antoinette,  le  tribunal  était  présidé  par 
Herman,  ancien  président  du  tribunal  criminel  du  Pas-de-Calais,  assisté 
de  quatre  juges  :  Coffinhal,  ancien  médecin;  Maire,  juge  du  tribunal 
du  1"  arrondissement  de  Paris  ;  Donzé-Vertecil,  moine  défroqué,  et 
Deliège,  ex-député  à  la  Législative. 

Les  jurés  étaient  :  Antonelle,  ex-député;  Renaudin,  luthier;  Souber- 
BiELLE,  chirurgien. 


DEUX    JUGES    DE    MARIE-ANTOINETTE  lyS 

teur,  que  figurait  dans  le  jury  le  chirurgien  Souber- 
bielle,  dont  nous  allons  tenter  de  crayonner,  en 
quelques  traits,  la  curieuse  silhouette. 

A  Tépoque  delà  Révolution,  Souberbielle  avait  déjà 
acquis  une  certaine  notoriété.  Dernier  élève  du  frère 
Côme  et  de  son  neveu  Pascal  Baseilhac,  il  excellait 
dans  l'opération  de  la  taille  par  la  lithotomie,  une 
méthode  aujourd'hui  bien  oubliée,  mais  qui  jouit  d'une 
grande  vogue  vers  la  fin  du  dix-huitième  siècle. 

Souberbielle  avait  reçu  une  solide  éducation  pro- 
fessionnelle. Sa  famille  necomptait  pas  moins  de  vingt 
médecins  ou  chirurgiens  *  :  il  avait,  on  le  voit,  de  qui 
tenir. 

Sa  grand'mère  avait  été  mariée  trois  fois  et,  chaque 
fois,  avait  épousé  un  chirurgien  ;  son  dernier  mari 
était  le  frère  aîné  du  frère  Gômé.  Quatre  de  ses  fils, 
sur  cinq,  exercèrent  la  chirurgie. 

Le  père  de  notre  héros  avait  eu  un  instant  la  pen- 
sée de  suivre  la  carrière  médicale  ;  mais  il  dut  y 
renoncer  promptement  :  la  vue  du  sang  et  le  spectacle 
des  souffrances  d'autrui  lui  causaient  une  émotion 
telle,  qu'il  préféra  un  métier  dont  s'accommodât 
mieux  son  tempérament  délicat.  Il  devint  instituteur 
ou  plutôt  régent  des  écoles  de  Pontacq,  un  petit  vil- 

*  Xoticesur  M.  le  docteur  Souberbielle,  chirurgiea-lithotomiste,  extrait 
des  Archives  des  hommes  du  jour,  par  MM.  Tisseron  et  de  Qiiincy 
(Opuscule  de  16  pages,  signé  J.  F.  P.,  initiales  qui  cacheraient  le  nom 
du  docteur  Payen,  le  bibliographe  de  Montaigne). 


17^  LE    CABINET   SECRET    DE    l'hISTOIRE 

lage  des  Pyrénées, où vitlejourceluidontnous  esquis- 
sons la  biographie. 

L'enfant  reçut  de  son  père  les  éléments  d'instruc- 
tion classique.  Un  oncle  maternel,  chirurgien  à  Orlaix, 
aux  environs  de  Tarbes,  se  chargea  de  lui  inculquer 
les  premiers  principes  de  l'art  de  guérir;  après  quoi, 
il  fut  mis  sous  la  protection  de  Larrey,  lieutenant  du 
premier  chirurgien  du  roi  à  Tarbes. 

Le  jeune  homme  débarqua  à  Paris,  en  177/i,  à  l'âge 
de  vingt  ans,  plein  de  confiance  et  riche  d'illusions. 
On  l'avait  adressé  au  frère  Gôme,  son  parent,  dont  la 
réputation  était  dans  tout  son  éclat,  mais  qui,  par  la 
nouveauté  et  la  hardiesse  de  sa  pratique,  s'était  attiré 
de  nombreuses  inimitiés.  Le  célèbre  Lecat  dirigeait  la 
cabale  avec  Mareschal,  alors  tout-puissant,  et  Fer- 
rand,  chirurgien  de  l'Hôtel-Dieu. 

Attaché,  pendant  quelque  temps,  au  service  de  Fer- 
rand*,  il  eut  à  subir  des  tracasseries  de  toutes  sortes 
de  la  part  de  ce  chirurgien,  qui  voulait  lui  faire  ex- 
pier TafFection  qu'il  gardait  au  frère  Gôme.  Il  ne  fallut 
rien  moins  que  l'intervention  de  Parchevéque  de  Paris 
et  du  procureur  général  du  Parlement,  Joly  de  Fleury, 
pour  mettre  un  terme  à  ces  persécutions. 

Tout  en  faisant  son  service  àTHôtel-Dieu,  en  qua- 
lité d'externe  et  plus  tard  d'interne,  le  jeune  étudiant 


*  C'est  dans  le  service  de  Ferrand,  à  l'Hôtel-Dieii,  qu  avait  été  placé  le 
poète  Gilbert,  qu'une  fausse  légende  a  représenté  comme  mort  de  faim. 


DEUX   JUGES   DE    MARIE-ANTOINETTE  I77 

ne  négligeait  pas  renseignement  du  frère  Côme,  qui 
s'attachait  à  vulgariser  ses  méthodes,  tant  à  l'hôpi- 
tal de  la  Charité  qu'à  son  infirmerie  particulière.  A 
la  mort  de  son  bienfaiteur,  le  jeune  étudiant  fut  mis 
sous  la  tutelle  du  neveu  du  frère  Côme,  Pascal 
Baseilhac. 

Baseilhac,  accablé  par  l'âge  et  les  infirmités,  se 
démit  de  ses  fonctions  de  chirurgien  en  chefde  la  Cha- 
rité en  faveur  de  Desault,  et  légua  à  Souberbielle  les 
précieux  instruments  qu'il  avait  lui-même  reçus  du 
frère  Côme. 

Quand  éclata  la  Révolution,  Souberbielle  en  salua 
l'avènement    avec    enthousiasme. 

En  1789,  il  est  nommé  chirurgien-major  des  Vain- 
queurs de  la  Bastille  ^  :  c'est  sa  première  étape  dans 
la  vie  publique.  Il  se  lie,  dès  lors,  avec  les  principaux 
personnages  politiques  du  temps,  dont  il  devient  Tami, 
plus  encore  que  le  médecin.  Il  entretient  de  fréquents 
rapports  avec  son  confrère  Marat,  avec  Danton  ^  et 


'  Nous  avons  publié (C/ironique  médicale.  15  mars  1896,  p.  185  et  suiv.) 
un  certificat  signé  par  Souberbielle  en  sa  qualité  de  chirurgien  des 
«Vainqueurs  de  la  Bastille  ».  11  avait  reçu  la  décoration  attribuée  aux 
Vainqueurs  de  la  Bastilla  et  il  conservait  religieusement,  nous  dit 
M.  Latour,  le  souvenir  de  son  haut  fait  d'armes,  «  sou-s  la  forme  d'un 
moellon  de  la  forteresse,  enchâssé  dans  une  caisse  d'acajou,  surmontée 
d'un  petit  drapeau  tricolore,  couronné  d'un  bonnet  phrygien.  Il  se  faisait 
pieusement  apporter  le  moellon  sur  son  lit  et,  d'une  voix  retentissante, 
il  entonnait  la  Marseillaise.  » 

-  Danton,  au  dire  de  Souberbielle,  était  sujet  à  des  congestions  au  cer- 

IV- 12 


178  LE    CABINET   SECRET    DE    l'hISTOIRE 

Camille  Desmoulins  :  il  n'en  enverra  pas  moins  les 
deux  derniers  à  l'échafaud  avec  la  plus  parfaite 
tranquillité  d'âme. 

Fouquier-Tinville,  qui  le  réservait  pour  les  fortes 
causes,  celle  où  il  employait  «  les  solides  »,  suivant 
son  expression,  l'avait  désigné  pour  faire  partie  du 
jury  appelé  à  juger  la  fournée  de  Danton,  Fabre 
d'Eglantine,  Desmoulins,  Chabot,  Westermann  et 
autres.  Arrivé  dès  le  matin  au  Palais  de  Justice,  Sou- 
berbielle  y  trouve  un  de  ses  bons  amis,  juré  comme 
lui,  qui  pleurait  à  chaudes  larmes  : 

—  Eh  !  quoi,  lui  dit-il,  d'où  te  vient  ce  chagrin  ? 
pourquoi  pleures-tu  ? 

—  Eh  !  quoi,  lui  répond  son  interlocuteur,  ne  vois- 
tu  pas  que  nous  allons  avoir  à  juger  aujourd'hui  un 
patriote  comme  Danton,  un  des  fondateurs  de  la  Répu- 
blique, un  homme  que  nous  avons  eu  à  notre  tête  dans 
toutes  les  grandes  journées  ? 

—  Voyons,  voyons,  mon  ami,  répliqua  Souber- 
bielle,  écoute-moi,  l'affaire  est  bien  simple.  Voilà 
deux  hommes  qui  ne  peuvent  pas  vivre  ensemble, 
Robespierre  et  Danton  ;  lequel  est  le  plus  utile  à  la 
République  ? 

veau  qui,  pendant  les  attaques,  lui  enlevaient  presque  entièrement  la 
conscience  de  ses  paroles  et  de  ses  actes.  Souberbielle  ne  pouvait  expli- 
quer que  par  là  le  rôle,  selon  lui  trop  réel,  que  Danton  avait  rempli  dans 
les  massacres  de  septembre.  {Union  médicale,  1873,  1"  trimestre, 
p.  374.) 


DEUX  JUGES   DE   MARIE-ANTOINETTE  I79 

—  C'est  Robespierre,  dit  l'ami  sans  hésiter. 

—  Eh  !  bien,  il  faut  guillotiner  Danton.  Tu  vois, 
c'est  simple  comme  bonjour  ! 

Et  quand  il  contait  le  fait  à  Dubois  (d'Amiens),  qui 
nous  l'a  conservé,  il  ne  manifestait  pas  la  moindre 
émotion.  Il  était  si  bien  resté  le  même  homme  que, 
lors  de  la  Révolution  de  Juillet,  il  disait  à  quelques 
jeunes  gens,  qui  le  portaient  en  triomphe  avec  sa 
décoration  de  la  Bastille  :  «  Ah  !  ce  marquis  de  La 
Fayette,  le  voilà  donc  revenu  !  J'espère  bien  que 
cette  fois  nous  ne  le  manquerons  pas  et  que  nous  le 
guillotinerons  ^  » 

Un  seul  homme  échappait  à  la  sévérité  de  ses  appré- 
ciations, et  encore  ne  le  jugeait-il  pas  toujours  avec 
indulgence  :  cet  homme  était  Robespierre^.  Dans 
maintes  circonstances,  il  avait  été  le  confident  du  tri- 
bun, et  son  amour-propre  en  tirait  vanité.  Plusieurs 
semaines  durant,  on  eût  pu  voir  Souberbielle  entrer 
tous  les  matins  chez  l'Incorruptible,  y  rester  une 
bonne  heure  et  en  sortir  dans  le  plus  grand  mystère. 
Ce  ne  fut  que  longtemps  après,  que  le  secret  de  ces 
visites  fut  révélé.  Le  député  à  la  Convention  était 
atteint   d'un   ulcère  variqueux  à  l'une  des  jambes. 

<  G.  Moreau-Chaslo>(,  l'Entrée  de  Danton  a^ix  enfers,  br.  in-3i,  p.  30. 

*  Se  trouvant  un  jour  avec  Trousseau,  qui  lui  demandait  ce  qu'il  pen- 
sait de  Robespierre,  Souberbielle  lui  répondit  par  cette  phrase  typique  : 
«Hélas!  Robespierre  lui-même  n'était  qu'un  mo/asse.  »  Moreau-Chas- 
LON,  loc.  cit.,  p.  29,  note. 


l8o  LE    CABINET   SECRET    DE    l'hISTOIRE 

Or,  comme  Robespierre  était  très  soigneux  de  sa 
personne,  toujours  rasé  de  frais,  toujours  bien  pou- 
dré, portant  culotte  courte  et  frac  à  boutons  barbeau,, 
il  n'eût  voulu,  pour  rien  au  monde,  qu'on  put  soup- 
çonner son  infirmité.  Aussi  son  médecin  était-il  tenu  à 
prendre  d'infinies  précautions,  pour  que  rien  ne  trans- 
pirât au  dehors. 

Le  matin  même  du  9  thermidor,  Robespierre,  que 
son  ulcère  ne  cessait  de  préoccuper,  envoya  chercher 
Souberbielle  pour  le  panser '.Entre  les  deux  hommes 
fut  échangé  ce  dialogue  : 

—  Tu  ne  pourras  pas  guérir  la  plaie  qu'ils  me 
feront,  dit  Robespierre  d'un  air  sombre. 

—  Cuirasse-toi,  lui  dit  Souberbielle. 


*  Sur  la  foi  d'Amédée  Latour,  à  qui  nous  avions  emprunté  le  récit 
{Union  médicale, i813,  t.  I,  p.  374;,  nous  avions  écrit,  dans  notre  première 
édition,  que  Robespierre  avait  été  pansé  par  Souberbielle  «  dans  une  des 
pièces  retirées  de  l'Hôtel  de  Ville,  quelques  heures  à  peine  avant  le  fa- 
meux coup  de  pistolet  ».  M.  Sardou,  après  lecture  de  ce  passage,  nous 
écrivait  ■ 

«  ...  Si,  le  9  thermidor  au  matin,  Souberbielle  a  pansé  Robespierre 
pour  la  dernière  fois,  —  car  le  pansement  qui  a  précédé  l'exécution  a  été 
fait  par  d'autres  à  la  Conciergerie,— ce  ne  peut  être,  comme  vous  le  dites, 
à  l'Hôtel  de  Ville,  où  il  n'avait  rien  à  faire  et  où  il  ne  s'est  rendu  que  le 
soir,  après  sa  délivrance,  entraîné  par  Coffinhal  et  toute  sa  bande. 
Ce  pansement  n'a  pu  être  fait  que  dans  la  maison  Duplay,  où  il  s'est 
tenu  toute  la  matinée  avant  l'heure  de  la  séance.  Et  c'est  là  qu'il  faut 
aussi  placer  la  conversation,  très  vraisemblable  d'ailleurs,  relatée  par 
Souberbielle.  Le  narrateur,  qui  la  tenait  de  lui,  a  fait  confusion  sur  la 
localité.  » 


DEUX   JUGES   DE    MARIE-ANTOINETTE  l8l 

—  Ce  n'est  pas  là  qu'ils  me  frapperont. 

Montrant  sa  poitrine  :  «  C'est  là,  c'est  là,  »  reprit 
Robespierre,  et,  passant  le  tranchant  de  sa  main  sur 
son  cou:  «  Ils  me  couperont  la  tête,  te  dis-je  !  »,  et  il 
prit  le  bras  de  Souberbielle,  qu'il  secouait  avec  une 
sorte  de  frénésie  nerveuse.  «  Il  était  elTrayant  à  voir  !  » 
ajoutait  Souberbielle,  qui  en  frémissait  encore  en  le 
racontant  vingt  ans  plus  tard*. 

Quelle  part  de  vérité  y  a-t-il  dans  tous  ces  racon- 
tars d'un  vieillard  alors  octogénaire,  dont  il  était 
presque  impossible  de  fixer  l'attention,  et  qui  dérou- 
lait ses  souvenirs  avec  une  complaisance  qui  permet 
d'en  suspecter  la  sincérité  ?  Ce  qu'il  y  a  de  sur, 
c'est  que  Souberbielle  avait  joué  un  rôle  actif  dans  le 
drame  révolutionnaire  et  que,  s'il  ne  nous  apparaît 
dans  la  plupart  des  événements  que  comme  un  com- 
parse, il  fut,  dans  une  circonstance  au  moins,  l'un  des 
acteurs  principaux. 

Quand  fut  décidé  le  procès  de  Marie-Antoinette, 
Souberbielle,  que  son  passé  de  républicanisme  ardent 
recommandait  à  l'attention  de  Robespierre,  fut  appelé 
à  juger  la  reine  de  France.  Il  avait  d'abord  songé  à 
se  faire  récuser  comme  juré '^,  sous  le  prétexte  qu'il 
avait  donné  ses  soins  à  l'accusée.   Le  président  lui 

•  Union  médicale,  1850,  p.  161. 

'  Il  avait  été  nommé  chirurgien  attaché  au  tribunal  révolutionnaire 
lors  de  la  formation  de  celui-ci,  le  29  mars  1793;  peu  après,  il  réunissait  à 
ses  fonctions  de  chirurgien  celles  de  juré. 


l82  LE   CABINET   SECRET   DE   l'iIISTOIRE 

dit  alors  :  «  Si  quelqu'un  avait  à  te  récuser,  ce  serait 
l'accusation,  car  tu  as  donné  des  soins  à  l'accusée  et 
tu  aurais  pu  être  touché  par  la  grandeur  de  l'infor- 
tune *.  »  Nous  ne  savons  jusqu'à  quel  pointées  paroles- 
sont  exactes  ;  mais,  un  jour,  le  chirurgien  avait 
fait  preuve  à  l'égard  de  la  royale  captive  d'hu- 
maine compassion  ^  :  lors  d'une  visite  à  la  Concier- 
gerie, il  avait  été  tellement  frappé  de  l'humidité  du 
cachot  où  était  enfermée  la  prisonnière,  qu'il  avait 
gratté  du  doigt  la  boue,  couverte  de  moisissure,  qui 
tapissait  et  infectait  la  cellule  et  qu'il  l'avait  montrée 
aux  membres  de  la  Convention,  afin  de  les  apitoyer 
sur  le  sort  de  la  «  veuve  Capet  »  ^.  Il  n'en  porte  pas 
moins  la  responsabilité  de  la  condamnation  de  Marie- 

*  IiiBEP.T  de  Saim-Awa>d,  la  Dernière  année  de  Marie-Antoinette^ 
p.  267. 

'  Il  passait,  dans  un  certain  monde,  pour  être  très  compatissant  aux 
malheureux  qui  se  confiaient  à  lui.  Le  comte  de  Ségur  composa,  un  jour» 
à  la  louange  du  «  bon  docteur  »,  ce  joli  quatrain  : 

Faire  le  bien  est  votre  unique  affaire  ; 
Sur  les  gens  de  ce  siècle  en  tout  vous  l'emportez  : 
Tandis  qu'entre  eux,  ils  se  jettent  la  pierre. 
Vous,  docteur,  vous  la  leur  ôtez. 

^  Gazette  médicale  de  Paris,  1850,  p.  757.  Le  31  août  1793,  la  reine, 
épuisée  par  d'abondantes  pertes  de  sang,  avait  perdu  deux  fois  con- 
naissance à  la  prison  de  la  Conciergerie,  où  elle  était  depuis  le 
2  août.  Sur  la  demande  de  l'officier  de  garde  et  sur  l'ordre  de 
Fouquier-Tinville,  Souberbielle  vint  lui  rendre  visite  et  ordonna  à  la  reine 
du  '<  bouillon  de  poulet  ».  Voir  Marie-Antoinette  à  la  Conciergerie,  par 
Emile  Campardon  (1863),  p.  98. 


DnUX    JUGES    DE    MARIE-ANTOINETTE 


l83 


Antoinette,    qui,  comme  on   le   sait,    fut  envoyée    à 
l'échafaud  à  l'unanimité  des  voix. 

Est-ce  à  dire  qu'il  ait  prononcé  le  mot  odieux 
que  lui  prête  l'abbé  Soulavie,  dans  des  Mémoires, 
d'ailleurs  fort  suspects  ?  Rien  ne  nous  autorise  à  le 
penser.  On  connaît  la  réponse  de  la  reine  à  Hébert, 
qui  venait  de  porter  contre  elle  la  plus  infâme  des 
accusations  :  «  J'en  appelle  à  toutes  les  mères  !  — 
Bah!  une  mère  comme  toi!  »,  aurait  murmuré  Sou- 
berbielle,  au  dire  de  Soulavie  ;  mais  quel  fonds  peut- 
on  faire  sur  un  propos  raconté  par  un  renégat  de  la 
Révolution,  dont  les  écrits  sont  plus  passionnés  que 
véridiques  ? 

Quoi  qu'il  en  soit,  Louis  XVIII  garda  rancune  au 
juge  de  Marie-Antoinette,  pour  avoir  figuré  au  pro- 
cès de  son  infortunée  belle-sœur,  A  la  Restauration, 
Souberbielle  occupait  le  poste  de  chirurgien  en  chef 
de  la  gendarmerie  parisienne.  Tous  les  officiers  de  la 
garnison  de  Paris  avaient  été  invités  à  se  rendre  aux 
Tuileries,  afin  de  présenter  leurs  hommages  à  la  fa- 
mille royale.  La  duchesse  d'Angoulême  avait  tenu  à 
ce  que  l'huissier  annonçâtà  voix  haute  le  nom  de  cha- 
que officier  qu'il  introduisait.   Souberbielle  ne   vou- 
lut pas  comprendre  que  c'est  parfois  faire  preuve  de 
tact  que  de  se  laisser   oublier  ;  il  se  rendit  donc  au 
palais.  Quand  la  fille  de   Marie-Antoinette  entendit 
prononcer  le  nom  du  juge  de  sa  mère,  elle  s'évanouit. 
Souberbielle  fut  victime  du  scandale  qu'il  avait  si  im- 


l84  I-E    CABINET    SECRET    DE    L  HISTOIRE 

prudemment  provoqué  :  on  supprima  sa  place  et  il  fut 
mis  d'office  à  la  retraite  . 

Selon  l'expression  d'un  de  nos  plus  étincelants  cau- 
seurs*, Souberbielle  réunit  en  lui  deux  personnalités 
également  intéressantes  pour  l'historien:  «  l'homme 
politique,  mêlé  aux  plus  graves  événements  de  la  fin 
du  dernier  siècle;  et  le  médecin,  le  lithotomiste  célè- 
bre, heureux,  dont  la  main  habile  a  conservé  l'exis- 
tence à  tant  de  souffrants». 

L'homme  politique  est  maintenant  connu  ;  le 
praticien  mérite,  à  plus  d'un  titre,  d'être  tiré  de 
l'ombre. 

Souberbielle  avait  été  reçu  maître  en  chirurgie  en 
1792  ;  la  même  année,  il  était,  grâce  à  de  solides 
protections,  nommé  chirurgien-major  de  la  35^  divi- 
sion de  gendarmerie  nationale,  puis  chirurgien-major 
de  l'armée  révolutionnaire.  Pendant  la  Terreur,  il 
remplit  les  fonctions  d'officier  de  santé  du  tribunal 
révolutionnaire  et  des  puisons. 

Quelques  mois  plus  tard,  il  était  désigné  pour  di- 
riger, en  qualité  d'officier  de  santé  en  chef,  le  service 
médical  de  l'École  de   Mars^  Cette  école,  d'où  sont 


'  Le  docteur  Amédée  Latoiir,  qui,  pendant  plus  de  trente  ans,  a  prodigué 
tous  les  trésors  de  son  charmant  esprit  dans  des  Causeries  médicales, 
restées  trop  ignorées. 

*  Cf.  l'Écofe  de  Mars,  par  Achille  Taphanel  {Mémoires  de  la  Société 
dgs  Sciences  morales,  des  lettres  et  des  arts  de  Seine-et-Oise,  t.  XII  ; 
Versailles,  1880,  p.  325  et  suivj. 


DEUX   JUGES    DE    MARIE-ANTOINETTE  l85 

sorties  plus  tard  TEcole  militaire,  TEcole  normale  et 
l'Ecole  polytechnique,  était  établie  au  camp  des  Sa- 
blons. Elle  se  composait  de  trois  à  quatre  mille  jeunes 
gens,  choisis  dans  tous  les  départements  parmi  les  su- 
jets les  plus  intelligents  et  les  mieux  constitués,  trop 
jeunes  encore  pour  prendre  du  service  dans  Parmée*. 

L'hôpital  de  cette  école  était  établi  sous  des  tentes 
au  bois  de  Boulogne.  Souberbielle  avait  pour  aides: 
Gavart,  un  des  meilleurs  élèves  de  Dcsault;  Lalle- 
ment,  mort  professeur  à  la  Faculté  de  Paris  ;  le  doc- 
teur Fouquier,  devenu  médecin  du  roi,  etc. 

Un  changement  brusque  de  vie  et  de  climat,  une 


*  L'École  de  Mars  était  établie  au  camp  des  Sablons,  situé  entre  Paris  et 
Neuilly.  Une  partie  du  Bois  de  Boulogne  et  de  la  porte  Maillot  était  com- 
prise dans  l'enceinte  du  camp.  Les  élèves  de  l'école  étaient  des  jeunes 
gens  d'élite,  de  seize  à  dix-sept  ans  au  plus,  appelés  de  tous  les  points 
de  la  France,  pour  être  exercés  aux  manœuvres  de  l'infanterie,  de  la  ca- 
valerie et  de  l'artillerie.  Paris  devait  fournir  pour  sa  part  quatre-vingts 
élèves,  et  le  contingent  de  chaque  district  était  rigoureusement  fixé  à 
six. 

Six  livres  de  paille  étaient  allouées  pour  le  coucher  de  chaque  homme; 
le  sable  de  la  plaine  tenait  lieu  de  bois  de  lit.  Le  régime  alimentaire  se 
composait  de  pain  de  munition  noir,  grossier,  malsain  ;  de  lard  salé,  pro- 
venant d'un  convoi  de  vivres  enlevés  aux  Prussiens,  et  dans  les  grands 
jours,  de  veau  ou  de  bœuf.  Pour  toute  boisson,  les  élèves  n'avaient  droit 
qu'à  de  l'eau  acidulée  de  vinaigre  ou  à  de  la  tisane  de  réglisse. 

Pour  des  renseignements  plus  précis  sur  l'École  de  Mars,  consulter, 
outre  le  travail  de  M.  Taphanel  précité,  le  compte  rendu  des  séances 
de  la  Société  libre  d'émulation  de  Rouen,  1836,  p.  60  et  suivantes,  et 
l'ouvrage  de  M.  Arthur  Chuquet,  VEcole  de  Mars,  paru  chez  Pion  eh  ces 
dernières  années. 


l86  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

mauvaise  nourriture  et,  jointes  à  cela,  les  fatigues 
continuelles  pendant  les  chaleurs  de  l'été,  ne  tardè- 
rent pas  à  provoquer  dans  le  camp  une  épidémie  de 
dysenterie.  Les  articles  parus  dans  le  Moniteur  ache- 
vèrent de  jeter  l'alarme  dans  Paris.  Il  y  était  dit 
((  qu'il  y  avait  déjà  deux  cents  élèves  de  morts  au 
camp  des  Sablons  et  qu'on  les  avait  enterrés,  la  nuit, 
dans  le  bois  de  Boulogne,  pour  cacher  leur  mort  à 
leurs  parents.  »  Un  démenti  formel  de  Souberbielle 
et  de  ses  collègues  dissipa  le  mauvais  effet  produit 
par  cette  publication. 

Le  traitement  employé  fut,  à  peu  de  chose  près, 
celui  de  toutes  les  entérites  :  des  préparations  opia- 
cées, des  frictions  à  l'huile  camphrée,  «  des  cataplas- 
mes de  mie  de  pain  et  de  farine  de  graine  de  lin  par 
dessus  »,  de  l'eau  de  veau,  dans  laquelle  on  jetait  «  de 
la  laitue,  de  la  poirée^  de  l'oseille  et  du  cerfeuil  »,  et, 
quand  ces  moyens  ne  suffisaient  pas,  on  avait  recours 
au  laudanum  de  l'abbé  Rousseau,  selon  la  prépara- 
tion du  frère  Côme. 

Ce  qui  parut  agir  le  mieux  sur  la  maladie,  c'est 
que  les  malades  furent  traités  sous  la  tente  et,  par 
conséquent,  au  grand  air.  Les  tentes  étaient  confec- 
tionnées sur  45  pieds  de  longueur  et  24  pieds  de  lar- 
geur ;  elles  contenaient  trente  lits  sur  trois  rangs  de  dix 
chaque,  à  un  malade  par  lit;  «  les  intervalles  des  lits 
étaient  sablés  et  l'herbe  poussait  à  un  pied  de  hauteur 
sous  les  lits  ». 


DEUX    JUGES    DE    MARIE-ANTOINETTE  187 

Le  reste  du  traitement  avait  au  moins  le  mérite  de 
l'originalité.  Nous  ne  saurions  mieux  faire  que  de 
laisser  la  parole  à    Souberbielle   lui-même  : 

Je  ne  dois  pas  non  plus  oublier,  dit-il,  une  autre  chose 
qui  nous  a  servi  beaucoup:  c'est  la  musique,  en  portant  de 
la  distraction  dans  l'esprit  de  nos  malades.  Nous  avions 
près  de  l'École  de  Mars  une  musique  militaire,  composée 
de  plus  de  trente  musiciens  :  m'étant  aperçu  que  le 
matin,  lorsqu'elle  se  faisait  entendre,  les  malades  démon- 
traient beaucoup  de  contentement,  cela  me  donna  l'idée  de 
demander  au  chef  de  vouloir  bien,  en  revenant,  sur  les  neuf 
heures,  de  leurs  études,  passer  par  le  quartier  de  santé 
(c'est  ainsi  que  nous  désignions  l'hôpital),  pour  égayer  nos 
malades  :  ce  qu'il  fit  avec  beaucoup  de  bonne  grâce  ;  aussi  je 
prescrivis  qu'il  serait  délivré,  tous  les  matins,  un  verre  de 
vin  à  chaque  musicien,  en  venant  faire  leurs  promenades  mu- 
sicales, dont  tout  le  monde  était  très  satisfait. 

Souberbielle  fut  tellement  enchanté  de  la  médica- 
tion, qu'il  n'hésita  pas  à  la  recommander  aux  pou- 
voirs publics  en  1832. 

Je  crois,  dit-il,  que  si  l'on  faisait  de  même,  aujourd'hui, 
entendre  de  la  musique  dans  les  cours  des  hôpitaux  et  sur 
les  ponts  de  l'Hôtel-Dieu,  une  ou  deux  fois  par  jour,  rien  au 
monde  ne  serait  plus  capable  de  distraire  les  malades  de 
leurs  maux,  surtout  dans  cette  circonstance  où  le  moral 
joue  un  si  grand  rôle.  Je  me  rappelle  quun  élève  que  je 
soignais  pour  une  aflection  cérébrale,  en  entendant  la  mu- 


l88  LE    CABINET   SECRET    DE    l'hISTOIRE 

sique,  sortit  de  son  lit  et  de  la  tente,  et  se  mit  à  danser  au 
milieu  d'une  pluie  battante.  Il  alla  de  mieux  en  mieux  et, 
quatre  jours  après,  il  rentra  dans  le  camp. 

Allez  donc  nier,  après  ce  récit,  les  avantages  de 
la  musicothérapie  ! 

Ce  ne  fut  qu'en  1813  que  Souberbielle  s'était  fait 
recevoir  docteur  en  chirurgie.  Peu  après  il  parvenait 
à  se  faire  nommer  chirurgien-major  de  la  gendarme- 
rie impériale  à  Paris,  puis,  presque  simultanément, 
chirurgien  de  la  garde  nationale  et  de  nombreuses 
associations  charitables  ^ 

Souberbielle  jouit,  pendant  longtemps,  d'une  célé- 
brité presque  européenne  :  il  n'avait  pas  son  pareil 
pour  tailler  les  calculeux  par  le  procédé  dit  du  haut 
appareil.  Nous  ne  nous  expliquons  guère  aujour- 
d'hui l'engouement  qui  se  manifesta  pour  cette  mé- 
thode surannée,  autrement  que  par  la  virtuosité  dont 
le  chirurgien  faisait  preuve  dans  cette  délicate  opé- 
ration'.  Entre  ses  mains,  la  lithotomie  donnait  des 
résultats  merveilleux  ^,  Aussi  avait-il  coutume  de 
dire,  en  parlant  du  traitement  de  la  pierre,  tel  qu'il 
était  déjà  pratiqué  de  son  temps  :  «  La  lithotritie  ! 

'  Le  Comité  de  bienfaisance  de  la  division  des  Tuileries,  la  Société 
maternelle  du  V'  arrondissement,  etc. 

*  Il  avait  une  clientèle  très  étendue.  En  1825,  il  habitait,  à  Paris,  au 
n   13  de  la  rue  d'Anjou-Saint-Honoré. 

'  Voir  Chronique  médicale,  15  mars  1896  (Notes  pour  servir  à  la  biogra- 
phie de  Souberbielle). 


DEUX   JUGES   DE   MARIE-ANTOINETTE  189 

une  malédiction  de  la  chirurgie  !  »  Il  avait  une  telle 
foi  dans  Texcellence  de  son  procédé,  qu'il  admettait 
un  public  nombreux  à  assister  à  ses  opérations.  Des 
médecins  et  des  chirurgiens  de  tous  pays  se  pres- 
saient à  ses  leçons.  Il  ne  craignait  pas  d'aller  opérer 
même  à  l'étranger  et  de  soumettre  ainsi  sa  méthode 
à  la  critique  de  ses  confrères.  En  1823,  il  avait  visité 
l'Angleterre  et  appliqué  à  l'hôpital  de  Westminster 
le  haut  appareil,  à  la  place  même  où,  cent  ans  aupa- 
ravant, Douglas  l'avait  pratiquée  ;  et,  fait  à  signaler, 
pendant  ce  long  espace  de  temps,  la  méthode  avait 
été  complètement  abandonnée  en  Angleterre'.  Il 
était  aussi  goûté  chez  nos  voisins  d'outre-Manche 
que  dans  son  propre  pays,  ainsi  qu'en  témoignent 
l'ouvrage  du  docteur  Garpue,  de  Londres  ^,  et  le 
Traité  de  ta  cystolomie  sus-pubienne  ^  paru  à  Paris 
en  1827. 

Entre  temps,  il  faisait  maintes  communications  à 
l'Académie  de  Médecine  et  à  l'Institut  \  Ce  corps 
savant  lui  décerna,  en  1834,  le  prix  Montyon,  comme 
un  hommage  rendu  «  au  zèle  et  à  la  persévérance  » 
qu'il   avait  déployée,    pour  «  la  conservation  d  une 


«  Payen,  op.  cit.,  p.  7. 

*  On  the  high  opération,  in-8»  ;  London,  1819. 

8  Du  docteur  Belmas. 

••  Souberbielle,  en  présentant  un  de  ses  mémoires  à  l'Académie  de  méde- 
cine, avait  annoncé  la  publication  d'un  Traité  des  maladies  des  voies  uri- 
naires,  qui  n'a  jamais  vu  le  jour,  du  moins  à  notre  connaissance. 


190  LE    CABINET    SECRET    DE    L  HISTOIRE 

précieuse  méthode  de  tailler  »,  et  aussi  «  pour  les 
perfectionnements  »  qu'il  y  avait  apportés. 

Quand  la  lithotritie  prit  définitivement  rang  dans 
la  science,  grâce  surtout  aux  efforts  de  Civiale,  Sou- 
berbielle  lutta  avec  énergie  contre  l'entraînement  gé- 
néral. Il  ne  condamnait  pas  systématiquement  la  nou- 
velle opération,  comme  certains  auteurs  l'ont  laissé 
entendre,  mais  il  faisait  preuve  tout  au  moins  de 
clairvoyance,  en  ne  dissimulant  pas  qu'elle  présen- 
tait parfois  des  dangers.  Dans  une  mémorable  dis- 
cussion, qui  eut  lieu  à  l'Académie  royale  de  médecine 
en  1835,  au  sujet  de  la  taille  et  de  la  lithotritie,  Sou- 
berbielle  se  constitua  le  champion  des  vieilles  doc- 
trines et  montra,  dans  cette  occasion,  toute  la  vigueur 
du  polémiste  qu'il  était  resté.  A  quatre-vingt-deux 
ans,  il  pratiquait  encore  l'opération  de  la  pierre, 
comme   s'il  avait  été  dans  toute  la  force  de  l'âge. 

Il  avait  conservé  une  verdeur  que  lui  auraient 
enviée  bien  des  jeunes  gens.  A  l'en  croire,  il  por- 
tait lui-même  ses  malades  d'un  lit  à  un  autre,  après 
les  avoir  «  taillés  supérieurement  ».  Il  faisait,  à  qui 
voulait  l'entendre,  le  récit  de  ses  exploits  amoureux, 
dont  il  était  presque  aussi  fier  que  de  ses  travaux 
scientifiques  ^  Il  était  arrivé  jusqu'à  quatre-vingt- 
dix  ans  sans  la  moindre  infirmité  ^.  Un  jour,  dans 

*  Union  médicale,  1873,  loc.  cit. 

*  M.  le  docteur  Berchon  (de  Bordeaux)  a  eu  la  gracieuseté  de  nous 
communiquer  la  lettre  suivante,  à  lui  adressée  par  M.  le  docteur  Garât, 


DEUX   JUGES    DE   MARIE-ANTOINETTE  19I 

une  séance  de  l'Académie  de  médecine,  il  s'inter- 
rompit dans  la  lecture  d'un  mémoire,  pour  remplir 
le  verre  qui  était  à  côté  de  lui  :  «  Voyez,  dit-il,  en 
le  tenant  à  bras  tendu,  si  ma  main  tremble  !  »  Et,  de 
fait,  quoique  le  verre  fût  rempli  jusqu'au  bord,  pas 
une  goutte  de  liquide  ne  fut  répandue. 

Bien  qu'il  fit  souvent  des  lectures  à  l'Académie,  il 
ne  faisait  pas  partie  de  la  docte  assemblée.  Il  avait 
eu  pourtant  la  velléité  de  s'y  présenter  et  avait  fait, 
dans  ce  but,  les  visites  d'usage  au  rapporteur   de  la 

qui  avait  connu  Souberbielle  sur  la  fin  de  sa  vie.  Cette  lettre  contient  de 
précieux  renseignements  sur  le  bizarre  personnage  que  nous  avons  sil- 
houetté. 

«  J'avais  vingt  et  un  ans,  j'arrivais  de  Bordeaux,  où  j'avais  été,  bien 
jeune,  interne  de  l'hôpital  de  Saint-André,  lorsque  je  me  rendis  à  Paris 
pour  compléter  mon  instruction  médicale  et  subir  mes  examens  de  docto- 
rat. Mon  oncle,  neveu  de  Garât,  ministre  sous  la  Convention,  frère  de 
Garai,  le  célèbre  chanteur,  et  bon  chanteur  lui-même,  mais  devenu,  sur 
le  tard,  précepteur  à  Vaugirard,me  recevait  à  dîner  tous  les  mercredis. 
La  première  fois  que  je  m'y  rendis,  frais  émoulu  de  la  province,  Bordeaux 
l'était  alors,  je  me  trouvai  à  table  avec  un  vieillard  plus  que  septuagé- 
naire, petit,  vif,  alerte,  vigoureux  encore,  et  qui  me  traita  de  suite  comme 
un  Garât,  avec  la  plus  parfaite  cordialité  :  «  Vous  êtes  un  futur  confrère, 
dit-il,  moi,  je  suis  le  neveu  du  frère  Côme.  »  La  conversation  s'engagea, 
malgré  ma  timidité  relative,  et  je  fus  étonnamment  surpris  du  prodigieux 
accent  de  Souberbielle.  Il  habitait  Paris  depuis  soixante  ans  et  gascon- 
nait  comme  on  ne  le  faisait  plus  depuis  longtemps  dans  le  Gers.  J'étais 
out  yeux  et  tout  oreilles,  mais  oreilles  choquées,  malgré  ma  récente 
arrivée  du  Midi. 

—  Oui,  june  home,  disait-il,  Roubespierre  a  été  moun  ami  et  je  m'en 
fais  gloire  et  honneur,  je  l'ai  dit  à  Moussieu  de  Lamartine,  qui  l'a  mis  dans 
son  Histoire  des  Girondins. 


192  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

commission .  Reveillé-Parise,  dont  les  opinions  po- 
litiques contrastaient  du  tout  au  tout  avec  celles  de 
Souberbielle,  lui  réserva  un  accueil  plutôt  froid. 
Comme  il  objectait  au  visiteur  son  âge  avancé,  — 
celui-ci  était  alors  plus  qu'octogénaire,  —  Souber- 
bielle se  mit  à  trépigner,  à  sauter,  à  danser  un  can- 
can échevelé.  Le  spectacle  de  ce  vieillard  au  crâne- 
chauve,  le  visage  sillonné  de  rides,  le  corps  voûté  et 
amaigri,  était  plus  pénible  que  répugnant.  Voir  cet 
homme,  qui  avait  prononcé  la  sentence  de  mort  contre 
une  reine  de  France,  gambader,  pirouetter,  tenant 
dans  ses  mains  des  instruments  pour  l'opération  de  la 
taille  et  dans  ses  poches  d'énormes  boîtes  remplies 
de  calculs!...  «  Mon  étonnement,  dit  Reveillé-Parise, 
tenait  de  la  stupéfaction  !  » 

Il  va  sans  dire  que  Souberbielle  en  fut  pour  ses 
frais  de  gymnastique  et  que  l'Académie  le  consigna 
à  sa  porte. 

Souberbielle  mourut  à  Paris,  rue  Royale,  n°  10,  le 
10  juillet  18Zi6  :  il  avait  quatre-vingt-douze  ans. 


—  Mais  Robespierre,  hasardai-je  avec  hésitation,  s'est  conduit  en  scélé- 
rat, s'est  noyé  dans  le  sang  ? 

—  Ah  !  june  home  !  (toujours  avec  le  même  accent  et  la  même  chaleur) 
un  homme  de  sang,  lui,  le  plus  probe  des  citoyens,  un  brave  homme,  un 
homme  de  sang,  jamais.  Ecoutez  ceci  :  Hanriot,  son  ami,  bon  citoyen  cou- 
rageux et  convaincu,  vint  trouver  Roubespierre  et  lui  dit  :  «  Pour  en  flnir 
d'un  seul  coup,  il  faut  faire  tomber  cent  mille  têtes.  »  Que  fit  Roubes- 


DEUX    JUGES   DE    MARIE-ANTOINETTE  iQB 


II 


LE    CHIRURGIEN    ROUSSILLON 

Au  cours  du  procts  de  Marie-Antoinette,  un  témoin 
déposait  que,  le  10  août  1792,  «  étant  entré  au  châ- 
teau des  Tuileries  dans  l'appartement  de  l'accusée, 
qu'elle  avait  quitté  peu  d'heures  avant  »,  il  avait 
trouvé  sous  son  lit  des  bouteilles,  les  unes  pleines, 
les  autres  vides  :  «  ce  qui  lui  donna  lieu  de  croire 
qu'elle  avoit  donné  à  boire,  soit  aux  officiers  des  Suisses, 

pierre  ?  Il  iSt  guillotiner  son  ami  Hanriol.  El  vous  me  direz  après  ça  que 
c'était  un  homme  de  sang  :...  »  Toute  la  mentalité  du  bonhomme  est  dans 
cette  phrase. 

Sur  Soiîberbielle,  outre  les  biographies  courantes,  consulter  la  Xolice 
biographique  de  Paûlei  {Ln  "  19085,  delà  B.  N.)  ;  celle  extraitedu  Bio- 
graphe (19087,  même  série)  ;  celle  de  Payen  (19088)  ;  le  Biographe  et 
Nêcrologe réunis,  II,  234  ;  Hxmel,  Robespierre,  III,  426-428  ;  le  Journal  des 
connaissances  médicales,  1846,  art.  Souberbielle,  par  Caffe;  Journal  du 
Loiref,  29  décembre  1847,  etc. 

Souberbielle  était,  à  sa  mort,  veuf,  depuis'plusieurs  années,  de  Reine 
Lambert.  11  avait  eu  un  fils,  mort  célibataire  le  26  mars  1823,  âgé  de 
vingt-quatre  ans  :  il  était  étudiant  en  médecine  (Inventaire  de  Lambert 
jeune,  notaire,  du  23  juillet  1823  ;  actif  et  mobilier  :  5.105  francs  et  maison 
à  Autun).  L'héritage  de  Joseph  Souberbielle  fils  revintàson  père,àsasœur 
Rose,  femme  de  Jean-Baptiste  Merandon,  à  Beaune,  et  à  son  jeune 
frère,  Louis-Joseph,  mineur,  habitant  Paris  (Déclaration  du  24  no- 
vembre 1823). 

Nous  tenons  ces  enseignements  du  regretté  Alfred  Bégis,  qui  les 
avait  puisés,  à  notre  intention,  aux  Archives  de  l'Enregistrement. 

IV- 13 


1^4  LE    CABINET   SECRET   DE    l'hISTOIRE 

soit  aux  chevaliers  du  poignard  qui  remplissaient  le 
château  *  » . 

Le  témoin  reprochait  à  l'accusée  d'avoir  été  «  l'ins- 
tigatrice des  massacres  qui  ont  eu  lieu  dans  divers 
endroits  de  la  France,  notamment  à  Nancy  et  au 
Champ-de-Mars  ;  comme  aussi  d'avoir  contribué  à 
mettre  la  France  à  deux  doigts  de  sa  perte,  en  faisant 
passer  des  sommes  immenses  à  son  frère  (le  ci-devant 
roi  de  Bohême  et  de  Hongrie),  pour  soutenir  la  guerre 
contre  les  Turcs  et  lui  faciliter  ensuite  les  moyens  de 
faire  un  jour  la  guerre  à  la  France,  c'est-à-dire  aune 
nation  généreuse  qui  la  nourrissait  ainsi  que  son  mari 
et  sa  famille  ». 

Le  déposant  ajoutait  qu'il  tenait  ce  fait  «  d'une 
bonne  citoyenne,  excellente  patriote,  qui  a  servi  à 
Versailles  sous  l'ancien  régime,  et  à  qui  un  favori  de 
la  ci-devant  cour  en  avait  fait  confidence  ». 

Sur  l'indication,  donnée  par  le  témoin,  de  la  demeure 
de  cette  citoyenne,  le  tribunal,  d'après  le  réquisitoire 
de  l'accusateur  public,  ordonnait  qu'il  serait  à  l'ins- 
tant décerné  contre  elle  un  mandat  d'amener,  à  refîet 
de  venir  donner  au  tribunal  les  renseignements  qui 
pouvaient  être  à  sa  connaissance. 

Dans  le  compte-rendu  du  procès,  le  témoin,  dont 
nous  venons  de  rapporter  la  déposition,  est  désigné 
sous  le  nom  de  Roussillon,  «  chirurgien  et  canon- 
nier  ».  Sur  le  citoyen  Roussillon,  les  historiens  classi- 

*  La  Révolution  française  (journal  de  M.  Aulard),  14  février  1884. 


DEUX   JUGES    DE    MARIE-ANTOINETTE  IqS 

ques  ne  sont  pas  prodigues  de  détails.  A  vrai  dire, 
<î'est  un  obscur  comparse  du  drame  révolutionnaire  ; 
mais  son  titre  de  médecin,  évadé  de  la  profession, 
a  retenu  notre  attention  ;  il  nous  a  semblé,  à  ce  titre 
tout  au  moins,  qu'il  méritait  quelques  lignes  de  bio- 
graphie. 

Gomme  s'il  avaitprévu  cette  glorification  posthume, 
il  a  pris  soin  de  rédiger  lui-même  par  avance  son  cur- 
riculum  vitœ  ;  nous  ne  ferons  que  nous  conformer 
à  ses  déclarations,  sous  les  réserves  que  comman- 
dent les  documents  de  cette  nature,  rédigés  par  les 
intéressés  eux-mêmes.  La  pièce  que  nous  allons  ana- 
lyser \  et  que  nous  tenons  de  l'obligeance  de  l'expert 
en  autographes  bien  connu,  M.  Noël  Gharavay,  a 
figuré  dans  une  vente  de  l'année  1900  ;  nous  avions 
obtenu  d'en  prendre  copie,  avant  qu'elle  fût  «  disper- 
sée au  feu  des  enchères  »,  suivant  l'expression  con- 
sacrée. 

Le  citoyen  Roussillon  avait  été  juge-suppléant, 
mais  n'avait  pas  siégé  au  tribunal  révolutionnaire. 

Au  début  de  la  tourmente,  il  passait  pour  «  un  pa- 
triote très  attaché  à  la  cause  de  la  liberté  »  et  pour 
un  «  naturaliste-médecin  »,  estimé  de  plusieurs  de 
ses  collègues  dans  l'art  de  guérir,  notamment  du 
Fourcroy. 

Il  avait  ensuite  servi  comme  officier  de  santé  dans 

*    Nous  l'avons  reproduite    in  extenso  dans    la  Chronique   médicule, 
1"  octobre  1900,  p.  583-586. 


iy6  LE    CABINET    SECRET   DE    l'hISTOIRE 

la  marine,  puis  comme  officier  de  santé  en  chef  dans 
les  colonies  du  Sénégal  et  de  Juda,  en  Afrique,  avec 
le  brevet  de  Correspondant  du  Jardin  des  Plantes  et 
du  Cabinet  d'histoire  naturelle. 

11  combat  pour  la  République  au  10  août,  est  investi 
ensuite  de  diverses  missions  aux  Antilles,  à  l'armée 
des  Pyrénées-Orientales;  mais,  sur  le  rapport  du 
Conseil  de  santé,  il  est  suspendu  de  ses  fonctions 
«  pour  trop  de  chaleur  patriotique  ». 

La  requête  de  Roussillon  que  nous  avons  publiée 
tendait  à  sa  réintégration  dans  l'armée,  en  qualité  de 
médecin  ;  elle  est  apostillée  par  Lanthenas,  le  Giron- 
din, et  le  général  Barras,  qui  invite  le  ministre  de 
la  guerre  à  «  prendre  en  considération  la  demande 
de  cet  officier  de  santé,  qui  joint  l'instruction  au 
patriotisme  ». 

Quel  fut  le  sort  de  cette  pétition?  nous  ne  nous  som- 
mes pas  attardé  à  la  rechercher.  Nous  avons  voulu 
seulement  fournir  quelques  traits  au  biographe  futur 
de  cet  acteur  ignoré  de  la  tragédie  révolutionnaire, 
de  ce  «  soldat  de  la  liberté  ^  »  qui,  de  peur  qu'on  ne 
se  méprît  sur  ses  mérites,  a  pris  soin  de  les  mettre  lui- 
même  en  lumière. 

*  Sa  pétition  est  signée  :  Roussillon,  liberlalis  mibs. 


TALLEYRAND     ET     SES     MEDECINS 


L'homme  qui,  depuis  soixante  ans,  «  jouait  les  peu- 
ples et  les  couronnes  sur  l'échiquier  de  l'univers  »  ; 
l'incarnation  de  toutes  les  apostasies, 

le  parjure  vivant, 

Talleyrand-Périgord,  prince  de  Bénéveat, 

avait  reçu  de  Louis  XVIII  l'ordre  formel  de  se 
faire  oublier.  L'incomparable  cabotin  était  à  bout  de 
rôle. 

S'il  acceptait  l'exil,  il  se  refusait  à  en  savourer 
l'amertume.  Il  se  résignait  à  la  retraite,  mais  en  s'en- 
tourant  du  luxe  et  du  confort  dont  son  ambition 
€t  ses  appétits  lui  avaient,  depuis  longtemps,  fait  une 
nécessité.  Tout  comme  un  souverain  déchu,  le  fas- 
tueux diplomate  emmenait  toute  une  cour  à  sa  suite  : 
la  tourbe  des  faméliques  et  des  parasites,  pour  aigui- 
ser son  mépris  de  l'espèce  humaine  ;  le  bouffon  spi- 


198  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

rituel,  le  cynique  Montrond,  pour  faire  grimacer  son 
sourire  éteint  ;  le  plus  habile  cuisinier  de  l'Europe, 
Carême  en  personne,  pour  stimuler  son  palais  blasé; 
la  duchesse  de  Dino,  la  plus  charmante  et  la  plus 
séduisante  des  nièces;  sans  compter  une  meute  de 
piqueurs,  une  armée  de  valets,  pour  lui  rappeler  sa 
royale  escorte  de  jadis. 

Chasseur,  libertin  et  gourmand,  le  lot  était  respec- 
table. Mais  le  prince  aimait  plus  que  la  bonne  chère 
et  les  femmes  :  il  adorait  le  jeu.  Dans  cette  somptueuse 
résidence  de  Valençay,  bizarre  construction  maures- 
que égarée  dans  une  forêt  de  chênes,  le  soir  venu,  les 
lumières  éteintes,  on  distillait  l'ennui.  Alors  commen- 
çaient d'interminables  parties  de  whist,  entremêlées 
de  causeries  où  pétillait  la  verve  narquoise  de  l'am- 
phitryon, autour  d'un  modeste  tapis  vert,  qui  aidait 
à  rappeler  au  maître  du  lieu  le  temps  où  il  jonglait 
devant  un  parterre  de  rois. 

Presque  toujours  le  prince  tenait  le  dé  de  la  con- 
versation. Les  claqueurs  à  gages  qui  composaient 
l'auditoire   n'avaient   que   droit    au   silence. 

Un  homme  avait,  seul  peut-être,  conservé  son  franc 
parler.  Ce  partenaire,  qu'il  redoutait  à  la  table  de  jeu,, 
ce  personnage,  dont  il  sollicitait  et  suivait  parfois  les- 
avis,  n'était  autre  que  son  médecin,  le  docteur  Bour- 
dois  de  la  Motte. 

Pour  gagner  la  confiance  de  cette  mobile  et  capri- 
cieuse personnalité,  pour  la  conserver  surtout,  il  fal- 


TAI.LEYRAND    ET    SES    MÉDECINS  I99 

lait  avoir  fait  ses  preuves.  Le  docteur  Bourdois,  avant 
de  connaître  le  prince,  avait  fait  un  brillant  apprentis- 
sage. Par  une  heureuse  faveur  du  sort,  dès  le  début 
de  sa  carrière,  il  avait  été  comblé  d'honneurs.  En 
1788,  il  avait  obtenu  la  survivance  de  Malouët,  dans 
la  charge  de  premier  médecin  de  Mme  Victoire,  tante 
de  Louis  XVI  ;  en  cette  qualité,  il  logeait  au  palais 
du  Luxembourg.  Monsieur,  depuis  Louis  XVIII,  vou- 
lant se  l'attacher,  l'avait  nommé  intendant  de  sa  bi- 
bliothèque, de  son  cabinet  de  piiysique  et  de  sa  collec- 
tion d'histoire  naturelle.  Il  avait  alors  trente-quatre  ans. 

En  1791,  Monsieur  était  parti  pour  l'émigration. 
Depuis  quelques  mois,  Mmes  Adélaïde  et  Victoire,  les 
tantes  du  roi,  l'avaient  précédé  en  suivant  une  autre 
route.  Malouët  les  avait  accompagnées. 

Mesdames,  qui  avaient  pris  le  chemin  d'Italie, 
avaient  été,  en  cours  de  route,  arrêtées  par  la  muni- 
cipalité d'Arnay-le-Duc  et  gardées  à  vue,  jusqu'à  ce 
que  l'Assemblée  eût  statué  sur  leur  sort. 

Plus  tard,  lors  de  la  tourmente  révolutionnaire,  on 
se  rappela  le  rôle  de  dévouement  de  Bourdois  de  la 
Motte  dans  les  circonstances  que  nous  venons  de 
rapporter.  Dénoncé,  persécuté,  Bourdois  ne  tarda 
pas  à  être  incarcéré  à  la  Force,  comme  suspect  de 
royalisme.  Il  eut  l'adresse  de  se  faire  réclamer  pour 
un  service  public  et  se  fit  envoyer  aux  armées.  Ce  fut 
son  salut. 

A  la  fin  de  1793,  il  était  nommé  médecin  en  chef  du 


200  LK    CAHINKT    SECHET    DE    L  HISTOIRE 

corps  qui  opérait  sur  le  Var.  Là,  il  se  liait  avec  un 
homme  qui  devait  avoir  la  plus  grande  influence  sur 
sa  destinée  :  les  hasards  de  la  guerre  l'avaient  rap- 
proché de  Bonaparte,  alors  simple  chef  de  bataillon 
d'artillerie. 

Les  relations  du  médecin  avec  le  futur  empereur 
furent,  tout  d'abord,  empreintes  d'une  grande  cordia- 
lité. La  politesse  exquise  de  Bourdois,  son  langage 
aussi  éloigné  de  la  basse  flatterie  que  d'une  franchise 
trop  brutale,  avaient  conquis  cette  nature  abrupte, 
qui  déguisait,  sous  un  extérieur  dominateur,  des  tré- 
sors de  sensibilité.  Après  une  expédition,  dont  toutes 
les  étapes  avaient  été  marquées  par  un  triomphe,  le 
brillant  général  revenait  à  Paris, pour  y  méditer  le  coup 
de  force  qui  devait  réaliser  le  rêve  de  son  ambition. 

Bonaparte  habitait  alors,  rue  Neuve-des-Capucines, 
un  modeste  appartement.  Il  convia  plusieurs  fois  à  sa 
table  son  ancien  compagnon  d'armes,  qu'il  venait  de 
nommer  médecin  en  chef  de  son  armée  de  l'intérieur. 
Un  jour,  dans  l'intimité  d'un  repas  familial,  un  cour- 
rier vint  annoncer  à  Bourdois  le  départ  de  Bonaparte 
pour  l'Italie,  en  même  temps  qu'il  lui  apportait  sa 
nomination  comme  directeur  du  service  de  santé  de 
l'armée.  L'invitation  ressemblait  à  un  ordre  ;  Bour- 
dois eut  la  maladresse  de  s'y  dérober.  Sa  jeune 
femme  —  donna-t-il  pour  prétexte  —  était  d'une  com- 
plexion  délicate  ;  en  réalité,  son  humeur  pacifique  et 
ses  goûts  casaniers  le  retenaient  seuls  à  Paris. 


TALLEYRAND    ET    SES    MÉDECINS  2()1 

Bonaparte,  qui  ne  toli'Tait  point  qu'on  ne  se  livrât 
pas  à  lui  sans  réserves,  accepta  difiicilement  de  telles 
excuses  et  en  garda  longtemps  rancune  à  celui  qu'il 
avait  comblé  de  ses  faveurs.  11  ne  fallut  rien  moins  que 
la  finesse  diplomatique  de  Talleyrand  —  qui,  dans  l'in- 
tervalle, avait  confié  sa  santé  au  docteur  Bourdois  — 
pour  favoriser  un  rapprochement.  Dans  un  de  ces 
élans  d'indulgence  dont  il  était  peu  prodigue.  Napo- 
léon consentit  à  oublier  les  injures  faites  à  Bona- 
parte :  en  1811,  l'empereur  nommait  Bourdois  de 
la  Motte  médecin  du  roi  de  Rome.  Comme  le  docteur, 
heureux  d'être  rentré  en  grâce,  se  confondait  en 
remerciements  :  «  Tout  est  oublié,  répondit  l'empe- 
reur, commencez  votre  service.  Je  veux  fonder  à  Meu- 
don  un  collège  de  princes,  vous  en  serez  aussi  le 
médecin.  »  Au  moment  où  il  se  relirait,  l'empereur 
ajouta  en  riant  :  «  Depuis  notre  dernière  entrevue, 
me  trouvez-vous  grandi?  »  Et  comme  Bourdois  enta- 
mait un  éloge  dithyrambique  des  hauts  faits  d'armes 
de  l'empereur  : 

«  —  Non,  non,  ce  n'est  pas  là  ma  pensée,  c'est  de  ma 
taille  réelle  qu'il  s'agit  ;  j'ai  regretté  souvent  de  n'avoir 
pas  la  vôtre.  Ah  !  si,  en  Egypte,  j'avais  eu  les  avan- 
tages physiques  de  Kléber,  c'eût  été  pour  moi  d'une 
valeur  immense...  » 

Bourdois  eut,  dès  ce  moment,  à  la  Cour,  une  situa- 
tion considérable.  Outre  son  traitement  annuel  de 
Zi.500  francs,  sa  voiture  sortant  des  écuries  impé- 


202  LE    CABINET   SECRET   DE    L  HISTOIRE 

riales,  il  fut  nommé  conseiller  de  l'Université,  reçut 
de  nombreuses  dotations,  avec  le  titre  de  baron,  et 
fut  décoré  de  tous  les  ordres  possibles. 

Mais  il  avait  à  compter  avec  Gorvisart,  dont  Tau- 
torité  s'exerçait  sur  tout  le  personnel  de  santé  de  l'em- 
pereur et  de  son  entourage,  et  qui  souffrait  difficile- 
ment la  contradiction  ;  d'autant  que  les  manières  de 
Bourdois,  toujours  courtois  et  affable,  contrastaient 
singulièrement  avec  la  brusquerie  et  la  brutalité,  toute 
de  surface,  hâtons-nous  de  le  dire,  de  Gorvisart.  (]e 
n'est  pas  sans  quelque  dépit  que  celui-ci  voyait  tous 
les  jours  diminuer  son  prestige.  Aussi  ne  manquait-il 
pas  une  occasion  d'affirmer  sa  suprématie.  Un  jour, 
il  avait  annoncé  sa  visite  chez  le  roi  de  Rome  et  con- 
voqué son  médecin  et  son  chirurgien,  M.  Auvity.  Il 
avait  ordonné  qu'on  déshabillât  le  jeune  prince,  avait 
examiné  avec  soin  tout  son  corps  et  s'était  retiré  sans 
mot  dire. 

Bourdois  souffrait  dans  sa  vanité  de  ces  procédés, 
mais  il  n'en  laissait  rien  paraître.  Il  fut  suffisamment 
vengé  quand,  appelé  au  lit  de  mort  de  Gorvisart,  il 
vit  celui-ci  implorer  le  pardon  de  sa  conduite  passée. 
Avec  cette  observation  pénétrante  qui  le  distinguait, 
Gorvisart  avait  deviné  la  valeur  d'un  homme  qu'il 
avait  toujours  tenu  en  haute  estime,  bien  que  sa  nomi- 
nation eût  été  signée  à  son  insu^ 

*  En  1839,  Bourdois  fut  chargé  de  faire  le  rapport  sur  la  proposition  de 


TALLEYRAND    ET   SES   MEDECINS  203 

Du  reste,  s'il  faut  en  croire  un  de  ses  biographes  *, 
«  le  docteur  Bourdois  de  la  Motte  était  le  type  des 
médecins  de  Cour,  le  modèle  de  l'urbanité,  de  la  poli- 
tesse exquise,  de  l'homme  bien  élevé,  possédant  au 
suprême  degré  la  science  du  salon,  celle  de  bien  dire 
et  de  dire  à  propos.  Il  ne  lui  manqua  peut-être  qu'un 
peu  d'égoïsme,  pour  être  tout  à  fait  un  homme  comme 
il  faut...  Sa  conversation  avait  du  feu,  du  sens,  de 
la  verve,  mais  sans  épigramme,  sans  ironie,  sans 
aucune  recherche  d'esprit  ;  on  pouvait  la  prendre 
comme  une  bonne,  une  fine  et  délicate  causerie  que 
les  vieillards  aimaient  et  où  les  jeunes  gens  trou- 
vaient toujours  à  profiter.  » 

Qu'il  ait  conquis  Talleyrand,  ce  causeur  enjoué, 
cet  aimable  impertinent,  tout  pétri  de  bonne  grâce  et 
de  séduction,  on  le  comprend  sans  peine. 

Talleyrand,  qui  se  connaissait  en  hommes,  l'avait 
nommé  médecin  du  ministère  des  Relations  exté- 
rieures, importantes  fonctions  qui  mettaient  celui  qui 
en  était  investi  en  rapport  avec  tout  nouvel  ambassa- 
deur ou  tout  chargé  d'une  mission  extraordinaire.  La 
tâche  n'était  pas  au-dessus  des  forces  de  notre  per- 
sonnage :  il  se  montra,  en  tout  point,  digne  de  la 
confiance  que  le  prince  lui  témoignait. 

placer  le  buste  de  Corvisart  dans  la  salle  des  séances  de  l'Académie  de 
médecine.    Il  s'acquitta  de   sa  tâche  avec  la  plus  louable  impartialité 
(Voir  Mém.  de  l'Acad.  roy.  de  Méd.,  t.  IV,  p.  53  et  suivantes). 
*  Reveillé-Pabise,  Gaz.  Tnéd.cie  Paris,  1838. 


204  LE    CABINET   SECRET    DE    l'hISTOIRE 

La  tenue  et  les  façons  du  docteur  Bourdois  avaient 
séduit  tout  son  entourage.  Elles  lui  gagnèrent  sur- 
tout les  femmes,  qu'il  eut  l'habileté  de  toujours  mettre 
dans  son  jeu,  par  sa  douceur  et  sa  bienveillante 
aménité.  Mais  il  reprenait  bien  vite  sa  froideur  et  sa 
réserve  hautaines,  quand  il  jugeait  que  sa  dignité 
courait  le  risque  d'un  compromis.  En  quelque  cir- 
constance qu'il  se  trouvât,  cette  dignité  ne  l'aban- 
donnait jamais.  Talleyrand  lui-même,  si  expert  en  la 
matière,  était  le  premier  à  le  reconnaître.  «  Il  vient 
chez  moi  deux  hommes,  répétait-il  souvent,  sur  les- 
quels on  se  trompe  toujours  :  Gobentzel,  qu'on  prend 
pourmonmédecin,  et  Bourdois,  pourunambassadeur.» 

La  taille  élevée  de  ce  dernier,  sa  figure  longue  et 
sévère,  ses  traits  fortement  accusés,  son  profil  de 
médaille,  tout  concourait  à  faire  illusion  sur  sa  qua- 
lité. Et,  à  ce  propos,  on  parla  et  on  rit  longtemps,  à  la 
cour  impériale,  d'une  aventure,  dont  le  valet  de 
chambre  Constant  nous  a  conservé  le  piquant  récit*. 

Se  sentant  malade  depuis  plusieurs  jours,  l'ambas- 
sadeur persan,  Asker-Kan,  envoyé  à  Paris  en  mission 
par  son  gouvernement,  persuadé  que  la  médecine 
française  parviendrait  plus  promptement  à  le  guérir 
que  les  officiers  de  santé  persans,  ordonna  qu'on  fît 
venir  le  docteur  Bourdois,  dont  il  connaissait  le  nom 
et  la  réputation  d'habileté.  On  s'empressa  d'exécuter 

*  Mémoires  de  Constant,  t.  IV,  p.  56. 


TALLEYRAND    ET    SES    MÉDECINS  205 

les  ordres  de  l'ambassadeur  ;  mais,  par  une  singu- 
lière méprise,  ce  ne  fut  pas  le  docteur  Bourdois  (ju'on 
pria  de  se  rendre  auprès  d'Asker-Kan,  mais...  le 
président  de  la  Cour  des  Comptes,  M.  Marbois,  qui 
s'étonna  beaucoup  de  l'honneur  que  lui  faisait  l'am- 
bassadeur persan,  ne  voyant  pas  tout  d'abord  ce  qu'il 
pouvait  avoir  à  lui  demander.  Cependant,  il  se  rendit 
avec  empressement  auprès  d'Asker-Kan,  qui  put,  sans 
peine,  prendre  le  costume  sévère  de  M.  le  président 
de  la  Cour  des  Comptes  pour  un  costume  de  médecin. 
A  peine  M.  Marbois  était-il  entré  que  l'ambassa- 
deur lui  présentait  la  main,  lui  tirait  la  langue... 
M.  Marbois  était  bien  un  peu  surpris  de  cet  accueil, 
mais  pensant,  à  part  lui,  que  c'était  la  manière  orien- 
tale de  saluer  les  magistrats,  il  s'inclina  profondé- 
ment, serrant  humblement  la  main  qu'on  lui  présen- 
tait. Il  était  dans  cette  position  respectueuse,  lorscjue 
quatre  serviteurs  de  l'ambassadeur  lui  apportent  et 
lui  mettent  sous  le  nez,  à  titre  de  renseignements,  un 
vase  d'or  à  signes  non  équivoques.  M.  Marbois  en 
reconnut  l'usage  avec  une  surprise  et  une  indignation 
inexprimables.  Il  recule  avec  colère,  demande  vive- 
ment ce  que  signifie  tout  cela,  et,  s'entendant  appe- 
ler M.  le  docteur  :  —  «  Comment  !  s'écrie-t-il,  M.  le 
docteur?  —  Mais  oui,  M.  le  docteur  Bourdois.  » 
M.  Marbois  avait  enfin  le  mot  de  l'énigme  :  la  simi- 
litude de  son  nom  avec  celui  du  docteur  Bourdois 
était  la  cause  de  sa  mésaventure. 


206  LE    CABINET   SECRET    DE    l'hISTOIRE 

Le  docteur  Bourdois  était  pourtant  très  connu  de 
tout  le  corps  diplomatique.  Dans  le  temps  où  les  prin- 
cipicules  d'Allemagne  étaient  accourus  à  Paris  pour 
y  défendre  leurs  intérêts  menacés,  il  n'en  était  pas 
un  qui  ne  simulât  une  maladie  pour  gagner  à  sa 
cause  le  médecin  de  Talleyrand.  Sous  teinte  de 
consultation,  ils  cherchaient  tous  à  capter  la  con- 
fiance du  docteur,  qui  devenait  ainsi  leur  tuteur 
auprès  de  son  illustre  maître.  De  là,  cette  pluie  de 
tabatières  en  or,  dont  il  fit  fondre  pour  près  de 
50.000  francs,  au  moment  de  l'acquisition  de  sa 
maison  de  campagne,  et  dont  il  réserva  les  plus  belles 
pour  son  inestimable  collection  d'objets  d'art. 

Le  docteur  Bourdois  était  un  fin  connaisseur  et  un 
amateur  de  goût.  Avec  les  traditions  de  l'ancienne 
Faculté,  il  avait  conservé  celles  de  l'ancienne  Cour. 
Ses  occupations  professionnelles  ne  lui  firent  jamais 
oublier  ses  devoirs  mondains.  Habillé  vers  9  heures, 
après  avoir  pris  son  chocolat  ou  son  café,  il  partait 
dans  sa  voiture  et  ne  rentrait  plus  que  dans  la  soirée. 
Les  visites  aux  malades  alternaient  avec  les  visites 
de  politesse  ou  d'amitié. 

S'il  fréquentait  des  personnages  de  distinction,  il 
aimait  aussi  à  recevoir  tout  ce  que  Paris  comptait  de 
gens  de  lettres  ^  ou    d'artistes,   qui    se  rencontraient 


'  V.  les  couplets  de  Désaugiers,  sur  l'Anniversaire  de  la  naissance  du 
docteur  Bourdois  {Drôleries  médicales,  de  Witkowski,  p.  52  . 


TALLEYRAND  ET  SES  MEDECINS  2O7 

chez  lui  avec  les  notabilités  de  l'armée,  de  la  magis- 
trature et  des  finances.  Les  maréchaux  Macdonald  et 
Sébastiani,  le  banquier  Laffitte,  y  coudoyaient  les 
peinlres  Gérard  et  Isabey,  et  l'héroïque  Regnault 
de  Saint-Jean-d'Angely. 

Chaque  client  de  marque  avait  à  cœur  de  lui  laisser 
un  témoignage  de  sa  gratitude.  Isabey  et  Cicéri 
avaient  tenu  à  décorer  eux-mêmes  son  salon  et 
avaient  peint  sur  deux  superbes  panneaux  deux 
scènes  relatives  à  l'art  de  guérir  :  le  Temple  cfEs- 
culape  et  les  Jardins  d'Epidaare  étaient  les  toiles 
que  Bourdois  montrait  avec  le  plus  d'orgueil  à  ses 
visiteurs. 

Le  dimanche,  le  docteur  recevait  plus  volontiers  à 
la  campagne.  Il  habitait,  près  de  Ville-d'Avray,  un 
vaste  corps  de  logis  qui  avait  appartenu  à  Linguet  ; 
c'est  de  là,  selon  la  tradition,  que  le  célèbre  pam- 
phlétaire avait  été  arraché,  pour  gravir  les  degrés  de 
l'échafaud. 

Le  docteur  Bourdois  se  livrait  au  jardinage  et 
sacrifiait  à  cette  passion,  venue  sur  le  tard,  des 
sommes  considérables.  Il  ne  manquait  pas  de  se 
rendre  à  Valençay  quand  Talieyrand  l'y  appelait, 
mais  c'était  plutôt  pour  être  son  partenaire  au  whist 
que  pour  lui  donner  des  soins. 


2o8  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 


II 


Talleyrand  suivait  une  hygiène  *  trop  rigoureuse 
pour  être  souvent  malade.  Il  mangeait  peu,  surtout 
le  soir,  se  contentant  même  le  plus  souvent  de  Tunique 
repas  de  midi  ^.  Il  avait  une  table  assez  abondamment 
servie,  pour  pouvoir  goûter  au  plat  de  son  choix. 
Sa  cuisine  était  soignée,  sa  cave  renfermait  les  meil- 
leurs crus.  Comme  Napoléon  et  Voltaire,  il  aimait 
beaucoup  le  café,  dégustant  en  gourmet  la  liqueur 
si  joliment  dénigrée  par  Mme  de  Sévigné^.  Il  s'était 
toujours  interdit  l'alcool  et  les  liqueurs. 

On  sait  que  pour  sa  toilette,  il  avait  des  soins 
tout  particuliers.  Il  y  consacrait  de  longues  heures, 
déployant  dans  cet  art  suprême  de  la  coquetterie 
toutes  les  ressources  de  son  esprit  ingénieux.  Il 
trouvait  encore  le  temps  de  travailler  plusieurs 
heures  par  jour,  de  parcourir  ses  propriétés  en  voi- 

«  Une  étude  sur  M.  de  Talleyrand  ne  serait  pas  complète  si  l'on  n'in- 
diquait un  peu  la  physiologie  de  l'homme,  et  si  l'on  ne  disait  quelque 
chose  de  son  hygiène  et  de  son  régime.  ■>  Sai.nte-Becve,  Nouveaux 
Lundis. 

*  M.  de  Talleyrand  ne  faisait  qu'un  repas  à  heure  fixe,  seulement  il 
prenait  parfois  un  verre  d'excellent  madère  dans  lequel  il  trempait  un 
biscuit  {Mémoire  sur  M.  de  Talleyrand,  sa  vie  politique  et  sa  vie  in- 
time, suivi  de  la  relalion  authentique  de  ses  derniers  moments,  etc. 
Bureaux  de.la  Gazette  des  familles). 

3  Cf.  Remèdes  d'aulrefois,  par  le  D"'  Cabanes;  Paris,  Maloine,  1905. 


TALLEYRAND 


TALLEYRANO 


TALLEYBAND   ET   SES   MÉDECINS  2O9 

ture,   son  infirmité  de  naissance  (il  était  pied  bot*) 
lui  interdisant  les  trop  longues  courses. 

*  «  Cette  infirmité  fut  la  cause  de  tous  les  malheurs  qui  signalèrent  sa 
carrière.  Doué  d'un  esprit  vif,  ardent,  il  ne  pouvait,  avec  sa  béquille, 
suivre  la  carrière  des  arme^  ;  -.■•  mère  exigea  qu'il  se  mit  dans  les  ordres. 
En  vain  supplia-l-il  la  dame  de  le  dispenser  de  cette  loi,  qui  lui  était 
odieuse,  il  fallut  obéir,  le  jeune  abbé  prit  les  degrés  nécessaires  ;  enfin 
il  fut  ordonné  prêtre,  en  dépit  de  la  vocation  qui  l'entraînait  dans  une 
autre  voie.  »  {Journal  du  docteur  Prosper  M enière,  communiqué  en  ma- 
nuscrit par  son  fils,  le  docteur  E.  Menière.) 

Exisle-t-il  une  relation  entre  le  pied  bot  et  certaines  lésions  céré- 
brales ?  D  aucuns  en  sont  convaincus.  Le  docteur  Luys,  notamment,  qui 
a  pratiqué  l'autopsie  de  cerveaux  appartenant  à  des  sujets  atteints  de 
pied  bot,  avait  constaté  des  «  atrophies  de  la  région  paracentrale  et 
plus  souvent  encore  des  atrophies  concomitantes  de  la  frontale  supé- 
rieure »  ;  et  le  savant  aliéniste,  que  nous  avons  consulté  sur  ce  point, 
appliquant  ces  données  au  personnage  que  nous  étudions,  a  émis  les 
considérations  psycho-physiologiques  suivantes,  sur  lesquelles  nous  ap- 
pelons l'attention  de  nos  lecteurs:  «...  C'est  parce  que  Talleyrand  pré- 
sentait des  lacunes  mentales,  malaisément  explicables,  que  ses  biogra- 
phes 1  ont  traité  avec  tant  de  sévérité.  Or,  Talleyrand  était  une  de  ces  na- 
tures mal  pondérées,  chez  qui  toute  la  sève  vitale  s'est  réfugiée  du  côté 
des  choses  de  l'intelligence,  alors  que  le  domaine  de  la  sensibilité  mo- 
rale et  des  sentiments  affectifs  restait  en  soulTrance.  Pour  peu  qu'on 
scrute  la  manière  de  vivre  de  ces  obtus  du  sens  moral,  on  les  découvrira 
prompts  à  l'action,  âpres  à  la  curée,  mais,  par  contre,  on  s'étonnera  de 
les  trouver  indifférents  sur  le  choix  des  moyens,  et,  pour  ainsi  dire, 
anesthésiés  sur  tout  ce  qui  touche  aux  convenances  sociales  ou  à  la  sim- 
ple délicatesse. 

N'est-ce  pas  ainsi  que  M.  E.  Ollivier,  danssa  remarquable  étude  parue 
dans  la  Revue  des  Deux-Mondes,  a  représenté  le  diplomate  retors,  «  sté- 
rile d'invention,  né  démolisseur,  brouillon  flegmatique,  qui  n'était,  livré, 
à  lui-même,  malgré  ses  dons  brillants,  apte  qu'à  gâter,  trafiquer,  faire  et 
défaire  sans  cesse,  surtout  à  ne  pas  faire  en  paraissant  beaucoup  faire 
incapable  de  rien   créer,    si   ce  n'est  la  confusion  et  le  désordre...  Dé- 

iv-14 


210  LE   CABINET   SECRET    DE    L  HISTOIRE 

Il  dormait  très  peu,  passant  la  nuit  au  jeu,  qu'il 
n'interrompait  que  pour  causer  ;  se  couchant  le  plus 
souvent  à  quatre  heures  du  matin  pour  se  réveiller  au 
petit  jour*. 

Son  pouls  avait  cette  singularité  d'être  fort  plein 
et  d'avoir  une  intermittence  à  chaque  dixième  pul- 
sation. 11  avait  même  là-dessus  une  théorie  :  il  consi- 
dérait ce  manijue  de  la  dixième  pulsation  comme  un 
temps  d'arrêt,  comme  un  repos  de  la  nature,  et  il 
paraissait  croire  que  ces  pulsations  en  moins,  et  qui 
lui  étaient  dues,  devaient  se  retrouver  en  fin  de 
compte  et  s'ajouter  à  la  somme  totale  de  celles  de 
toute  sa  vie,  ce  qui  lui  promettait  de  la  longévité. 
Il  expliquait  aussi  par  là  son  peu  de  besoin  de  som- 

pourvude  la  notion  du  bien  et  du  mal,  d'un  cœur  subalterne  sous  l'aris- 
tocratie de  ses  manières,  ne  sachant  qu'obéir  ou  trahir,  sans  suscepti- 
bilité, parce  qu'il  était  sans  honneur,  d'une  effroyable  effronterie  dans 
ses  affirmations  contraires  à  la  vérité,  comme  revêtu  d'une  enveloppe 
dure  et  polie,  sur  laquelle  l'injure  et  le  mépris  glissaient  sans  pouvoir  y 
pénétrer.  »  M.  Ollivier  rappelle  à  ce  propos  le  mot  de  Lannes  sur  Tal- 
leyrand  :  «  Si  on  lui  donnait  vingt  coups  de  oied,  on  ne  s'en  apercevrait 
pas  sur  son  visage.  » 

«  Aujourd'hui  où  l'on  commencée  débrouiller  le  chaos  de  la  pathologie 
cérébrale,  n'est-on  pas  a\Uorisé  à  émettre  l'hypothèse  que  la  clef,  vaine 
ment  cherchée  jusqu'ici,  de  la  psychologie, de  Vétat  d'âme  de  Talleyrand 
pourrait  bien  se  trouver  dans  la  morphologie  de  son  cerveau?  Assuré, 
ment  ce  n'est  qu'une  hypothèse;  mais,  d'après  ce  que  nous  savons  des 
relations  du  pied  bot  avec  les  lésions  cérébrales  particulières  qui  sem- 
blent lui  correspondre,  cette  hypothèse  n'a  rien  d'invraisemblable...  » 
{Chronique  médicale,  15  janvier  1895.) 

*  Nouveaux  Lundis,  de  S.\i.\te-Beuve,  t.  XII  (1870),  p.  120  et  suiv. 


TALLEYRAND   ET  SES   MÉDECINS  211 

meil,  comme  si  la  nature   avait  pris   ce   sommeil  en 
détail  et  par  avance  à  petites  doses  \ 


III 


Talleyrand  fut  rarement  malade  ;  on  pourrait 
presque  dire  que  sa  mort  fut  le  terme  de  sa  première 
maladie. 

Pendant  longtemps,  il  prit  les  eaux  à  Bourbon- 
l'Archambault,  au  moins  de  deux  années  l'une,  plutôt 
pour  s'y  distraire  que  pour  s'y  soigner.  Il  y  était 
traité  par  un  médecin  fort  pédant,  le  docteur  Paye, 
qui  servit  souvent  de  cible  à  ses  railleries. 

Le  docteur  avait  l'insupportable  manie  d'agrémen- 
ter ses  conversations  de  nombreuses  citations  latines. 
Un  jour,  pendant  le  souper,  il  prononça,  avec  la 
solennité  grotesque  dont  il  ne  se  départait  jamais, 
cette  sentence  :  «Plus  aère  vivimus  quam  cibo  », 
ce  qui  fît  rougir  toutes  les  dames,  qui  n'y  avaient  rien 
compris,  du  reste.  Talleyrand  augmenta  encore  leur 
confusion,  en  paraphrasant  à  sa  manière  une  pensée 
qui,  sans  les  commentaires  plus  que  légers  dont  il 
l'accompagna,  aurait  passé  pour  bien  innocente. 

Sauf  à  l'égard  du  docteur  Bourdois,  pour  qui  il 
professait  une  admiration  mélangée  d'estime,  Talley- 

*  PicHOT,  Souvenirs  intimes  sur  M.  de  Talleyrand,  d'après  Florent  et 
Place. 


212  LE    CABINET    SECRET   DE    L  HISTOIRE 

rand  se  faisait  un  jeu  de  rééditer  les  épigrammes  de 
Molière  à  l'égard  de  la  médecine.  Un  disciple  d'Es- 
culape,  frère  de  l'un  des  plus  honorables  représen- 
tants de  la  France,  joignait  au  culte  d'Hippocrate 
un  culte  au  moins  aussi  prononcé  pour  Cornus  ;  en  un 
mot,  il  passait  pour  être  très  gourmand.  Le  doc- 
teur avait  présenté  à  Talleyrand,  qui  l'admettait 
dans  son  intimité,  un  personnage  dont  les  prodi- 
galités faisaient  grand  bruit,  le  riche  M.  Seguin. 
M.  Seguin,  tout  fier  de  cette  recrue,  se  proposa  de 
traiter  magnifiquement  son  nouvel  hôte  et  pria  le 
diplomate  de  désigner  lui-même  les  convives.  Le 
repas  devait  comprendre  douze  personnes,  en  comp- 
tant M.  Séguin.  M.  de  Talleyrand  remplit  sa  mission 
en  conscience,  mais  en  négligeant  d'inviter  celui-là 
même  qui  l'avait  présenté  à  son  amphitryon.  Il  avait 
simplement  voulu  faire  manquer  un  bon  dîner  à  un 
médecin  gourmand. 

Il  devait  expier  bien  chèrement  ses  sarcasmes 
à  l'adresse  de  la  profession  :  lui,  qui  n'avait  ja- 
mais connu  que  des  indispositions  passagères,  fut 

'  On  sait  combien  il  avait  d'esprit  ;  on  lui  a  attribué  sans  doute  beau 
coup  de  mots  qui  ne  sont  peut-être  pas  de  lui,  mais  on  ne  prête  qu'aux 
riches.  En  voici  un  que  nous  n'avons  pas  vu  citer  et  qui  est  pourtant 
bien  joli. 

A  l'époque  de  l'affaire  Fualdès,  dont  l'affreux  drame  se  passa  à  Rodez 
dans  une  maison  de  débauche  tenue  par  une  femme  du  nom  de  Banca, 
Mme  de  L.,  croyant  mortifier  Talleyrand,  par  un  mauvais  jeu  de  mots 
sur  son  infirmité,  lui  dit  en  entrant  dans  son  salon  :  «  Mon  Dieu,  mon- 


TALLEYRAND    ET   SES   MÉDECINS  2l3 

atteint,  à  son  tour,  d'un  mal  qui  ne  pardonne  pas. 

Depuis  son  retour  d'Angleterre,  il  avait  une  de  ces 
infirmités  qui  entretiennent  la  santé  :  une  affection 
aux  jambes  qui  constituait,  pour  lui,  un  dérivatif  na- 
turel'; du  jour  où  la  nature  supprima  cet  exutoire, 
le  malade  était  condamné. 

Pris  d'un  frisson  subit  et  de  vomissements,  il  res- 
sentit une  violente  douleur  au  bas  des  reins,  du  côté 
gauche,  et,  sur  les  instances  de  son  entourage,  il  con- 
sentit à  faire  appeler  un  prince  de  la  science  à  son 
chevet. 

Gruveilhier,  avec  son  coup  d'oeil  de  clinicien,  eut 
vite  fait  de  diagnostiquer  un  anthrax  lombaire  *.  Il 
demanda  à  s'adjoindre  Marjolin  pour  l'opérer. 

Le  chirurgien  dut  recommencer  deux  fois  Topé- 
ration.  Le  patient,  impassible    et  résigné,  se  con- 
tenta de  dire  :  «  Docteur,  vous  m'avez  fait  beaucoup 
de  mal  ;  mais  si  j'en  suis  quitte  à  ce  prix,  je  vous  re- 
mercie. »  Marjolin  hocha  la  tête  et  se  retira. 

Le  lendemain,   la  fièvre  se  déclarait,  le  malade 

aieur,  croiriez-vous  bien  qu'on  vient  d'écrire  sur  votre  porte  :  Maison 
Bancàl  ? 

„  —  Que  voulez-vous,  madame,  riposta  Talleyrand,  le  monde  est  si 
méchant!  On  vous  aura  vue  entrer...  • 

C'est  de  Talleyrand  qu'on  a  dit  :  «  Cet  homme  eût  trompé  la  mort,  si 
elle  l'eût  traité  par  ambassadeur.  > 

*  On  se  contentait  de  lui  faire  des  lotions  saturnées. 

*  Et  non  un  anthrax  à  la  nuque,  comme  l'a  écrit  le  docteur  L.  Véron. 
{Mémoires  d'un  bourgeois  de  Paris,  t,  I,  p.  150.) 


2l4  LE   CABINET   SECRET  DE   l'hISTOIRE 

tombait  dans  une  sorte  de  prostration  léthargique, 
qui  laissait  présager  une  fin  prochaine*.  Le  17  mai 
1838,  le  plus  grand  diplomate  des  temps  modernes 
avait  vécu.  Le  surlendemain,  un  reporter  de  génie, 
Victor  Hugo,  consignait  sur  ses  tablettes^  : 

Hé  bien,  avant-hier,  17  mai  1838,  cet  homme  est  mort.  Des 
médecins  sont  venus  et  ont  embaumé  le  cadavre.  Pour  cela, 
à  la  manière  des  Égyptiens,  ils  ont  retiré  les  entrailles  du 
ventre  et  le  cerveau  du  crâne  3.  La  chose  faite,  après  avoir 

*  On  sait  que  Talleyrand  fut  visité  à  son  lit  de  mort  par  le  roi,  accom- 
pagné de  Mme  Adélaïde  (Cf.  Revue  britannique,  mai-août  1839,  p.  161  et 
suiv.).  Nous  avons  eu  sous  les  yeux  le  billet  suivant,  resté  inédit  et  dont 
nous  avons  été  autorisé  à  prendre  copie  : 

«  Mon  cher  préfet,  c'est  demain  â  8  heures  et  demie  du  matin  que  le 
roi  ira  rue  Saint-Florentin,  dans  une  voiture  de  Mme  Adélaïde  ;  les  do- 
mestiques n'auront  pas  la  livrée  du  roi. 

•  Estime  et  affection, 

«  M  (Montalivet). 
«  10  heures  du  soir.  » 

Talleyrand  se  mit,  pour  cette  suprême  visite,  en  frais  de  coquetterie  ; 
il  n'abdiqua  jamais  sur  ce  chapitre  (Cf.  Chronique  médicale,  15  juin  1898). 

*  V.  Hdgo,  Choses  vues,  p.  3. 

Après  lecture  de  ce  chapitre,  M.  Victorien  Sardou  nous   communi- 
quait les  détails  qui  suivent  : 

.  Permettez-moi  de  vous  signaler,  comme  complément  de  son  autopsie 
(de  Talleyrand),  l'élude  phrénologique  de  son  crâne,  publiée  par  MM.  Ch. 
Place  et  J.  Florent,  en  1838,  dans  un  Mémoire  sur  sa  vie  publique  et  sa 
Tie  privée.  Ils  donnent  tout  au  long  le  résultat  de  leur  examen,  fait  en 
présence  du  docteur  Cogny,  du  pharmacien  Micard  et  autres  témoins, 
et,  dans  une  note  très  complète,  l'appréciation  particulière  de  chaque 
organe  cérébral.  Je  vous  fais  grâce  de  ces  détails,  qui  n'intéressent  que 
les  partisans  résolus  d'une  doctrine  qui  a  bien  perdu  de  son  crédit,  et  je 
me  borne  à  résumer  leurs  conclusions  :  «  Prédominance  de  la  sécrétivité 


TALLEYRAND    ET    SES   MÉDECINS  2l5 

transformé  le  prince  de  Talleyrand  en  momie  et  cloué  cette 
momie  dans  une  bière  tapissée  de  satin  blanc,  ils  se  sont  re- 
tirés, laissant  sur  une  table  la  cervelle,  cette  cervelle  *  qui 
avait  pensé  tant  de  choses,  inspiré  tant  dhommes,  construit 
tant  d'édifices,  conduit  deux  révolutions,  trompé  vingt  rois, 
contenu  le  monde. 

Les  médecins  partis,  un  valet  est  entré,  il  a  vu  ce  qu'ils 
avaient  laissé.  Tiens!  ils  ont  oublié  cela.  Qu'en  faire?  Il 
s'est  souvenu  qu'il  y  avait  un  égout  dans  la  rue.  11  y  est  allé 
et  a  jeté  le  cerveau  dans  cet  égout.  Finis  rerum. 

Comment  avait  pu  se  consommer  cette  profanation, 
c'est  ce  qu'il  nous  reste  à  dire. 

Talleyrand,  dans  les  dernières  années  de  sa  vie, 
était  atteint  d'une  paralysie  du  rectum,  qui  néces- 
sitait une  opération  assez  répugnante  ;  celle-ci  était 
pratiquée  par  un  valet  de  chambre,  en  présence  du 
médecin  du  prince,  le  docteur  Bourdois.  Bourdois 
était  alors  très  lié  avec  un  pharmacien  du  nom  de  Mi- 
card,  dont  l'officine  était  située  à  l'entrée  de  la  rue 


et  de  la  circonspection.  —  absence  totale  de  vénération  —  forte  dose 
de  comparaison  et  de  causalité,  —  grande  estime  de  soi,  —  volonté,  — 
etc.,  etc.  Bref,  pas  ombre  d'idéalité,  ni  de  dévouement,  et,  toutefois,  de 
la  bienveillance  et  de  la  philogéniture.  »  Tout  cela  cadre  assez  avec  ce 
que  nous  savons  de  Talleyrand.  —  Il  ne  s'agit  plus  que  de  savoir  si  ces 
mêmes  opérateurs,  ignorant  que  ce  crâne  fût  celui  de  Talleyrand, 
auraient,  à  l'aide  des  mêmes  conclusions,  reconstitué  son  caractère.  » 

*  L'autopsie  de  son  cerveau  démontra  qu'il  avait,  à  quatre-vingt- 
quatre  ans,  cet  organe  aussi  consistant  que  celui  d'un  homme  de  qua- 
rante. 


2l6  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

Duplîot,  du  côté  de  la  rue  Saint- Honoré.  Micard 
était  une  des  gloires  de  la  profession.  Très  adroit, 
très  inventif,  il  avait  imaginé,  sur  les  indications 
du  docteur,  une  cuiller  en  baleine  qui  devait  servir 
au  cathétérisme  rectal  du  malade.  Talleyrand  ré- 
pugnait fort  à  cette  opération.  Au  cours  d'une  dis- 
cussion avec  le  docteur  Bourdois,  celui-ci  avait  dit 
à  Talleyrand:  «  Si  je  meurs  avant  vous  (ce  qui 
arriva),  vous  ne  vivrez  pas  six  semaines  après  moi  ; 
votre  valet  de  chambre  n'aura  pas  assez  d'autorité 
sur  vous  pour  vous  obliger  à  vous  soumettre  à  cette 
opération.  »  La  prédiction  se  réalisa  point  par  point. 

Une  fois  Talleyrand  mort,  Micard  fut  chargé  de 
l'embaumement.  Il  avait  été  convenu,  du  vivant  du 
diplomate,  qu'il  emploierait  la  méthode  égyptienne  : 
cette  méthode  consiste  à  faire  des  incisions  dans 
tous  les  membres,  à  les  remplir  d'aromates  spéciaux 
et  à  les  recoudre  ensuite.  Pour  la  cervelle,  on  la  sort 
du  crâne,  on  la  fait  cuire  dans  un  bain  d'aromates  et 
on  la  remet  à  sa  place. 

Le  corps,  déposé  sur  une  longue  table  dans  l'anti- 
chambre de  la  bibliothèque,  pièce  concédée  pour  l'opé- 
ration de  l'embaumement,  fut  ouvert  sous  la  direc- 
tion du  docteur  Cogny,  médecin  ordinaire  de  M.  de 
Talleyrand.  Les  poumons  furent  trouvés  sains  et 
bien  développés,  le  cœur  volumineux  et  entouré 
d'une  couche  de  graisse.  Sa  densité  était  relativement 
considérable.  L'aorte  et  les  principaux  tissus  arté- 


TALLEYRAND    ET    SES   MÉDECINS  217 

riels  étaient  ossifiés  et  cassants  dans  toute  leur  éten- 
due. Le  foie,  l'estomac,  les  intestins  n'offraient  aucune 
lésion. 

Micard  devait,  nous  l'avons  dit,  procéder  à  l'em- 
baumement du  prince.  Cependant,  Gannal,  prési- 
dent delà  Société  d'embaumement,  formée  pour  l'ap- 
plication du  procédé  dont  il  était  l'inventeur,  s'était 
présenté  à  l'hôtel  pour  offrir  ses  services,  et,  un 
moment,  la  famille  avait  hésité.  Le  docteur  Cru- 
veilhier,  consulté,  déclara  que  le  procédé  Gannal  lui 
semblait  rationnel,  mais  il  laissa  toute  latitude  aux 
parents  pour  fixer  leur  choix.  Les  journaux  du 
temps  attaquèrent  le  professeur  Cruveilhier,  dont  la 
réponse   fut  celle  que  nous  venons  de  dire. 

Micard  avait,  du  reste,  tous  les  droits  à  diriger 
l'opération.  Il  était  un  des  familiers  de  la  maison  de 
Talleyrand  et  M.  deValençay,  Mme  de  Dino,demême 
que  Talleyrand,  l'avaient  en  particulière  estime. 

Un  opuscule  du  temps  '  a  donné  de  curieux  dé- 
tails sur  l'opération  de  l'embaumement  pratiquée  par 
Micard. 

Le  corps  sur  lequel  furent  pratiquées  des  incisions  pro- 
fondes et  rapprochées,  dirigées  par  couclies  musculaires  et 
dans  la  direction  des  flbres,  fut  mis  dans  un  bain,  avec  une 
solution  de  natrum  ou  carbonate  de  soude,  pendant  quelques 
heures.  Retiré,  il  fut  lavé  intérieurement  et  dans  ses  cavités 

*  Mémoire  précité  de  Florent  et  Place,  p.  116  et  suiv. 


2l8  LE    CABINET   SECRET   DE   l'hISTOIRE 

avec  un  alcohol  aromatisé,  et  enfin  plongé  de  nouveau,  pen- 
dant vingt-quatre  heures,  dans  un  nouveau  bain  d'une  infu- 
sion fortement  concentrée  de  tanin. 

Enfin,  chaque  partie  ouverte  fut  enduite,  à  plusieurs  cou- 
ches, d'une  solution  de  deulochlorure  de  mercure,  et  chaque 
cavité  graissée  avec  la  poudre  balsamique  astringente,  com- 
posée à  peu  près  ainsi  qu  il  suit:  baume  de  Tolu,  baume  du 
Pérou,  de  storax,  styrax  calamité,  musc,  ambre  gris,  quin- 
quina, cannelle,  gomme  tacamaque,  etc. 

Chaque  incision  recousue,  le  corps  fut  recouvert  par  une 
couche  de  vernis,  et  une  autre  de  la  poudre,  maintenue  par 
une  première  application  de  bandes  de  mousseline  fine;  le 
tronc  qui  contenait  le  cœur  et  les  entrailles,  préparées  iso- 
lément delà  manière  précédente,  fut  entièrement  rempli  par 
la  poudre  aromatique  et  par  une  étoupe  à  mailles  serrées. 
Le  corps  fut  ensuite  revêtu  de  six  couches  de  bandelettes 
de  diachylum  gommées,  enduites  de  vernis  extérieurement 
et  disposées  avec  habileté,  de  manière  à  laisser  au  corps  sa 
forme  naturelle. 

Dans  la  tête,  une  incision,  partant  de  l'occiput  à  la  nais- 
sance des  cheveux,  au  front,  et  dirigée  latéralement  de  l'oc- 
cipital aux  apophyses  mastoïdes,  permit  la  dissection  du  cuir 
chevelu.  Cette  opération  accomplie  et  les  téguments  ainsi 
que  les  muscles  crophytes  enlevés,  l'empreinte  crânienne  fut 
prise  par  M.  Guy,  naturaliste  de  l'École  de  médecine,  avec 
un  soin  extrême,  afin  qu'elle  restât  une  pièce  authentique 
pour  la  science  physiologique.  L'intérieur  du  crâne  fut  garni 
de  poudre  et  détoupes,  une  ouverture  par  couronne  du  tré- 
pan ayant  facilité  la  sortie  du  cerveau.  La  face  fut  disséquée 
entièrement,  préparée  comme  le  corps  avec  un  soin  minu- 


TALLEYRAND    ET    SES    MÉDECINS  219 

tieux,  de  manière  à  respecter  la  physionomie  qui  fut  remo- 
delée. Après  que  les  téguments  et  les  muscles  eurent  repris 
leurs  places,  les  globes  oculaires  furent  vidés  et  remplacés 
par  des  yeux  en  émail,  fabriqués  d'après  un  portrait  parfai- 
tement ressemblant  et  confié  obligeamment  par  M.  Elle,  pre- 
mier officier  de  chambre  du  prince. 

Micard  avait  mis  la  cervelle  à  part  dans  un  bocal; 
ce  n'est  qu'au  moment  où  il  rangeait  ses  instruments, 
et  ses  flacons  qu'il  s'aperçut  que  le  bocal  n'avait  pas 
été  mis  en  bière.  Sans  en  rien  dire,  il  l'emporta  et 
le  soir  venu,  il  jetait  dans  la  bouche  d'égout,  qui  exis- 
tait entre  la  rue  Richepanse  et  la  rue  Duphot,  le  bocal 
et  son  contenu  ^ 

Dernier  détail:  il  y  a  quelques  années,  le  Musée  de 
la  Ville  de  Paris  s'enrichissait  d'une  curieuse  relique, 
une  des  chaussures  que  portait,  de  son  vivant,  le 
prince  de  Bénévent.  Sorte  de  brodequin  sans  talon, 
à  bout  carré,  cette  chaussure  présente  une  particu- 
larité: elle  est  dotée,  du  côté  droit,  d'un  contrefort 
très  épais  :  c'est  une  chaussure  orthopédique.  Et 
voilà  comment,  grâce  à  un  \'ieux  soulier,  les  foules, 
qui  l'ignoraient  peut-être,  apprendront  que  M.  de 
Talleyrand  était  pied  bot. 

Le  soulier  en  question  porte,  inscrite  sur  la  semelle, 
cette  date  :  1838.  Il  a  été  donné  au  musée  Carnavalet 

«  Interméd.  des  Cherch.  et  Curieux,  1887,  pp.  353  et  439. 


220  LE   CABINET   SECRET   DE    L  HISTOIRE 

par  un  rentier,  M.  Certain,  qui  le  tenait  lui-même  du 
médecin  qui  soigna  le  prince  de  Talleyrand*.  Après 
la  mort  de  ce  dernier,  la  famille  de  Talleyrand  de- 
manda au  médecin  qui  l'avait  soigné  quel  objet  il  dé- 
sirait en  souvenir  du  prince,  et  Thomme  de  science 
demanda  le  brodequin,  qui  figurera  désormais,  dans 
notre  musée  parisien,  à  côté  du  fauteuil  de  Voltaire 
et  de  la  brouette  de  Gouthon. 

Pour  peu  que  cela  continue,  Carnavalet  finira  par 
devenir  r//z/?rmeWe  de  VHisloire^. 


'  Chronique  médicale,  15  juin  1900. 

»  Cf.  Chronique  médicale,  i"  octobre  1904,  p.  637. 


COMMENT    NÉLATON   CONQUIT  LA  CELEBRITE. 
LA  BALLE   DE    GARIBALDI. 


La  réputation  de  Nélaton  avait  franchi  le  seuil 
de  l'école  :  il  faisait  partie  de  l'Académie  de  médecine 
depuis  1856,  et  la  considération  dont  il  jouissait  dans 
le  public  ne  laissait  rien  à  désirer  à  un  homme  déjà 
comblé  des  biens  de  la  fortune  ;  cependant  il  n'avait 
pas  encore  atteint  un  degré  de  notoriété  hors  ligne, 
lorsque  le  hasard,  dont  la  main  se  trouve  au  fond  de 
toutes  les  destinées,  vint  tout  à  coup  mettre  son 
nom  en  relief  et  lui  faire  une  réputation  euro- 
péenne ^ 

L'épisode,  bien  que  connu,  a  été  dénaturé  ;  nous 
allons,  en  nous  appuyant  sur  des  documents  irrécu- 
sables, rétablir  la  vérité  historique,  débarrassée  de 
la  part  de  légende  qui  l'obscurcit. 

Garibaldi  venait  d'être  blessé  au  combat  d'Aspro- 
raonte  par  la  balle  d'un  tirailleur,   d'un  bersagliere. 

♦  Union  médicale,  3  octobre  1874  (Feuilleton  du  docteur  Rochard). 


222  LE    CABINET    SECRET    DE    L  HISTOIRE 

Le  coup  de  feu  avait  atteint  le  général  au-dessus  de 
la  malléole  interne  du  pied  droit,  traversant  de  part 
en  part  le  pantalon  de  drap,  le  cuir  de  la  botte  et  la 
chaussette  de  laine.  Le  projectile  était  venu  de  gau- 
che et  d'en  bas.  Se  sentant  blessé,  Garibaldi  avait 
essayé  de  faire  quelques  pas,  mais  la  douleur,  plus 
forte  que  sa  volonté,  l'avait  immobilisé. 

Le  premier  pansement  fut  fait,  sur  le  champ  de  ba- 
taille même,  par  le  docteur  Albanèse.  Le  chirurgien 
se  contenta  de  faire  à  la  peau  une  incision  de  0  m.  02, 
puis  de  réunir  la  plaie,  sans  pousser  plus  loin  son 
exploration.  Il  avait  ensuite,  à  Taide  de  flocons  de 
charpie,  pansé  la  plaie  produite  par  le  projectile 
et  par-dessus  avait  conseillé  de  pratiquer  des  fomen- 
tations d'eau  froide. 

Le  4  septembre  1862,  à  onze  heures  du  matin, 
avait  lieu  une  première  consultation.  La  blessure  da- 
tait, à  ce  moment,  d'un  peu  moins  de  six  jours.  Le 
docteur  Albanèse,  originaire  de  Sicile,  élève  de  l'école 
de  Florence,  avait,  en  cette  double  qualité,  les  pré- 
rogatives du  médecin  traitant.  Il  avait  assisté,  du 
reste,  Garibaldi  depuis  Aspromonte,  et  paraissait 
posséder  toute  la  confiance  du  général.  Six  médecins 
prêtaient  leur  concours  au  docteur  Albanèse.  Trois 
étaient  spontanément  venus;  deux  avaient  été  en- 
voyés par  le  gouvernement,  et  le  sixième,  le  pro- 
fesseur Zanetti,  avait  été  réclamé  par  le  blessé  lui- 
même.  Le  professeur  Porta,  de  l'Université  de  Pa- 


COMMENT   NÉLATON    CONQUIT    L\    CÉLÉBRITÉ  223 

vie,  avait  demandé  à  se  joindre  à  ses  confrères  ^ 
L'état  général  du  blessé  était  bon,  mais  le  trans. 
port  à  Varignano  avait  été  très  pénible,  et  une  infil- 
tration de  tous  les  tissus  de  la  jambe  laissait  craindre 
de  graves  complications. 

La  balle  était-elle,  ou  non,  enclavée  dans  l'articu- 
lation du  pied,  cela  seul  importait  pour  l'instant. 
D'un  commun  accord  et  à  l'unanimité,  les  médecins 
italiens  déclarèrent  que  la  balle  n'avait  pas  pénétré 
au  sein  de  la  plaie.  Quant  à  la  contusion,  produite 
par  une  balle  morte  au-dessus  du  genou  gauche  du 
général,  il  n'y  avait  pas  lieu  de  s'en  préoccuper. 

Le  2li  octobre  1862,  c'est-à-dire  près  de  deux  mois 
après  l'accident,  le  docteur  Nélaton  recevait  dans  la 
journée  une  lettre,  écrite  au  nom  du  général  Gari- 
baldi  et  signée  par  ses  quatre  médecins  ordinaires, 
réclamant  le  concours  de  ses  lumières  et  sa  présence 
à  la  Spezzia.  Arrivé  à  la  Spezzia  avec  les  docteurs 
Vio  et  Mœstri,  Nélaton  fut  de  suite  introduit  auprès  du 
blessé.  C'était  le  mardi  28  octobre,  par  conséquent  cin- 
quante-neuf jours  après  la  blessure  :  Garibaldi  était 
entouré  de  ses  médecins  ordinaires,  MM.  Albanèse, 
Prandina,  Bazile,  Ripari,  qui  procédèrent,  en  pré- 
sence du  médecin  français,  au  pansement  du  matin. 


'  Cf.  le  rapport  de  Porta,  traduit  de  la  Gazetta  med.  ilal.  lomb.,  par  le 
docteur  Antonin  Martin  et  publié  dans  la  Gaz.  des  hôpitaux,  1863,  p. 
445. 


224  LE    CABINET   SECRET    DE    L  HISTOIRE 

Voici   en  quels  termes  Nélaton  rendit  compte  de 
son  intervention  : 

Je  dois  dire  d'abord  que,  dès  que  le  membre  fut  décou- 
vert, je  fus  très  satisfait  de  sa  bonne  installation.  11  était 
soutenu  dans  un  de  ces  appareils  à  suspension,  diversement 
modifiés  et  améliorés  depuis  quelques  années,  qui  convien- 
nent parfaitement  pour  les  fractures  compliquées  de  la 
jambe  ^ 

Les  diverses  pièces  de  pansement  étant  enlevées,  je  pro- 
cède à  l'examen  du  membre.  L'aspect  général  en  est  satis- 
faisant, la  position  est  bonne,  le  pied  est  à  angle  droit  sur 
la  jambe  et  déjà  assez  fixe  pour  que  le  blessé  puisse  soule- 
ver le  membre  sans  éprouver  la  moindre  douleur.  La  peau  a 
sa  coloration  normale,  excepté  dans  le  voisinage  de  la  bles- 
sure, oîi  elle  présente  une  légère  teinte  rosée.  La  tuméfac- 
tion qui  s'était  élevée  jusqu'au  genou,  est  maintenant  bornée 
au  voisinage  de  la  blessure  ;  elle  s'élève  à  peine  à  trois  tra- 
vers de  doigt  au  dessus  de  l'articulation  tibio-tarsienne, 
et  descend  dans  la  même  étendue  au-dessous  de  cette  arti- 
culation. Du  reste,  cette  tuméfaction  ainsi  limitée  n'est  pas 
très  considérable  :  elle  ne  masque  ni  les  saillies  malléo- 
laires,  ni  les  reliefs  du  tendon  d'Achille.  L'exploration  la 
plus  attentive  de  tout  le  pourtour  de  l'articulation  du  pied 
ne  fait  reconnaître  qu'une  tension  œdémateuse  ;  dans  aucun 
point  on  ne  trouve  la  fluctuation  caractéristique  de  la  pré- 
sence d'une    collection  de  liquide.   La  pression  ne   déve- 

*  C'était  un  Ut  mécanique,  »  envoyé  d'Angleterre  par  la  poste,  en  trois 
jours  et  demi,  pour  la  somme  de  340  francs,  calculée  au  prix  des  lettres» . 
Chronique  médicale,  1"  septembre  1898,  p.  557. 


COMMENT   NELATON   CONQUIT    LA    CÉLÉBRITÉ  225 

loppe  aucune  douleur,  si  ce  n'est  dans  le   voisinage  de  la 
plaie  ;  encore  cette  douleur  est-elle  modérée. 

Quant  à  la  plaie,  elle  est  située  au  niveau  du  bord  anté- 
rieur de  la  malléole  interne.  Klle  est  de  forme  ronde  ;  elle  a 
3  centimètres  de  diamètre.  La  surface  est  recouverte  par 
une  couche  de  bourgeons  charnus  de  bon  aspect,  et  laisse 
apercevoir  à  son  centre  une  petite  dépression,  par  laquelle 
s'écoule  un  pus  de  bonne  nature  et  en  très  petite  quantité. 
En  effet,  quinze  heures  s'étaient  passées  depuis  le  précédent 
pansement  et  la  quantité  de  ce  liquide  déposée  à  la  surface 
des  compresses  et  de  la  charpie  ne  dépassait  certainement 
pas  une  cuillerée  à  café  ^ 

L'examen  terminé,  le  chirurgien  rassurait  le  blessé 
en  ces  termes  : 

«  Général,  je  suis  heureux  de  vous  annoncer  que 
je  ne  crois  pas  Tamputation  nécessaire  et  que  la 
balle  pourra  être  extraite  facilement.  » 

A  quoi  le  général  répliquait  avec  un  calme  de 
stoïque  résignation  :  «  J'aime  encore  mieux  cette  so- 
lution que  l'autre  et  je  vous  en  remercie  beaucoup.  » 

L'impression  de  Nélaton  était  favorable.  Il  était 
d'avis  qu'il  fallait  extraire  la  balle,  mais  après  avoir 
préalablement  élargi,  à  l'aide  d'une  dilatation  gra- 
duelle, le  trajet  de  la  plaie  jusqu'au  corps  résistant, 
par  l'introduction  répétée  de  corps  dilatants.  Quand 
le  trajet  serait  assez  large,  une  simple  pince  suffirait 
à  amener  la  balle  au  dehors. 

*  Gazette  des  hôpitaux,  1865,  p.  163. 

iv-15 


226  LE    CABINET   SECRET    DE    l'hISTOIRE 

La  plaie  était  située  exactement  au  niveau  du  bord 
antérieur  de  la  malléole  interne,  dans  la  dépression 
placée  au-devant  de  la  poulie  de  l'astragale,  sur  le 
col  de  cet  os.  Sa  surface  était  recouverte  d'une  cou- 
che de  bourgeons  charnus,  de  bon  aspect,  et  laissait 
apercevoir  à  son  centre  une  petite  dépression,  par 
laquelle  s'écoulait  en  petite  quantité  un  pus  de  louable 
consistance.  Il  était  évident  que  l'articulation  avait 
été  ouverte,  qu'elle  s'était  enflammée,  et  que  la  balle 
était  non  pas  dans  l'articulation,  mais  dans  son  voi- 
sinage. 

Comment  Nélaton  parvint-il  à  en  affirmer  l'exis- 
tence, c'est  ce  que  le  célèbre  praticien  a  eu  soin  de 
préciser,  dans  le  remarquable  rapport  publié  à  cette 
occasion. 

Je  dus.  dit-il,  explorer  la  plaie  par  l'introduction  d'un  sty- 
let ^  Celui-ci  pénétra  très  facilement,  sans  provoquer  la 
moindre  douleur. 

Le  dirigeant  transversalement  à  2  centimètres  et  demi,  je 
fus  arrêté  par  un  corps  dur,  résistant,  rendant  à  la  percus- 
sion un  bruit  souid,  bien  différent  de  ce  bruit  sec  qui  ré- 
sulte du  contact  avec  le  tissu  compact  et  nécrosé  et  ne  don- 
nant pas  non  plus  lidée  d'un  frottement  sur  la  surface  ru- 
gueuse d'un  tissu  spongieux. 

^  Ce  stylet,  à  olive  de  porcelaine  non  vernie,  de  l'invention  de  Nélaton, 
servit  à  dissiper  le  dernier  doute  des  chirurgiens  italiens,  en  ramenant 
une  trace  noirâtre,  qui  fut  chimiquement  reconnue  pour  du  plomb. 


COMMENT  NÉLATON  CONQUIT  L\  CÉLÉBRITÉ     227 

En  inclinant  légèrement  l'instrument,  Nélaton  pas- 
sait au-dessus  du  premier  obstacle,  pénétrait  à  une 
profondeur  de  5  à  6  centimètres  et  était  arrêté  en  ce 
point  par  une  résistance  osseuse,  à  peu  de  distance 
de  la  malléole  externe.  Le  corps  rencontré  par  le  stylet 
à  2  centimètres  et  demi  de  l'orifice  d'entrée  n'était 
autre  que  le  projectile. 

Les  circonstances  de  la  blessure  confirmaient  au 
reste  cette  hypothèse.  La  direction  du  coup  de  feu,  la 
perforation  de  la  botte  et  du  bas,  dans  lesquels  la 
balle  n'avait  pas  été  retrouvée,  l'issue  de  fragments 
de  cuir  extraits  à  diverses  reprises  de  la  profondeur 
de  la  plaie,  le  gonflement  observé  immédiatement 
après  la  blessure,  dans  un  point  presque  diamétrale- 
ment opposé  à  l'orifice  d'entrée,  enfin  la  forme  cylin- 
dro-conique  de  la  balle,  tout  concourait  à  justifier  les 
prévisions  du  chirurgien. 

Devait-on  extraire  la  balle,  ou  la  laisser  séjourner 
dans  l'articulation  ?  Nous  avons  vu  la  détermination 
à  laquelle  s'était  arrêté  Nélaton.  Grâce  à  de  petits 
cylindres  de  racine  de  gentiane  de  volume  croissant, 
et  plus  tard  d'un  fragment  d'épongé  préparée,  on  de- 
vait obtenir  l'agrandissement  de  la  plaie,  et  dès  lors 
l'extraction  deviendrait  aisée. 

Après  avoir  rédigé  sa  consultation,  Nélaton  con- 
fiait son  illustre  malade  à  ses  médecins  traitants  et 
retournait  en  France.  Il  lui  était  impossible  de  pro- 
longer son  séjour  à  la  Spezzia  jusqu'à  la  date  fixée 


228  LE   CABINET   SECRET   DE    l'hISTOIRE 

pour  une  consultation  où  devaient  se  réunir  dix-sept 
médecins,  parmi  lesquels  on  comptait  les  noms  les 
plus  réputés  du  corps  médical  d'au  delà  les  Alpes. 

Comme  pronostic,  Nélaton  affirmait  la  guérison  du 
général,  mais  estimait  qu'il  persisterait  longtemps 
une  demi-ankylose  de  l'articulation  du  pied. 

On  a  pu  être  frappé,  en  lisant  cette  relation  rétros- 
pective d'un  événement  qui  eut,  en  son  temps,  un 
énorme  retentissement,  de  ce  fait,  que  les  chirurgiens 
qui  soignaient  Garibaldi  se  souciaient  avant  tout  de 
formuler  un  diagnostic,  bien  plutôt  que  d'établir  un 
traitement.  C'est  qu'à  l'époque,  les  pansements  anti- 
septiques n'étaient  pas  encore  rentrés  dans  la  prati- 
que chirurgicale  courante.  Les  médecins  qui  entou- 
raient le  général  se  contentaient  d'user  de  charpie, 
enduite  ou  non  de  cérat.  Seul,  un  homme,  un  savant 
non  officiel,  il  est  vrai,  Raspail,  avait  entrevu  le  bé- 
néfice qu'on  pouvait  tirer  de  l'antisepsie. 

Le  nouveau  système  de  pansement  (au  camphre)  aurait  ci- 
catrisé cette  plaie  en  un  mois,  écrivait-il  en  1866. 

Du  fond  de  notre  retraite,  et  sans  rien  ébruiter  de  notre  sol- 
licitude justement  alarmée,  nous  lui  avions  adressé  dans  le 
temps  une  lettre  sous  le  couvert  de  son  fils.  La  lettre  a  sans 
doute  été  interceptée,  et  la  médecine  italienne  et  les  tortures 
du  héros  ont  continué  leur  cours  pendant  deux  ans  d'inutiles 
soins. 


COMMENT  NÉLATON  CONQUIT  LA  CÉLÉBRITÉ     229 

Garibaldi  eut,  pendant  de  longs  mois  encore,  une 
impotence  fonctionnelle  du  membre  atteint,  mais, 
grâce  à  l'intervention  si  heureuse  de  Nélaton,  il  put 
le  conserver. 

Une  semaine  environ  après  le  départ  du  chirurgien 
français,  le  31  octobre,  avait  lieu  une  nouvelle  consul- 
tation, provoquée  par  les  docteurs  Partridge  et  Pi- 
rogofF,  consultation  à  laquelle  assistaient  les  doc- 
teurs Palasciano  et  Odini*.  Tous  conseillèrent  l'ex- 
pectation,  sauf  dans  le  cas  où  la  quantité  et  la 
qualité  du  pus,  aussi  bien  que  le  détachement  des 
esquilles  ou  la  formation  des  abcès,  imposeraient  la 
nécessité  d'extraire  le  projectile.  Les  chirurgiens 
étrangers  n'étaient  d'avis  ni  de  pratiquer  l'extraction, 
ni  la  dilatation  progressive  proposée  par  iNélaton. 

Celui-ci,  de  retour  à  Paris,  avait  fait  construire  un 
stylet  à  olive  de  porcelaine  non  vernie,  qui  pouvait 
servir  à  enlever,  par  un  frottement  même  très  léger, 
la  moindre  parcelle  du  métal.  Il  l'avait  envoyé  au 
professeur  Zanetti,  qui,  un  mois  après  le  départ  du 
chirurgien  français,  pratiquait,  selon  ses  indications, 
l'extraction  de  la  balle.  Un  télégramme  du  préfet 
de  Pise  annonçait  à  Nélaton  que  ses  prévisions 
s'étaient  réalisées  *. 


•  Cf.  Oazette  médicale  de  Paris,  1862,  p.  691  ;  Revue  de  thérapeutique 
médico-chirurgicale,  1862,  t.  X,  p.  592. 

•  II  en  fut  informé  par  une  dépêche  télégraphique  ainsi  conçue  : 

«  Balle  extraite  de  la  blessure   de   Garibaldi,   d'après  l'assurance   de 


230  LE    CABINET   SECRET   DE    l'hISTOIRE 

Dès  ce  jour,  Nélaton  devenait  le  chirurgien  le  plus 
répandu  et  le  plus  populaire  du  monde  entier  ^ 

votre  diagnostic,  garanti  par  le  résultat  de  votre  stylet.  Honneur  à  vous. 

«  Le  préfet  de  Pise,  Torelli.  » 
Nélaton  reçut  quelques  jours   après  une    lettre  de  remerciements  du 
général  lui-même.  (V.  Gazette  des  hôpitavix,  1862,  p.  584.) 

1  Le  docteur  Bérillon  possède,  dans  son  musée  psychologique,  une  mé- 
daille commémorative  de  l'opération  faite  à  Garibaldi  ;  nous  en  avons 
reproduit  le  fac-similé  dans  la  Chronique  médicale  (1"  juillet  1900,  p.  401). 


LES  ORIGINES  MEDICALES  DU  MARECHAL  DE  MAC-MAHON 


I 


Sait-on  que  le  maréchal'de  Mac-Mahon  compte  dans 
son    ascendance    toute  une  lignée    de   médecins  ?  * 

Avec  la  famille  Brien,  la  famille  Mac-Mahon  était 
une  des  plus  considérables  et  des  plus  considérées 

*  Les  seules  mentions,  relatives  à  notre  sujet,  que  nous  ayons  rencon- 
trées au  cours  de  nos  recherches,  sont  les  suivantes  ;  la  première  se 
trouve  dans  le  Moniteur  du  12  août  1877  : 

«  Plusieurs  journaux  ont,  ces  temps  derniers,  prétendu  que  le  maré- 
chal de  Mac-Mahon  descendait  du  médecin  Patrick  Mac-Mahon,  qui  vécut 
quelque  temps  en  France.  Le  Times  observe  à  ce  sujet  que  ce  n'est  pas 
la  première  fois  que  ce  fait  erroné  est  avancé  dans  la  presse,  mais  que 
le  maréchal  ne  s'est  jamais  occupé  de  le  relever.  Il  est  parfaitement 
établi,  dit  le  journal  anglais,  que  le  maréchal  de  Mac-Mahon  est  de  la 
famille  des  Mac-Mahon  du  sud  de  l'Irlande  et  qu'il  descend  en  ligne 
directe  de  Brien  qui  régna  sur  toute  l'île  d  Irlande.  »  Ce  h  quoi  le  XIX* 
Siècle,  du  13  août  1877,  répliquait  : 

«  Nous  affirmons,  sans  craindre  les  démentis  ni  les  procès,  que  M.  le 
maréchal  de  Mac-Mahon,  le  président  de  la  République,  est  petit-fils  de 
Jean-Baptiste  Mac-Mahon,  docteur  en  médecine  de  l'Université  de 
Reims,  établi  à  Autun  en  1741  et  enrichi  par  son  mariage.  »  On  n'avait 
pas  poussé  plus  loin  les  révélations. 


232  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

de  rirlande^  Jean  Mac-Mahon,  le  cadet  de  la  fa- 
mille, était  né  en  Irlande,  dans  le  comté  de  Lime- 
rick,  en  1710.  D'après  Ghereau^,  que  nous  aurons 
souvent  occasion  de  rectifier,  il  était  le  second  fils  de 
Térence  Mac-Mahon  ^  et  d'une  demoiselle  Springham 
Glarke. 

Il  arriva  à  Paris  vers  1735  ou  1736.  Destiné  d'abord 
à  l'état  ecclésiastique,  il  entra  quelque  temps  dans  la 

'  Dans  un  mémoire  sur  la  noblesse  de  J.-B.  Mac-Mahon,  nous  avons 
relevé  la  filiation  suivante  :  Le  septième  aïeul  s'appelait  Térence  Mac- 
Mahon  et  était  prince  de  Cloindirala.  Le  sixième  fils  puîné  du  précédent 
se  nommait  Donat  Mac-Mahon  et  était  marié  à  une  O'Brien.  Le  fils  de 
Donat  (cinquième  aïeul)  était  un  Térence  Mac-Mahon;  il  eut  un  fils, 
Bernard  (quatrième  aïeul),  marié  également  à  une  O'Brien.  Le  trisaïeul 
de  J.-B.  Mac-Mahon,  Moriart  Mac-Mahon,  fut  dépossédé  de  tous  ses  biens, 
pour  avoir  témoigné  de  son  attachement  au  roi  d'Angleterre,  Char- 
les IL  Son  fils  Maurice  épousa  une  Titz-Gérald  ;  son  petit-fils,  Moriart, 
donna  le  jour  à  Patrice  Mac-Mahon,  père  de  l'un  des  deux  médecins 
dont  nous  écrivons  la  biographie. 

*  Journal  des  connaissances  médicales  pratiques  et  de  pharmacologie, 
15  juillet  1875.  Chereau  a  puisé  la  plupart  de  ses  Tenseignements  à  une 
source  qu'il  n'a  point  citée,  le  Journal  de  médecine  militaire,  t.  VI,  cahier 
d'octobre  1787. 

3  D'après  une  notice  nécrologique,  insérée  dans  le  Journal  de  Paris,  du 
17  janvier  1787,  Jean  Mac-Mahon  serait  né  en  1719  (et  non  1710),  dans  le 
comté  de  Clarke  (et  non  de  Limerickl,  en  Irlande.  Le  docteur  Guyton, 
dans  une  étude  sur  les  Médecins  à  Aulun,  parue  dans  les  Mémoires  de 
la  Société  Eduenne  (nouvelle  série,  t.  II,  p.  144),  l'appelle  Jean-Baptiste 
Mac-Mahon  de  Leadmore  (?),  et  affirme  qu'il  n'était  qu'un  parent  éloigné 
de  Jean-Baptiste  Mac-Mahon,  dont  nous  contons  plus  loin  l'existence 
accidentée.  Selon  le  même  auteur,  ce  Jean-Baptiste  Mac-Mahon  de  Lead- 
more serait  bien  né  dans  le  comté  de  Clare  ou  de  Clarke,  mais  en  1718. 
Il  aurait  été  baptisé  le  8  décembre  de  cette  même  année. 


ORIGINES    MÉDICALES    DU    MARÉCHAL    DE    MAC-MAIION    233 

communauté  des  clercs  irlandais.  11  y  aurait  fait,  à  en 
croire  son  biographe,  de  bonnes  humanités,  bien  que 
son  goût  le  portât  plutôt  vers  les  mathématiques  et 
la  physique.  La  théologie  l'avait  tenté  sans  le  rete- 
nir. Il  s'était  tourné  vers  la  médecine  et  avait  pris 
son  brevet  de  docteur  à  Reims . 

De  là  il  revint  à  Paris  et  obtint  une  place  de  mé- 
decin dans  l'armée  :  on  l'envoya  à  l'hôpital  militaire 
de  Neuf-Brisach,  puis  à  celui  de  Colmar.  Le  3  sep- 
tembre 1750,  il  présentait,  aux  écoles  de  la  rue  de 
la  Bûcherie,  une  thèse  portant  ce  titre  :  An  cu- 
ianeorum  affecluum  communis  sit  causa  ?  Thera- 
pia  ?  Après  la  soutenance  de  la  thèse,  il  fut  déclaré 
dignus  intrare. 

On  perd  quelque  temps  sa  trace  ;  on  le  retrouve, 
plusieurs  années  après,  à  Berlin,  où  il  occupe  un  poste 
de  confiance  auprès  de  lord  Tirconel,  ambassadeur 
d'Angleterre  en  Prusse.  A  cette  époque,  il  parait 
s'être  lié  avec  Voltaire  et  Frédéric.  Nous  n'avons 
trouvé  qu'une  trace  fugitive  de  ses  relations  avec 
l'auteur  de  Candide.  Dans  une  lettre  que  le  prince 
des  railleurs  adresse  à  Colini,  de  Plombières,  le 
12  juillet  175/i,  nous  relevons  cette  simple  phrase,  se 
rapportant  à  notre  personnage:  «  M.  Mac-Mahon, 
médecin  de  Colmar,  m'a  apporté  voire  pa- 
quet » 

De  retour  en  France,  le  docteur  Mac-Mahon  est 
nommé  médecin  de  l'Ecole  militaire.  Cette  école,  fon- 


234  LE    CABINET    SECRET    DE    L'hISTOIRE 

dée  en  1751,  était  destinée  à  recevoir  des  élèves  de 
huit  à  treize  ans,  des  orphelins  d'officiers  morts  des 
suites  de  la  guerre  ou  décédés  au  service,  de  mort  na- 
turelle, ou  bien  retirés  avec  pension,  pourvu  qu'ils 
eussent  quatre  générations  mâles  de  noblesse.  Le 
docteur  Mac-Mahon  resta  médecin  de  FEcole  pendant 
seize  ans,  sans  interruption  ^  Une  seule  fois  il  offrit 
sa  démission,  mais,  par  ordre  du  ministre,  il  dut  réin- 
tégrer ses  fonctions  ^. 

Entre  temps,  le  docteur  Jean  Mac-Mahon  s'était 
marié  avec  une  Américaine,  nommée  Springham 
Clarke,  laquelle  mourut  encouches.  L'enfant  né  de  cette 
union  entra,  en  1785,  dans  la  compagnie  des  cadets 
gentilshommes,  pensionnaires  à  TEcole  royale  mili- 
taire. Il  devint  plus  tard  docteur  et  bibliothécaire  de 
la  Faculté  de  Médecine  de  Paris  ;  il  portait  le  prénom 
de  Patrice.  Sa  thèse,  qui  n'offre  du  reste  aucun  inté- 
rêt, était  une  Dissertation  sur  la  fièvre  ataxique 
contagieuse. 

Patrice  Mac-Mahon  mourut,  en  1833,  à  Paris ^. 

*  Le  prédécesseur  de  Mac-Mahon  à  l'Ecole  militaire  avait  été  le  doc- 
teur Murry,  docteur-régent  de  la  Faculté  de  médecine  de  Paris.  Murry, 
qui  avait  pris  Mac-Mahon  en  affection,  avait  démissionné  de  ses  fonc- 
tions en  faveur  de  son  protégé  et  obtenu  pour  lui  la  surveillance  de  sa 
charge. 

*  Le  comte  de  Vaublanc,  ministre  de  l'Intérieur  sous  Louis  XVIIl, 
raconte,  dans  ses  Souoenzrs,  qu'étant  élève  à  l'Ecole  militaire,  il  avait 
connu  le  docteur  J.  Mac-Mahon,  et  il  prétend  que  celui-ci  avait  songé  à 
démissionner,  parce  que  les  élèves  avaient  une  nourriture  détestable. 

^  Mme  veuve  Le  Délion,  propriétaire  à  Lannion  (Côtes-du-Nord),  nous 


ORIGINES   MÉDICALES    DU    MARÉCHAL    DE    MAC-MAHON    235 
II 

Le  docteur  Jean  Mac-Mahon  fut  un  praticien  de 

a  fait  connaître  l'entrefilet  suivant,   relevé  dans  le  Gaulois  du  29  juillet 
1875.  Il  y  est  question  de  Patrice  Mac-Mahon. 

«  Le  conservateur  du  cimetière  Montparnasse,  M.  Mornigue,  qui  est  du 
reste  un  protégé  de  M.  Jules  Ferry,  vient  de  commettre  un  petit  abus  de 
pouvoir  à  la  suite  duquel  il  pourrait  bien  lui  arriver  des  désagréments.  Il 
y  avait  dans  l'ancien  cimetière  une  tombe  complètement  recouverte  de 
terre  et  aux  coins  de  laquelle  s'élevaient  quatre  grands  cyprès.  Un  beau 
jour,  M.  Mornigue,  à  qui  ces  arbres  déplaisaient  sans  doute,  les  fît  couper 
de  sa  propre  autorité.  A  la  suite  de  cette  opération,  la  tombe  fut  déblayée 
et  on  mit  à  nu  la  pierre,  sur  laquelle  se  trouvait  cette  inscription  que 
nous  avons  copiée  textuellement  : 

Sépulture.  —  Concession  à  perpétuité  au  cimetière  du  Sud. 
2«  division,  1"  section. 

ici  repose 
Mac-Mahon  (Patrice) 

Docteur-médecin  et  bibliothécaire  de  la  Faculté  de  médecine  de  Paris. 

Né  à    Monaghan,  en  Irlande,  le  25  septembre  1772,  décédé  le  23  décem- 
bre 1S33. 

La  belle  vie  de  cet  ami  sincèrement  dévoué  fut  consacrée  à  l'étude,  à  la 
piété  et  à  la  bienfaisance. 

Et  jusqu'à  son  dernier  soupir  il  fit  des  vœux  pour  l'indépendance  et  la 
prospérité  de  l'Irlande. 

De  profundis  ! 

«  Nous  ignorons  si  ce  Patrice  Mac-Mahon  est  de  la  même  famille  que 
le  maréchal,  duc  de  Magenta.  Ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  que  la  simili- 
tude des  noms  a  éveillé  l'attention  des  ouvriers  du  cimetière  et  les  a  ame- 
nés à  raconter  la  mesure  peu  conservatrice,  prise  par  M.  Mornigue,  au 
sujet  de  la  tombe  du  médecin  irlandais.  » 


236  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

quelque  mérite  *.  Lors  de  la  discussion  sur  l'oppor- 
tunité de  l'inoculation  variolique,  les  professeurs 
même  de  la  Faculté  n'avaient  pas  dédaigné  ses  sages 
avis. 

C'était  un  esprit  fort  de  son  temps  ;  son  nom  figure 
dans  le  Dictionnaire  des  Athées^.  Dans  la  société 
des  Encyclopédistes  il  dut  connaître  Franklin,  qui  se 
l'attacha  comme  médecin  et  qui,  en  signe  de  grati- 

*  Voici  ce  que  nous  lisons  à  son  sujet  dans  la  Chronique  secrète  de 
Paris  sous  Louis  XVI,  à  la  date  du  mercredi  29  juin  : 

«  Le  médecin  de  l'Ecole  militaire,  nommé  Mac-Mahon,  s'est  gendarmé 
contre  le  médecin  Richard  et  le  chirurgien  Jauberthou,  qui  se  sont  fait 
nommer  inoculateurs  du  roi  et  des  princes,  comme  ayant  été  chargés, 
sous  le  Choiseul,  de  l'inoculation  des  élèves  de  l'École  militaire.  Le  fait 
est  que  Gatti  fit  cette  inoculation  sous  le  Choiseul,  mais  qu'il  en  laissa 
tous  les  honneurs  au  médecin  Mac-Mahon  ;  car  le  drôle  n'en  voulait  qu'à 
l'argent  dont  il  est  allé  jouir  dans  son  pays  quand  M.  de  Choiseul  a  été 
relégué  à  Chanteloup,  bien  différent  de  l'abbé  Barthélémy,  son  autre 
confident,  qui  lui  tient  encore  plus  fidèle  compagnie  qu'auparavant. 

«  Gatti,  donc,  laissa  toute  la  morgue  au  médecin  Mac-Mahon,  qui  a 
tenu  registre  de  toutes  ses  opérations.  11  est  prouvé  par  ce  registre  que 
Richard  est  venu  quelquefois,  comme  dix  ou  douze  médecins  de  Paris 
savoir  des  nouvelles  de  cette  inoculation  et  qu'il  a  signé  le  registre  de 
Mac-Mahon,  comme  tous  autres,  mais  moins  souvent  qu'aucun  d'eux. 

«  Quant  à  Jauberthou,  il  a  inoculé  deux  élèves  avec  la  permission  du 
chirurgien  de  l'Ecole. 

«  Mme  Louise,  qui  va  toujours  se  mêlant,  a  déterré  ce  M  ac-Mahon 
et  l'a  fait  venir  conter  l'histoire,  après  laquelle  elle  s'est  écriée  ,  •  Adé- 
laïde a  donc  été  trompée.  »  Grande  merveille  qu'on  trompe  les  vieilles 
tantes  reléguées  par  leur  petite  vérole  au  château  de  Choisy,  ou  par  les 
intrigues  dans  un  couvent  de  Carmélites  !  » 

-  Second  supplément  du  Dictionnaire  des  Athées,  de  Sylvain  Maréchal, 
revu  par  Lalande. 


ORIGINES   MÉDICALES    DU    MARÉCHAL    DE   MAC-MAHON    287 

tude,  lui  fit  don  d'une  tabatière  d'or,  enrichie  de  son 
portrait.  Le  7  septembre  1786,  Jean  Mac-Mahon 
s'éteignait*  dans  l'hôtel  de  l'Ecole  militaire,  rue  de 
Grenelle-Saint-Germain,  vis-à-vis  la  fontaine  allégo- 
rique représentant  la  Seine  et  la  Marne,  œuvre  du 
sculpteur  Bouchardon.  Il  succomba  sans  bruit,  comme 
il  avait  vécu  ^. 

Par  contre,  son  frère  aîné^,  Jean-Baptiste  Mac- 
Mahon,  le  grand-père  du  maréchal,  fit  quelque  ta- 
page dans  le  monde. 

Né  à  Limerick^,  le  23  juin  1715,  de  Patrice  Mac- 
Mahon  et  de  Marguerite  O'Sullivan,  il  avait  été, 
jusqu'à  l'âge  de  seize  ans,  élevé  en  Irlande,  au  sein 
de  sa  famille.  Ses  parents  l'envoyèrent  à  Paris  com- 
pléter son  instruction,  au  collège  de  La  Marche.  Ils  lui 

*  Il  souffrit  d'une  maladie  d'entrailles  pendant  deux  ans.  Il  s'alita  le 
21  août  et  mourut  le  7  septembre  suivant. 

*  Il  avait  souhaité  que  sa  place  fût  donnée,  après  sa  mort,  à  un  méde- 
cin qu'il  avait  pris  soin  de  désigner.  Mais  le  roi  avait,  dès  le  mois 
d'avril  1784,  donné  sa  parole  à  M.  Kenens,  médecin  de  l'hôpital  militaire 
de  Nancy  et  du  feu  roi  de  Pologne  (Journal  de  Paris  et  Journal  de 
médecine  militaire,  loc.  cit.). 

3  Le  véritable  fière  de  Jean-Baptiste  Mac-Mahon,  dont  il  va  être  ques- 
tion, s'appelait  Maurice  Mac-Mahon.  Il  devint  chevalier  non  profès  de 
l'ordre  de  Malte,  capitaine  au  régiment  de  Fitz-James-cavalerie,  seigneur 
de  Magnien,  le  Puisetet  Lauronne  (V.  La  Noblesse  aux  Elats  de  Bour- 
gogne, par  II.  Beau.ne  etd'ÀRBAUMONT,  DijoD,  1864,  article  Mac-Mahon, 
et  Revue  nobiliaire,  1867,  p.  17-18).  Il  fut  reçu  aux  Elats  de  Bourgogne 
de  1760. 

■•  11  fut  baptisé,  le  23  juin  1715,  en  l'église  Saint-Jean-BaplistedeLimerick 
{Archives  du  château  de  Sully  :  extrait  de  baptême,  daté  du  28  mars  1748). 


238  LE    CABINET    SECRET   DE    l'hISTOIRE 

servaient  une  pension  annuelle  de  800  livres,  qui 
lui  était  payée  par  des  banquiers  de  la  capitale.  Il 
avait  embrassé  la  carrière  médicale,  se  proposant 
d'aller  exercer  sa  profession  dans  sa  patrie  d'origine  S 
où  la  médecine  était  particulièrement  honorée.  Il 
citait  avec  orgueil  le  duc  de  Richemond,  à  qui  le 
collège  des  médecins  de  Londres  avait  accordé, 
honoris  causa,  le  diplôme  de  docteur  ;  le  duc  de 
Montaigu,  le  duc  de  Somerset,  qui  était  chancelier 
de  l'Université  de  Cambridge,  dont  le  duc  de  Man- 
chester était  le  Grand-Maître.  D'aussi  glorieux 
exemples  étaient  bien  faits  pour  vaincre  ses  hésita- 
tions ;  le  !i  août  1739  ou  17/i0,  il  recevait  le  bonnet 
carré  à  l'Ecole  de  Reims. 

Une  maladie  de  langueur,  dont  il  fut  atteint  peu  de 
temps  après,  l'obligea  à  prendre  du  repos.  Il  accepta 
l'hospitalité  d'un  brave  curé  de  campagne,  Irlandais 
de  naissance,  et  qui  avait  été  son  régent  au  collège 
de  La  Marche. 

Au  mois  de  juillet  17/i2^,  il  se  faisait  agréger  au 
collège  des  médecins  d'Autun.  Comme  il  ne  dispo- 
sait que  de  faibles  ressources,  il  prit  pension  chez  le 


'  Son  mauvais  état  de  santé  ne  lui  permit  pas  de  réaliser  son  projet, 
D'ailleurs,  il  n'aurait  pu  exercer  à  Londres,  n'ayant  pris  aucun  de  ses 
degrés  dans  une  Université  de  la  Grande-Bretagne. 

-Le  26  juillet  1742,  il  fut,  sur  la  présentation  d'Antoine  Guyton,  mé- 
decin du  roi,  reçu  au  nombre  des  médecins  de  la  ville.  {Registre  des 
délibérations  de  la  ville  d'Autun,  vol.  LXIL) 


ORIGINES   MÉDICALES   DU    MARÉCHAL   DE    MAC-MAHON    289 

fils  d'un  savetier,  ecclésiastique  d'Autun,  chapelain 
à  la  cathédrale.  Sa  position  était  si  précaire  qu'il 
songea  un  moment  à  acheter  une  boutique  d'apothi- 
caire à  Mont-Cenis,  petit  village  de  Bourgogne.  Il  y 
renonça  faute  des  200  livres  nécessaires  pour  l'acqui- 
sition du  fonds.  A  peine  avait-il  pupayer  les  60  livres 
exigées  «  pour  le  droit  de  confrairie,  tant  des  méde- 
cins que  des  chirurgiens  et  des  apothicaires  ». 

A  cette  époque,  il  ne  fait  encore  suivre  son  nom 
d'aucun  titre  ni  particule,  et  il  est  présenté  à  l'hôtel 
de  ville  d'Autun  sous  le  nom  de  Jean-Baptiste 
Mac-Mahon,  tout  court. 

Après  avoir  végété  quelque  temps*,  on  le  voit  sortir 
tout  à  coup  de  l'obscurité.  Quelques  cures  inespérées, 
peut-être  le  défaut  de  concurrents  sérieux^  avec  cela 
des  qualités  physiques  très  appréciées,  surtout  par  sa 
clientèle  féminine,  venaient  de  mettre  en  relief  le 
jeune  docteur.  La  haute  société'^,  qui  lui  avait  boudé 

^  En  mai  1743,  l'autorité  municipale  l'avait  nommé  médecin  de  l'hôpital 
Saint-Gabriel,  mais  il  ne  remplit  ses  fonctions  que  pendant  très  peu  de 
temps  {Registre  des  délibérations,  vol.  LXIII). 

-  Il  entretenait  surtout  d'excellentes  relations  avec  le  clergé  de  la 
ville,  ainsi  qu'en  témoigne  le  certificat  élogieux  qui  lui  fut  remis  par  le 
chapitre  de  la  cathédrale  d'Autun.  (Cf.  Histoire  de  l'i'glise,  ville  et  diocèse 
d'Autun,  sous  le  gouvernement  de  ses  évêques,  ouvrage  manuscrit  en 
deux  volumes,  par  Degoux,  chanoine  de  la  cathédrale  d'Autun.  Ce  manus- 
crit, qui  se  trouvait,  en  1873,  en  la  possession  de  M.  le  marquis  de 
Ganay,  a  été  mis  à  profit  par  le  docteur  L.  M.  Guyton,  pour  son  étude 
sur  les  Médecins  et  la  Médecine  à  Autun,  parue  dans  les  Mémoires  de  la 
Société  Eduenne,  nouvelle  série,  t.  II,  1873,  p.  107-108.) 


24o  LE    CABINET    SECRET    DE    L  HISTOIRE 

jusque-là,  lui  ouvre  ses  portes.  Grâce  à  ses  relations, 
il  est  nommé  médecin  de  l'abbaye  de  Saint-Andoche 
d'Autun,  dont  la  dame  de  Tavannes  était  abbesse. 
C'était  un  premier  pas  dans  la  voie  du  succès,  mais  son 
ambition  visait  plus  haut. 


III 


Dans  Autun,  vivaient  à  l'époque  trois  frères,  trois 
vieillards,  possesseurs  de  biens  immenses  ;  on  les 
désignait  dans  le  pays  sous  le  nom  des  Riches  de 
Bourgogne.  Outre  des  rentes  considérables,  les  trois 
frères  Morey  possédaient  un  magnifique  hôtel  situé 
dans  la  ville  et  qu'on  appelait  la  Maison  de  Bretagne  ; 
le  château  de  Sully,  ancienne  demeure  des  Tavannes; 
le  marquisat  de  Vianges;  des  terres  en  Nivernais  ; 
sans  compter  un  mobilier  luxueux,  une  argenterie 
soignée,  tout  le  confortable,  en  un  mot,  d'une  maison 
de  grand  train  au  siècle  dernier.  Le  docteur  Jean- 
Baptiste  Mac-Mahon  n'ignorait  aucun  de  ces  détails 
et  ne  nourrissait  qu'un  secret  désir  :  être  appelé  au- 
près des  frères  de  Morey. 

Des  trois  frères,  l'aîné,  Jean-Baptiste-Lazare  de 
Morey,  gouverneur  du  Vézelai,  âgé  de  plus  de  soixante- 
quinze  ans,  était  marié  à  une  jeune  femme,  qui 
ne  conservait  plus  guère  l'espoir  de  voir  son  union 
féconde. 


ORIGINES   MÉDICALES    DU    MARÉCHAL    DE    MAC-MAHON    24 1 

Le  frère  puîné,  Claude  de  Morey,  marquis  de 
Vianges,  était  veuf  et  sans  autre  enfant  qu'une  fille, 
religieuse  à  Avallon. 

Le  troisième  frère,  Jacques,  était  doyen  de  la  ca- 
thédrale d'Autun  et,  par  suite,  condamné  à  un  célibat 
forcé. 

Un  quatrième  frère  était  mort  quelques  années  au- 
paravant, pourvu  de  l'abbaye  de  Bussière,  une  des 
plus  importantes  de  la  province. 

Le  gouverneur  du  Vézelai  étant  tombé  malade 
en  17/i6,  on  fit  appeler  le  docteur  Mac-Mahon.  Ses 
manières  séduisantes,  sa  belle  prestance,  captivèrent 
les  bonnes  grâces  du  vieillard  :  en  peu  de  temps,  le 
médecin  devint  l'hôte  assidu  de  la  maison  et  soigna 
successivement  les  trois  frères.  A  dater  de  ce  jour, 
les  meilleures  familles  d'Autun  et  des  environs  se  le 
disputèrent  à  Tenvi,  et  sa  réputation  ne  fit  que 
grandir. 

Le  gouverneur  du  Vézelai,  Lazare  de  Morey, 
Tainé  de  la  famille,  meurt  sur  ces  entrefaites.  Huit 
jours  à  peine  après  la  mort  du  gouverneur,  la  jeune 
veuve  se  rend  chez  le  notaire,  pour  faire  verser  entre 
ses  mains  une  somme  de  90.000  livres  et  pour  obte- 
nir de  ses  beaux-frères  le  consentement  à  une  nou- 
velle union.  Une  clause  de  son  contrat  de  mariage 
portait  qu'au  cas  où  elle  se  remarierait,  le  rachat  de 
son  douaire  ne  dépasserait  pas  30.000  livres.  Les 
deux  beaux-frères  consentaient  à  lui  en  verser  50.000, 

iv-16 


2^2  LE    CABINET   SECRET    DE    l'hISTOIRE 

tout  en  lui  laissant  la  liberté  de  convoler  en  secondes 
noces  à  son  choix. 

Deux  mois  ne  s'étaient  pas  écoulés  depuis  la  mort 
du  vieux  gouverneur,  que  le  docteur  Mac-Mahon 
était  logé  dans  la  maison  des  beaux-frères,  admis  à 
leur  table,  s'efforçant  de  son  mieux,  dit  la  chro- 
nique, de  consoler  la  veuve  éplorée.  Une  grossesse 
opportune  hâta  une  solution  qu'il  poursuivait  de  ses 
vœux.  Le  9  avril  1750,  le  docteur  Jean-Baptiste  Mac- 
Mahon  épousait  Charlotte  Le  Belin  d'Eguilly,  veuve 
de  Lazare  de  Morey,  gouverneur  du  Vézolai.  Le  con- 
trat fut  passé  par-devant  un  notaire  de  campagne,  et 
l'union  célébrée  sans  apparat  dans  la  paroisse  de 
Sully.  Les  deux  beaux-frères  ne  signèrent  ni  au  con- 
trat, ni  à  l'acte  de  célébration.  Sur  la  pièce  figuraient 
seules,  avec  la  signature  des  conjoints,  celles  d'un 
praticien  (s/c)  et  d'un  laboureur  de  village.  Le  nom 
de  J.-B.  Mac-Mahon  n'était  pas  accompagné  de  sa 
qualité  de  médecin,  mais  du  titre  de  chevalier.  Les 
époux  se  mariaient  sous  le  régime  de  la  communauté, 
«  en  tous  biens,  meubles  et  acquêts  ».  Le  mari  se 
constituait  en  dot  une  somme  de  50.000  livres;  la 
dame  en  apportait  210.000,  «  toutes  dettes  déduites  ». 
Le  sieur  Mac-Mahon  se  rendait  lui-même  donataire, 
par  moitié  ou  éventuellement,  pour  le  total  de  tout  ce 
qui  pouvait  être  donné  ou  légué  par  la  suite  à  sa 
femme.  Ces  détails  ne  sont  pas  inutiles  pour  l'intelli- 
gence de  ce  qui  va  suivre. 


ORIGINES   MÉDICALES    DU   MARÉCHAL    DE    MAC-MAHON    24-3 

Par  son  mariage,  le  docteur  Mac-Mahon  était  entré 
dans  la  plus  riche  famille  du  pays  et  des  alentours. 
On  va  voir  par  quelles  manœuvres  il  réussit  à  drai- 
ner à  son  profit  la  plus  grosse  fortune  mobilière  et 
immobilière  de  la  Bourgogne.  Les  faits  que  nous 
mettons  au  jour  sont  indéniables;  ils  ont  donné  lieu 
à  un  des  procès  les  plus  retentissants  de  Tavant- 
dernier  siècle,  procès  qui  n'a  pas  occupé  moins  de 
quatorze  audiences,  et  dont  la  solution  nous  intéresse 
surtout,  parce  que  le  principal  «  mis  en  cause  »  est  un 
médecin,  et  que  l'incapacité  légale  du  médecin,  en 
matière  successorale,  a  donné  lieu,  en  l'espèce,  à  un 
débat  des  plus  complets  K 

*  Le  mémoire  où  nous  avons  puisé  nos  renseignements  porte  ce  titre 
qui  a  son  parfum  d'archaïsme  :  «  Mémoire  pour  dame  Reine  Cortelet, 
veuve  de  messire  Hugues  de  Maizières,  clievalier  seigneur  de  Vaivres 
et  Vanteaux,  et  dame  Anne  Cortelet,  veuve  de  Messire  Charles  Richard , 
conseiller  au  Parlement  de  Bourgogne,  nièces  et  héritières  de  feu  mes  - 
sire  Claude  de  Morey,  marquis  de  Vianges,  franc  seigneur  de  Chaunay , 
Perigny-la-Bondue,  Cuzy,  Viévy,  Ledessend,  Thoreilles,  Morey,  Auxe- 
raines,  etc. 

t.  Contre  le  sieur  J. -Baptiste  Mac-Mahon,  Irlandais,  docteur  en  méde- 
cine de  l'Université  de  Reims,  et  médecin  agrégé  au  collège  des  médecins 
de  la  ville  d'Autun,  se  disant  chevalier,  comte  et  marquis  d'Eguilly,  mar- 
quis de  Mac-Mahon,  seigneur  du  marquisat  de  Vianges,  baron  de  Vou- 
venay,  seigneur  de  Sully,  Sivry,  Blangey,  Chanvirey,  Reuhon,  Chape, 
Sanceray  en  partie,  Barnay,  Igornay,  Mansigny,  Champeculion,  Petit- 
Molais,  Repas-des-Bas,  Canadia,  Dudeffend,  Thoreilles,  Morey,  Auxe- 
raines,  Lacave,  Latour  d'Uchey,  Poney  en  Bourgogne,  et  encore  seigneur 
des  terres  de  Luzy.Lavaux,  Montigny,  Champoux  en  Nivernais,  et  encore 
prétendant  en  vertu  du  testament  du  feu  sieur  marquis  de  Vianges,  les 


244  LE   CABINET   SECRET   DE    l'hISTOIRE 

Les  termes  de  l'accusation  sont  des  plus  formels  : 
ils  sont  ainsi  précisés  dans  le  mémoire  publié  parles 
demanderesses,  les  dames  de  Maizières  et  Richard, 
nièces  et  héritières  naturelles  des  frères  de  Morey  ; 
nous  n'en  reproduisons  que  le  passage  le  plus  sail- 
lant : 

Un  marquisat  considérable,  sept  paroisses,  plus  de  vingt- 
cinq  terres  et  seigneuries,  3.000  arpents  de  bois,  un  superbe 
château,  un  mobilier  immense,  en  un  mot  la  plus  grande 
fortune  de  la  province  de  Bourgogne,  sont  devenus  la  proie 
d'un  de  ces  hommes  isolés  dans  leur  propre  nation,  incon- 
nus dans  une  autre,  expatriés  par  l'indigence,  portant  avec 
eux  les  ressources  de  leur  obscurité  première,  le  senti- 
ment de  leurs  besoins  pressants  et  l'ardent  désir  de  les 
vaincre.  Deux  vieillards  nonagénaires,  d'autant  plus  atta- 
chés à  la  vie  qu'ils  avaient  moins  à  en  jouir,  ont  courbé  leur 
tête  sous  le  joug  d'un  étranger  avide,  qui  leur  paraissait 
seul  tenir  le  fil  de  leurs  jours  entre  ses  mains;  ils  l'ont  vu, 

terres  et  seigneuries  de  Charnay,  Labondue,  Saint-Agnan,  Perigny-la- 
Ville,  Perigny-Latour,  la  terre  de  Monlgéliard,  le  domaine  du  Monthelye 
et  autres  terres,  cens,  maisons,  vignes  et  héritages  de  la  succession  du 
marquis  de  Vianges  et  l'universalité  de  la  dite  succession. 

«  Et  contre  dame  Charlotte  Le  Belin,  épouse  dudit  sieur  Mac-Mahon, 
et  veuve  en  premières  noces  de  feu  messire  Jean-Baptiste  Lazare  de 
Morey,  gouverneur  des  ville  et  château  de  Vézelai.  » 

Ce  mémoire  ne  compte  pas  moins  de  cent  dix-neuf  pages  in-4'.  Sa  publi- 
cation futsuiviede  celle  dedeuxpréciset  mémoires  pour  les  sieurel  dame 
Mac-Mahon,  comprenant  l'un  vingt-six  et  l'autre  soixante-sept  pages. 
Grâce  à  ces  documents,  nous  avons  eu  sous  les  yeux  tous  les  éléments 
d'une  cause  attachante  à  bien  des  titres. 


ORIGINES   MÉDICALES    DU    MARÉCHAL    DE    MAC-MAHON    245 

sans  oser  s'en  plaindre,  souiller  les  cendres  de  leur  frère  par 
un  commerce  criminel  avec  sa  veuve;  ils  ont  soulïert  qu'il 
entraînât  cette  femme  abusée  à  un  mariage  devenu  néces- 
saire ;  ils  lui  ont  sacrifié  les  droits  du  sang  et  les  justes 
espérances  de  deux  nièces  qu'ils  ont  bannies  de  leur  cœur. 
Ils  lui  ont  abandonné  leurs  biens,  leurs  personnes,  leurs 
volontés,  leur  être  tout  entier  ;  et  l'héritage  d'une  famille 
distinguée,  objet  de  plus  de  deux  millions,  est  devenu  sa 
dépouille. 

Comment  s'était  opérée  cette  captation  ?  C'est  ce 
que  la  suite  du  mémoire  nous  révèle  sans  détours. 

En  17/i9,  l'année  qui  précéda  le  mariage,  le  sieur 
Mac-Mahon  avait  obtenu  ses  lettres  de  «  naturalité  ». 
L'année  suivante,  le  3  janvier  1750,  ses  titres  de 
noblesse^  étaient  vérifiés  et  reconnus  par  un  arrêt  du 

*  Jean-Baptiste  Mac-Mahon  obtint,  en  1750,  un  arrêt  du  Conseil  qui  le 
maintenait  dans  sa  noblesse  d'extraction,  au  vu  d'une  carte  généalogique 
délivrée  à  son  oncle,  Maurice  Mac-Mahon,  chevalier  de  l'ordre  du 
Christ,  major  de  cavalerie  de  la  garde  du  roi  du  Portugal,  par  Jean 
Hafkins.  roi  d'armes  à  Dublin.  Cette  carte  constatait  que  le  septième 
aïeul  de  Maurice,  Térence  Mac-Mahon,  prince  de  Gloindirala,  avait  été 
inhumé  au  monastère  d'Hashelin,  où  l'on  voyait  encore  son  superbe  tom- 
beau; que  Bernard,  son  sixième  aïeul,  avait  eu  ses  biens  confisqués 
sous  Elisabeth  et  que  ses  ancêtres  avaient  pris  leurs  alliance  ^  dans  les 
meilleures  familles  d'Irlande.  Il  résulte,  en  outre,  du  même  arrêt  de  1750, 
que  le  nom  de  Mac-Mahon,  dans  des  branches  différentes,  était  connu 
en  France  depuis  les  malheurs  de  Jacques  II,  et  n'avait  plus  dès  lors 
cessé  de  figurer  dans  nos  armées.  (La  Noblesse  aux  Etats  de  Bourgogne, 
loc.  cit.). 

Les  armes  des  Mac-Mahon  sont,  d'après  la  Revue  nobiliaire  (1867)  : 
D'argent  à  trois  lions  léopardés  de  gueules,  armés  et  lampassés  d'azur. 


2/J6  LE   CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

Conseil,  et  des  lettres-patentes  royales  étaient  enre- 
gistrées selon  l'usage*. 

Au  titre  de  docteur  étaient  désormais  substitués  les 
qualificatifs  plus  sonores  de  chevalier,  baron,  comte 
et  marquis.  En  fait,  il  avait  cessé  l'exercice  de  la 
profession  dès  17A8,  bien  qu'il  eût,  cette  année  même, 
délivré  un  certificat  de  maladie  au  marquis  de 
Vianges,  pour  le  dispenser  d'un  voyage  d'affaires.  Ce 
point  est  important,  tout  le  procès  roulant  sur  l'inca- 
pacité légale  du  médecin  à  hériter  d'un  de  ses  clients. 
La  difficulté  avait  été  très  habilement  tournée  par 
l'heureux  époux  de  la  veuve  du  gouverneur  de  Morey. 
Tous  les  biens  qui  devaient  successivement  lui  échoir 
provenaient  de  donations  ou  de  legs  faits  à  sa  femme, 
et,  comme  le  contrat  de  mariage  stipulait  que  le  doc- 
teur était  bénéficiaire  par  moitié  de  toutes  les  sommes 
et  biens  éventuels,  il  participait  de  ce  fait  aux  libé- 
ralités dont  son  épouse  était  gratifiée.  Sans  doute,  à 
la  date  du  mariage,  le  docteur  Mac-Mahon  a  cessé 
d'être  le  médecin  de  la  famille  de  Morey  ;  il  fera 
valoir  qu'il  n'a  plus  signé,  depuis  ce  jour,  une  seule 

la  tête  contournée,  posés  l'un  sur  l'autre.  On  les  blasonne  quelquefois 
armés,  langues  et  vilenés  d'azur. 

*  Il  était  maintenu  en  sa  noblesse  par  lettres  patentes  datées  de  Ver- 
sailles, le  23  juillet  1750,  et  enregistrées  à  la  Chambre  des  Comptes  de 
Bourgogne  et  Bresse,  le  10  juillet  1753.  (D'après  une  lettre  inédite  com- 
muniquée par  Mme  Veuve  Le  Délion,  de  Lannion,  à  qui  nous  devons 
nombre  de  documents  intéressants,  qui  nous  ont  permis  d'établir  exac- 
tement la  généalogie  des  Mac-Mabon.) 


ORIGINES    MÉDICALES    DU    MARÉCHAL    DE    MAC-MAHON    2^7 

ordonnance  ;  que  le  soin  de  la  santé  de  ses  nouveaux 
parents  a  été  confié  à  un  de  ses  confrères,  Guyton, 
médecin  à  Autun. 

Au  surplus,  de  1748  à  1761,  époque  de  la  mort  du 
marquis  de  Vianges,  celui-ci  n'a  eu  que  trois  indispo- 
sitions légères,  pour  lesquelles  il  lui  a  été  prescrit 
«  trois  médecines  de  manne  et  teinture  de  rhubarbe.  » 
On  ne  saurait  donc  lui  imputer  à  crime  d'avoir  pesé 
de  son  influence  sur  les  décisions  des  vieillards.  C'est, 
à  entendre  l'intéressé,  en  connaissance  de  cause  et 
pour  obliger  leur  aimable  cousine,  la  femme  du  doc- 
teur Jean-Baptiste  Mac-Mahon,  que  ceux-ci  se  sont 
bénévolement  dépouillés. 

Alors  interviennent  toute  une  série  d'actes,  où  l'on 
retrouve  la  main  de  l'adroit  confrère  :  en  1752,  c'est 
l'acquisition  de  la  baronnie  de  Vouvenay,  pour  la 
somme  de  1 55.000  livres,  sur  laquelle  il  doit  être  versé 
50.000  livres  à  trois  créanciers,  72.000  livres  de 
contrats  de  rente  sur  la  Bourgogne  et  le  reste  payable 
en  argent. 

Le  25  septembre  de  la  même  année,  Mac-Mahon 
se  fait  vendre,  par  le  marquis  de  Vianges,  une  mai- 
son située  à  Autun,  faubourg  du  Talus,  moyennant 
100.000  livres. 

En  175Zi,  le  9  novembre,  donation  à  la  dame  Mac- 
Mahon  du  marquisat  de  Vianges  et  des  terres  de 
Darnay,  Sully,  etc.,  donation  estimée  au  moins 
1.250.000  livres. 


2^8  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

En  1755,  Mac-Mahon  achète  la  terre  de  Sivry,  pour 
61.800  livres,  avec  les  fonds  des  deux  vieillards  vrai- 
semblablement, puisqu'il  n'avait  pas  de  fortune  per- 
sonnelle ;  puis,  les  seigneuries  de  Lalley  et  de  Blangey, 
moyennant  82.000  livres. 

Le  7  mars  1755,  il  dicte  un  testament  à  l'abbé  de 
Morey^;  mais,  comme  on  lui  fait  observer  que  les 
vieillards  possèdent  3.000  livres  de  rentes  en  Niver- 
nais, qui  ne  sont  disponibles  par  testament  que  «  pour 
un  quint ^  »,  par  acte  notarié,  le  19  juin  1757,  il  se 
fait  octroyer  les  terres  et  seigneuries  de  Cuzy,  Lavaux, 
Montigny  et  Champoux,  y  compris  le  château  de  Cuzy, 
le  tout  valant  pour  le  moins  100.000  livres.  Il  offre,  il 
est  vrai,  en  échange,  3.000  livres  de  rentes  viagères 
à  deux  vieillards,  âgés  l'un  de  quatre-vingt-dix  ans, 
l'autre  de  plus  de  quatre-vingts  ^- 

îl  dicte  alors  au  marquis  de  Vianges  un  acte  tout 
semblable  à  celui  qu'il  a  dicté  à  son  frère,  l'abbé  de 
Morey^  En  vertu  de  cet  acte,  tous  les  biens  du  mar- 
quis étaient  réversibles,  après  sa  mort  et  celle  de  son 
frère,  sur  la  tète  de  la  dame  Mac-Mahon,  ou,  à  son 
défaut,  devaient  venir  à  sa  descendance  mâle,  le  doc- 
teur en  conservant  l'usufruit. 


*  D'après  le  mémoire  des  demanderesses. 

*  C'est-à-dire  un  cinquième. 

'  A  signaler  encore,   pour  ne  rien  omettre,  un  achat  de   bois  pour  une 
somme  de  103.200  livres. 

*  Toujours  d'après  le  mémoire  des  parties  adverses. 


ORIGINES    MÉDICX'.ES    DU    MARÉCHAL    DE    MAC-MAHON    2^9 

Quelques  legs  insignifiants  étaient  distraits  de 
cette  énorme  succession  :  l'abbé  laissait  un  legs  de 
/iOO  livres  aux  pauvres  de  son  prieuré  de  Maivres  ;  le 
marquis  abandonnait  60  livres  de  rente  viagère  à 
une  de  ses  cousines,  religieuse,  un  legs  de  /iOO  livres 
de  pension  à  une  parente  désignée  sur  le  testament, 
et  le  troisième,  de  300  livres,  à  sa  propre  fille,  reli- 
gieuse à  la  Visitation  d'Avallon.  Encore  ces  legs  ne 
devaient-ils  être  distribués  qu'après  le  décès  du  lé- 
gataire universel,  le  médecin  Mac-Mahon,  bien  qu'il 
ne  fût  pas  nommé. 

L'abbé  mourut  le  premier,  en  décembre  1759  ;  son 
frère  lui  survécut  près  de  deux  ans.  Le  marquis  de 
Vianges  succombait  le /i  octobre  1761,  à  quatre-vingt- 
quatorze  ans  :  par  cette  mort,  le  petit  médecin  irlan- 
dais devenait  comte  d'Eguilly,  seigneur  du  marquisat 
de  Vianges,  baron  de  Vouvenay,  seigneur  de  Cuzy, 
Sully,  Blangey  et  autres  lieux. 


IV 


Cette  élévation  subite  de  fortune,  ces  enrichisse- 
ments progressifs  soulevèrent  de  violents  murmures. 
On  parla  de  captation,  de  spoliation,  et  l'affaire  fut 
portée  devant  les  tribunaux.  Les  veuves  Richard  et 
de  Maizières,  nièces  des  frères  de  Morey,  attaquè- 
rent la  succession.  La  validité  de  leurs  arguments 


25o  LE   CABINET    SECRET    DE    L  HISTOIRE 

paraissait  inattaquable  :  l'incapacité  des  donataires, 
disaient-elles,  doit  faire  annuler  les  donations  et  les 
testaments  ;  la  suggestion,  prouvée  par  les  pièces  et 
les  faits  de  la  cause,  doit  faire  annuler  les  mêmes 
actes.  Elles  faisaient,  en  outre,  valoir  l'incapacité 
légale  de  l'héritier,  la  qualité  de  médecin  créant 
cette  incapacité,  d'après  les  lois  romaines,  les  or- 
donnances et  coutumes  et  une  jurisprudence  cons- 
tante. A  cela  Mac-Mahonrépliquait  :  qu'il  avait  cessé 
d'exercer  depuis  17/i8,  deux  ans  avant  son  mariage  ; 
que  le  médecin  ne  devait  pas  être  considéré  comme 
«  incapable  »,  s'il  était  allié  du  donateur,  son  parent 
ou  son  ami;  si  la  donation  n'avait  pas  été  faite  en 
maladie  ;  et,  même  dans  ce  cas,  elle  était  valable,  si 
le  donateur,  revenu  en  état  de  santé  parfaite,  persé- 
vérait dans  ses  dispositions  antérieures. 

Les  juges  donnèrent  gain  de  cause  au  prétendu 
captateur,  qui  triompha  par  un  arrêt  solennel. 

Particularité  curieuse,  tous  les  actes  qui  avaient 
enrichi  le  médecin  Mac-Mahon  avaient  été  passés 
devant  M"  Changarnier,  notaire  ;  et,  comme  le  faisait 
remarquer  l'avocat  général  Oscar  de  Vallée,  dans  un 
procès  célèbre  \  qui  se  plaida  à  Paris  sur  la  fin  du 
second  Empire,  «  le  petit-fils  du  docteur,  le  maré- 
chal de    Mac-Mahon,  et  le  petit-fils  du  notaire,   le 

*  Le  procès  intenté  au  docteur  Déclat  par  les  héritiers  du  duc  de  Gram- 
mont-Caderousse  et  qui  se  termina  par  l'infirmation  du  testament  fait  en 
faveur  du  docteur  Déclat. 


ORIGINES    MÉDICALES    DU    MARÉCHAL    DE    MAC-MAHON    25 1 

général    Changarnier,    devaient   se   retrouver    cora- 
pap^nons  d'armes  en  Afrique  ». 

L'histoire  offre  parfois  de  ces  rapprochements  ^ 

*  Nous  avons  cru  devoir  supprimer  l'Appendice  qui  se  trouve,  à  la  suite 
du  chapitre  qu'on  vient  de  lire,  dans  la  première  édition  du  Cabinet  secret 
première  série),  la  généalogie  des  Mac-Mahon  ayant  perdu  de  son  inté- 
rêt, depuis  la  mort  du  membre  de  celle  famille  qui  a  le  plus  illustré  ce 
nom. 


LES  MEDECINS  DE  GAMBETTA  ET  LE  SORT 
DE  SES  RESTES 


En  est-il  qui  se  souviennent  du  tapage  soulevé  ja- 
dis par  cette  indiscrète  question,  posée  dans  une  de 
nos  plus  piquantes  revues  ^  :  Qu'est  devenu  le  cœur 
de  Gambetta,  que  possédait  Paul  Berl? 

A  dire  vrai,  nous  n'y  avions  pas  entendu  malice. 
Voyageant  un  jour  avec  un  de  nos  anciens  camarades 
de  lycée,  nous  apprenions  de  lui  ce  détail:  PaulBert, 
venu  à  Cahors  pour  inaugurer  le  monument  élevé  à  la 
mémoire  de  Gambetta,  avait  emporté  avec  lui  le  cœur 
du  tribun,  conservé,  comme  une  vulgaire  pièce  ana- 
tomique,  dans  un  bocal  à  esprit-de-vin!  Quand  pa- 
rut la  note  révélatrice,  ce  fut  une  explosion  d'indigna- 
tion, feinte...  ou  réelle.  Mme  Paul  Bert,  interrogée, 
n'éprouva  aucun  embarras  à  avouer  qu'elle  avait,  en 
effet,  trouvé  dans  l'héritage  de  son  mari  le  précieux 
viscère  et  qu'elle  le  conservait  avec  dévotion.  «  Pour 
le  mettre  à  l'abri  de  tout  accident,  répondit-elle,  mon 

*  L'înttrmidiaLire  de»  Chercheurs  et  de«  Curieux,  1890. 


LES   MÉDECINS    DE    GAMBETTA  253 

mari,  à  qui  en  avait  été  confiée  la  garde,  fit  l'acqui- 
sition d'un  cofFre-fort  incombustible.  Celui-ci  fut  placé 
dans  notre  appartement,  et,  dans  le  coffre-fort,  toute 
seule  fut  déposée  la  précieuse  relique.  »  La  relique 
appartenait  à  la  France,  ajoutait  la  digne  veuve, 
elle  ne  devait  pas  être  exposée  à  un  risque. 

Pour  une  relique,  il  n'y  avait  pas  à  douter  que  c'en 
fût  une.  C'est  qu'en  effet,  le  dieu  disparu,  une  religion 
nouvelle  naissait  de  ses  cendres.  Le  moindre  débris 
du  grand  homme  devenait  un  fétiche,  un  objet  de  culte 
pour  les  fidèles.  L'un  avait  pris  le  cerveau  *  ;  cet  au- 
tre, les  intestins;  Paul  Bert  s'était  réservé  le  cœur^. 
Comment  expliquer,  dès  lors,  qu'on  ait  laissé  échap- 
per l'œil  de  l'apôtre  de  la  revanche,  et  que  cet  or- 
gane ne  se  trouve  ni  dans  une  collection  particulière, 
ni  dans  aucun  de  nos  musées  ?  Car  l'œil  de  Gam- 
betta,  nous  entendons  parler  de  celui  qui  fut  énucléé 
en  1867,  erre  aujourd'hui  de  par  le  monde,  sans  qu'un 
admirateur  ou  un  ami  de  l'illustre  mort  ait  songé  aie 
recueillir. 

Nous  avons  cherché  à  élucider  ce  menu  point 
d'histoire,  et,  si  nos  recherches   n'ont  pas  abouti  à 

*  Le  cerveau  se  trouve  au  Musée  de  la  Société  d'Anthropologie. 

*  A  la  suite  de  la  campagne  menée  par  ï lnt(irmédia.ire,  le  cœur  de  Gam- 
betta  fut  placé  dans  le  monument  élevé  aux  Jardies,  par  la  souscription 
des  Alsaciens-Lorrains,  le  6  novembre  1891.  Le  récipient  de  verre  qui  le 
contenait  a  été  enfermé  dans  une  double  enveloppe,  une  boite  de  plomb 
et  un  tronc  de  sapin  d'Alsace,  intérieurement  évidé,  contenant  le  procès- 
verbal. 


254  LE    CABINET    SECRET   DE   l'hISTOIBE 

notre  gré,  nous  nous  flattons  toutefois  qu'elles  n'ont 
pas  été  tout  à  fait  sans  agrément  ni  utilité.  La  plu- 
part des  détails  que  l'on  va  lire  sont  inédits  ou  peu 
connus;  ils  sont,  en  tout  cas,  d'une  indiscutable  au- 
thenticité. 

Et  d'abord,  comment  était  arrivé  l'accident  qui 
avait  nécessité  l'extraction  de  l'œil,  dont  nous  nous 
sommes  proposé  de  conter  l'odyssée  ? 

Gambetta  était  tout  enfant  :  il  avait  à  peine  huit  ou 
neuf  ans.  Un  après-midi  qu'il  flânait  par  les  rues  de 
Cahors  (sa  ville  natale),  l'idée  lui  vint  de  s'arrêter 
devant  la  boutique  d'un  des  voisins  de  son  père,  le 
coutelier  Galtié,  pour  le  regarder  travailler.  «  Galtié 
était  occupé  à  percer  des  trous  dans  des  manches  de 
couteaux.  Il  se  servait  à  cet  effet  d'une  sorte  d'ar- 
chet, formé  d'un  foret  et  d'une  corde  à  boyau  ;  la 
corde,  s'enroulant  autour  du  foret,  lui  donne  une 
forte  impulsion  et  le  fait  tourner  à  chaque  mouvement 
du  bras.  L'enfant,  accoudé  sur  l'établi,  considérait 
avec  intérêt  le  va-et-vient  de  l'outil,  lorsque  soudain 
l'archet  se  brisa  *  et  le  fer  le  vint  frapper  à  l'œil 
droit.  Le  sang  jaillit  ;  on  conduisit  le  blessé  chez  le 
pharmacien  Rouquette,  qui  déclara  que  l'œil  n'était 
point  crevé  ^.   » 

La  guérison  tardant  à  se  produire,  les  parents  ré- 

'  D'après  M.  de  Wecker,  ce  serait  une  pince  du   tour  du  coutelier  qui 
aurait  sauté  dans  l'œil  de  l'enfant. 
*  Barbou,  Vie  de  Gambetla,  p.  15  et  suivantes. 


LES   MÉDECINS   DE   GAMBETTA  255 

solurent  de  faire  le  voyage  de  Toulouse  pour  y  con- 
sulter un  spécialiste  *.  La  maladie,  méconnue  par  le 
praticien  toulousain,  n'était  autre  qu'une  cataracte 
traumatique,  avec  saillie  du  globe  oculaire  ^  :  l'œil 
n'avait  pas  tardé  à  grossir  démesurément  ;  il  sem- 
blait, à  certains  moments,  qu'il  allait  jaillir  de  l'orbite. 
Cet  état  anormal  s'accompagna  des  douleurs  les  plus 
vives,  au  point  que  Gambetta  en  vint  à  réclamer  une 
intervention  chirurgicale  qui  mît  fin  à  ses  souf- 
frances. 

L'opération  s'imposait  d'autant  plus,  que  l'œil  gau- 
che était  menacé  d'être  atteint  à  son  tour,  par  sym- 
pathie (phénomène  bien  connu  des  médecins)  ;  il  y 
avait  donc  lieu  de  ne  pas  différer  plus  longtemps 
l'extraction  de  l'organe  malade,  pour  sauver  l'organe 
encore  sain.  Un  des  camarades  d'enfance  de  Gambetta, 
le  docteur  Fieuzal,  qui  avait  reconnu  le  premier  l'ur- 
gence de  l'opération,  s'offrit  à  conduire  son  ami  chez 
un  oculiste,  fort  en  renom  dès  cette  époque,  le  baron 
docteur  de  Wccker. 


'  Sur  la  foi  de  renseignements  erronés,  nous  avions  cru  tout  d'abord 
qu'il  s'agissait  du  docteur  Atoch  ;  mais  celui-ci  nous  a  déclaré,  dans  une 
lettre  en  notre  possession,  qu'il  n'avait  pas  souvenir  d'avoir  soigné  le 
jeune  Gambetta,  à  moins  qu'il  ne  se  fi"it  présenté  à  lui  incognito.  D'après 
le  docteur  Laborde,  Gambetta  aurait  reçu  les  premiers  soins  à  Mont- 
pellier. 

'  Les  spécialistes  ont  étiqueté  cette  afTection  :  irido-choroîdite  glauco- 
niateuse,  avec  lagoplitalmos  ou  protrusionde  l'œil  {Chronique  médicale 
15  octobre  1904,  p.  685). 


256  LE    CABINET    SECRET  DE    l'iIISTOIRE 

C'était  au  printemps  de  1867.  «  Un  soir,  en  ren- 
trant pour  ma  consultation,  vers  cinq  heures,  nous  a 
conté  M.  de  Wecker,  je  vis,  se  promenant  devant 
moi,  deux  messieurs.  L'un  d'eux  me  dit  :  «  Cher  con- 
frère, nous  vous  avons  attendu  ici,  afin  que  vous 
ayez  la  bonté  de  nous  recevoir  tout  de  suite.  Je  vous 
présente  un  ami  pour  lequel  je  désirerais  votre  avis.  » 
Je  fis  entrer  ces  messieurs  dans  mon  cabinet,  pour- 
suit M.  de  Wecker,  et,  après  avoir  invité  le  malade 
à  s'asseoir  dans  la  chambre  noire,  à  côté  de  la  lampe, 
je  demandai  à  mon  confrère  de  quoi  il  s'agissait. 
«  Vous  le  verrez  facilement,  me  répondit-il  ;  nous 
vous  prions  seulement  de  nous  donner  franchement 
votre  opinion  ^  » 

L'affection  était  banale,  et  M.  de  Wecker  n'eut 
aucune  peine  à  la  reconnaître.  «  La  partie  antérieure 
du  globe  de  l'œil,  sillonnée  par  des  vaisseaux  dilatés, 
avait  pris  un  volume  tel,  que  les  paupières  distendues 
n'arrivaient  qu'à  peine  à  recouvrir  cet  organe  dif- 
forme. » 

Gambetta  s'était  présenté  chez  le  docteur  de  Wec- 
ker un  vendredi.  L'opération  fut  décidée,  séance 
tenante,  pour  le  mardi  suivant,  a  La  gêne  occasionnée 
par  cet  œil  difforme  et  perdu  totalement  pour  la  vue 
avait  suffi  pour  en  décider  de  suite  l'ablation,  sans 

*  Les  phrases  guillemelées  sont  de  M.  de  Wecker  lui-même.  Le 
récit  que  nous  donnons  a  été  puisé,  en  grande  partie,  dans  une  lettre 
qu'a  bien  voulu  nous  adresser  l'éminent  oculiste. 


LES  MÉDECUS'S  DE  GAMBETTA  267 

enquête  préalable,  sauf  la  question  sur  les  circons- 
tances dans  lesquelles  la  blessure  de  Torgane  s'était 
effectuée.  » 

Le  D""  do  Wecker  avait  été  frappé  de  la  réso- 
lution du  jeune  homme,  qui  acceptait  avec  tant  de 
sang-froid  une  opération  à  laquelle  si  peu  consentent 
sans  de  nombreuses  hésitations.  Il  ignorait  qu'il 
avait  devant  lui  un  homme  qui  devait  faire  preuve  de 
tant  d'énergie  morale,  dans  des  circonstances  qu'on 
ne  saurait  oublier. 

L'opération  avait  été  décidée  pour  le  mardi,  à 
10  heures  du  matin.  A  l'heure  précise,  le  docteur  de 
Wecker,  accompagné  de  son  assistant,  le  docteur 
Borel  (de  Rouen),  faisait  son  entrée  dans  le  modeste 
logis  occupé  par  Gambetta.  Gambetta  habitait  alors 
rue  Bonaparte,  près  de  Saint-Germain-des-Prés,  un 
tout  petit  appartement  au  cinquième,  ayant,  pour  le 
servir,  une  très  vieille  femme,  «  que  je  pris,  —  c'est 
M.  de  Wecker  qui  parle,  —  pour  une  bonne  à  tout 
faire,  mais  que  Ton  me  dit,  afin  de  prévenir  un  manque 
d'égards  de  ma  part,  être  la  tante  de  Gambetta.  » 
Etaient  également  présents  :  le  docteur  Fieuzal  et 
quelques  amis  du  jeune  avocat.  Bien  qu'assez  répandu 
dans  les  cénacles,  le  nom  de  Gambetta  n'avait  pas 
franchi  un  certain  cercle  :  n'oublions  pas  qu'on  était 
au  mois  de  juin  1867,  par  conséquent  cinq  mois  avant 
le  procès  Baudin,  qui  fut,  comme  on  le  sait,  l'origine 
de  la  fortune  du  tribun. 

iv-17 


258  LE    CABINET   SECRET    DE    l'hISTOIRE 

Les  présentations  faites,  les  médecins  se  mettaient 
à  l'œuvre.  Gambetta  se  coucha  résolument  et  on  le 
soumit  aussitôt  aux  inhalations  d'éther.  Une  minute 
ne  s'était  pas  écoulée  que  le  malade  dormait  profon- 
dément. «  L'opération  se  passa  très  simplement  et 
put  être  exécutée  avec  la  plus  grande  rapidité,  bien 
qu'il  s'agit  de  l'ablation  d'un  œil  en  forme  de  poire, 
qui  avait  le  double  de  sa  longueur  normale  :  le  dia- 
mètre antéro-postérieur  n'avait  pas  moins  de  5  cen- 
timètres. »  La  rapidité  avec  laquelle  l'œil  fut  enlevé 
surprit  les  opérateurs  eux-mêmes.  «  Gambetta  avait 
supporté  les  premières  suffocations,  produites  par 
l'anesthésique,  sans  laisser  paraître  l'angoisse  qu'on 
ressent  au  début  de  l'inhalation.  »  Trois  jours  après 
l'opération  le  malade  était  sur  pied. 

Pendant  les  premiers  temps,  on  se  rendit,  comme 
en  pèlerinage,  à  la  chambre  du  convalescent.  «  Je  ne 
pouvais  comprendre  une  pareille  dévotion,  disait  à 
ce  propos  M,  de  Wecker,  par  la  raison  que  j'avais 
recommandé  à  mon  malade  le  calme  et  le  silence. 
Poussé  par  la  curiosité,  j'en  vins  même  à  adresser 
cette  question  à  l'un  de  ses  fidèles  compagnons  : 

«  —  Dites-moi  donc,  je  vous  prie,  ce  qu'est  votre 
Gambetta  ? 

«  —  Ah  !  me  répondit-il,  vous  ne  le  connaissez  pas 
encore,  mais  vous  verrez  ce  qu'il  sera  un  jour!  » 

Cette  prophétie  hantait  l'esprit  du  docteur  de 
Wecker,  quand  il  remit,  au  mois  de  septembre  sui- 


LES   MÉDECINS    DE    GAMBETTA  259 

vant,  la  pièce  qu'il  avait  enlevée  à  l'un  des  histolo- 
gistes  les  plus  habiles  de  l'époque,  le  docteur  Ivanoff, 
alors  professeur  à  Kief.  «  Voici  une  pièce  à  laquelle 
je  tiens  beaucoup,  lui  dit-il  ;  c'est  un  œil  qui  provient 
d'un  homme  appelé,  j'en  suis  sûr,  à  jouer  un  rôle  des 
plus  importants  ;  prenez-en,  je  vous  prie,  le  plus 
grand  soin.  » 

D'année  en  année,  le  docteur  de  Wecker  réclamait 
son  œil,  mais  en  vain  :  Ivanoff  restait  sourd  à  ces 
appels  réitérés.  «  J'eus  beau  solliciter  d'Ivanoff  la 
description  de  l'œil  remis;  j'eus  beau  me  mettre  en 
quatre,  sous  le  ministère  Ferry,  afin  d'obtenir  pour 
ce  confrère  russe  l'autorisation  d'exercer  dans  le  raidi 
de  la  France;  rien  n'y  fit.  On  ne  me  donna  ni  détails, 
ni  la  pièce,  que  j'avais  à  regret  laissé  échapper.  » 

Qu'était  devenu  l'œil  de  Gambetta  ?  En  quelles 
mains  était-il  tombé  ?  C'est  un  mystère  qui  reste  à 
éclaircir. 

Ivanoff,  qui  avait  subi  les  premières  atteintes  de 
la  phtisie,  était  allé  demander  au  climat  du  Midi  le 
rétablissement  de  sa  santé  délabrée.  Pendant  plu- 
sieurs hivers  il  séjourna  à  Menton,  en  compagnie  de 
son  ami  et  élève  préféré,  le  duc  Charles-Théodore  de 
Bavière,  propre  frère  de  l'impératrice  d'Autriche  et 
de  la  reine  de  Naples.  M.  de  Wecker  présumait  que 
la  collection  d'Ivanoff  avait  dû  échoir  au  duc  Charles 
de  Bavière.  «  Je  suis  maintenant  autorisé  à  croire, 
écrivait-il,  en   ayant  eu  maintes  preuves,  que  notre 


200  LE   CABINET   SECRET   DE    l'hISTOIRE 

confrère  le  duc  a  pris  des  leçons  de  son  maître,  non 
seulement  sur  l'ophtalmologie  en  général,  mais  encore 
sur  la  conservation  indéfinie  des  pièces  ophtalmo- 
logiques ;  et  il  est  bien  douteux  que  l'on  entende 
jamais  parler  des  caractères  micrographiques  d'un 
œil,  intéressant  aujourd'hui  à  plus  d'un  point  de 
vue.  »  La  réponse  ne  se  fît  pas  attendre.  Le  duc 
Charles,  peu  de  temps  après  l'apparition  de  l'article  où 
il  était  si  vivement  pris  à  partie,  faisait  donner  aux 
assertions  de  l'oculiste  français  un  démenti  des  plus 
formels.  Il  niait  avoir  en  sa  possession  Pœil  de  Gam- 
betta.  Ivanofî  ne  lui  avait  donné  de  son  vivant^ 
ni  légué  après  sa  mort,  ce  ((  document  »,  historique 
autant  qu'humain.  Depuis  lors,  M.  de  Wecker  a  été 
plusieurs  fois  l'hôte  du  duc  Charles,  en  son  château 
de  Fegernsee,  et,  ayant  été  k  même  de  visiter  le  mu- 
sée du  prince-médecin,  il  a  pu  se  convaincre  que  la 
pièce  qu'il  recherchait  n'y  figurait  pas. 

Où  aurait-elle  donc  été  recueillie  ?  «  Il  est  très 
probable,  nous  dit  le  docteur  de  Wecker,  qu'elle  se 
trouve  dans  la  collection  de  la  clinique  de  Heidelberg, 
où  une  grande  partie  des  préparations  anatomiques 
d'Ivanoff  ont  été  remises,  mais  je  n'en  suis  pas 
autrement  certain .    » 

Muni  de  ce  renseignement,  nous  écrivîmes  au 
professeur  Leber,  le  successeur  du  professeur  Bec- 
ker,  auquel  —  pensait  M.  de  Wecker  —  une  part  de 
l'héritage  d'Ivanoff  devait  être  revenue   en  partage. 


LES   MÉDECINS    DE  GA.MBETTA  201 

Avec  un  empressement  des  plus  louables,  notre  sa- 
vant confrère  nous  répondit  qu'à  son  grand  regret 
il  ne  pouvait  utilement  nous  renseigner  :  selon  lui,  la 
collection  d'Ivanoff  avait  bien  été  un  moment  entre 
les  mains  du  duc  Charles,  mais  elle  était  devenue  de- 
puis la  propriété  du  professeur  Everbusch,  directeur 
actuel  de  l'Université  d'Erlangen.  M.  Everbusch, 
consulté  par  nous,  reconnut  bien  avoir  reçu  une  partie 
des  collections  d'Ivanoff;  «  mais,  nous  répondit-il,  les 
pièces  sont  toutes  confondues  ensemble,  sans  aucune 
espèce  de  désignation.  »  En  somme,  concluait-il, 
<(  j'ignore  où  Ivanoffa  laissé  ses  préparations  macros- 
copiques d'anatomie  pathologique  et  je  ne  sais  en 
quelles  mains  elles  sont  passées.  » 

L'énigme  restera-t-elle  toujours  indéchiffrable  ? 
C'est  ce  que  l'avenir  décidera.  En  tout  cas,  l'enquête 
à  laquelle  nous  nous  sommes  livré  nous  permet  de 
conclure  qu'il  est  probable,  sinon  certain,  que  l'œil 
énucléé  de  Gambetta  se  trouve  dans  un  musée  alle- 
mand. Quand  on  songe  que  le  grand  patriote  eut 
toujours,  de  son  vivant,  l'œil  tourné  de  l'autre  côté 
des  Vosges,  la  coïncidence  est  au  moins  piquante. 

Nous  terminerons  cette  relation  par  un  détail  que 
nous  a  fait  connaître  M.  de  Wecker  :  en  signe  de 
gratitude,  Gambetta  offrit  à  l'opérateur  un  coupe- 
papier  de  Barbedienne,  ayant  pour  manche  la  Vénus 
de  Milo.  «  C'est,  nous  dit  en  terminant  l'éminent 
spécialiste,  tout  ce  que  j'ai  retiré  du  grand  homme. 


262  LE    CABINET    SECRET   DE    i/hISTOIRE 

A  mesure  qu'il  montait,  je  m'éloignais  de  lui,  ayant 
en  horreur  le  rôle  de  solliciteur,  dans  lequel  je  serais 
infailliblement  tombé,  si  l'on  m'avait  su  un  des  in- 
times  du   tribun.  » 

D'autres  ont  eu  moins  de   scrupules. 


COMMENT    NOTRE-DAME    DE    PARIS    ET     LE    LUXEMBOURG 
FURENT    PRÉSERVÉS    DE    l'iNCENDIE  PAR  DES  MÉDECINS. 


I 


Un  de  nos  éditeurs  les  plus  parisiens,  le  seul  qui  eût 
mérité  d'être  bibliopole  à  Byzance,  un  jour  que  nous 
devisions  de  omni  re  scibili  dans  la  parlotte  où  il 
tenait  ses  assises,  me  lançait  cette  apostrophe  inat- 
tendue :  «  Vous,  vous  êtes  un  intrigueur  !  » 

—  Un  intrigueur  !  Je  restai  surpris  et...  intri- 
gué. 

«  —  Un  intrigueur,  je  maintiens  le  mot...  Après 
tout,  vous  fixez  des  points  d'histoire,  grâce  à  vos  in- 
discrétions. Vous  préparez  nos  annales,  pour  ceux 
qui  nous  suivront.  Les  événements  se  succèdent  avec 
une  telle  rapidité,  nous  vivons  une  vie  si  intense,  que 
nous  consignons  à  la  hâte,  le  plus  souvent  sans  con- 
trôle, les  éphémérides  quotidiennes,  sauf  à  refaire 
plus  tard  la  besogne  de  rectification.  Et  c'est  alors 
que  les  «  intrigueurs  »  — j'y  tiens,  vous  le  voyez  — 
rendent  d'inappréciables  services  :  ils  refont  le  pro- 


264  LE    CABINET    SECRET    DE    L'hISTOIRE 

ces  du  passé,  soumettent  les  faits  disparus  ou  les  té- 
moignages des  vivants  à  un  tribunal  moins  prévenu, 
et  surtout  moins  occupé. 

«  —  Ce  qui  revient  à  dire  que  les  contemporains 
ne  sont  pas  en  situation  d'écrire  leur  propre  his- 
toire ? 

—  «  C'est  cela  même!...  » 

Il  venait  justement  de  paraître,  dans  une  feuille 
boulevardière,  une  sorte  de  journal  intime  des  faits 
saillants  de  la  dernière  guerre  et  de  la  Commune. 
L'auteur,  grand  dénicheur  de  documents,  avait  noté, 
au  jour  le  jour,  ses  impressions,  les  avait  comme 
épinglées,  avec  cette  prétention  de  donner  la  photo- 
graphie exacte,  sans  passion,  de  ce  qu'il  avait  vu  ou 
entendu.  Ainsi,  à  la  date  du  h  mai  1871,  le  feuillet 
portait  : 

Le  soir,  Verlaine  confesse  une  chose  incroyable:  il  déclare 
qu'il  a  dû  combattre  et  empêcher  une  proposition  qui  vou- 
lait se  produire  :  une  proposition  demandant  la  dedruclion 
de  Noire-Dame  de  Paris. 

Verlaine,  le  poète  des  Fêtes  galantes.,  des  Poètes 
maudits  ;  Verlaine,  le  barde  pacifique,  aurait  été  mêlé, 
de  si  près,  à  la  sanglante  tragédie  de  la  Com- 
mune !  Tout  ce  que  nous  savions,  c'est  que  Verlaine 
était,  à  cette  époque,  chef  des  bureaux  de  la  Pressée 
l'Hôtel  de  Ville;  mais  qu'en  cette  qualité  il  eût  mis 
obstacle  à  la  proposition  incendiaire  faite  par    des 


INCENDIE    UE    NOTRE-DAME  265 

exaltés  en  délire,  nous  l'ignorions,  et  pour  cause. 
Il  y  avait  évidemment  une  confusion  de  noms,  et 
l'auteur  de  cette  motion  conservatrice  eût  été  plus 
vraisemblablement  Varlin,  qui  joua,  en  effet,  un  rôle 
assez  actif  dans  le  mouvement  insurrectionnel  que 
nous  venons  d'évoquer. 

En  réalité,  les  faits  se  sont  passés  tout  différem- 
ment: nous  savons  aujourd'hui,  de  source  certaine, 
que  Notre-Dame  de  Paris  nous  a  été  conservée,  par 
le  dévouement  et  le  zèle  empressé  de  quelques  jeunes 
gens,  internes  en  médecine  et  en  pharmacie  de  l'Hô- 
tel-Dieu  ;  ces  derniers  surtout,  de  l'avis  de  tous  les 
témoins  de  cette  terrible  scène,  furent  admirables  de 
vaillance  et  de  sang-froid. 

Nous  possédons  là-dessus  le  récit  d'un  des  assis- 
tants, l'interne  Hanot,  devenu  plus  tard  professeur 
agrégé  à  la  Faculté,  récit  qui  contient  les  détails 
les  plus  circonstanciés  sur  cet  héroïque  sauve- 
tage ^ 

Vers  trois  heures  du  matin,  l'interne  Hanot,  qui 
sommeillait  dans  la  salle  de  garde,  est  réveillé  en 
sursaut  par  des  cris  venant  de  la  rue  ;  il  se  lève  et 
aperçoit  des  hommes,  escortant  une  voiture  chargée 
de  barriques,  arrêtés  devant  la  barricade  du  pont 
Notre-Dame. 

A  la  voix  du  chef  qui  commandait  d'aller  vite,  les 

*  Cf.  Union  médicale,  1871. 


266  LE    CABINET   SECRET   DE   l'hISTOIRE 

barriques  furent  mises  à  terre  et  roulées  à  travers 
une  brèche  pratiquée  à  la  barricade  jusque  sur  la 
place  du  Parvis.  Hanot  prévient  un  de  ses  collègues, 
qui  sommeillait  aussi  dans  la  salle  de  garde,  et  tous 
les  deux  descendent  à  la  hâte. 

Ils  trouvent  à  la  grille  de  la  porte  d'entrée  un  «  lieu- 
tenant d'état-major  de  la  garde  nationale,  homme 
d'une  trentaine  d'années,  d'une  certaine  distinction 
d'allures  et  de  physionomie,  et  qu'on  ne  saurait 
mieux  peindre  qu'en  le  comparant  à  ces  beaux  gail- 
lards d'officiers  allemands  à  la  barbe  blonde  si  soi- 
gnée, au  teint  d'un  rose  remarquable,  au  port  si  raide, 
si  guindé  ».  Il  y  avait  autour  de  lui  une  vingtaine 
de  jeunes  gens,  de  quatorze  à  dix-huit  ans,  «  cou- 
verts de  capotes  marron  qui  leur  descendaient  jus- 
qu'aux talons,  avec  des  képis  trop  grands  aussi,  qui 
leur  couvraient  presque  les  yeux,  les  mains  toutes 
noircies,  et  armés  de  chassepots  ». 

Au  nom  de  la  Commune,  l'officier  demandait  au 
concierge  qui,  le  premier,  l'avait  abordé,  une  bougie, 
des  vrilles,  des  seaux,  des  balais,  une  pince  de  ser- 
rurier. Le  ton  était  bref,  menaçant  ;  les  fusils  étaient 
braqués:  il  fallait  obéir. 

Un  des  infirmiers,  chargé  de  satisfaire  à  ces  ordres, 
apprend  de  ces  hommes  qu'ils  avaient  mission  d'incen- 
dier Notre-Dame. 

Les  internes  s'approchent  de  l'officier,  pour  lui 
faire  remarquer  que  mettre  le   feu   à  la   cathédrale, 


INCENDIE    DE    NOTRE-DAME  267 

c'était  aussi  compromettre,  sacrifier  même  sûrement 
la  vie  de  neuf  cents  malades  ou  blessés  contenus  dans 
l'hôpital  :  «  L'homme,  rapporte  le  D""  Hanot,  ne  ré- 
pondit que  par  monosyllabes,  réitéra  ses  ordres,  nous 
ordonna  de  nous  éloigner,  et  tourna  les  talons.  » 

Le  directeur  de  l' Hôtel-Dieu  était  encore  le  fonc- 
tionnaire nommé  par  la  Commune;  les  internes  le  font 
prévenir;  il  descend  et  entame  avec  l'officier  un  col- 
loque, qui  dura  une  demi-heure  environ,  temps  pen- 
dant lequel  les  objets  demandés  avaient  été  successi- 
vement remis. 

Il  revient  ensuite  vers  les  jeunes  gens  et  leur  donne 
l'assurance  que  Notre-Dame  ne  serait  pas  immédia- 
tement incendiée  ;  qu'on  en  référerait  au  Comité  de 
Salut  public,  auquel  on  exposerait  la  situation,  et 
que,  s'il  était  nécessaire,  l'administration  serait  pré- 
venue à  l'avance.  L'officier  se  retira  avec  sa  troupe. 

«  Quelques  instants  après,  environ  cent  religieuses 
se  présentaient  à  la  grille  de  l'hôpital,  demandant 
l'hospitalité.  Ces  pauvres  femmes,  toutes  tremblantes, 
fuyaient  un  couvent  de  la  rue  d'Enfer,  qui  venait 
d'être  incendié.  Elles  étaient  cependant  escortées  par 
quelques  fédérés,  qui  n'eurent  rien  de  plus  pressé  que 
de  déclarer  avec  jactance  qu'eux-mêmes  avaient  al- 
lumé l'incendie.  La  supérieure  apprit  qu'on  avait  dû 
laisser  soit  en  route,  soit  même  dans  le  couvent, 
quinze  infirmes  qui  n'avaient  pu  suivre  le  cor- 
tège !  )) 


208  LE   CABINET   SECRET   DE    l'hISTOIRE 

Sur  ces  entrefaites,  le  jour  était  venu. 

Vers  onze  heures,  un  ouvrier,  qui  avait  vu  sortir  de 
la  fumée  de  Notre-Dame,  vint  donner  l'éveil  à  l'Hôtel- 
Dieu.  Un  interne  en  pharmacie  se  trouvait  là  ;  il 
court  avertir  ses  collègues  alors  à  table.  Six  de  ces 
jeunes  gens,  à  la  fois  pleins  d'anxiété  et  d'indignation, 
s'empressent  d'aller  trouver  le  directeur  et  l'enga- 
gent à  fournir  des  hommes  et  la  pompe  de  l' Hôtel- 
Dieu,  pour  éteindre  le  commencement  d'incendie. 
Cette  démarche  n'ayant  pas  abouti,  ils  se  rendent 
eux-mêmes  à  l'Hôtel-Dieu. 

L'ouvrier  qui  avait  donné  l'alarme  leur  montre 
une  petite  colonne  de  fumée  qui  sortait  par  une  lu- 
carne ;  quelques  voisins  se  joignent  à  eux.  Faisant 
alors  appel  à  l'humanité,  ces  internes  représentent 
qu'il  y  a  à  l'Hôtel-Dieu  cent  cinquante  malheureux 
blessés  défenseurs  de  la  Commune,  qui  vont  être 
anéantis  par  son  ordre.  Ces  quelques  mots  soulèvent 
l'indignation  des  assistants,  qui  se  joignent  à  la  petite 
troupe. 

Le  sonneur  et  le  bedeau,  malgré  les  menaces 
qu'avaient  faites  les  incendiaires,  livrent  les  clefs.  On 
ouvre  alors  la  porte  d'entrée  de  la  rue  du  Cloître-No- 
tre-Dame. La  petite  troupe  où  les  femmes,  les  jeunes 
filles,  les  enfants  abondaient,  était  déjà  assez  impo- 
sante. Quelques-uns  se  risquent  au  milieu  de  cette 
atmosphère  épaisse  et  brûlante,  chargée  de  vapeurs 
de  pétrole;  l'obscurité  était  complète. 


INCENDIE    DE    NOTRE-DAME  269 

Après  dix  minutes  d'anxiété  et  de  recherches 
pénibles,  —  car  à  chaque  instant  les  plus  forts 
venaient  reprendre  haleine  à  l'extérieur,  —  on  allait 
renoncer  à  l'entreprise^  lorsque  survient  un  pom- 
pier; on  le  prie  de  prêter  son  concours,  ce  qu'il  s'em- 
presse de  faire,  malgré  la  défense  faite  par  la  Com- 
mune. 

Un  brasier  est  découvert  à  la  hauteur  du  chœur. 
On  se  rend  maître  du  feu  en  cet  endroit.  Les  plus 
aventureux  marchent  ensuite  sur  les  débris  fumants, 
et  découvrent  un  autre  brasier  à  la  hauteur  du  maître- 
autel. 

Nouveaux  efforts  couronnés  d'un  nouveau  succès. 

Pendant  ce  temps,  quelques  travailleurs   cassent 
les  vitres,  afin  d'amener  un  peu  d'air  dans  cette  four 
naise  ;  — ces  vitres  sont  choisies  au  milieu  des  vitraux 
modernes  de  peu  de  valeur. 

D'autre  part,  on  force  une  des  grandes  portes,  et 
l'atmosphère  devient  un  peu  plusrespirable. 

Un  troisième  brasier  se  trouvait  à  la  hauteur  de  la 
chaire  ;  on  en  vient  à  bout  assez  facilement  ;  là,  on 
avait  amoncelé  des  chaises,  des  pupitres,  des  balus- 
trades. Cet  immense  bûcher  allait  jusque  sous  le 
grand  orgue,  et  se  joignait  à  un  autre,  dressé  autour 
d'un  grand  Christ  et  d'une  statue  de  la  Vierge,  ame- 
nés là  tout  exprès  ;  des  papiers  étaient  à  la  base  :  le 
pétrole  avait  manqué  sans  doute,  et  le  feu  devait 
atteindre  ce  bûcher  en  continuant  ses  ravages. 


270  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

Peu  à  peu,  le  jour  se  fait  dans  la  cathédrale  ;  l'air 
devient  respirable  ;  hommes,  femmes,  enfants,  démé- 
nagent ces  chaises,  ces  balustrades  amoncelées,  et  les 
portent  sur  la  place  du  Parvis,  sans  songer  à  la  bar- 
ricade du  pont  d'Arcole  et  sans  se  laisser  arrêter  par 
les  balles  qui  sont  envoyées  de  la  caserne  de  la  Cité. 

Ce  travail  achevé,  on  put  se  rendre  compte  des 
ravages  causés  par  le  feu  :  tous  les  troncs  avaient  été 
brisés  ;  les  tabernacles,  les  reliquaires  défoncés  et 
pillés  ;  le  lutrin  de  bronze  brisé  ;  le  grand  lustre 
crevé  et  renversé. 

L'heureuse  intervention  des  internes  avait  rendu 
peu  graves  les  dégâts  causés  par  le  feu  :  les  boise- 
ries du  chœur  avaient  été  préservées  presque  complè- 
tement ;  la  chaire  et  les  orgues  étaient  intacts  ;  les 
livres  saints,  les  chaises,  les  fauteuils,  avaient  été  en 
partie  brûlés.  Les  chapelles  latérales  n'étaient  pas 
endommagées,  mais  le  sol  était  souillé  en  différents 
endroits. 

Le  premier  sauvetage  terminé,  on  commença  la 
visite  de  l'étage  souterrain  ;  puis  on  examina  les 
orgues  et  les  galeries  ;  les  tours,  où  se  trouve  une 
forêt  de  charpentes  qui  remontent  à  huit  siècles 
et  dont  le  salut  ne  fut  dû  qu'à  l'oubli  ou  à  l'ignorance 
des  insurgés. 

Pendant  ce  temps,  les  fédérés  étaient  toujours 
maîtres  des  barricades  des  quais  Saint-Michel  et 
Montebello,  ainsi  que  de  l'île  de  la  Cité. 


INCENDIE  DU   LUXEMBOURG  271 

On  organisa  cependant  une  garde  pour  essayer  de 
conserver  ce  qui  avait  été  si  heureusement  sauvé  ; 
plus  de  quarante  personnes  se  firent  inscrire  ;  cha- 
cun monta  la  garde  à  son  tour,  sans  être  inquiété. 

Vers  onze  heures  du  soir,  enfin,  Tîle  de  la  Cité 
était  au  pouvoir  de  l'armée,  et  la  magnifique  basi- 
lique était  définitivement  sauvée. 


II 


Notre-Dame,  et  par  suite  l'Hôtel-Dieu,  ne  furent 
pas  les  seuls  monuments  qui,  grâce  à  l'intervention 
courageuse  du  corps  médical,  furent  garantis  contre 
la  fureur  des  incendiaires. 

Le  palais  du  Luxembourg,  dans  la  cour  duquel  une 
tourie  de  pétrole  avait  été  déjà  apportée,  fut  égale- 
ment préservé  de  l'incendie,  par  l'énergique  insis- 
tance des  médecins  et  chirurgiens  des  ambulances 
établies  dans  ce  palais. 

Voici  en  quels  termes  notre  honorable  confrère, 
M.  de  Ranse,  a  rapporté  cet  incident  émouvant  : 

Le  lundi  22  mai,  à  onze  heures  du  matin,  deux  comman- 
dants fédérés,  fun  d'artillerie,  l'autre  des  «  \'engeurs  de  la 
République  »,  se  présentent  au  palais  du  Sénat  et  font  arrê- 
ter dans  la  cour  une  prolonge  renfermant  une  tourie  de  pé- 
trole. Ils  ordonnent  en  même  temps  l'évacuation  de  l'ambu- 
lance en  deux  heures. 


272  LE    CABINET    SECRET    DE    L  HISTOIRE 

On  peut  traîner  en  longueur  jusqu'à  six  heures  et  l'on 
obtient  un  sursis  jusqu'au  lendemain.  Le  pétrole  est  dé- 
posé dans  le  poste,  sous  la  garde  de  trois  soldats  de  la  Com- 
mune. 

Le  lendemain  mardi,  à  huit  heures  du  matin,  nouvelle 
sommation,  faite  par  cinq  gardes  nationaux,  d'évacuer 
lambulance  en  deux  heures,  délai  après  lequel  on  doit 
mettre  le  feu  au  Palais. 

Le  chef  des  hommes  de  peine,  M.  Defaux,  qui  s'est  mon- 
tré très  courageux  et  très  utile  dans  ces  circonstances,  sert 
d'intermédiaire  entre  les  envoyés  de  la  Commune  et  M.  Da- 
net,  resté  en  permanence  à  l'ambulance,  avec  MM.  Brochin, 
Ferdut,  plusieurs  jeunes  aides-majors,  Blondeau,  pharma- 
cien, et  l'of licier  comptable,  M.  Hénault. 

On  répond  aux  insurgés  qu'il  est  impossible  d'évacuer 
l'ambulance  en  deux  heures,  et  que  deux  cents  blessés  des 
leurs  (on  force  à  dessein  le  chiffre)  seront  grillés  si  on  met 
le  feu. 

Pendant  ce  temps,  on  arme  les  officiers  malades,  pour 
soutenir  au  besoin  un  assaut,  et  un  capitaine  blessé  du 
402*=  bataillon  de  la  garde  nationale,  M.  Colas,  accepte  la 
mission  de  se  rendre  auprès  de  la  Commune,  pour  demander 
un  nouveau  sursis.  11  est  accompagné  d'un  sergent  infir- 
mier. Celui-ci  revient  et  apporte  la  réponse  que  le  délégué 
au  VI''  arrondissement  a  donné  sa  parole  d'honneur  que  le 
Palais  ne  sera  brûlé  qu'après  le  départ  du  dernier  ma- 
lade. En  même  temps  l'ordre  est  donné  d'enlever  le  pétrole  : 
cet  ordre  est  exécuté. 

Le  soir,  les  fédérés  doivent  revenir,  pour  réaliser  leur 
projet  d'incendie.  Mais  à  midi  les    Versaillais,  marins   en 


INCENDIE    DU    LUXEMBOURG  278 

tête,  pénètrent  dans  le  Palais  et  les  soldats  de  la  Com- 
mune fuient  du  côté  du  Panthéon.  Ils  se  vengent  une  heure 
après  en  mettant  le  feu  à  la  poudrière,  dont  l'explosion  a 
brisé  toutes  les  fenêtres  et  toutes  les  glaces  du  Palais  et 
des  maisons  des  quartiers  du  Luxembourg  et  de  l'Odéon. 

L'ambulance  a  donc  préservé  le  Palais  de  l'incendie  :  les 
fédérés  ne  pouvaient  s'arrêter,  dans  leur  fureur,  que  de- 
vant leurs  compagnons  darmes  blessés.  La  protection  n'a 
pu  être  aussi  eflicace  contre  les  balles  et  les  obus  dirigés 
par  la  batterie  fédérée  du  Panthéon.  Le  côté  du  Luxembourg 
qui  fait  face  à  la  rue  Soufflot  a  été  criblé  de  projectiles.  Les 
salles  de  malades  avaient  été,  quelques  instants  auparavant, 
évacuées;  il  n'y  a  eu  aucun  blessé. 

Cependant,  létat-major  du  général  de  Cissey  prenait  pos- 
session du  petit-Palais,  refoulant  l'ambulance  dans  le  grand 
Luxembourg.  Bientôt  celui-ci  était  disputé  par  toutes  les 
administrations  que  l'incendie  a  chassées  des  autres  palais, 
entre  autres  par  l'administration  préfectorale  et  l'adminis- 
tration judiciaire.  M.  Ferry,  arrivé  le  premier,  a  commencé 
de  suite  à  y  installer  ses  bureaux.  L'ambulance  a  dû  lui 
céder  la  place;  elle  a  évacué  ses  malades  et  ses  blessés  sur 
le  Val-de-Gràce  ou  l'ambulance  Saint-Sulpice. 

Ouverte  le  14  septembre  1870,  fermée  le  31  mai  i87f, l'am- 
bulance du  Sénat  a  rendu  de  nombreux  services  pendant  le 
siège  et  sous  le  règne  de  la  Commune.  Grâce  à  elle,  Paris 
possède  encore,  au  milieu  de  îanl  de  ruines,  Tun  de  ses  plus 
beaux  monuments. 

Les  deux  épisodes  que  nous  venons  de  relater 
montrent  que  partout,   soit  dans  l'exercice  de  leur 

iv-18 


274  LE    CABINET    SECRET    DE    L  HISTOIRE 

profession,  soit  en  présence  d'un  danger  quelconque, 
les  médecins  savent  élever  leur  courage  à  la  hauteur 
des  circonstances. 

Cette  nouvelle  constatation  valait  d'être  faite  ;  elle 
est  tout  à  l'honneur  du  corps  auquel  nous  sommes 
fier  d'appartenir. 


UN  ROMAN  VECU  A  TROIS  PERSONNAGES. 
ALFRED    DE    MUSSET,    GEORGE    SAND,    LE    D'    PAGELLO. 


I 


Ce  fut  un  beau  tapage  dans  le  Landerneau  des 
lettres,  quand  parut,  dans  la  plus  accréditée  des  Re- 
vues \  le  récit,  fait  par  la  survivante,  d'un  drame 
à  trois  personnages,  dont  le  premier  rôle  venait  de 
disparaître  de  la  scène.  Ce  «  procès-verbal  de  né- 
cropsie  »,  comme  on  l'a  qualifié,  produisit  une  sen- 
sation des  plus  vives.  La  critique  de  l'époque  n'eut 
pas  de  peine  à  reconnaître  dans  ce  roman  une  apo- 
logie dont  la  sincérité  fut  à  bon  droit  suspectée. 

Dès  la  publication  à' Elle  et  Lui,  on  devina  qu'il 
se  cachait,  sous  des  noms  d'emprunt,  des  person- 
nages en  chair  et  en  os,  et  on  s'essaya  de  toutes 
parts  à  pénétrer  le  mystère  :  «  J'entends  dire  par- 
tout que  ce  sont  des  personnages  réels,  sinon  tous 
vivants,  écrivait  Prévost-Paradol  ;  que  c'est  le  plai- 

•  Revue  des  Deux-Mondes,  1859. 


276  LE    CABINET   SECRET    DE    l'hISTOIRE 

doyer  de  Thérèse  contre  Laurent,  ou  plutôt  l'oraison 
funèbre  de  Laurent  fulminée  par  Thérèse  ;  que  ce 
Laurent  n'était  pas  un  peintre,  mais  un  grand  poète 
déchu,  dont  on  a  dit  spirituellement  avant  sa  mort  : 
que  c'était  un  jeune  homme  de  beaucoup  de  passé. 
On  ajoute  que  ce  voyage  en  Italie,  c'est  la  vérité 
même  ;  que  Thérèse  y  a,  en  effet,  perdu  sa  bourse  et 
son  repos  ;  que  Laurent  y  a  perdu  ses  illusions  et  sa 
santé.  11  n'y  a  que  Palmer  qui  reste  dans  l'ombre  et 
que  le  gros  public  s'obstine  à  ne  pas  reconnaître  ^  » 

Au  temps  où  Prévost-Paradol  écrivait  ces  lignes» 
on  ne  pouvait  que  soupçonner  la  véritable  histoire 
à' Elle  et  Lui  :  on  était  trop  près  des  événements,  et  on 
n'avait,  au  reste,  que  la  déposition  d'un  seul  témoin. 

Lui  et  Elle  ^  fut  une  riposte  brutale,  et  c'est  le  plus 
grave  reproche  qu'on  puisse  lui  adresser  ;  du  moins 
avait-il,    sur    le    roman    qui    lui   servait    d'excuse, 

^  Journal  des  Débats,  3  mars  1859. 

"  Publié  pour  la  première  fois  dans  le  Magasin  de  Librairie,  en  1859, 
Nous  ne  citons  que  pour  mémoire  les  diverses  publications  parues 
après  les  ouvrages  de  G.  Sand  et  de  Paul  de  Musset.  Et  d'abord  Lui. 
par  Louise  Colet,  paru  pour  la  première  fois  dans  le  Messager  de  Paris, 
en  1859.  Lui,  on  a  deviné  qu'il  s'agit  d'Alfred  de  Musset,  à  qui  Elle  résiste, 
pour  rester  fidèle  au  Léonce  qu'EUe  aime,  et  qui  ne  saurait  être  que  Gus- 
tave Flaubert. 

Dans  Eux  et  Elles,  M.  de  Lescure  a  résumé  en  quelques  traits  piquants 
toute  cette  orgie  littéraire  :  «  Elle  et  Lui  est  une  calomnie  vis-à-vis  d'un 
mort  ;  Lui  et  Elle,  une  violence  vis-à-vis  d'une  femme  ;  Lui,  une  coquet_ 
terie.  Elle  et  Lui  flétrit  par  vengeance  une  réputation  que  Lui  et  Elle 
défend  par  orgueil,  et  que  Lui  compromet  par  vanité.  » 


UN  ROMAN  VÉCU  A  TROIS  PERSONNAGES      277 

l'avantage  de  la  bonne  foi.  L'auteur  avait  un  devoir 
à  remplir,  sinon  un  droit  à  exercer  ;  il  pouvait  ne 
pas  exercer  le  droit,  il  ne  lui  était  pas  permis  de  se 
dérober  au  devoir.  Qu'il  ait  exagéré  sur  certains 
points,  qu'il  ait  mal  traduit  la  pensée  de  son  frère, 
dont  il  fut  le  plus  sûr  et  le  plus  dévoué  confident, 
c'est  ce  qu'un  excès  d'affection  suffirait  à  expliquer. 

Aveuglés  tous  deux  par  la  passion,  ni  l'un  ni  l'autre 
ne  disait  la  vérité  sans  restriction.  Fut-il  coupable  ? 
fut-elle  implacable?  Il  est  difficile  de  porter  un  juge- 
ment, après  lecture  de  deux  ouvrages  manifestement 
composés  avec  quelque  artifice,  on  Lui  nous  apparaît 
comme  un  grand  enfant  gâté,  impressionnable  à  l'ex- 
cès, terriblement  soupçonneux;  où  Elle  se  montre 
plus  calme,  plus  indifférente,  «  sans  vertu  ni  tempé- 
rament »,  comme  on  l'a  si  bien  définie. 

Pour  nous  faire  une  opinion,  des  pièces  manquaient 
au  dossier  :  ces  pièces  étaient  les  lettres  échangées 
entre  les  deux  amants,  entre  Lélia  et  Fantasio,  entre 
George  Sand  et  Alfred  de  Musset. 

Peut-être  aurait-on  couru  le  risque  de  prolonger 
et  d'envenimer  une  querelle  qui  n'avait  que  trop 
duré,  en  mettant  à  nu,  sous  les  yeux  des  contem- 
porains, les  sentiments  ou  les  faiblesses  de  deux 
génies.  Mais,  à  cette  heure,  ne  sommes-nous  pas  «  la 
postérité  qui  juge  ^  »  ?  La  liaison  de  Musset  et  de 

*  Revue  bleue,  15  octobre  1892. 


278  LE    CABINET   SECRET   DE   l'hISTOIRE 

George  Sand,  n'est-ce  pas  le  grand  roman  de  passion 
du  dix-neuvième  siècle,  comme  les  amours  de  Jean- 
Jacques  et  de  Mme  d'Houdetot  ont  été  celui  du  siècle 
dernier  ?  Le  récit  de  cette  liaison  n'appartient-il  pas 
à  l'histoire  littéraire  au  même  titre  que  les  Confes- 
sions ?  Depuis  Rousseau,  on  n'avait  pas  étalé  aussi 
publiquement  ses  misères  les  plus  cachées  ;  on 
n'avait  pas  ouvert  aussi  grandes  les  portes  de  Fabri 
secret  où  le  sage  cache  sa  vie  ;  on  n'avait  pas  pétri 
à  ce  point  sa  chair  et  son  cœur,  pour  en  faire  de  la 
matière  à  écrire. 

Les  héros  du  drame  dont  nous  allons  dérouler  les 
phases  se  sont  peints  eux-mêmes  dans  la  plupart 
de  leurs  œuvres,  et  leurs  aventures  amoureuses  ont 
été  autant  de  prétextes  à  de  belles  strophes  ou  à 
d'admirables  périodes.  N'est-elle  pas  de  George  Sand 
elle-même  cette  phrase,  qui  nous  servirait  au  besoin 
d'épigraphe  : 

«  Il  y  a  toujours  de  la  personnalité  forcée  dans  les 
livres  que  nous  écrivons,  car  avec  quoi  écririons- 
nous  nos  livres,  si  ce  n'était  avec  les  expériences  de 
notre  vie  *  ?  » 


*  C'est  ce  que  M.  Marcel  Prévost  a  lui-même  observé  en  termes  excel- 
lents :  «  Réjouissons-nous  qu'elle  ait  souvent  rencontré,  dans  sa  vie,  assez 
d'amour  réel  pour  enfiévrer  vingt  chefs-d'œuvre.  Car  nul  plus  qu'elle  n'a 
fait  sa  littérature  avec  sa  vie.  Elle  était  exactement  ce  type  par  excel- 
lence du  romancier  :  un  organisme  intellectuel  qui  reçoit  de  la  réalité, 
'assimile  et  la  travaille  par  un  mécanisme  aussi  mystérieux,  aussi  invo- 


UN    ROMAN    VÉCU    A   TROIS    PERSONNAGES  279 


II 


Pour  qui  veut  connaître  la  vérité  sur  un  des  ro- 
mans vécus  de  ce  siècle,  qui  faillit  tourner  parfois 
plus  à  la  tragédie  qu'à  l'idylle,  il  n'est  source  d'in- 
formation plus  sûre  que  les  propres  écrits  des  person- 
nages qui  y  ont  été  si  intimement  mêlés.  L'histoire 
que  nous  avons  entrepris  de  conter  est  fort  banale, 
mais  n'est-ce  pas  précisément  pour  ce  motif  «  qu'elle 
saisit  au  vif  toute  créature  humaine  et  que_,  dans  le 
drame  où  se  heurtent  deux  vies,  exceptionnelles  sur- 
tout par  la  rare  expression  de  sentiments  communs 
à  tous  les  hommes,  nous  cherchons,  non  l'éclat  du 
scandale,  mais  comme  un  suggestif  raccourci  de 
nous-mêmes  »? 

Ceux-ci,  d'ailleurs,  n'ont  rien  épargné  pour  attirer 
sur  eux  le  regard,  tant  le  besoin  de  se  dire  à  tous 
les  tourmente  ;  et  c'est  déjà  la  marque  de  cette  qua- 
lité spéciale  de  passion  qui  ne  se  suffit  pas  à  elle- 
même.  Tout  vrais  que  sont  leurs  sentiments,  toutes 
vibrantes  que  soient  leurs  sensations,  ils  n'en  ont 
pas  la  pudeur.  Ils  veulent  les  parler,  les  figurer,  les 

lontaire  presque  que  celui  de  l'estomac,  et  restitue  finalement  un  récit. 
Latouche,  qui  la  connaissait  bien,  disait  d'elle  :  »  C'est  un  écho  qui  agran- 
dit la  voix.  »  Elle  l'agrandissait  à  ce  point,  que  la  plus  pauvre  réalité, 
transmuée  par  elle,  devenait  poème.  » 


28o 


LE    CABINET    SECBET    DE    L  HISTOIRE 


dramatiser  pour  tous  ;  et  tous,  au  fond  de  Tâme,  leur 
savent  gré  de  découvrir  ainsi  d'affreuses  plaies  pour 
l'enseignement,  pour  la  consolation  peut-être,  de 
ceux  qui,  toujours  espérant,  toujours  déçus  —  d'au- 
trui  comme  d'eux-mêmes  —  n'auront  jamais  connu 
que  des  réalisations  de  rêve.  Combien,  dont  nous 
n'avons  rien  su,  ont  peut-être  connu  des  heures  plus 
tragiques,  sans  pouvoir  —  ou  même  sans  vouloir  — 
s'alléger  le  cœur  d'une  confession  d'artiste  ! 

Tel  n'est  point  le  cas  de  George  Sand  et  d'Alfred 
de  Musset.  Ils  ont  parlé,  pleuré,  chanté,  crié,  pris 
l'univers  à  témoin  de  leur  âme.  Ecoutons  et  jugeons, 
puisqu'on  nous  y  convie. 

Mais,  a-t-on  objecté,  les  écrivains  n'appartiennent 
au  public  que  par  leurs  œuvres.  Quand  nous  nous 
enquérons  des  incidents  de  leur  vie  privée,  nous 
faisons  preuve  d'une  curiosité  malsaine  ou  d'une  mé- 
diocrité envieuse.  «  Nous  nous  consolons  de  ne  pas 
avoir  égalé  leur  génie,  en  les  contemplant  dans  les 
postures  les  plus  fâcheuses.  »  N'est-ce  pas  cependant 
le  moyen,  pour  le  moraliste  ouïe  psychologue,  d'avoir 
une  notion  plus  exacte,  plus  complète,  d'une  œuvre, 
que  de  connaître  plus  intimement  celui  qui  l'a  conçue 
et  exécutée  ? 

Et  puis,  toutes  ces  correspondances,  tous  ces  mé- 
moires, dont  on  défend  le  caractère  privé,  qu'on 
entend  préserver  d'un  «  viol  »,  n'ont-ils  pas  été  soi- 
gneusement étiquetés,  classés   par  leurs  auteurs  et 


ALFRED    DK    MLSSET 


ALFRED    DE    MUSSET 


UN  ROMAN  VKCU  A  TROIS  PERSONNAGES       281 

destinés,  dans  leur  pensée,  à  une  publicité  posthume? 

C'est  pour  notre  conscience  un  allégement  de 
constater,  sous  le  couvert  et  l'autorité  de  M.  Jules 
Lemaitre,  «  que  ces  extases,  ces  tortures,  ces  cris, 
ce3  sanglots  de  George  et  d'Alfred,  et  ce  mirifique 
essai  d'amour  à  trois,  tout  cela,  aussitôt  vécu,  et 
avant  même  d'être  fini,  s'est  sagement  transformé 
en  «  copie  »,  et  en  copie  de  premier  ordre,  puisque 
ce  fut  celle  de  Jacques  et  des  Lettres  d'un  voyageur^ 
des  Nuits  et  de  On  ne  badine  pas  avec  Vamour^  en 
attendant  la  Confession  d'un  Enfant  du  siècle. 
Cela  nous  rappelle  que  la  matière  première  des  plus 
beaux  livres  n'est,  fort  souvent,  qu'une  réalité  souil- 
lée et  médiocre.  Cela  nous  rassure,  en  outre,  sur  le 
cas  de  ceux  qui,  ayant  eu  cette  aventure,  en  ont  su 
tirer  à  mesure  cette  prose  et  ces  vers.  Et  cela  nous 
avertit  de  ne  pas  croire  ingénument  à  leur  souffrance 
et  de  réserver  notre  pitié  pour  les  vrais  malheureux.  » 

Ce  préambule  ne  nous  a  pas  paru  sans  utilité,  pour 
répondre  aux  critiques  qui  ont  accueilli  la  première 
version  ^  de  l'épisode  dont  nous  reprenons  le  récit. 

III 

On  n'ignore  plus  dans  quelles  circonstances  Mus- 

*  CeUe  première  version  a  paru   dans   la   Bévue   hebdomadaire,  des 
1"  août  et  24  octobre  1896. 


282  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

set  et  George  Sand  se  rencontrèrent,  ne  s'étant  encore 
jamais  vus  :  c'était  à  un  dîner  offert  par  la  Revue  des 
Deux-Mondes,  au  restaurant  des  Frères  Proven- 
çaux^. Les  deux  écrivains  étaient  voisins  de  table  ; 
la  conversation  s'engagea  très  amicalement,  et  on  se 
quitta  avec  promesse  de  se  revoir.  Ce  fut  l'origine 
de  leur  liaison.  Alfred  de  Musset  alla  deux  ou  trois 
fois,  dans  la  semaine  qui  suivit,  chez  George  Sand. 
Trois  ou  quatre  mois  plus  tard,  paraissait  Ze/i'a. 

George  Sand  envoyait  son  livre  à  Musset,  en  l'ac- 
compagnant d'une  lettre  qui,  selon  l'expression 
de  Mme  Arvède  Barine,  à  qui  nous  devons  de  si 
curieuses  et  si  sûres  informations,  «  marque  un  pro- 
grès dans  l'intimité  »   des  deux  personnages. 

Nous  avons  eu  l'occasion  de  voir  l'exemplaire  même 
de  Lélia,  offert  par  George  Sand  à  Alfred  de  Mus- 
set :  c'est  Mme  Martellet,  l'ancienne  gouvernante 
du  poète  ^,   qui  l'a  actuellement    en  sa  possession. 

^  M.  Mariéton,  dans  son  livre  {Une  histoire  d'amour,  G.  Sandet  A.  de 
Musset),  où  il  a  tiré  un  si  habile  parti  des  publications  antérieures,  prétend 
que  «  cette  réunion  n'a  été  précisée  nulle  part.  M.  Mariéton  veut  dire  que 
la  date  n'en  a  pas  été  précisée,  car  il  n'ignore  pas  que  c'est  P.  de  Musset 
qui  en  a  parlé  le  premier  dans  la  biographie  de  son  frère.  C'est  pour  nous 
un  témoignage  suffisant  pour  la  vérité  du  fait  en  lui-même. 

*  Mme  Martellet  avait  reçu  peu  de  confidences  de  Musset,  sur  ses  rela- 
tions avec  G.  Sand.  Elle  nous  a  conté  toutefois  cette  anecdote  plaisante  : 
Dès  les  premiers  temps  de  la  liaison  du  poète  avec  l'auteur  de  Lélia,  Gus- 
tave Planche  fréquentait  beaucoup  chez  G.  Sand,  dont  il  était  le  chien 
fidèle,  le  patito.  Jaloux  du  crédit  de  plus  en  plus  croissant  dont  jouissait 
Musset  auprès  de  la  maîtresse  de  la  maison,  il  imagina  un  jour  pour  l'éloi- 


UN  ROMAN  VÉCU  A  TROIS  PERSONNAGES      283 

L'édition  originale  était  en  deux  volumes  in-8°  ;  sur 
la  feuille  de  garde  du  premier,  se  lit  cette  dédi- 
cace, qui  indique  une  certaine  familiarité  de  rapports  : 
«  A  monsieur  mon  gamin  d'Alfred,  George.  » 

La  suscription  du  second  volume  est  plus  céré- 
monieuse ;  la  dédicace  en  est  ainsi  libellée  :  «  A 
monsieur  le  vicomte  Alfred  de  Musset,  George 
Sand.  » 

Un  mois  ne  s'était  pas  écoulé  depuis  la  publication 
de  Lélia,  que  Musset  et  George  Sand  étaient...  les 
meilleurs  amis  du  monde  ;  George  Sand  Tannon- 
çait,  sans  lui  demander  le  secret,  à  Sainte-Beuve, 


gnerun  procédé  infernal  :il  offrit  à  Musset,  avec  un  sourire  des  plus  hypo- 
crites, des  bonbons  de  chocolat  ;  à  peine  le  poète  eut-il  absorbé  deux 
ou  trois  de  ces  bonbons,  qu'il  fut  tourmenté  du  désir...  d'aller  rejoindre 
le  sonnet  d'Oronte.  En  sa  qualité  de  fils  de  pharmacien,  Planche  avait  à 
sa  disposition  tous  les  produits  de  l'officine,  et  ce  qu'il  avait  donné  à 
Musset  c'étaient...  des  bonbons  purgatifs  !...  Planche  émule  des  Borgia, 
qui  l'eût  jamais  supposé  ? 

On  s'étonna  généralement  que  Planche  se  fût  constitué  le  b7"auo  de 
Mme  Sand  et  la  petite  presse  ne  manqua  pas  d'en  faire  malicieusement 
la  remarque.  De  là  à  dire  que  G.  Planche  était  l'un  des  amants  de  G.  Sand 
U  n'y  avait  qu'un  pas  et  qui  fut  vite  franchi.  C'était  un  méchant  potin  : 
G.  Sand  s'en  est  expliquéavec  son  directeurde  conscience,  Sainte-Beuve 
en  termes  qui  respirent  la  plus'grande  franchise  :  «  Planche  a  passé  pour 
être  mon  amant  :  peu  m'importe.  Il  ne  lest  pas.  Il  m'importe  beaucoup 
maintenant  qu'on  sache  qu'il  ne  l'est  pas,  de  même  qu'il  m'est  parfai- 
tement indifférent  qu'on  croie  qu'il  l'a  été.  Vous  comprenez  que  je  ne 
puis  vivre  dans  l'intimité  avec  deux  hommes  qui  passeraient  pour  avoir 
avec  moi  des  rapports  de  même  nature  ;  cela  ne  convient  à  aucun  de 
nous  trois.  »  Lettre  du  25  août  1833. 


28^  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

qu'elle  avait  pris  depuis  peu  pour  confesseur  *. 
Le  ménage  s'accorda  tout  d'abord  à  merveille. 
George  Sand  parle  de  son  nouvel  ami  en  termes 
enthousiastes.  «  Je  trouve  une  candeur,  une  loyauté, 
une  tendresse  qui  m'enivrent,  écrit-elle  à  Sainte- 
Beuve  *.  C'est  un  amour  de  jeune  homme  et  une  ami- 

*  Musset  avait  pris  le  même  conQdent.  Un  de  nos  amis,  M.  Maurice 
Guibert,  possède  une  lettre  de  Musset  au  critique  des  Lundis,  dont  il  a 
bien  voulu  nous  autoriser  à  prendre  copie.  Bien  qu'elle  ne  soit  pas  datée, 
elle  se  rapporte,  selon  toute  vraisemblance,  à  l'épeque  de  la  liaison  de 
Musset  avec  G.  Sand.  Quant  à  l'authenticité  de  l'autographe,  elle  est  in- 
discutable :  le  père  de  M.  Guibert  tenait  la  lettre  de  M.  Aug.  Lacaus- 
sade,  ancien  secrétaire  de  Saint-Beuve,  à  qui  celui-ci  l'avait  donnée. 
Voici  le  document  : 

«  Je  ne  vais  plus  vous  voir,  mon  ami,  c'est  que  je  ne  le  puis,  ah  mon 
ami,  si  vous  avez  jamais  souffert  de  ce  misérable  mal  d'amour,  plaignez- 
moi  en  vérité.  J'aimerais  mieux  avoir  les  deux  jambes  cassées. 

«  Voilà  deux  jours  que  je  ne  l'ai  vue,  et  qui  sçait  quand  ce  sera  ?  Elle 
est  gardée  —  Adieu  —  j'ai  le  cerveau  en  capilotade,  soyez-moi  discret, 
j'en  suis  honteux. 

«  A  vous  de  cœur, 

•<  A.  DE  M. 

«  Mercredi  matin.  » 
Nous  avions  cru  tout  d'abord  qu'il  s'agissait  dans  cette  lettre  de 
G.  Sand.  Mais,  d'après  M.  Maurice  Clouard,  elle  s'appliquerait  plutôt  aux 
relations  de  Musset  avec  une  autre  femme.  Elle  serait  de  la  même  date 
(1828  ou  29)  qu'une  autre  lettre  que  M.  Clouard  avait  en  sa  possession,  et 
qui  porte  pour  toute  date  :  Lundi.  ^  J'ai  passé  la  soirée,  écrit  Musset,  avec 
la  plus  belle  femme  que  j'aie  vue  de  ma  vie.  C'est  une  fille  entretenue 
et  très  bien...  »  Ces  deux  lettres  sont  adressées  à  Sainte-Beuve,  19,  rue 
Notre-Dame-des-Champs.  Or,  en  1833,  Sainte-Beuve  habitait  déjà,  depuis 
deux  ou  trois  ans,  boulevard  Montparnasse,  1  ter,  près  de  Victor  Hugo. 

*  La  première  lettre  de  G.  Sand  à  Sainte-Beuve  date  du  5  juin  1833. 


UN  ROMAN  VÉCU  A  TROIS  PERSONNAGES      285 

tié  de  camarade...  Je  suis  heureuse,  très  heureuse... 
Chaque  jour  je  m'attache  à  lui  ;  chaque  jour  je  vois 
s'effacer  en  lui  les  petites  choses  qui  me  faisaient 
souffrir*.  » 

On  aurait  pu  augurer  que  cette  association,  où 
jeunesse  et  talent  étaient  mis  en  commun,  serait  à 
jamais  indissoluble  ;  les  deux  amoureux  n'avaient, 
semblait-il,  qu'à  goûter  en  paix  leur  bonheur  et  à  en 
savourer  toutes  les  ivresses.  Mais  la  destinée  devait 
autrement  en  décider.  Jamais,  il  est  vrai,  elle  ne  réu- 
nit deux  êtres  plus  disparates.  «  Les  deux  forçats  de 
l'amour  rivés  à  la  même  chaîne  n'avaient  entre  eux 
aucun  point  de  rapport,  ni  dans  les  habitudes  de  tra- 
vail, ni  dans  les  tendances  intellectuelles,  ni  dans  les 
aptitudes,  ni  dans  les  sentiments  ;  seules,  les  sensa- 
tions ont  pu  les  rapprocher.  »  Une  chose  encore  les 
séparait,  la  différence  d'âge  qui  existait  entre  eux 
deux  :  George  Sand n'avait  pas  moins  de  trente  ans, 
Musset  en  avait  tout  au  plus  vingt-trois,  à  l'époque 
où  fut  projeté  le  voyage  en  Italie^. 

L'histoire  ne  dit  pas   lequel  des  deux  amant.s  en 
conçut  le  premier  désir.  Sans  doute,  la  jeune  femme 


*  Lettre  du  25  août  précitée.  Elle  venait  de  quitter  Prosper  Mérimée, 
qu'elle  avait  «  connu  >•  huit  jours.  (Cf.  F.  Chambo,  Notes  sur  Prosper 
Mérimée;  Paris,  Dorbon,  1903,  p.  40-44.) 

*  Nous  passons  rapidement  sur  cette  période  de  l'existence  amoureuse 
des  deux  jeunes  gens,  leur  vraie  lune  de  miel,  parce  qu'on  la  trouve  tout 
au  long  exposée  tant  dans  Lui  et  Elle  que  dans  Elle  et  Lui. 


286  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

en  dut  être  l'inspiratrice,  et  Alfred  n'eut  qu'à  se  lais- 
ser conduire.  Le  biographe  de  Musset,  son  frère 
Paul,  a  conté  que  ce  ne  fut  que  sur  Tinsistance  de 
George  Sand  que  le  consentement  de  la  mère  d'Al- 
fred fut  donné  ou  plutôt  arraché  dans  un  moment 
d'émotion  ^  Le  22  décembre  1833,  les  deux  amants, 
après  avoir  fait  un  court  séjour  à  Lyon,  descendaient 
le  Rhône  jusqu'à  Avignon.  Ils  se  rencontrèrent  sur  le 
bateau  avec  Stendhal  (Henri  Beyle) ,  qui  allait  pren- 
dre possession  de  son  poste  de  consul  à  Civita-Vec- 
chia. 

Après  être  restés  quelques  jours  à  Gênes,  où  George 
Sand  fut  prise  de  fièvre,  les  deux  amants  se  dirigè- 
rent sur  Livourne,  puis  de  là  sur  Pise,  et  enfin  vers 
Florence  ^.  Les  voyageurs  ne  firent  que  traverser 
Bologne  et  Ferrare,  pour  arriver  bientôt  à  Venise 
(19  janvier  iSSIi).  Le  jour  même  de  son  arrivée, 
George  Sand  prenait  le  lit  ;  elle  était  souffrante 
depuis  Gênes.  Elle  y  fut  retenue  pendant  deux  se- 
maines par  la  fièvre. 

Le  28  janvier,  elle  annonce  à  son  ami  Boucoiran 
qu'  «  elle  va  bien  au  physique  comme  au  moral  ».  Mais 


^  Sur  le  départ,  voir:  P.  de  Musset,  Biographie  d'Alfred  de  Musset, 
p.  121  ;  et  P.  DE  Musset,  Lui  et  Elle, 

-  C'est  en  lisant  les  chroniques  florentines  qu'il  vint  à  Alfred  de  Mus. 
set  l'idée  d'écrire  une  œuvre  dramatique  dont  le  titre  n'était  pas  encore 
arrêté  dans  son  esprit  :  ce  fut  l'origine  de  Lorenzaccio  (P.  de  Musset 
Biographie  d'Alfred  de  Musset,  p.  128). 


UN  ROMAN  VÉCU  A  TROIS  PERSONNAGES      287 

l'accalmie  devait  être  de  courte  durée.  Une  semaine 
après,  George  Sand  était  tourmentée,  cinq  jours 
durant,  par  la  dysenterie,  et  annonçait  à  son  corres- 
pondant que  son  compagnon  était  malade  aussi. 
«  Nous  ne  nous  en  vantons  pas,  lui  disait-elle,  car 
nous  avons  à  Paris  une  foule  d'ennemis  qui  se 
réjouiraient  en  disant  :  «  Ils  ont  été  en  Italie  pour 
s'amuser,  et  ils  ont  le  choléra  !  quel  plaisir  pour 
nous  !  ils  sont  malades*.  » 


IV 


C'est  vers  le  milieu  de  février  que  Musset  avait 
été  pris  de  fièvre  cérébrale.  On  fit  alors  appeler 
un  médecin  italien  qui  demeurait  dans  le  voisi- 
nage. Ce  praticien,  qu'on  avait  envoyé  chercher  à 
midi,  n'était  encore  pas  arrivé  à  quatre  heures. 
h' Angélus  sonnait  aux  églises  lorsque,  enfin,  se 
présenta  Villustrissimo  doctore  Bebizzo^  (ou  Be- 
rizzo),  un  vieillard  de  quatre-vingts  ans,  coiffé  d'une 
perruque,  jadis   noire  et  roussie  par  le  temps,   dont 


1  An-ède  Babine,  Alfred  de  Musset;  Paris,  Hachette,  1893. 

*  Louise  Colet(L7£aiie  des  Italiens,  t.  I,  p.  248)  prétend  que  le  vieux 
docteur  appelé  auprès  de  Musset  s'appelait  Santini  ;  qu'elle  tenait  ce 
détail  du  maître  de  l'hôtel  Danieli  M.  Barbiera,  dans  ses  articles  de  1'//- 
lustrazione  Italiana,  parus  au  mois  de  novembre  1896.  articles  visible- 
ment inspirés  par  la   famille  Pagello,  confirme  le  dire  de  Mme  Colet. 


LE   CABINET  SECRET   DE    L  HISTOIRE 

sa  personne  offrait  remblème  décrépit  ^  Après  exa- 
men du  malade,  il  fut  décidé  qu'on  lui  ferait  une  sai- 
gnée ;  mais  le  vieux  docteur,  qui  n'y  voyait  goutte, 
eut  la  plus  grande  peine  à  découvrir  la  veine,  et  fi- 
nalement déclara  que,  courant  risque  de  ne  pas  pi- 
quer au  bon  endroit,  il  préférait  s'abstenir.  Il  pro- 
mettait d'ailleurs  d'envoyer  un  jeune  confrère,  qui  ti- 
rerait autant  de  palettes  de  sang  que  le  signor  fran- 
çais le  pourrait  désirer.  Le  soir  même  se  faisait 
annoncer,  à  l'hôtel  Danieli,  situé  sur  le  quai  des  Es- 
clavons,  où  Musset  et  George  Sand  avaient  pris  une 
chambre,  le  jeune  docteur  en  question  :  il  s'appelait 
Pietro  Pagello. 

Ce  n'était  pas  la  première  fois  que  le  docteur  Pa- 
gello se  trouvait  en  présence  de  G.  Sand  :  il  lui 
avait  déjà  donné  des  soins  quelques  jours  aupara- 
vant ;  Pagello  a  lui-même  conté  dans  quelles  circons- 
tances ^: 

C'est  eu  février  1834,  écrit-il,  que  je  connus  G.  Sand  et  de 
la  façon  suivante.  Un  domestique  de  l'auberge  Danieli,  située 
sur  la  Riva  degîi  Schiavoni  (à  Venise),  vint  me  chercher  pour 
une  dame  française  malade.  Je  partis  de  suite  et  vis  cette 
dame  couchée  sur  un  petit  lit,  coiiïée  d'un  foulard  rouge.  Près 

1  Cf.  Lui  et  Elle,  p.  131. 

*  Ce  n'est  qu'en  1881,  c'est-à-dire  près  d'un  demi-siècle  après  Tévéne- 
ment,  que  Pagello  consentit  à  rompre,  pour  la  première  fois,  le  silence 
Jusque-là  gardé.  Un  journal  de  la  Péninsule,  Yllluslrazione  Italiana, 
du  1"  mai  1881,  recueillit  ses  premières  confidences. 


à 


GEORGE    SAND 


GEORGE    SAND 


UN  ROMAN  VÉCU  A  TROIS  PERSONNAGES      289 

du  lit  était  un  grand  jeune  homme,  maigre  et  blond,  qui  me 
dit  :  «  Cette  dame  soullre  d'une  forte  migraine  dont  une  sai- 
gnée peut  la  débarrasser.  » 

J'examinai  le  pouls  qui  était  dur  et  tendu.  Je  fis  la  saignée 
et  partis.  Je  la  revis  le  lendemain.  Elle  allait  mieux,  me  re- 
çut aimablement  et  me  dit  qu'elle  se  portait  bien. 

Environ  quinze  jours  après,  le  même  domestique  de  l'au- 
berge vint  me  chercher.  11  avait  un  billet  signé  :  George 
Sand.  Ce  billet  était  écrit  en  mauvais  italien.  Je  crus  y  com- 
prendre que  le  monsieur  français  que  j'avais  vu  dans  sa 
chambre  était  très  malade,  quil  avait  un  délire  continuel,  et 
qu'elle  me  priait  de  courir  en  hâte. .. 

Pagello  se  rendit  avec  empressement  à  cet  appel  et 
se  mit  aussitôt  en  mesure  de  prescrire  au  malade  une 
médication  énergique  *.  Pendant  plus  de  huit  jours, 
il  ne  quitta  guère  le  chevet  de  son  nouveau  client. 

On  connaît  aujourd'hui  le  texte  du  billet  ou  plutôt 
de  la  lettre  dans  laquelle  George  Sand  priait  le  docteur 
Pagello  de  venir  voir  Musset.  Nous  la  reproduisons 
ci-après  '^  : 

1  Pagello  ordonna  des  compresses  d'eau  glacée  et  celte  potion  cal- 
mante : 

Aq.  ceras.  nigr Çij. 

Laud.  liquid.  Sydn.,  gult XX. 

Aq.  coob.  laur.  ceras.,  gutt XV. 

D'  Pagello. 
Autrement  dit  : 

Eau  de  cerises  noires 1  once,  2  gros. 

Laudanum  liquide  de  Sydenham.    .    .    .    20  gouttes. 

Eau  distillée  de  laurier-cerise 15  gouttes. 

*  La  traduction  française  de  cette  lettre,  dont  il  a  été  donné  d'importants 

iv-19 


290  le  cabinet  secret  de  l  histoire 

Mon  cher  Monsieur  Païello  (Pagello), 

Je  vous  prie  de  venir  nous  voir  le  plus  tôt  que  vous  pour- 
rez avec  un  médecin  pour  conférer  ensemble  sur  l'état  du 
malade  français  de  1  Hôtel  Royal.  Mais  je  veux  vous  dire  au- 
paravant que  je  crains  plus  pour  sa  raison  que  pour  sa  vie. 
Depuis  qu'il  est  malade,  il  a  la  tète  excessivement  faible  et 
raisonnesouventcoinme  un  enfant.  C'est  cependantun  homme 
d'un  caractère  énergique  et  d'une  puissante  imagination.  C  est 
un  poète  fort  admiré  en  France.  Mais  l'exaltation  du  travail, 
de  l'esprit,  le  vin,  la  fête,  les  femmes,  le  jeu  l'ont  beaucoup 
atigué  et  ont  excité  ses  nerfs.  Pour  le  moindre  motif,  il  est 
fagité  comme  pour  une  chose  d'importance. 

Une  fois,  il  y  a  trois  mois  décela,  il  a  été  comme  fou  toute 
une  nuit,  à  la  suite  d'une  grande  inquiétude.  Il  voyait  comme 
des  fantômes  autour  de  lui,  il  criait  de  peur  et  d'horreur.  A 
présent,  il  est  toujours  inquiet  et,  ce  matin,  il  ne  sait  pres- 
que ni  ce  qu'il  dit,  ni  ce  qu'il  fait.  Il  pleure,  se  plaint  d'un 
mal  sans  nom  et  sans  cause,  demande  son  pays  et  dit  qu'il 
est  près  de  mourir  ou  de  devenir  fou.  Je  ne  sais  si  c'est  là  le 
résultat  de  la  fièvre  ou  de  la  surexcitation  des  nerfs  ou 
d'un  principe  de  folie.  Je  crois  qu'une  saignée  pourrait  le 
soulager. 

Je  vous  prie  de  faire  toutes  ces  observations  au  médecin,  et 

extraits  dans  la  Gazette  anecdotique  de  1886  (t.  I,  p.  272),  a  été  publiée  par 
M.  le  vicomte  Spoelberch  de  Lovenjoul,  dans  une  étude  des  plus  docu- 
mentées, parue  dans  la  revue  internationale  Cosmopolis  (mai-juin  1896). 
Elle  rentrait  trop  dans  notre  sujet  pour  que  nous  ne  la  fassions  pas 
figurer  dans  cette  étude.  —  L'article  de  M.  de  Lovenjoul  a  été  publié  en 
volume,  en  1897,  sous  le  titre  de  :  La  Véritable  histoire  de  elle  et  lui. 


UN  ROMAN  VECU  A  TROIS  PERSONNAGES      29I 

de  ne  pas  vous  laisser  rebuter  par  la  difûculté  que  présente 
la  disposition  indocile  du  malade.  C'est  la  personne  quej'aime 
le  plus  au  monde,  et  je  suis  dans  une  grande  angoisse  de  le 
voir  en  cet  état. 

J'espère  que  vous  aurez  pour  nous  toute  l'amitié  que  peu- 
vent espérer  deux  étrangers.  Excusez  le  misérable  italien  que 
j'écris. 

George  Sand. 

Le  personnage  de  Pagello  est  resté  longtemps  à 
l'état  de  personnage  légendaire  et  beaucoup  n'ont 
considéré  ce  héros  de  roman  que  comme  un  héros  de 
fiction.  Nous  allons  faire  connaître  les  multiples  dé- 
marches, heureusement  couronnées  de  succès,  que 
nous  avons  dû  faire  pour  découvrir  la  mystérieuse 
retraite  où  il  s'était  confiné. 

Lors  de  son  passage  à  Paris,  M.  le  vicomte  de 
Lovenjoul,  au  cours  d'une  visite  dont  il  voulut  bien 
nous  honorer,  nous  avait  longuement  entretenu  de 
son  projet  de  publication  de  la  véritable  histoire  de 
Elle  et  Lui,  qu'il  venait  d'achever.  Au  cours  de  cette 
conversation,  il  fut  naturellement  question  du  docteur 
Pagello,  qui  jouait,  dans  ce  roman  à  trois  person- 
nages, un  rôle  qui  semblait  de  prime  abord  assez 
énigmatique. 

—  Ainsi,  demandai-je  à  mon  interlocuteur,  vous 
n'avez  pu  vous  procurer  aucun  renseignement  sur  ce 


oc)2  LE    CABINET    SECRET   DE   L  HISTOIRE 

personnage,  sur  ses  origines,  sur  son  genre  d'exis- 
tence? 

—  Tout  ce  que  j'en  sais,  nous  répondit  M.  de  Lo- 
venjoul,  c'est  qu'il  vit  toujours,  qu'il  habite  Bellune, 
qu'il  est  très  âgé,  et  quil  se  refuse  absolument  àpar- 
ler^.  Quelques  heures  après  cet  entretien,  nous  écri- 
vionsàunamihabitantl'Italie,  le  priant  de  nous  aidera 
retrouver  Pagello.  La  réponse  se  fit  attendre  bien  près 
d'unmois.Nouscommencionsàdésespérer,  quand  nous 
parvint  l'important  document,  si  curieux  à  tant  d'égards 
que  nous  avons  eu  la  bonne  fortune  de  publier  le  pre- 
mier. M.  le  professeur  Vittorio  Fontana,  de  Bellune, 
docteur  ès-lettres,  lié  personnellement  avec  le  fils  du 
docteur  Pagello,  avait  bien  voulu  se  charger  de  faire 
sur  place  l'enquête  que  nous  avions  sollicitée  de  son 
obligeance,  et  c'est  le  résultat  de  cette  enquête  qu'il 
nous  transmit.  Le  professeur  Fontana  écrivant 
dans  un  français  correct,  nous  n'avons  pas  eu  la 
moindre  retouche  à  faire  à  son  texte.  Nous  n'avons 
que  modifié  une  expression  qui  aurait  pu  paraître... 
osée  à  des  lecteurs  français  non  prévenus.  Voici  la 
communication  de  M.  Fontana  : 

'  M.  Barbiera,  dans  son  article  de  Vlllustrazione  Italiana,  du  15  no- 
vembre 1896,  prétend  que  c'est  à  la  suite  d'une  conversation  avec  M  de 
Lovenjoul  que  la  Revue  hebdomadaire  décida  de  faire  une  enquête  à 
Bellune,  sur  l'existence  du  docteur  Pagello.  Ceci  est  complètement  erroné: 
l'enquête  a  été  spontanément  faite  par  nous,  de  même  que  plus  lard  fut 
décidé  notre  voyage  en  Italie,  sans  que  la  Revue  nous  ait,  en  aucune  façon 
chargé  d'une  mission. 


UN  ROMAN  VÉCU  A  TROIS  PERSONNAGES       293 

A  peine  ai-je  reçu  votre  lettre  du  1  i,  que  je  me  suis  em- 
pressé de  faire   les  recherches  dout  vous  m'avez  chargé. 

Plusieurs Rellunoism'ont  donné  de  petits  renseignements, 
mais  incertains.  Je  me  suis  donc  décidé  à  me  présenter 
chez  la  famille  Pagello,  et  voici  les  informations  officielles 
que  j'ai  obtenues  du  fils,  du  docteur  Giusto  Pagello,  méde- 
cin primaire  iprincipal  de  l'hôpital  civil. 

Piètre  Pagello  naquit  à  Castelfranco-Veneto  l'an  1807  •. 
Il  fît  ses  études  chirurgicales  à  l'Université  de  Pavie.  Venu 
à  Venise,  il  fut  élu  médecin  adjoint  du  professeur  Rima, 
puis  médecin  primaire  de  l'hôpital  de  cette  ville  ^. 

Vers  1832  ou  34  (mais  non  plus  tard),  on  appela  d'urgence 
au  chevet  d'Alfred  de  Musset,  qui  se  trouvait  malade  à 
YHôîel  Danieli,  un  vieux  médecin,  lequel  s'étant  mis  à  faire 
une  saignée  au  poète,  fut  arrêté  par  Mme  Sand,  parce  qu'elle 
lui  voyait  la  main  tremblante.  Alors  le  vieux  médecin  pro- 
mit de  lui  envoyer  un  médecin  jeune,  et  ce  fut  Pietro  Pagello, 
qui  n'abandonna  plus  le  malade.  Une  nuit,  George  Sand, 
après  avoir  écrit  trois  pages  d'une  prose  poétique  très  ins- 
pirée (M.  Pagello  les  conserve,  et  elles  sont   inédites),  prit 

*  Dans  une  lettre,  adressée  au  journal  italien  \' lUiistrazione  populàre, 
gioi-nale  per  le  famiglie,  le  25  mars  1896,  nous  relevons  ces  renseigne- 
ments, donnés  par  Pietro  Pagello  lui-même  :  «  Pietro  Pagello,  flls  de 
Domenico  Pagello  et  de  Mme  Maria  Casalini,  légitimement  mariés,  né  le 
15  juin  1807,  fut  baptisé  à  l'église  de  Sainte-Marie  de  Pavie  de  Castel 
franco  Vénitien.  » 

-  Il  fit  ses  premières  études  à  Trévise,  suivit  les  cours  de  la  Faculté 
de  médecine  et  de  chirurgie  de  Padoue,  puis  vint  à  Pavie,  où  il  eut  pour 
maitre  en  chirurgie  le  renommé  professeur  Scarpa.  En  1828,  il  s'établit  à 
Venise  et  fut  interne  à  l'hôpital  de  cette  ville,  dans  le  service  du  doc- 
teur Rima. 


294  LE    CABI^ET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

une  enveloppe  sans  adresse,  y  mit  la  poétique...  déclaration 
et  remit  la  lettre  au  docteur  Pagello.  Celui-ci,  ny  voyant 
aucune  adresse,  n'y  comprit  rien  ou  feignit  de  n'y  rien  com- 
prendre et  demanda  à  G.  Sand  à  qui  il  devait  porter  la  lettre. 
G.  Sand  lui  arracha  alors  l'enveloppe  des  mains  et  y 
écrivit  l'adresse  :  «.  Au  slupide  Pagello  ».  Depuis  cette 
nuit,  commença  entre  l'un  et  l'autre  une  relation...  très 
intime.  Pietro  Pagello  et  G.  Sand  partirent  ensuite  de  Venise, 
visitèrent  les  lacs  de  Garde  et  de  la  Lombardie,  et  arrivè- 
rent à  Paris,  où  le  jeune  Pagello  s'arrêta  pendant  sept  ou 
huit  mois.  Puis  ayant  rompu  la  relation  avec  G.  Sand,  se 
trouvant  sans  argent  et  étant  rappelé  par  la  famille  et  ses 
devoirs  professionnels,  il  revint  à  Venise.  De  là  il  passa  à 
Belluno  en  1837  et  ne  quitta  plus  cette  ville,  où  il  occupa  la 
place  de  médecin  primaire  de  l'hôpital  civil,  place  qu'en  se 
retirant,  il  y  a  peu  d'années,  il  laissa  à  son  fils  le  docteur 
Giusto.  C'est  à  Belluno  que  Pietro  Pagello  s'est  marié  ^, 
qu'il  a  eu  plusieurs  fils,  et  maintenant,  malgré  ses  quatre- 
vingt-neuf  ans,  il  conserve  toute  la  lucidité  et  sérénité  de 
son  intelligence  et  jouit  d'une  excellente  santé.  Mais  de  sa 
bouche  l'on  ne  peut  rien  savoir  sur  G.  Sand  :  il  a  écrit  un 
mémorial  que  sa  fille  aînée  garde  auprès  d'elle,  et  quant  au 
reste  il  se  tient  muet. 

1  Le  docteur  Pagello  épousa,  en  premières  noces,  en  18.%,  Margherita 
Piazza,  qui  décéda  en  1842  ;  il  en  eut  deux  enfants  :  Giorgio,  qui  est  mort 
en  1878,  et  Ada  Pagello,  actuellement  veuve  Antonini,  qui  habite  tantôt  à 
Mogliani,  tantôt  à  Venise.  En  1849,  Pietro  Pagello  épousa  en  secondes 
noces  Margherita  Zuliani  qui,  malgré  ses  78  ans,  se  porte  très  bien  ;  il 
en  eut  trois  fils,  tous  vivants  :  Roberto,  Maria  et  Giusto,  le  chirurgien. 
Ce  dernier  n'a  qu  une  fillette.  Un  de  ses  frères  est  marié,  mais  il  n'a  pas 
d'enfants. 


UN  ROMAN  VÉCU  A  TROIS  PERSONNAGES       296 

Dans  ses  années  de  jeunesse,  ce  fut  un  beau  talent  :  il 
s'amusa  à  faire  des  vers  S  et  l'on  sait  que  pour  G.  Sand  il 
écrivit  une  chansonnette  vénitienne,  longtemps  chantée  à 
Venise,  et  dont  on  se  souvient  encore  maintenant  : 

Ti  xe  bêla,  ti  xe  zovene, 
Ti  xe  fresca  comme  un  fier  ; 
Vien  per  tute  le  so  lacreme,  etc. 

Quelques  poésies  de  Pagello  ont  été  imprimées  à  l'occa- 
sion  de  mariages  ou  dans  d'autres  circonstances.  On  sait 
qu'il  a  fourni  la  matière  à  quelque  roman  de  G.  Sand,  sur- 
tout, paraît-il,  aux  Souvenirs  d'un  voijageur  ;  il  l'aida  aussi 
dans  les  traductions  qu'elle  fit  faire  ici  en  Italie,  ayant  be- 
soin d'argent.  Chez  les  Pagello,  j'ai  vu  quelques  autres  sou- 
venirs de  ces  temps...  erotiques.  Je  remarque  notamment  un 
portrait  du  jeune  docteur  fort  beau,  peint  par  Bevilacqua, 
alors  précisément  que  Pietro  Pagello  était  lié  avec  G.  Sand. 
De  ce  portrait  la  famille  a  fait  faire  une  reproduction  pho- 
tographique fort  bien  réussie,  et  elle  na  aucune  difficulté  à 
l'envoyer  si  on  la  lui  demande.  Maintenant  Pietro  Pagello 
vit  tranquillement  au  sein  de  sa  famille... 

Notre  correspondant  ajoutait  qu'il  croyait  savoir 
qu'il  se  trouvait  entre  les  mains  d'un  écrivain  italien 
toute  une  correspondance  de  George  Sand  àPagello, 

1  Pagello  fut  un  poète,  et  un  poète  des  plus  distingués.  Ce  qu'il  y  a 
dans  son  cas  de  particulièrement  caractéristique,  c'est  que  ses  vers  ne 
furent  jamais  imprimés.  (Rer.e  des  Revues,  1896,  p.  572,  cf.  intermé- 
diaire des  Chercheurs  et  Curieux,  1883,  col.  257-258.) 


296  LE    CABINET   SECRET    DE    l'hISTOIRE 

mais  qui  ne  verrait  pas  le  jour  du  vivant  de  ce  der- 
nier. 

Désireux  d'avoir  quelques  renseignements  complé- 
mentaires sur  le  docteur  Pagello,  nous  nous  adres- 
sâmes à  son  fils,  M.  le  docteur  Just  Pagello,  méde- 
cin principal  de  l'hôpital  civil  de  Bellune^  Nous 
extrayons  de  sa  réponse  les  passages  qui  ont  le  plus 
particulièrement  trait  à  notre  sujet  : 

...  Mon  père  se  porte  très  bien,  et  dans  ce  mois  (la 
lettre  est  datée  du  9  juin  1896)  il  entre  dans  sa  quatre- 
vingt-neuvième  année. 

Documents  et  lettres  resteront  dans  la  réserve,  et  j'es- 
père que  vous  voudrez  bien  admettre  les  raisons,  autant 
délicates  que  naturelles,  qui  empêchent  mon  père  d'en  repaî- 
tre la  curiosité  publique.  Je  tâcherai,  cependant,  de  vous 
faire  parvenir  copie  de  la  lettre  (splendide  morceau  poéti- 
que), dans  laquelle  George  Sand  déclara  à  mon  père  son 
amour,  pendant  une  nuit,  à  l'hôtel  Danielide  Venise,  mais 
ce  sera  difficile... 

Sur  nos  instances  pressantes,  le  docteur  Pagello 
fils,  qui  était    parvenu,  non  sans  efforts,  à  vaincre 

*  Notre  confrère  Marcel  Baudouin  nous  a  fait  connaître  le  sujet  de  la 
thèse  de  doctorat,  soutenue  par  le  docteur  Pagello  fils,  en  1888.  Elle  por- 
tait le  litre  suivant  :  La  medicazione  al  deuto-chlorure  di  mercuri  negli 
ospitali  poveri  ;  10  p.  in-8,  Padoue,  L.  Ponada. 

Le  docteur  Pagello  père  a  publié  des  brochures  techniques,  mais 
ayant  [dus  particulièrement  trait  à  la  chirurgie.  Nous  en  avons  donné  la 
liste  dans  la  Chronique  médicale  (1896). 


UN  ROMAN  VECU  A  TROIS  PERSONNAGES      297 

les    résistances    de    son  père,    nous   envoyait,   à   la 
date  du  22   aoûl^  la   «  déclaration  »  promise. 

Je  crois  fermement,  nous  écrivait-il  à  cette  occasion,  que 
le  morceau  est  inédit.  L'original  est  à  Belluno  dans  l'album 
d'une  tante  à  laquelle,  il  y  a  un  demi-siècle,  l'a  donné  mon 
père,  avec  l'absolue  prohibition  de  le  laisser  copier  et 
encore  moins  publier.  Je  vous  l'envoie  et  le  conlie,  en  témoi- 
gnage de  la  sympathie  que  vous,  homme  de  lettres  et  médecin, 
m'avez  inspirée,  sans  vous  en  défendre  la  publication,  si 
tôt  ou  tard  vous  croyez  n'en  pas  priver  la  littérature  de 
votre  nation.  Peut-être  que  de  l'aventure  de  mon  père  rien 
autre  ne  sera  rendu  public  :  peut-être  que  rien  d'autre  n'est 
digne  de   voir  le  jour. 

C'est  donc  bien  avec  l'agrément  de  la  famille  Pa- 
gello,  que  nous  avons  livré  à  la  publicité  la  page 
admirable  que  les  uns  liront  pour  la  première  fois 
et  que  la  plupart  des  autres  voudront  relire  ^  Si  nous 
nous  sommes  rendu  à  Bellune,  c'était  surtout  pour 
confronter  la  copie  manuscrite  qui  nous  était  envoyée 
avec  la  lettre  elle-même. 

Cette  lettre,  dont  l'original  a  été  placé  sous  nos 
yeux,  portait  ce  titre  énigmatique  :  En  Morée.  Il  est 
vraisemblable  que  George  Sand  a  voulu  mettre  :  En 
Amore,  et  que  dans  sa  précipitation,  peut-être  aussi 
par  suite  de  sa  connaissance  imparfaite  de  la  langue 

1  Elle  a  fait  le  tour  de  la  presse  française  et  étrangère. 


298  LE    CABINET   SECRET   DE    l'hISTOIRE 

italienne,  elle  ait  mal  écrit  la  légende  qui  devait 
servir,  dans  sa  pensée,  d'épigraphe  à  sa  déclaration; 
mais  ce  n'est  là  qu'une  hypothèse  \ 

En  tête  de  l'autographe,  nous  avons  relevé  ces 
lignes  d'une  autre  écriture  que  l'autographe  lui- 
même  : 

Venezio,  dO  julio  1834. 

Pielro  Pagello  ad  Antoniella  Segalo  dona  quesio  manus- 
crillo  di  Giorgio  Sand. 

«  Pietro  Pagello  a  donné  ce  manuscrit  de  George  Sand  à 
Antoinette  Segato.  t> 

Voici  maintenant  la  maîtresse  page,  que  d'aucuns  ont 
jugée  digne  de  figurer  dans  les  anthologies  futures  : 

1  M.  Barbiera  croit  savoir  que  le  titre  de  En  Morée  «  semblait  expri- 
mer un  amour  des  pays  enflammés  du  soleil,  un  amour  de  feu,  un  amour 
furieux.  Et  puis,  ajoute-t-il,  à  cette  époque,  ce  nom  de  la  Morée  se 
rouvait  sur  toutes  les  lèvres  françaises.  Il  y  avait  à  peine  six  ans 
qu'avait  eu  lieu  l'expédition  de  Morée,  sous  les  ordres  du  général  Maison, 
et  on  en   gardait  encore  le  souvenir.  »    C'est  une  explication  originale, 

Un  homme  de  lettres,  M.  Félix  Franck,  à  la  suite  de  la  publication  de 
notre  article  dans  la  Revue  hebdomadaire,  nous  flt  part  des  réflexions 
qui  suivent  : 

<>  Il  semble  difficile  d'admettre  que  George  Sand  ait  écrit  cette  devise 
hybride  :  En  (préposition  française)  et  Amore  (substantif  italien).  Elle 
ne  pouvait  ignorer  que  notre  en  se  dit  in  dans  la  langue  italienne.  Mais 
il  me  paraît  très  simple  et  très  logique  de  lire  ici  le  vieux  mol  français  : 
Enamorée,  ressouvenir  de  Jean  de  Meung,  l'auteur  du  Roman  de  la  Rose 
et  d'autres  poètes  du  temps  jadis.  »  Cette  explication  nous  parait  pour 
le  moins  subtile. 


UN  ROMAN  VECU  A  TROIS  PERSONNAGES      299 

En  M  orée. 

Nés  sous  des  deux  différents^  nous  n'avons  ni  les 
mêmes  pensées  ni  le  même  langage  ;  avons-nous  du 
moins  des  cœurs  semblables  ? 

Le  tiède  et  brumeux  climat  d'oii  je  viens  m'a  laissé 
des  impressions  douces  et  mélancoliques  ;  le  généreux 
soleil  qui  a  bruni  ton  front,  quelles  passions  V a-t-il  don- 
nées ?  Je  sais  aimer  et  souffrir^  et  toi  comment  aimes-tu? 

L'ardeur  de  tes  regards,  Vélreinte  violente  de  tes  bras, 
l'ardeur  de  tes  désirs  me  tentent  et  me  font  peur.  Je  ne 
sais  ni  combattre  ta  passion  m  la  partager.  Dans  mon 
pays  on  n'aime  pas  ainsi  ;  je  suis  auprès  de  toi  comme 
une  pâle  statue,  je  te  regarde  avec  étonnement,  avec 
désir.,  avec  inquiétude. 

Je  ne  sais  pas  si  tu  m'aimes  vraiment.  Je  ne  le  saurai 
jamais.  Tu  prononces  à  peine  quelques  mots  dans  ma 
langue,  et  je  ne  sais  pas  assez  la  tienne  pour  te  faire  des 
questions  si  subtiles.  Peut-être  est-il  impossible  que  je 
me  fasse  comprendre  quand  même  je  connaîtrais  à  fond 
la  langue  que  tu  parles. 

Les  lieux  où.  nous  avons  vécu,  les  hommes  qui  nous 
ont  enseignés,  sont  cause  que  nous  avons  sans  doute  des 
idées,  des  sentiments  et  des  besoins,  inexplicables  l'un 
pour  l'autre.  Ma  nature  débile  et  ton  tempérament  de 
feu  doivent  enfanter  des  pensées  bien  diverses.  Tu  dois 
ignorer  ou  mépriser  les  mille  souffrances  légères  qui 
m'atteignent,  tu  dois  rire  de  ce  qui  me  fait  pleurer. 

Peut-être  ne  connais-tu  pas  les  larmes. 

Seras-tu    pour    moi    un   appui    ou  un  maître  ?  Me 


300  LE    CABINET   SECRET    DE    l'hISTOIRE 

consoleras-tu  des  maux  que  fai  soufferts  avant  de  te 
rencontrer?  Sauras-tu  pourquoi  je  suis  triste  ?  Connais- 
tu  la  compassion,  la  patience,  l' amitié?  On  t'a  élevé 
peut-être  dans  la  conviction  que  les  femmes  n'ont  pas 
d'âme.  Sais-tu  qu'elles  en  ont  une  ?  N'es-tu  ni  chrétien, 
ni  musulman,  ni  civilisé,  ni  barbare;  es-tu  homme? 
Qu'y  a-t-il  dans  cette  mâle  poitrine,  dans  cet  œil  de  lion, 
dans  ce  front  superbe  ?  Y  a-t-il  en  toi  une  pensée  noble 
et  pure,  un  sentiment  fraternel  et  pieux  ?  Quand  tu  dors, 
rêves-tu  que  tu  voles  vers  le  ciel  ?  Quand  les  hommes  te 
font  du  mal,  espères-tu  en  Dieu  ? 

Serai-je  ta  compagne  ou  ton  esclave  ?  Me  désires- 
tu  ou  m'aimes-tu  ?  Quand  ta  passion  sera  satisfaite, 
sauras-tu  me  remercier  ?  Quand  je  te  rendrai  heureux, 
sauras-tu  me  le  dire  ? 

Sais-tu  ce  que  je  suis,  et  f  inquiètes-tu  de  ne  pas  le 
savoir  ?  Suis-je  pour  toi  quelque  chose  d'inconnu  qui  te 
fait  chercher  et  songer,  ou  ne  suis-je  à  tes  yeux  qu'une 
femme  semblable  à  celles  qui  engraissent  dans  les  ha- 
rems? Ton  œil,  oiije  crois  voir  briller  un  éclair  divin, 
n'exprime-t-il  qu'un  désir  semblable  à  celui  que  ces 
femmes  apaisent  ?  Sais-tu  ce  que  c'est  que  le  désir  de 
Vâme  que  n'assouvissent  pas  les  temps,  qu'aucune  caresse 
n'endort  ni  ne  fatigue?  Quand  ta  maîtresse  s'endort 
dans  tes  bras,  restes-tu  éveillé  à  la  regarder,  à  prier 
Dieu  et  à  pleurer  ? 

Les  plaisirs  de  l'amour  te  laissent-ils  haletant  et 
abruti,  ou  te  jettent-ils  dans  une  extase  divine  ?  Ton 
âme  survit-elle  à  ton  corps,  quand  tu  quittes  le  sein  de 
celle  que  tu  aimes? 


UN  ROMAN  VÉCU  A  TROIS  PERSONNAGES       3o  1 

Oh  !  quand  Je  te  verrai  calme,  saura  i-Je  si  tu  penses 
ou  si  tu  te  reposes  ?  Quand  ton  regard  deviendra  languis- 
sant, sera-ce  de  tendresse  ou  de  lassitude  ? 

Peut-être  penses-tu  que  tu  ne  connais  pas...  *,  que  je 
ne  te  connais  pas.  Je  ne  sais  ni  ta  vie  passée,  ni  ton  ca- 
ractère, ni  ce  que  les  hommes  qui  te  connaissent  pensent 
de  toi.  Peut-être  es- tu  le  premier,  peut-être  le  dernier 
d'entre  eux.  Je  t'aime  sans  savoir  si  Je  pourrai  t'estimer, 
Je  f  aime  parce  que  tu  me  plais,  peut-être  serai  Je  for- 
cée de  te  haïr  un  Jour. 

Si  tu  étais  un  homme  de  ma  patrie,  Je  t'interrogerais 
et  tu  me  comprendrais.  Mais  Je  serais  peut-être  plus 
malheureuse  encore,  car  tu  me  tromperais. 

Toi  du  moins  ne  me  tromperas  pas,  tu  ne  me  feras 
pas  de  vaines  promesses  et  des  faux  serments.  Tu  m'ai- 
meras comme  tu  sais  et  comme  tu  peux  aimer.  Ce  que 
J'ai  cherché  en  vain  dans  les  autres,  Je  ne  le  trouverai  peut- 
être  pas  en  toi,  mais  Je  pourrai  toujours  croire  que  tu 
le  possèdes.  Les  regards  et  les  caresses  d'amour  qui  m'ont 
toujours  menti,  tu  me  les  laisseras  expliquer  à  mon  gré, 
sans  y  Joindre  de  trompeuses  paroles.  Je  pourrai  inter- 
préter ta  rêverie  et  faire  parler  éloquemment  ton  silence. 
J'attribuerai  à  tes  actions  l'intention  que  Je  te  désirerai. 
Quand  tu  me  regarderas  tendrement,  Je  croirai  que  ton 
âme  s'adresse  à  la  mienne  ;  quand  tu  regarderas  le  ciel. 
Je  croirai  que  ton  intelligence  remonte  vers  le  foyer 
éternel  dont  elle  émane. 

*  Le  manuscrit  original  est  coupé  à  cet  endroit,  ainsi  que  nous  avons 
pu  nous  en  assurer  de  visu  ;  mais  il  ne  nous  a  pas  semblé  que  ce  filt  une 
mutilation  volontaire. 


302  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOIRE 

Bestons  donc  ainsi,  n'apprends  pas  ma  langue,  Je  ne 
veux  pas  chercher  dans  la  tienne  les  mois  qui  te  diraient 
mes  doutes  et  mes  craintes.  Je  veux  ignorer  ce  que  tu  fais 
de  ta  vie  et  quel  rôle  tu  Joues  parmi  les  hommes.  Je 
voudrais  ne  pas  savoir  ton  nom.  Cache-moi  ton  âme  que 
Je  puisse  toujours  la  croire  belle. 

Cet  hymne  inspiré,  cette  brûlante  invocation  avait 
été  improvisée  en  moins  d'une  heure  par  George 
Sand,  en  présence  même  du  docteur,  tandis  qu'à 
leurs  côtés  sommeillait  le  poète  qu'agitaient  les  con- 
vulsions de  la  fièvre  ! 


Après  lecture  de  cette  épître  ardente,  produit  d'une 
imagination  en  délire,  nous  avions  plus  que  jamais 
le  désir  de  connaître  celui  qui  l'avait  inspirée.  C'est 
ce  désir  qui  nous  fit  entreprendre  le  voyage  dont 
nous  allons  narrer  les  péripéties. 

Nous  ne  prévoyions  certes  pas,  avant  de  nous 
rendre  à  Bellune,  quelles  difficultés  nous  attendaient  ; 
nous  ne  pouvions  deviner  que  le  docteur  Pagello  non 
seulement  ne  parlait  pas  notre  langue,  mais  encore 
était  atteint  d'une  complète  surdité.  Heureusement, 
son  fils,  le  docteur  Just  Pagello,  médecin  en  chef  de 
l'hôpital  civil  de  Bellune,  voulut  bien  nous  servir 
d'interprète,  secondé  par  Mme  Pagello,  qui  se  mon- 


UN  ROMAN  VÉCU  A  TROIS  PERSONNAGES      3o3 

tra,  en  la  circonstance,  d'une  amabilité  et  d'une  bonne 
grâce  dont  nous  gardons  un  reconnaissant  souvenir. 

Il  fut  entendu  que  nous  établirions  une  liste  de 
questions  qui  seraient  transmises  par  M.  Pagello  fils 
à  son  père,  dans  leur  traduction  italienne.  Le  vieillard 
répondrait  dans  sa  langue,  et  ses  réponses  devaient 
être  à  leur  tour  traduites  en  français,  à  notre  inten- 
tion, par  le  docteur  Just  Pagello.  Inutile  d'ajouter 
que  nous  avions  reçu,  au  préalable,  l'assurance  que 
notre  visite  serait  accueillie  avec  plaisir  par  notre 
vénéré  confrère. 

Après  un  moment  d'attente  dans  un  salon  coquet- 
tement meublé,  le  docteur  Just  Pagello  vint  nous 
prévenir  que  son  père  nous  attendait.  Deux  ou  trois 
marches  gravies  et  nous  nous  trouvions  dans  le  ca- 
binet  de  travail    où  se  tenait  le  vieillard. 

Il  nous  apparut  blotti  dans  un  des  coins  les  plus 
reculés  de  la  pièce,  enfoncé  dans  un  fauteuil  sans 
style,  d'où  il  se  souleva  à  notre  approche.  De  haute 
stature,  mais  voûtée  par  les  ans,  le  docteur  Pietro 
Pagello  avait  conservé  une  verdeur  qui  n'accusait 
pas  son  âge  ;  mais  on  avait  peine  à  évoquer,  devant 
ce  masque  sénile,  le  brillant  cavalier  des  temps  ro- 
mantiques. 

C'est  avec  une  véritable  courtoisie  que  nous 
accueillit  le  docteur  Pietro  Pagello,  qui  parut  flatté 
de  la  recherche  dont  il  était  l'objet.  Son  fils 
nous  ayant   prévenu   que   son   père   était  tout  à  fait 


3o4  LE    CABINET   SECRET    DE    l'hISTOIRE 

sourd,  et  qu'il  serait  préférable  de  s'en  tenir  à  une 
conversation  par  écrit,  nous  acceptâmes  ce  mode 
d'interview,  dont  la  nouveauté  n'était  pas  pour  nous 
déplaire,  et,  assis  à  la  table  qu'on  nous  désigna, 
nous  nous  mimes  en  devoir  d'établir  notre  ques- 
tionnaire. 

Le  docteur  Pagello  fils  traduisait  au  fur  et  à  me- 
sure les  réponses  faites  par  son  père  à  nos  questions, 
et  ce  sont  ces  réponses  que  nous  allons  reproduire, 
au  moins  dans  leur  esprit,  sinon  dans  leur  texte 
rigoureux. 

Ma  mémoire,  nous  dit  le  respectable  octogénaire,  me  ser- 
vira peut-être  mal,  c'est  si  loin,  tout  cela  !  Vous  voudrez 
bien  excuser  ses  défaillances... 

On  a  dit  que  j'avais  conseillé  le  retour  en  France  d'Alfred 
de  Musset,  pour  rester  seul  auprès  de  la  Sand  (le  docteur 
Pagello  ne  parle  pas  en  d'autres  termes  de  Mme  Sand,  mais 
cette  expression  n'a  dans  sa  bouche  aucun  caractère  inju- 
rieux). C'est  une  erreur  absolue  :  c'est  Alfred  de  Musset  qui 
voulut,  malgré  mes  conseils,  joints  aux  prières  de  George 
Sand,  s'embarquer  pour  la  France,  encore  incomplètement 
remis  et  à  peine  convalescent  d'une  maladie  à  laquelle  il 
avait  failli  succomber.  Cette  maladie  avait  été  des  plus 
sérieuses  ;  vous  en  jugerez  quand  vous  saurez  que  c'était 
une  typhoï dette  (sic),  compliquée  de  délire  alcoolique. 

Alfred  de  Musset,  selon  moi,  n'était  pas  un  épileptique, 
ainsi  que  certains  l'ont  insinué  ;  les  crises  qu'il  avait  étaient 
des  crises  d'alcoolisme  aigu  ;  c'était  un  fort  buveur,  et,  comme 


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0       ^ 


LE    D"'    PAGELLO 


LE    U""   PAGELLO 


UN  ROMAN  VÉCU  A  TROIS  PERSONNAGES       3o5 

il  avait  un  système  nerveux  très  surmené,  l'usage  des 
boissons  spiritueuses  a  achevé  de  le  détraquer. 

Quelle  a  été  notre  existence  commune,  à  la  Sand  et  à  moi, 
après  le  départ  de  Musset  ?  Je  vais  essayer  de  vous  le  dire. 

Nous  avons  quitté  i>rcsque  tout  de  suite  Ihùtel  Danieli, 
pour  prendre  un  appartement  à  San  Faotino,  au  centre  de 
Venise,  où  nous  installâmes  notre  ménage. 

Mon  frère  Robert,  qui  est  mort  il  y  a  six  ans,  en  1890, 
habitait  sous  le  môme  toit  que  nous.  11  ne  comprenait  pas, 
lui  qui  ne  cédait  pas  facilement  aux  emportements  de  la 
passion,  comment  j'avais  pu  méprendre  de  la  Sand,  peu 
séduisante  à  son  gré  :  il  faut  vous  dire  que  George  Sand 
était  très  maigre  à  cette  époque. 

Dès  que  mon  père  connut  ma  liaison,  il  interdit  à  mon 
frère  de  rester  plus  longtemps  avec  nous.  Et  pourtant 
notre  vie  ne  se  passait  pas  qu'en  plaisirs.  George  Sand  tra- 
vaillait, et  travaillait  beaucoup.  Elle  ne  se  permettait  qu'une 
distraction  :  la  cigarette  ;  encore  écrivait-elle  tout  en  fu- 
mant. Elle  fumait  du  tabac  oriental  et  aimait  à  rouler  elle- 
même  ses  cigarettes  et  les  miennes.  Peut-être  était-ce  pour 
elle  une  source  d'inspiration,  car  elle  s'interrompait  sou- 
vent pour  suivre  les  spirales  delà  fumée,  noyée  dans  sa  rê- 
verie. 

C'est  pendant  son  séjour  à  Venise  qu'elle  a  composé,  sur 
cette  table  de  jeu  à  laquelle  je  suis  appuyé  en  ce  moment, 
ses  Lellres  d'un  voyageur,  et  aussi  son  roman  de  Jacques. 
.Je  lui  ai  été  dans  la  circonstance  d'un  faible  secours, 
et  ma  collaboration  sest  bornée  à  peu  de  chose  :  je  lui  ai 
fourni  quelques  renseignements  sur  l'histoire  de  Venise, 
sur   les  mœurs  du  pays  et  je   l'ai   souvent   accompagnée 

lv-20 


3o6  LE    CABINET   SECRET    DE    l'hISTOIRE 

dans  les  cabinets  de  lecture  et  à  la  bibliothèque  Marciana. 

Elle  possédait  bien  notre  langue,  mais  pas  assez  pour 
écrire  dans  des  revues  italiennes  ;  elle  n'a  jamais  songé,  du 
reste,  à  y  écrire.  Elle  avait  fort  à  faire  pour  composer  la 
«  copie  *»  destinée  à  la  Revue  des  Deux-Mondes,  car  régulière- 
ment elle  envoyasses  feuillets  à  M.  Buloz. 

Elle  travaillait  six  à  huit  heures  de  suite,  de  préférence 
dans  la  soirée  ;  le  plus  souvent,  le  travail  se  prolongeait 
assez  avant  dans  la  nuit  ;  elle  écrivait  sans  s'arrêter  et  sans 
faire  de  ratures. 

Les  traits  dominants  du  caractère  de  George  Sand  étaient 
la  patience  et  la  douceur,  une  douceur  inaltérable  :  elle  ne 
se  fâchait  jamais  et  se  montrait  toujours  satisfaite  de  son 
sort... 

Quand  nous  ne  mangions  pas  au  dehors,  elle  préparait 
elle-même  les  repas.  C'était  une  cuisinière  émérite,  qui  excel- 
lait dans  la  confection  des  sauces  ;  elle  aimait  beaucoup  le 
poisson,  aussi  était-ce  un  plat  qui  figurait  souvent  sur  notre 
table'. 

Elle  digérait  très  bien  toutes  sortes  d'aliments,  n'étant 
jamais  malade,  sauf  des  gastralgies  sans  gravité  ;  je  n'ai  pas 
eu  à  lui  prescrire  de  médicaments. 


Pagello  fréquentait  le  café  Florian,  rendez-vous  du  monde  élégant  de 
Venise,  et  la  pharmacie  d'Ancillo,  qui  passait  pour  la  plus  mauvaise 
langue  de  la  Vénétie.  M.  Clemenceau  a  rapporté,  dans  un  fort  curieux 
article  paru  dans  le  Journal  (1896),  qu'il  visita  jadis,  avec  un  ami  de  G. 
Sand,  <i  la  pharmacie  Ancillo,  campo  San  Luca,  où  Pagello  et  sa  compa- 
gne avaient  établi  leur  quartier  général,  et  la  maison  de  la  Corte  Minelli, 
où,  entre  deux  cris  de  désespoir  de  Jacques,  la  romancière  cuisinait  les 
merveilleuses  sauces  dont  se  délectait  l'Italien.  » 


UN  ROMAN  VÉCU  A  TROIS  PERSONNAGES       3o7 

Je  ne  dois  pas  oublier  de  vous  faire  connaître  un  talent 
particulier  de  George  Sand  :  elle  dessinait  admirablement, 
mais  c'était  surtout  dans  la  charge  qu'elle  se  plaisait.  Ses 
caricatures  étaient  des  plus  drolatiques;  elle  vous  croquait 
une  personne  en  deux  coups  de  crayon,  alors  mc^ine  qu'elle 
ne  l'avait  vue  qu'une  seule  fois.  Ma  fille  aînée  a  gardé  quel- 
ques-uns de  ces  dessins,  qu'elle  pourra  vous  montrer. 

George  Sand  buvait  beaucoup  de  thé,  pour  s'exciter  au 
travail. 


Le  vieillard,  à  ce  moment,  se  penchant  vers  une 
armoire  vitrée,  à  laquelle  son  fauteuil  se  trouvait 
adossé,  en  retira  une  tasse  à  larges  bords,  de  con- 
tours élégants,  munie  de  sa  soucoupe,  d'une  profon- 
deur inusitée.  Cette  tasse  présentait  cette  particula- 
rité, qu'elle  semblait  d'étain  fin,  alors  qu'au  toucher 
il  était  aisé  de  reconnaître  que  la  matière  qui  la 
constituait  était  une  poterie  vernissée,  une  de  ces 
terres  à  reflets  stannifères,  comme  on  en  fabrique, 
nous  a-t-on  assuré  depuis,  dans  les  environs  de 
Venise.  Après  l'avoir  un  instant  tenue  dans  nos 
mains,  nous  la  restituâmes  à  notre  interlocuteur, 
qui  nous  pria  de  la  conserver,  en  souvenir  de  notre 
entrevue.  «  De  tout  le  service,  il  ne  me  reste  plus  que 
quatre  tasses  »,  nous  dit  le  vieillard,  tenant  à  nous  as- 
surer de  la  valeur  qu'il  attachait  à  son  cadeau  ;  nous 
l'en  remerciâmes  d'autant  plus  vivement  et  le  priâmes , 
pour  mettre  le  comble  à  sa  gracieuseté,  d'accompa- 


3o8  LE    CABINET    SECRET    DE    L  HISTOIRE 

gner  son  don  de  quelques  lignes,  qui  lui  serviraient 
comme  de  certificat  d'origine.  D'une  écriture  un  peu 
tremblée,  le  docteur  Pagello  traça  ces  caractères  : 

Air  Egregio  D""  Cabanes, 

In  memoria  délia  visita,  che  mi  faceste  oggi  à  Belluno, 
vi  ollro  questa  tazza,  nella  quale  moite  volte  la  Sand  ha  for- 
bito  il  the  quando  abitava  con  me  a  Venezia. 

Belluno,  4  septembre  1896. 

Pietro  Pagello. 

Ce  qu'on  peut  traduire  : 

En  souvenir  de  la  visite  que  vous  m'avez  faite  ici,  à 
Bellune,  je  vous  offre  cette  tasse,  dans  laquelle  bien  des 
fois  la  Sand  a  bu  le  thé,  quand  elle  habitait  avec  moi  à 
Venise. 

Venise,  4  septembre  1896. 

Pietro  Pagello. 

Mais  reprenons  le  récit  du  D""  Pagello. 

En  quittant  Venise,  poursuivit  notre  interlocuteur 
George  Sand  et  moi  sommes  allés  à  Vérone,  puis  au  lac  de 
Garde,  à  Milan  et  de  là  à  Genève.  Nous  sommes  restés  très 
peu  de  temps  en  ces  divers  endroits,  et  nous  sommes  arrivés 
à  Paris  dans  les  premiers  jours  du  mois  d'août. 

Nous  nous  sommes  séparés  dès  notre  arrivée.  Je  n'ai 
voulu,  sous  aucun  prétexte,  accepter  l'hospitalité  qui  m'était 
offerte. 


UN  ROMAN  VÉCU  A  TROIS  PERSONNAGES      3o9 

J'ai  peu  fréquenté  le  monde  littéraire  pendant  mon  court 
Séjour  dans  la  capitale.  En  fait  de  gens  de  lettres,  je  ne 
me  rappelle  avoir  vu  que  Gustave  Planche  et  Buloz. 

Vous  êtes  surpris  que  je  ne  me  sois  pas  rencontré  avec 
d'autres  écrivains  ?  C'était  la  saison  des  vacances,  et  ils 
étaient  à  peu  près  tous  à  la  campagne. 

Quant  à  Musset,  je  lui  ai  rendu  plusieurs  fois  visite  ; 
j'en  ai  toujours  reçu  un  accueil  des  plus  courtois,  mais  dé- 
pourvu de  toute  expansion  cordiale  :  il  était,  au  reste, 
d'un  naturel  peu  expansif. 

Je  n'ai  conservé  de  rapports  qu'avec  un  Français,  un  ami 
de  Musset,  Alfred  Tattet,  un  original  s'il  en  fut,  très  ama- 
teur de  vin  de  Chypre,  dont  il  se  faisait  tous  les  ans  envoyer 
d'Italie  un  tonnelet  :  un  bon  vivant,  comme  vous  dites  en 
France.  Xous  avons  échangé  pas  mal  de  lettres,  mais  je  ne 
sais  dans  quel  coin  elles  peuvent  se  trouver  aujourd'hui  ; 
j'ignore  si  je  les  ai  même  conservées. 

J'habitais  à  Paris  S  rue  des   Petits-Augustins,  à  l'hôtel 


*  Pagello  logeait  à  Paris  dans  une  petite  chambre  située  au  4'  étage,  et 
allait  prendre  ses  repas  dans  une  pension  tenue  par  un  certain  Bunharda, 
Vénitien,  qui  était  hôtelier  à  Paris  depuis  trente-trois  ans...  Il  allait  quel- 
quefois au  Jardin  des  Plantes,  n'ayant  absorbé  qu'un  pain  et  quelques 
fruits,  après  avoir  fréquenté  la  clinique  de  Velpeau  et  d'autres  médecins 
illustres  de  Paris,  à  qui  G.  Sand  l'avait  recommandé,  pour  se  défaire  poli- 
ment de  lui.  Qui  peut  imaginer  les  jours  noirs  que  le  pauvre  chirurgien 
vénitien  doit  avoir  soufferts  dans  ce  brillant  capharnaOm  inconnu  de  lui, 
ignorant  la  langue,  les  gens,  sans  argent,  avec  l'humiliation  et  l'amer- 
tume d'avoir  été  abandonné  parla  femme  aimée?  Le  18 août  1831,  désolé, 
il  écrit  à  son  père  :  «  Il  me  semble  être  un  oiseau  étranger  jeté  dans  une 
tempête  »,  et  encore  :  «  Si  quelqu'un  a  toutes  raisons  de  se  jeter  à  la 
Seine,  c'est   moi  !  »  Mais  l'heure  de  prendre  congé  de  l'amie  arrivait 


3lO  LE    CABINET   SECRET   DE    l'iUSTOIRE 

d'Orléans.  Je  passais  mes  matinées  dans  les  hôpitaux.  J'ai 
suivi  les  services  de  Lisfranc,  d'Amussat,  de  Broussais,  qui 
avait  à  Tépoque  une  vogue  extraordinaire. 

J'ai  à  peine  vu  Mme  Sand;  elle  mavait  fait  inviter  par  le 
précepteur  de  ses  enfants,  M.  Boucoiran,  à  aller  passer 
quelques  jours  à  Nohant.  J'ai  refusé  l'invitation  et  j'ai  pré- 
féré regagner  l'Italie. 

Depuis  mon  retour  dans  ce  pays,  je  n'ai  plus  reçu  la 
moindre  nouvelle  de  la  Sand.  J'étais  au  courant  de  ses 
succès  littéraires  par  les  journaux,  et  c'était  tout.  J'ai  appris 
sa  moit  tout  à  fait  par  hasard,  mais  je  n'en  ai  pas  été  direc- 
tement avisé. 

Intervenant  dans  la  conversation,  le  docteur  Just 
Pagello  s'exprima  en  ces  termes  : 

J'étais  adolescent,  lorsque  les  journaux  firent  connaître 
la  mort  de  la  Sand.  Je  me  souviens  très  bien  que  mon  père 
accomplit,  comme  à  son  ordinaire,  les  devoirs  de  sa  pro- 

Pagello  raconte  que  les  adieux  furent  muets.  «  Je  lui  serrai  la  main, 
ditril,  sans  pouvoir  la  fixer.  Elle  était  comme  embarrassée.  J'embrassai 
ses  enfants.  » 

Pagello  retourna  dans  son  Italie.  Grâce  à  un  gentilhomme  lettré, 
Paolo  Zannini,  de  Venise,  il  entra  modestement  comme  chirurgien  à  l'hô- 
pital de  Bellune  et  y  fut  assez  estimé.  Il  épousa  Marguerite  Piazza,  une 
malheureuse  qui  devint  folle  et  dont  il  eut  une  fille  Ada,  vivante,  et  un 
fils,  commerçant,  mort  à  trente-six  ans.  Devenu  veuf,  il  épousa  en  se- 
condes noces  une  dame  de  Bellune,  une  autre  Marguerite,  qui  lui  donna 
trois  fils,  dont  le  chirurgien  Giusto  Pagello.  (Illustrazione  Italiana, 
loc,  cit.) 


UN  ROMAN  VÉCU  A  TROIS  PERSONNAGES      3ll 

iession  et  qu'il  accueillit  la  nouvelle  avec  la  plus  complète 
indiflérence.  Il  parla  en  famille  de  celte  femme  comme  s'il 
l'eût  à  peine  connue  :  un  demi-sit'cle  s'était  écoulé  sans  une 
lettre,  sans  un  salut.  Ce  fut  l'assurance  de  la  mort  d'une 
bohémienne  (sic),  que  mon  père  au  sein  de  sa  faiDilIc  recor- 
dait (c'est-à-dire  :  rappelait).  Le  passé  était  mort,  bien 
avant  la  mort  de  la  Sand  1 

Tenez,  laissons  cela  et  quittons  ce  sujet  de  conversation. 

Voulez-vous  que  je  fasse  passer  sous  vos  yeux  les  quel- 
ques objets  de  curiosité  que  nous  possédons  ?  Avant  de  quit- 
ter cette  pièce,  il  faut  que  je  vous  montre  un  objet  qui  a  un 
caractère,  comment  dirai-je  ?  historique.  C'est  une  tasse  en 
porcelaine  de  Sèvres,  qui  a  une  origine  assez  curieuse  et 
que  je  veux  vous  conter.  Le  prince  de  Rohan  campait  avec 
les  Autrichiens  dans  une  propriété  de  mon  grand-père,  à 
deux  milles  de  Caslelfranco,  quand  survint  Masséna  avec 
ses  troupes.  Les  Autrichiens  n'eurent  que  le  temps  de  battre 
en  retraite,  sans  pouvoir  enlever  les  campements.  Le  lende- 
main, un  paysan  au  service  de  mon  grand-père  lui  rappor- 
tait la  tasse  que  voici,  qu'il  avait  trouvée  sous  la  tente  du 
prince,  et  qui  contenait  encore  des  débris  de  chocolat,  que 
le  seigneur  français  était  en  train  de  prendre,  au  moment  où 
il  avait  été  surpris  par  les  troupes  de  Masséna. 

Les  toiles  que  vous  voyez  là  ont  aussi  leur  prix  :  voici 
un  tableau  de  Tempesta,  deux  aquarelles  de  Bisson,  une 
tête  de  Schedone  et  une  série  de  24  dessins  de  Claliot. 

Puisque  nous  sommes  sur  ce  chapitre,  je  voudrais  bien 
que  vous  m'aidiez  à  détruire  une  légende  :  dans  une  des 
lettres  de  George  Sand  *  à  Alfred  de  Musset,  qu'a  publiées  la 

*  Cette  lettre  a  paru  dans  la  Revue  de  Paris,  1896,  p.  735-736. 


3l2  LE    CABINET   SECRET    DE    l'hISTOIRE 

Revue  de  Paris,  la  romancière  prétend  qu'elle  avait  soumis 
à  un  expert  les  tableaux  que  mon  père  avait  apportés  en 
France;  que  ces  tableaux,  de  l'avis  de  l'expert,  «  ne  valaient 
rien  »,  mais  qu'elle  en  avait  néanmoins  offert  à  mon  père  la 
somme  de  deux  mille  francs,  «  ajoutant  le  procédé  de  lui 
cacher  le  secours  qu'elle  lui  apportait  ».  Mon  père  a  pro- 
testé, aussitôt  qu'il  a  connu  le  fait,  et  nous  ne  cesserons  de 
protester  toutes  les  fois  quon  le  rééditera.  Je  tiens  de  mon 
oncle  défunt  que  ces  toiles,  sans  être  des  Raphaël,  étaient 
loin  d'être  des  œuvres  médiocres.  Elles  étaient  signées  du 
peintre  Ortesiti,  un  maître. 

D'ailleurs,  mon  père  avait  beaucoup  de  relations  dans  le 
monde  des  artistes;  ses  goûts  s'étaient  développés  dans 
ce  milieu,  et  il  passait  pour  un  connaisseur.  Vous  ne  dou- 
tez pas  que,  dans  ces  conditions,  il  se  fût  bien  gardé  d'em- 
porter avec  lui  des  croûtes,  dont  il  n'aurait  pu  tirer  aucun 
parti.  Il  revenait  ruiné,  sa  clientèle  l'avait  quitté,  il  lui  fal- 
lait recommencer  une  nouvelle  existence  :  c'était  assez  de 
déboires  comme  cela  ! 

Sachez  bien,  poursuit,  en  s'animant,  M.  Just  Pagello,  que 
les  relations  de  mon  père  avec  George  Sand  ont  été  un  épi- 
sode dans  sa  vie,  et  rien  de  plus.  George  Sand,  fatiguée  des 
étranges  vicieusetés  [sic)  d'Alfred  de  Musset,  s'était  donnée 
sans  réserve  à  mon  père,  qui  était  jeune,  aux  larges  épaules, 
intelligent,  un  vrai  beau  S  brave  et  bon  garçon,  qui  n'était 
pas  à  son  premier  amour,  à  ce   que  j'en  sais. 

1  <'  Le  docteur  Pagello,  a  écrit  dans  la  Revue  des  Revues  (18%,  p.  572) 
M.  R.  Paulucci  di  Calboli,  le  docteur  Pagello  était  un  tout  jeune  homme, 
auquel  on  aurait  pu  appliquer  le  vers  dans  lequel  Dante  peint  Conradin  : 
«  Biondo  era  e  bello  e  di  gentile  aspetlo.  •■  Ses  traits  et  ses  manières  tra- 


UN    ROMAN   VÉCU    A   TROIS    PERSONNAGES  3l3 

Mon  père  aimait  la  jolie  étrangère  pour  son  génie,  pour 
sa  bonté,  et,  sans  en  èlrc  aux  nuages,  il  en  était  fort  épris'. 

Mais  tout  cela  fut  vite  oublié.  Une  fois  rentré  eu  Italie, 
mon  père  reprit  ses  occupations  professionnelles.  Il  n'eut 
pas  de  mal  à  vite  reconquérir  sa  clientèle.  Son  habileté, 
surtout  comme  chirurgien,  était  depuis  longtemps  établie  : 
ancien  élève  du  célèbre  Scarpa  et  du  chirurgien  Rima,  ex- 
médecin principal  de  la  grande  armée  de  Napoléon,  il  avait 
de  qui  tenir. 

Mon  père  fut  un  des  premiers  à  vulgariser  en  Italie  la 
lithotripsie,  quil  avait  vu  pratiquer  par  Lisfranc,  et  la 
cystotomie  périnéale  ;  il  acquit,  en  outre,  une  véritable 
réputation  comme  accoucheur^.   Il    y  a  huit    ans    tout  au 

hissaient  le  descendant  d'une  ancienne  famille  de  la  Vénétie,  anoblie 
par  le  pape  Paul  II.  Esprit  fin  et  délicat,  cœur  de  femme,  une  intelli- 
gence d'artiste.  Charmant  causeur,  toujours  l'air  gai  et  souriant,  très 
élégant  de  sa  personne,  il  était  le  favori  des  salons  vénitiens  et  l'enfant 
gâté  des  dames.  Quoique  très  jeune,  il  jouissait  déjà  d'une  bonne  répu- 
tation comme  chirurgien,  ayant  publié  des  mémoires  qui  révélaient  le 
sérieux  de  ses  expériences  et  de  ses  observations.  Faut-il  s'étonner  que 
G.  Sand  l'ait  trouvé  digne  d'être  aimé  ?  Il  n'était  ni  usé  par  les  plaisirs, 
ni  abusé  par  l'expérience.  Pagello  était  généreux  et  romanesque  comme 
elle,  une  véritable  âme  de  poète.  » 

i  Au  moment  où  il  connut  G.  Sand,  Pagello  était  aimé  «  par  une 
femme  belle  comme  les  madones  de  Paul  Véronèse,  au  sein  fleuri,  aux 
cheveux  d'or  ondoyants.  Elle  portait  le  nom  romantique  d'Arpalice  >. 

G.  Sand  était  un  type  esthétique  qui  formait  un  parfait  contraste  avec 
celui  de  l'Arpalice.  «  Ces  cheveux  noirs  courts,  ces  grands  yeux  nageant 
sous  des  cils  noirs,  ces  lèvres  turgides,  sensuelles,  ces  mains  et  ces 
pieds  petits,  ce  geste  résolu,  surtout  l'auréole  d'une  renommée  euro- 
péenne, subjuguèrent  Pagello.  »  {Ulustrazione  I/afiana,  loc.  cit.) 

*  Dans  l'Histoire  de  la  chirurgie  et  de  l'obstétrique,  de  Corradi,  sont 
mentionnés  ses  mérites  professionnels. 


314  LE    CABINET    SECRET    DE    l'hISTOJRE 

plus  qu'il  a  cessé  d'exercer.  Jusqu'alors,  il  a  fait  son  ser- 
vice à  l'hôpital  de  Belluno  avec  la  plus  scrupuleuse  régu- 
larité. 

Il  ne  s'est  jamais  désintéressé  des  progrès  de  la  science,  et 
dans  les  rares  loisirs  que  lui  laissait  l'exercice  de  son  art, 
il  s'occupait  de  géologie,  de  paléontologie,  de  conchylio- 
logie et  de  pisciculture.  Mais  il  a  toujours  eu  une  prédilec- 
tion marquée  pour  la  littérature.  Actuellement  il  se  tien- 
au  courant  de  tout  ce  qui  se  publie  et  lit  plusieurs  heures 
par  jour  les  revues,  les  journaux,  les  ouvrages  nouveaux. 
Et  il  lit  sans  lunettes,  malgré  ses  quatre-vingt-dix  ans  ! 

11  écrit  moins  qu'autrefois,  bien  qu'il  consigne  encore  ses 
réflexions  et  ses  pensées  sur  le  papier.  Jadis,  il  a  composé 
un  mémorial,  sorte  d'acte  de  contrition  d'un  «  bon  enfant 
bien  repenti  »  (sic),  qui  déplore  ses  péchés  de  jeunesse.  Mais 
ni  les  événements  dont  il  est  parlé,  ni  les  personnages  n'y 
sont  en  aucune  façon  précisés. 

Nous  conservons  encore  un  ouvrage  manuscrit  de  mon 
père,  qui  contient  de  nombreuses  poésies,  des  œuvres  de 
moralité,  des  souvenirs  de  voyage,  de  la  sociologie,  de 
l'économie  domestique,  etc.  Ce  livre  est  dédié  à  ses  fils  et 
à  ses  neveux  ;  aucun  fragment  n'en  sera  livré  à  la  publi- 
cité de  son  vivant.  Je  feuilletais  un  jour  ce  volumineux 
manuscrit,  quand  il  s'en  échappa  un  papier  qui  tomba  à 
terre  et  que  je  m'empressai  de  ramasser.  C'était  un  por- 
trait de  George  Sand,  admirablement  fait.  Je  n'ai  pu  le 
retrouver  depuis,  malgré  toutes  mes  recherches. 

Le  nom  de  George  Sand  revenant  fort  opportuné- 
ment dans  la  conversation,  'nous  en  profitâmes  pour 


UN  ROMAN  VÉCU  A  TROIS  PERSONNAGES      3l5 

poser  une  question  qui  nous  brûlait  depuis  longtemps 
les  lèvres  :  existait-il  une  correspondance  de  George 
Sand  avec  Pietro  Pagello  ?  Cette  correspondance 
comprenait-elle  beaucoup  de  lettres?  Quand  et  par 
qui  seraient-elles  publiées  ? 

«  —  Il  est  certain,  nous  répondit  M.  Just  Pagello, 
qu'il  y  a  eu  bon  nombre  de  lettres  échangées  entre 
mon  père  et  Mme  Sand,  mais  nion  père  nous  a  tou- 
jours assuré  qu'il  les  avait  brûlées,  sauf  trois,  les 
plus  intéressantes,  du  reste.  C'est  un  publiciste  ita- 
lien, ami  de  mon  père,  M.  Antonio  Canianiga,  et  non 
pas  M.  Zanardelli,  comme  on  l'a  prétendu,  qui  est 
chargé  de  cette  publication  posthume,  car  mon  père 
exige  qu'elles  ne  soient  pas  publiées  de  son  vivant. 
Nous  sommes  bien  décidés  à  respecter  à  cet  égard  sa 
volonté.  Outre  ces  trois  lettres,  il  y  a  la  déclaration 
d'amour  adressée  par  George  Sand  à  mon  père,  à 
l'hôtel  Danieli,  et  dont  je  vous  ai  donné  communica- 
tion. » 

A  l'heure  actuelle,  les  lettres  de  George  Sand  à 
Musset  ont  été  rendues  publiques  ;  celles  d'Alfred  à 
George  Sand  ont  paru  presque  en  entier  *  ;  seul,  le 
docteur  Pagello  a  résisté  jusqu'au  bout  à  toutes  les 
sollicitations. 

Après  avoir  été  le  moins  malheureux,  il  est  resté, 
quoi  qu'on  ait  dit,  le  plus  discret,  le  plus  raisonnable, 

1  M.  de   Lovenjoul  a  publié,  dans  Cosmopolis,  une  grande  partie  des 


316  LE    CABINET   SECRET    DE    l'hISTOIBE 

le  mieux  équilibré  des  trois*.  Pour  qui  juge  équita- 
blement,  c'est  encore  lui  qui  est  sorti*  de  cette  aven- 
ture le  moins  diminué. 

lettres  de  G.  Sand  à  Sainte-Beuve  ;  la  Revue  de  Paris  en  a  donné,  de 
son  côté,  un  bon  nombre.  Mme  Lardin  de  Musset  a  communiqué  plu- 
sieurs lettres  de  son  frère  à  M.  Maurice  Clouard  {Revue  de  Paris),  puis 
à  M.  Paul  Mariéton,  qui  les  a  reproduites  dans  son  ouvrage.  EnQn,  nous 
avons  eu  les  lettres  de  G.  Sand  à  Musset,  dont  la  publication  avait  été 
confiée  aux  soins  de  M.  Aucante  {Revue  de  Paris,  1896)  ;  les  lettres  de 
G.  Sand  à  l'abbé  Rochet  {Nouvelle  Revue,  1896)  ;  les  lettres  de  Musset  à 
G.  Sand,  publiées  par  M.  Decori  (1904),  et  dont  les  originaux  sont  à  la 
Bibliothèque  nationale  (Nouv.  acq.  fs.) 

1  Cf.  un  article  de  F.  Sarcey,  dans  la  Revue  hebdomadaire,  du  5  mars 
1898. 

*  Le  D'^  Pietro  Pagello  est  mort  à  Bellune,  le  24  février  1898,  âgé  de 
91  ans. 


TABLE  DES  GRAVURES  ET  PORTRAITS 


Le  cardinal  de  Richelieu 25 

Masque  mortuaire  de  Richelieu 53 

Blanche  de  Caslille  allaitant  saint  Louis i65 

Talleyrand 209 

Alfred  de  Musset 281 

George  Sand 289 

Le  docteur  Pagello SoB 


TABLE  DES  MATIÈRES 


Le  médecin  de  Louis  XL i 

Le  médecin  de  Richelieu.  —  La  maladie  du  Cardinal    .    .  16 

L'odyssée  d'un  crâne. —  La  tète  du  Cardinal 

Le  squelette  de  madame  de  Maintenon  et  le  crâne  de  ma- 
dame de  Sévigné.  —  Illustres  débris  et  reliques  anato- 

miques 59 

Le  médecin  de  madame  de  Pompadour 92 

Guillotin  est-il  l'inventeur  de  la  guillotine? 108 

Un  médecin,  maire  de  Paris  en  1798 128 

Deux  juges  de  Marie-Antoinette  : 

L  —  Le  chirurgien  Souberbielle 174 

IL  —  Le  chirurgien  Roussillon 198 

Talleyrand  et  ses  médecins 197 

Comment  Nélaton   conquit  la  célébrité  :  la  balle  de  Gari- 

baldi 221 

Les  origines  médicales  du  maréchal  de  Mac-Mahon  .     .     .  281 

Les  médecins  de  Gambefta  et  le  sort  de  ses  restes  .     .     .  262 
Comment  Notre-Dame  de  Paris  et  le  Luxembourg  furent 

préservés  de  l'incendie  par  des  médecins 268 

Un  roman  vécu  à  trois  personnages  :  A.  de  Musset,  George 

Sand  et  le  docteur  Pagello 275 

Table  des  gravures 817 


29-605.  —  Tours,  Imp.  E.  Arrault  et  C" 


TABLE    GÉNÉRALE   DES   MATIERES 


Abc 


3cès  de  Richelieu,  IV,  31-37. 

Accouchement  de  la  ducliesse  de 
Berry,  IL  326-339;  —  Rap- 
port de  police  svir  I' — .  Il,  346- 
352;  —  de  Marie-Aotoiiiette,  II, 
101-111;  —  de  l'Impératrice 
Marie-Louise,  II,  303-322. 

Accouchements  clandestins  de  Mlle 
de  La  Vailière,  I,  173-192;  — 
de  Mme  de  Montespan,  I,  201- 
207. 

Accoucheurs  de  la  cour,  en  France, 
I,  194-201; —II,  94-9.5,102,104, 
107,  108,  310,  312-316,  321-322, 
329-339. 

Age  des  rois  de  France  à  leur  mort, 
I,  10. 

Agénésie  de  J.-J.  Rousseau.  III, 
143. 

Allaitement  ^Lettre  de  Chambon 
à  la  duchesse  de  Berry,  sur  1'), 
IV,  161-172;  —  par  les  prin- 
cesses elles-mêmes,  IV,  172, 
173. 

Alopécie  de  Henri  III  et  de  Fran- 
çois I",  I,  18,  19. 

Amants  de  Catherine  de  Médicis, 
I,  40. 


Amoureux  de  Charlotte  Corday, 
III,  166-174;  —  de  Mme  Réca- 
mier,  UI,  396-399. 

Amours  de  la  Reine  Elisabeth 
d'Angleterre,  III,  401;  —  de 
Louis  XIV  adolescent,  I,  130;  — 
de  J.-J.  Rousseau  avec  Mme 
d'Houdetot,  III,  76-80. 

Anaphrodisie  de  Louis  Xlll,  1,109- 
116;  —  de  Louis  XVI,  II,  33- 
64  ;  —  de  Mme  de  NVarens,  111, 
67. 

Année  climatérique  des  vieillards, 
I,  273-274. 

Anomalies  obstétricales,  dans  les 
familles  royales,  II,  3(;6-382. 

Arbitre  au  mariage  des  rois,  U, 
9-12. 

Archet  (Appareil  sudorifique),  III 
4. 

.\rtério-sclérose  de  J.-J.  Rousseau, 
m,  143,  151-153,  155,166,  158. 

Attentat  sur  Louis  XIV,  I,  131- 
132. 

Autopsie  de  Charlotte  Corday,  III, 
208-212  ;—  Procès-verbal  d'  — 
de  Louis  XVII,  II,  175-176;  — 
de  Richelieu,  IV,  40-43;  —  de 
Talleyrand,  IV,  214-217. 

iv-21 


322 


TABLE    GENERALE    DES    MATIERES 


B 


aile  de  Garibaldi  (Extraction  de 

la)  par  Nélaton,  IV,  221-229. 
Beauté   de   Charlotte   Corday,  111, 

175-180. 
Bégaiement  de  Louis  XIII,  I,  90- 

91. 
Blennorra?ie    de    Louis    XIV,    I, 

133-142.' 
Bonbons  empoisonnés  du  marquis 

de  Sade,  III,  31.5-322. 
Boulimiede  Louis  XVI,  II,  123-128 . 
Bravoure  de  Napoléon,  II,  240. 

vancpr  du  rectum  de  Sophie  Ar- 
nould,  m,  373-380. 

Canitie  émotionnelle  de  Marie- 
Antoinette,  II,  229-130. 

Cécité  de  Marie-Antoinette,  II, 
141. 

Cendres  de  Christophe  Colomb,  IV, 
78;  —  de  Duguesclin,  IV,  76; 
—  de  Marceau,  IV,  79. 

Certificat  de  santé  pour  le  ma- 
riage de  Marie  Leczinska,  I,  249, 
251;  —  de  visite  de  Sophie  Ar- 
nould,  m,  376. 

Cerveau  de  Gambetta,  IV,  253;  — 
de  Talleyrand,  IV,  214-215, 
219. 

Chaise  roulante  de  Couthon,  III, 
228-229. 

Chats  (Aversion  de  Louis  XVI 
pour  les),  II,  120-122. 

Chaufferette  inventée  par  Mme 
Chambon  de  Montaux,  IV,  155- 
160. 

Cheveux  de  Charlotte  Corday,  m, 
179,  180-187,  193;  —  de  Marie- 
Antoinette,  IV,  153-154. 

Chirurgiens  (Deux),  juges  de  Ma- 
rie-Antoinette,   IV,  174-196. 

Claudication  du  comte  de  Cham- 
bord,  II,  353-366. 

Cloches  (Effets  du  son  des)  sur  Na- 
poléon, 237-238. 


Clystères  (Salle  des)  du  marquis 
de  Sade,  III,  343. 

Cœur  de  Duguesclin,  IX,  77-78;  — 
de  Gimbetta,  IV,  252-253;  — 
de  Henri  IV.  II.  401-405;  —  de 
Louis  IX,  IV,  80-82;  —  de  Na- 
poléon, IV,  89;  —  desaintLouis, 
IV,  88;  —  de  Talma,  III,  390- 
391;  —  de  Turenne,  IV,  87-88. 

Cœurs  mangés,  IV,  81,  89;  — 
royaux,  11,400-405. 

Consanguinité  et  stigmates  obsté- 
tricaux, dans  les  familles  royales, 
II,  371-374. 

Consultation  de  Piécamier,  sur  la 
fracture  du  fémur  du  comte  de 
Chambord,  II,  359-862. 

Consultations  données  à  Couthon, 
m,  268-279. 

Copulation  précoce,  FI,  163,  217- 
218. 

Corps  de  Daubenton,  Jacquemont, 
Guy  de  la  Bros?e,  au  Aluséum, 
IV,  86;  —  de  Turenne,  IV,  82- 
86. 

Costume  d'Arménien  de  J.-J.PiOus- 
seau,  III,  85-86. 

Côtes  de  Philippe  le  Bel  et  de 
Louis  XIL  II,  391-399. 

Crâne  de  Charlotte  Corday,  III, 
212-224;  —  de  Duguesclin,  IV, 
77;  —  de  Bichelieu,  IV,  56-57; 
—  du  marquis  de  Sade,  UI, 
366-367  ;  —  de  Mme  de  Sévigné, 
IV,  62-69. 


D 


ates  (Superstitions  de)  chez  Na- 
poléon, II,  273-276. 

Décapitations  célèbres,  IV,  112. 

Dégénérescence  et  anomalies  pla- 
centaires dans  les  familles  royales 
II,  377-3S0  ;  —  et  gémellité  dans 
les  familles  royales,  II,  380- 
382;  —  et  présentations  anor- 
males dans  les  familles  royales. 


TABLE    GENERALE    DES    MATIERES 


323 


II,  371-377  ;  —  des  derniers  Va- 
lois, I,  56-59. 

Délire  des  persécutions  cliez  J.-J. 
Rousseau,  111,  132-138,  140-142, 
155-157. 

Deuts  de  Louis  XIV,  l,  143-157  ;  — 
à  la  naissance,  chez  des  person- 
nages historiques,  1,  144. 

Dépenses  (.Mémoire  des)  de  .Marie- 
Antoinette  à  la  Conciergerie,  II, 
140. 

Détention  de  Marie-.\ntoiaette,  II, 
135-141,  221-230. 

Diabète  de  Marat,  III,  163-164. 

Dissection  d'une  femme  toute  vi- 
vante, chez  le  marquis  de  Sade, 
m,  311-312. 

Doigt  de  Richelieu,  à  la  Biblio- 
thèque .Mazacine,  IV,  46. 

Dromomanie  cliez  J.-J.  Roussenu, 

III,  149. 

Dyspnée  deffort  de  J.-J.  Rousseau, 

m,  154. 
Dvsurie  de  J.-J.  Rousseau,  m,  46- 

'47,  67,  70-72,  82-84,  87,  95-96. 

101-103. 

V 

Jùau  de  boisson  de  Marie-Antoi- 
nette, II,  224-227. 

Eclampsie  de  .Marie-.\ntoinette,  II, 
102-105. 

Ecriture  de  Louis  XVII,  II,  196- 
200. 

Eczéma  de  Marat,  III,  160-161, 163. 

Education  de  Louis  XIII,  I,  91-100. 

Embaumement  de  Talievrand,  IV, 
217-219. 

Emprisonncmeots  du  marquis  de 
Sade,  m,  307-310,  314,  323- 
333  ,  336-342  ,  345-346  ,  348- 
372. 

Empyème  de  l'antre  d'Highmore, 
de  Louis  XIV,  I,  152-157. 

Entrailles  de  Mlle  de  .Moutpensier, 

IV,  79-80. 


Epinchement  labyrinthique  de 
J.-J.  Rousseau,  III,  152-154. 

Eijjlepsie  de  Marie  Leczinska,  I, 
240-254. 

Erotisme  du  marquis  de  Sade,  III, 
312-313. 

Etoile  de  Napoléon,  240,  243- 
246. 

Etoiles  des  grands  hommes,  II, 
243. 

Evasion  du  marquis  de  Sade,  III, 
331-333. 

Exécution  de  Couthon,  III,  247. 

Exhibitionnisme  de  J.-J.  Rous- 
seau, III,  54,  149-150. 

Exhumation  de  .Marie-.\ntoi nette, 
II,  234;  —  des  rois  de  France 
en  1793,  II,  384-385;  —du  mar- 
quis de  Sade,  III,  366. 

r  atalisme  de  Napoléon,  II,  236- 

242,    247.    252,  287. 
Fatalité  (Instinct   de   la)  chez  les 

soldats  de  Napoléon,  II,  269. 
Fauteuil  de  Couthon,  111,239-240. 
Fémur  de  Charles  V,  II,  391,  399. 
Fétichisme     amoureux     de    J.-J. 

Rousseau,  III,  48-53. 
Fièvre  maligne  de  Louis    XV,    1, 

266-272. 
Fiancée  de    Robespierre,  III,  299. 
Fistule  à   l'anus  de  Louis  XIV,  I, 

159-171;  —  dentaire    de   Louis 

XIV,  152-157. 
Folie  de   J.-J.  Rousseau,  III,  124. 

158  ;  —  du  marquis  de  Sade,  III, 

305-372. 
Fracture  du  col  du  fémur  chez  le 

comte    de  Cliambord,   II,   353- 

366;  —  Rapport  du  docteur  De- 

lauiiay   sur  la  —  du  comte  de 

Cliambord,  11,364-365. 


G 


éuéaloirie  des  Duplay,  111,  287, 
290. 


3^4 


TABLE    GENERALE    DES    MATIERES 


Grossesse  de  Marie-Antoinette,  II, 
87-111;  — de  l'Impératrice  Ma- 
rie-Louise, II,  304,  305;  —  Si- 
mulation de  —  de  la  duchesse 
de  Berry  ,  II,  324-326,  339- 
345  ;  _  Simulation  de  —  de  Marie 
d'Angleterre,  II,  307;  —de  l'im- 
pératrice Marie-Louise,  n,  305- 
307. 

Guillotine  (Guillotin  est-il  l'inven- 
teur de  la  -),  IV,  108-122. 


H, 


Jabitudes  vicieuses  de  Louis  Xni, 

I,  91-100;  —  de  Louis  XVII,  II, 
143-150. 

Hémorrhoïdes  de  Richelieu,  IV, 
24-28;  —  de  Louis  XIV,  I,  160; 
_  de  Louis  XVI,  II,  129  (note). 

Hérédité  et  présentations  anor- 
males, dans  les  familles  royales, 

II,  375-377. 

Hernie  de  Louis  XVII,  II,  168-174, 

219;  —   de  J.-J.  Rousseau,  III, 

82,  88. 
Hommage  de  vassalité   du  méde- 
cin de  Louis  XI,  IV,  11. 
Honneur  (Projet  contre    1')   de   la 

reine  Marie-Antoinette,  U,  177- 

180. 
Honoraires   des   médecins    et   du 

bandagiste  de   Louis   XVU,   au 

Temple,  H,  209-212. 
Hypocondrie    de   J.-J.    Rousseau, 

m,  58,  70,  73-76,  119,  130.  132, 

147-148. 
Hjpospadias  de   Henri   H,    I,  42- 

44. 

Impuissance  de  J.-J.  Rousseau, 

III,  107-114;    —     Chanson    sur 
1'—  de  Louis  XVI,  H,  45. 

Incendie  de  Notre-Dame  en  1871, 
265-271. 

Inceste  (Accusation  d")  contre  Marie- 
Antoinette,  n,  142;  —  de  Napo- 


léon et  de  Pauline,  II,  2«9-302. 

Inhibition  génitale  de  J.-J.  Rous- 
seau, III,  53,  80,  107. 

Inoculation  de  Louis  XVI,  II,  130- 
131. 

Insomnie  de  J.-J.  Rousseau,  in, 
145-150. 

Internes  (Les)  de  l'Hôtel-Dieu  et 
l'incendie  de  Notre-Dame,  IV,  265- 
271. 

Interrogatoires  (Procès-verbal  des) 
subis  au  Temple  par  le  Dau- 
phin, la  Dauphine  et  .Mme  Eli- 
sabeth, n,  180-190. 

Intestin  (Rétrécissement  de  1')  de 
Talma,  UI,  380-390. 

J  eu  de  Louis  XVII  donné  à  un 
tapissier  de  Toulon  par  Bru- 
nyer,  médecin.  H,  200-202. 


K 


leptomanie  chez  J.-J.  Rousseau, 
III,  149-150. 


Légitimité  de  Louis  XIV,  I,   117- 

121. 
Lèpre  (la)  d«   Marat,  III,   159-165. 
Lettre     M    fatidique    pour   Nap» 

léon    I",    II,    277-279;   —  pour 

Napoléon  III,    II,  277-278. 
Luette  (Maladie  à  la)  de  François 

I«r,  I,  17. 


Ma 


âchoire  de  Molière.  IV,  90-91. 

Maison  de  l'Eléphant,  IV,  2-5  ;  — 
dOrfiia,  IV,  5;  —  de  Robes- 
pierre, m,   282-292. 

Maîtresses  de  François  I*'',  I,  5-10; 
—  d'Henri  II,  I,  41-44;  — 
d'Henri  IV,  I,  62-69;  —  de  Loui- 
XIII,  I,  106-107;  — de  Louis  XIV, 
I,  6,  127-129,  173-211;  —  de 
Napoléon,  H,  2is9-302;  —  de 
J.-J.  Rousseau,  III,  56-58,  61- 
62,  68-69,  127, 136. 


TABLE   GÉNÉRALE    DES    MATIÈRES 


325 


Mal  de  Naples,  I,  18,  66. 

Mal  de  Pott  chez  Couthon,  III,  265- 
266. 

Malade  en  titre  de  la  reine,  III,  31. 

Maladie  de  Sophie  Arnould,  IIl, 
373-3S0;  —  de  Couthou,  111,225- 
241,  248-279;  —  (dernière)  de 
François  I",  I,  26-29;  —  de 
Louis  XI,  IV,  12-14; — de  Louig 
XVII,  II,  164-173;  — Ténérienne 
deLouis  XVII,  II,  157-160, 218;  — 
de  Scarron,  III,  1-40;  —  de 
cœur  de  Talma,  III,  390. 

Maladies  de  Catherine  de  Médicis, 
1,35-39;— d'Henri  IV,  I,  70-85; 

—  deLouis  XIV,  I,  133-142,  152- 
157;  —  de  Louis  XV,  I,  261- 
305;  —de  Louis  XVI,  II,  129- 
131;  —  de  Marie-Antoinette,  II, 
221-225  ;  —  de  Richelieu,  IV,21- 
40;  —  de  J. -J.Rousseau,  111,41  ; 

—  de   Talicynmd,  IV,  208-213. 
Manon  Lescaut  (Exemplaire  de), 

annoté  par  Louis  XVII,  II,  190- 
196. 
Mariage  (Coutumes  singulières  au) 
des  rois,  II,  1-32;  —  du  Dau- 
phin, Gis  de  Louis  XV,  II,  16- 
23;  —  du  Duc  de  Bourgogne,  II, 
12-16;  —  de  Louis  Xlli,  I,  100- 
106;  —  de  Louis' XV,  1,213- 
259;  —  de  Louis  XVI,  II,  33- 
85;  —  de  Napoléon,  II,  26-28; 

—  de  Mme  Récamier,  III,  393- 
395;  —  par  procuration,  des 
rois,  n,  1-3,  26;  —  d'un  roi 
d'Espagne,  II.  29-31;  —  des 
rois;  bénédiction  du  lit  nuptial, 
II,  23-24  ;  —  visite  de  la  fian- 
cée, II,  3-4,  8. 

Mars  (Ephémérides  du  20)  dans 
la  vie  de  Napoléon,  11,  275. 

Maxillaire  d'Anne  d'Autriche,  II, 
393-395,  399;  —  inférieur  de 
Catherine  de  Médicis,  II,  391,399. 


.Médecin  (Un)  amant  de  George 
Sand,  IV,  288-316;  —  guillo- 
tiné par  amour  pour  Charlotte 
Corday,  111,  172-174;  —  de 
Louis  XI,  IV,  1-15;  —  maire  de 
Paris,  en  1793,  IV,  123-155  161 
-172  ;  —  de  .Mme  de  Pompadour, 
IV,  92-107;  —  de  Richelieu,  IV, 
16-43. 

Médecine  (Prétentions  deNapoléon 
à  la  ,  II,  255. 

Médecins,  chirurgiens  et  autres 
personnes  ayant  donné  des  soins 
à  la  famille  royale  au  Temple 
(Rapport  de  la  Préfecture  de 
Police),  II,  202-209. 

Médecins  de  Gambelta,  IV,  252- 
262;  —  dans  la  famille  Mac- 
Mahon,  IV,  231-251  ;  —  et  l'in- 
cendie de  Notre-Dame  de  Paris 
et  du  Luxembourg,  IV,  263- 
274;  —  de  Talleyrand,  IV,  197- 
219. 

Médicaments  (Mémoire  des) 
fournis  au  Temple,  II,  212, 
217. 

Mégalomanie  de  J.-J.  Rousseau, 
lil,  124,  141. 

Métrorrhagies  de  Marie-Antoinette, 

II,  223-224,  228,  230. 
Migraines  de  Marat,  III,  161. 
Mo"rt   de   Louis   XV,    I,    301-303; 

Chansons  sur  la  — ,  1, 304-305  ;  — 
ie  Marie-Antoinette,  II,  231 
233;  —  de  Mme  de  Montespaa, 
I,  209-211  ;  —  de  Richelieu,  IV, 
40. 
.Mots  d'esprit  de  Sophie  Arnould, 

III,  374. 

Musicothérapie,  recommandée  par 
Souberbielle,  IV,  187-188. 


N 


aissance  du  duc  de  Bordeaux,  II, 
323-352;  —  du  roi  de  Rome, 
II,  317-322. 


326 


TABLE    GENERALE    DES    MATIERES 


Napoléon  chiromancien,  II,  256. 

Neurasthénie  de  Marat,  III,  161  ;  — 
de  J.-J.  Rousseau,  III,  121,  143- 
153;  —  vésicale  de  J.-J.  Rous- 
seau, m,  104-105. 

Nombre  13  et  Napoléon,  II,  276- 
277. 

Nourrices  à  la  cour  de  France,  II, 
98,  101,  321,  344;  —  de  Louis 
XIV,  I,  145-149;  —  du  roi  de 
Rome,    II,  308-310,  320-321. 

Nymphomanie  de  femmes  célè- 
bres, II,  301  ;  —  de  Pauline  Bo- 
naparte, II,  289-302. 


0 


dorât  (Sensibilité  de  l')  chez 
J.-J.  Rousseau,  m,  123. 

(Eil  de  Gambetta,  IV,  253-261. 

Omoplate  de  Hugues  Capet,  II, 
391,  399. 

Opération  de  la  fistule  de  Louis 
XIV,  I,  164-171. 

Orchite  de  J.-J.  Rousseau,  UI, 
106-107. 

Os  (Mensuration  de  1')  de  la  cuisse 
de  François  I",  UI,  384-385. 

Ossements  du  Dante,  IV,  69-75; 
—  de  Duguesclin,  IV,  75-77;  — 
de  Mme  de  Maintenon,  IV,  59- 
61  ;  —  royaux  du  Musée  du 
Louvre,  II,  383-400;  —  mis  en 
vente  en  1846,  II,  387-388. 

Otite  moyenne  scléreuse  de  J.-J. 
Rousseau,  III,  151-154. 

i  achyméningite     dorso-lombaire 

de  Couthon,  III,  266. 
Pamphlet   du   marquis     de    Sade 

contre    Joséphine    de   Beauhar- 

nais,  m,  349-353. 
Paralysie  des  jambes  de  Couthon, 

in,  226-240,  249-279. 
Perroquet  de  Robespierre,  IH,  302- 

304. 
Persécutions  (délire  des)  chez  J.-J. 


Rousseau,  III,  132-138,  140-142, 
155-157. 

Perversion  sexuelle  de  Louis  XIII, 
I,  110-112;  —  de  J.-J.  Rous- 
seau, 111,48-55. 

Phimosis  de  Louis  XVI,  II,  46-55, 
70-73,  76-79,  82. 

Phobie  verbale  de  J.-J.  Rousseau, 

III,  150. 

Phtiriase  ou  maladie  de  Scylla,  lll, 

160. 
PhysiognomoniefParallèlede)  entre 

Louis XIII et  Louis  XIV.1, 122-125 
Pied  bot  de  Talleyrand,  IV,  209. 
Pleurésie  de  Richelieu,    IV,  38-39. 
Poignard  de  Charlotte  Corday,  ni, 

187-188. 
PoUakiurie  de  J.-J.  Rousseau,  UI, 

100-101,  105,  155. 
Portraits  de  Charlotte  Corday,  lU, 

175-176,    189-191,    209;   —   de 

François  I",  I,  20-22;  — d'Henri 

IV,  I,  60;  —  de  Robespierre, 
m,  295-297. 

Prédictions  sur  Joséphine  de  Beau- 
harnais,  H,  253-254,  258;  — 
de  Mlle  Lenormand,  H,  258-262; 
—sur  Napoléon,  n,  249-251,  256, 
258,  279-284. 

Présentations  anormales  dans  l'his- 
toire, H,  370-377, 

Pressentiments  de  Joséphine,  II, 
262-266;  —  de  Napoléon,  H' 
267-273. 

Prophéties  (Livre  de)  de  Noël  Oli- 
varius,  U,  279-284.' 

Prostate  (Hypertrophie  de  la)  de 
J.-J.  Rousseau,  UI,  89,  93. 

Prurigo  de  Hébra,  de  Marat,  m, 
160-161. 

Psoriasis  plantaire  de  Marat, in,164. 

Psychologie  de  Charlotte  Corday, 
ni,  191-117;—  de  Couthon,  III, 
241  242;  —  de  Louis  XVI,  H, 
113-134. 


TABLE   GÉNÉRALE    DES   MATIÈRES 


327 


Psychopathie     urinaire    de   J.-J. 
Rousseau,  111,98-103,   104-105. 
115,  119-120,  127. 

Keligiosité  de  Napoléon,  11,  237- 
238. 

Reliques  de  saint  Fiacre,  pour 
guérir  les  hémorrhoides  de  Ri- 
chelieu, IV,  25-27. 

Rétention  d'urine  de  Richelieu, 
IV,  28-33. 

Rét récissement  blennorragiquc 
d'Henri  IV,  I,  77-82. 

Rhumatisme  de  Couthon,  III,  252. 
263-267;  —  chronique  de  Sc;ir- 
ron,  III,  19-40. 

Roman  (Un)  vécu  à  trois  person- 
nages, 275-316. 


S 


crofule  de  Catherine  de  Médicis, 

I,  35. 
Sépulture   de    Charlotte    Corday, 

III,  212  215. 
Sinusite  maxillaire  de  Louis  XIV, 

I,  152-157. 
Sondes  ^Invention  des)  molles,  I, 

82;  —de  J,-J.  Rousseau  III,  71, 

83,' 85,  102. 
Soufflet  (Le)  de  Charlotte  Corday, 

m,  197-207. 
Soulier  de  Talleynmd,  IV,  219-220. 
Squelette  de  Mme  de    Maintenon, 

IV,  59-Gl. 
Stérilité   de  Catherine  de  Médicis, 

I,  31-59. 
Superstitions    de     Joséphine,    II, 

260-266;    —  de     Napoléon,    II, 
235-288. 
Syphilis  de  François  !«>',   I,  1-29; 

'_  de  Pauline  Bonaparte,  II,  295- 


296-  ;  300-301  ;  —  chez  les  pcr- 
siinnagts  historiques,  I,  18. 
Sypliiluphohie  de  J.-J.    Rousseau, 
"m,  67,  lOC. 

i  aille  de  Charlotte  Corday,  lll, 
179.  180-181. 

Tête  de  Richelieu,  IV,  45-68. 

Thé;\tre  (Le  marquis  de  S.ide,  di- 
recteur du)  de  1.-1  maison  de 
Ch;irenton,  111,  3.i9-360,  363. 

Tibia  de  Cliarles  VI  et  du  cardi- 
nal de  Retz,  II,  :i91,  399. 

Tombeau  du  cardinal  de  Richelieu, 
IV,  44-45,  49-51. 

Toxidermie  de  Marat,  III,  162-163. 

Tuberculose  héréditaire  dans  les 
familles  royales,  II,  371,  376, 
380. 

Urèlhre  (Rétrécissement  de  I') 
de  J.-J.  Rousseau,  III,  71,  83, 
85,    89-90,    98,    119. 

Uréthrite  de  J.-J.  Rousseau,  III, 
106-107. 


V 


aginisme  de  Mme  Récamier,  III, 

399-403. 
Variole  de  Louis  XV,  1,   274-303. 
Vertèbres   de    Charles   VII  et   de 

Charles  IX,  11,  391,    399. 
Vésanic   de    J.-J.   Rousseau,    111, 

115-158. 
Vie  de  Robespierre   chez   les    Du- 

play,  m,  290-295,  298-300. 
Virginité  de  Charlotte  Corday,  III, 

208-212. 
Virginité  (Constatation  de  la)  chez 

!a  iiancée  du  Grand  Duc  de  Flo- 
rence, H,  4-6. 


TABLE  DES  NOMS  DE  LIEUX 


Abbaye-aux-Dames,  III,  166. 

Abensberg,  II,  275. 

Ablon,  I,  75. 

Aboukir,  II,  239. 

Achem,  IV,  87. 

Agen,  I,  65,  74. 

Aigle  (!'),  III,  308. 

Aix  (en  Provence),  III,  347. 

Aix  (le   Parlement   d'),    III,  320, 

322,  334,  337. 
Aix-les-Bains,  III,  87. 
Alais,  II,  357. 
Alençon,  II,  62. 
Allemagne,  I,  234  ;  II,  246,  266  ; 

III,  45;  IV,  13,  206. 
Alsace,  I,  235  ;  IV,  253, 
Amboise,  I,  14,  191. 
Amérique,  I,  3  ;  III,  34, 173,  350. 
Amiens,  IV,  12. 
Angers,  I,  144  ;  II,  405. 
Angleterre,  I,  28,  219,  227,  232  ; 

II,  8,    153,  366,  372;   III,  129, 

130,    135,   341;    IV,   189,    213, 

224,  233. 
Angoulême  (rue  d'),  III,  287. 
Anjou-Saint-Honoré  (rue  d'),  II, 

234;  III,  212;  IV,  188. 
Annecy,  I,  220  ;  III,  334. 
Antilles,  IV,  196. 


Anvers,  I,  48. 

Appenzell,  II,  266. 

Arabes  (les),  II,  242,  272. 

Arbaumont,  IV,  237. 

Arcis-sur-Aube,  II,  240. 

Arcueil,  III,  311,  314,  327. 

Arenenberg,  II,  252. 

Argentan,  II,  232  ;  III,  187,  191. 

Arles,  I,  196. 

Armeniières,  II,  344. 

Arnay-le-Duc,  IV,  199. 

Arras,  III,  291. 

Artois  (hôtel  d'),  IV,  14. 

Asie,  I,  6. 

Aspromonte,  IV,  221. 

Asturies,  II,  14. 

Athènes,  III,  119,  192. 

Aude,  IV,  87. 

Aulnay  (seigneurie  d'),  IV,  5. 

Austerlilz,  II,  270.  274,  309. 

Aulun,  II,  296  ;  IV, 231,  232,238, 

239,  240,  241,243,  247. 
Auvergne,  III,  235. 
Auxeraines,  IV,  243. 
Avallon,  IV,  241,  249. 
Avignon,  IV,  286. 

IJagnères,  III,  375. 
Bâle,  I,  24  ;  III,  129. 


TABLE    DES    NOMS    DE    LIEUX 


329 


Barcelone,  I,  25. 

Barèges  (eaux   de),  I,  163,    197, 

198;  III,  375. 
Barnay,  IV,  243. 
Bastille    (la),    HI,   338,  340,  341, 

344  ;  IV,  96,  177,  179. 
Bayeux,  IV,  12. 
Bayonne,  II,  244;  III,  341. 
Bayreulh,  I,  235. 
Beaune,  IV.  193. 
Beauvais,  IV,  9;   —  (\ià\.e\  dei, 

I,  130. 
Beauvoisine  (rue),  II,  283. 
Bellérophon  (le  vaisseau  le),  II, 

278. 
Bellune,   IV,  292,  294,  296,  302, 

310,  316. 
Bergerac,  I,  80. 
Berlin,   I,   235  ;    II,  66,  68,  272  ; 

III,  72,  292  ;  IV,  233. 
Berne,  III,  123. 
Berny,  I,  218. 

Berry,  I,  39,  83  ;  IV,  15. 

Besançon,  I,  23. 

Bicétre,   III,  250,   348,  354,  356, 

357,  361,  366,  369  ;  IV,  116. 
Bienne  (lac  de),  III,  129. 
£/anc  (Pères  Augustias  du),  IV,15. 
Blangey,  IV,  243. 
Blois,  l,  191  ;  III,  182;  IV,  151. 
Bocage,  II,  240. 
Bohême,   I,   18  ;    III,   341  ;    IV, 

194. 
Bologne,  IV,  286. 
Bondy  (forêt  de),  IV,  5. 
Bordeaux,  I,  71,79,82,  101,113; 

IV,  28,29,30,  31,  32,  108,190, 
191. 

Bouillon  (hôtel  de),  I,  183, 184. 
Boulogne  (bois  de),  IV,  186. 
Bourbon  (hôtel  de),  II,  221. 
Bourbon-Lancy,  IV,  37. 
Bourbon-l'ArchambaulKesiUxde), 

1,164,  209;  III,  10,11,  31,236, 

277;  IV,  211. 


Bourbonne-les-Bains,  III,    277! 

IV,  125. 
Bourgogne,    IV,   239,    240,   243, 

246,  247;  —  (Etats  de),  IV,  237, 

245.—  (hôtel  de),  IV,  14. 
Brazay  (ch;\telleuie  de),  IV,  11. 
Breslau,  II,  244. 
Bresse,  IV,  246. 
Bretagne,  IV,  2,  47,  75. 
Bretheville-sur-Odon,  III,  195. 
Breuvannes,  IV,  124. 
Briançon,  H,  338. 
Brie,  II,  321. 
Brienne,   II,  238,  246,  247,  274, 

275. 
Brion  (hôtel),  I,  178,  179. 
Brouage,  IV,  33. 
Brunoy,  III,  384. 
Briinnsee,  II,  354. 
Bruxelles,  I,  91,  145;  11.268. 
Bûcherie  (rue  de  la),  IV,  23.S. 
Bucy  (poterne  de),  IV,  3. 
Burgos,  II,  268. 
Bussière  (abbaye  de),  IV,  241. 
Byzance,  IV,  263. 


C 


'abrera,  IV,  61. 
Caen,  III,  32,  166,  167,  168,  169, 

172,  176,  188,  189,  192,  208. 
Cahors,  II,  9  ;  IV,  252,  254. 
Caire  (Le),  II,  250. 
Calais,  I,  65. 
Calvados,  III,  181. 
Cambrai,  IV,  1. 
Cambridge,  IV,  238. 
Canadia,  IV,  243. 
Carcassonne,  IV,  87. 
Carmes    prison  des),  III,  345. 
Carnavalet  (musée),  III,  228,  240  ; 

IV,  81,  219,  220. 
Castres,  I,  102. 

Célestins  (couvent  des),  IV,  80. 
César  (bains  de),  III,  231. 
Chaillot,  \,  176. 
Chdlons,  I,  245;  II,  126. 


33o 


TABLE    DES    NOMS    DE    LIEUX 


Chambérij,  IIÎ,  59,  60,  326,  331, 

33i. 
Champ-(le-Mars,  IV,  194. 
Champagne,  IV,  12-i;  —  (Francs- 

archcrs  de),  IV,  9,  150. 
Champecullion,  IV,  243. 
Champoiix,  IV,  243. 
Chanteloup,  IV,  236. 
Chantilly,  I,  216. 
Chanvirey,  IV,  243. 
Charenton,  III,  12,  305,  342,  347, 

349,    353,    354,   356,    357,   358, 

.359,    360,    361,  362,   363,    364, 

366,   367,  369,  370,  371,  372. 
Charilé  (frères   de  la),    III,  362  ; 
—  (hôpital   de  la),  II,  203  ;    III, 

31  ;  IV,  177. 
Charleville,  III,  26. 
Charmeltes  (les),  III,  58,  64,  65, 

65. 
Charnay,  IV,  244. 
Chartres,  I,  40. 
Château-la-Vallière,  I,  191. 
Châteaudim,  II,  196. 
Chàtillon,  III,  301. 
Chaunay,  IV,  243. 
Chenonceaux,  I,  32. 
Cherche-Midi   (rue  du),  IV,  152. 
Cheroy,  III,  368. 
Chevrette  (la),  III,  72. 
Chinon,  II,  6. 
ChiswicM,  III,  130. 
Choisy,  II,  34  ;  IV,  236  ;  III,  289. 
Christine  (rue),  III,  211. 
Cigai,  III,  308. 
Civray  (château  de),  IV,  10. 
Claye,  II,  127. 
Clermont,  I,  180. 
Clermont-Ferrand,   I,    180  ;  III, 

231,233,  276. 
Clany,  IV,  44,  87,  8S,  90. 
Cobourg,  I,  19. 
Colmar,  IV,  233. 
Compiègne,  I,  3,  4,  95,  302;  II, 

28,  206,  306. 


Confions  (seigneurie  de),  IV,  14. 
Constantinople,  II,  255  ;  III,  335. 
Cordiers  (rue   des),  III,  65,    66, 

68. 
Corse,  II,  216,  270. 
Côtes-du-Nord,  IV,  47,  48,   234. 
Coucy-le-Château,  11,204. 
Coulommiers,  II,  321. 
Craon,  II,  10- 
Crécy-en-Brie,  II,  321. 
Cuba,  IV.  78. 
Culembach,  I,  235. 
Cuzy,  IV,  243. 


D 


amiette,  II,  243. 
Danieli  (hôtel).  IV,  287,  288-316. 
Dantzig,  II,  246. 
Darnistadt,  I,  235. 
Darnay,  IV,  247. 
Dauphiné,  III,  334. 
Deux-Siciles,  II,  11. 
Dijon,  IV,  11,237. 
Dinan,  IV,  75. 
Dôle  (Université  de),  IV,  8. 
Dormons,  II,  126. 
Dresde,  II,  22,  268. 
Dropmore,  II,  154. 
Dublin,  IV,  244. 
Dudeffend  (Mac-Mahon,    seigneur 

de),  IV,  243. 
Duphot  (rue),  IV,  216,  219. 

Eaubonne,  III,  79 
Eckmûhl,  II,  269. 
Ecole-de-Médecine    (rue    de    T), 

IV,  2. 
Ecosse,  I,  93. 
Egypte,  II,  236,  241,    250,   279  ; 

IV,  83,  201. 
Eisenach,  1,  235. 
^•/èe  (île  d'),    II,  275,   294,   295, 

296,  307. 
Epernay,  II,  126. 
Eperon  (rue  de  1'),  IV,  2. 
Erlangen  (Université  d'),  IV,  261. 


TABLE    DES    NOMS    DE    LIEUX 


33i 


Ermenonville,  111,  IH. 
Espagne,   I,    1,  2B,  57,  105,117, 

12S,224,  225,227;   11,    18,   29, 

30,31,  73,74,75,  110,241,292, 

371,372,  379. 
Elampes,  I,  46. 
Etats-Unis,  II,  289. 
E  toge  s,  II,  125. 
Europe,  I,   6,  134,  225,  239  ;  II, 

66,  324,  342,  357,  360. 
Evreux,  III,  169. 

Yénelon  (le  Lycée),  IV,  1. 

Fère  (la),  11,247. 

Féricy,  I,  143. 

Ferney,  III,  73. 

Ferrare,  11,  10-11  ;  IV,  286. 

Ferté-sous-Jouarre,  II,  126. 

Feuillants   (couvent   des),  II,  74, 

125. 
Finistère,  IV,  125. 
Flandre,  I,  137,    150,   284  ;    IV, 

14,137. 
Flandres,  111,  82. 
Florence,  11,    4,    5  ;  IV,  70,    71, 

74,  222,  286. 
Fondi,  11,277. 

Fontainel)leau,  I,  8,   57,  59,  69, 

74,    83,    138,    143,    167,    173, 

254,  255,  267  ;  II,    13,  85,   90, 

240,  275,  309  ;  IV,  37,  105. 

Fonlenay-aux-Roses,     II,     386, 

389  ;  111,  SOI,  304. 
Fonlenoy,  11,  22. 
Forges  (eaux  de),   1,    138,   143  ; 

II.  222. 
Fort-en-Saintonge,  IV,  33. 
Fossés-Saint-Germain   (rue  des) 

IV,  2. 
Fourchambault,  11,  290. 
France,  1,  3,  4,  16,  19,  22,  32, 
33,  41,  44,  46,62,  73,118,128, 
154,  202,  220,  225,  239,  257, 
266  ;  II,  3,  4,  6,  8,  15,  23,  65, 
66,  67,  68,  71,  75,  76,   83,    85, 


8V,  98,  175.  227,  252,  265,266, 
319,  324,  325,  338,  339,  341, 
342.  348,  301,  362.  371,  387; 
m,  74,  H6,  113,  126,  130,  287, 
330.  334. 

Francfort,  1,  235  ;  111,  202. 

Franche-Comté,  I,  72  ;  IV,  8. 

Fréjus,  I,  264. 

Friedland,  11,  274. 

Froidmantel  (rue),  I,  12. 

Furstenberg  (rue  de),  II,  197. 


G 


aëte,  11,12. 
Gand,  II,  295. 
Gênes,  II,  154. 
Genève,  1,  131  ;  III,  41,    44,   59, 

66,  73,  74,  125,  128,  158,  32S, 

333  ;  IV.  308. 
Gers,  IV,  191. 

Gervais-les-Sablons,  111,  191. 
Gesvres,  11,  62. 
Gien-sur-Loire,  111,  31. 
Glatigny  (ch;Ueau  de),  111,  180. 
Gobelins  (section  des),  IV,  126. 
Goritz,  ll,3n0,  364. 
Gournay -sur-Marne,  I,  146. 
Grands-Augustins    (couvent  des) 

IV,  83,  84. 
Gratz,  11,  364. 
Grèce,  IV,  85. 

Grenolde,  II,  247;  111,  00,  61. 
Grignan,  IV,  62,  63,  64. 
Grimont  (domaine  de),  IV,  11. 
Guénégaud  (rue),  11,  335. 

jA-aarlem,  I,  61. 

llam  (cli.lteau  de),    111,  361,  369, 

370. 
Hambourg,  I,  235  ;  II,  136,  149. 
Hanovre,  II,  376. 
Haute- Loire,  111,  287. 
Heidelberg,  IV,  260. 
Héliopolis,  II,  275. 
Henri  IV  (collège),  III,  186. 
Hesse-Darmstadt,  11,  220. 


332 


TABLE    DES   NOMS   DE    LIEUX 


Hollande,  III,  109. 

Hongrie,  I,  18  ;  II,  92  ;   IV,  194. 

Hôlel-Dieu,  IV,  267,  268,  271. 

iéna,  II,  245. 
Igornay,  IV,  243. 
Indre-el- Loire,  II,  207. 
Invalides  (Les),  IV,  82,  83,  89. 
Irlande,  IV,  235,  237,  245. 
Issoire,  III,  289. 
Ilalie,  II,  8,  18,250,  257,  269,275, 
276,  277  ;  III,  333. 

Jacob  (rue),  II,  220. 

Jardies  (les),  IV,  253. 

Jardin  des  Plantes,  IV,  82,  86, 

196. 
Jean-Sainl-Denis  (rue),  III,  69. 
Jérusalem,  I,  12. 
Joigny,  III,  190. 


K 


albermaten,  III,  323. 
Kérial,  I,  143. 
/r/e/",  IV,  259. 
Kirchherg,  II,  353,  357. 
Kowno,  II,  272. 

Laftondùe,  IV,  244. 

Lacave,  IV,  243. 

Lacoste  (château  de),  III,  343. 

La  Fère    II,  247. 

La  FlèeheJ  II,  400,  401,  404  ;  I, 

210. 
Lagny,  II,  321. 
La  Harpe  (rue  de),  IV,  46. 
La  Havane,  IV,  78. 
La  Haye,  II,  2;  III,  117. 
Lalley,  IV,  248. 
La  Marche,  IV,  238. 
Lancri  (rue  de),  IV,  131. 
Landes,  I,  9. 

Langres,  II,  285  ;  IV,  124. 
Languedoc,  IV,  28. 
Lannion,  IV,  234,  246. 
La  Rochelle,  I,  51  ;  IV,  22. 


La/our  d'Uchey,  IV,  243. 

Lauronne,  IV,  237. 

Lavaux,  IV,  243. 

Ledessend,  IV,  243. 

Le  //ai-re,  II,  320. 

Leipzig,  II,  23. 

Le  3/a/2S,  II,  62;  III,  169;  IV,  76. 

Liège,  l,  19. 

L/esse  (N.-D.  de),  II,  98. 

Lille,  II,  66. 

Limerick  (comté  de),  IV,  232,237. 

Limousin,  III,  241;   IV,   32,  88. 

Lisbonne,  II,  66. 

Livourne,  II,  296  ;  IV,  286. 

Livry  (abbaye  de),  IV,  5. 

Londres,    II,    47,   66;    III,  130; 

IV,  189,  238. 
Longwood.  II,  314. 
Lorette,  II,  98. 
Lorraine,  II,  5,  10  ;  IV,  65. 
Louveciennes,  I,  284. 
Louvre    (le),  I,  20,  21,   118,  119, 

120,  129  ;  II,  383,  385,  393,  400. 
Luçon  (évêché  de),  IV,  21. 
Lusace,  I,  286. 
Luxembourg  (jardin  du),  III,  32  ; 

—  (palais  du),  II,  290;  IV,  80, 

95,  199,  263,  271,  273;  —(rue 

dui.  III,  287. 
Luzy,  IV,  243. 
Lyon,  I.  59,  62  ;  II,  285,  357,  361; 

III,  238,  265,  314,  345  ;  IV,  10, 

33,  36. 


M 


adeleine  (la),  II,  104,  233,  234. 
Madelonettes    (prison    des\    III, 

345. 
Madrid,  I,  117  ;  II,  11,  14,  29. 
Magenta,  II,  276. 
Mail  (section  du).  IV,  125. 
Maine.  II,  62. 
Maisons-Laffdte,  II,  366. 
Maivres,  IV,  249. 
Malaga,  III,  275. 
Malakoft,  II,  277. 


TABLE    DES   NOMS    DE    LIEUX 


333 


Malmaison  (la),  II,  237,254,255, 

278  ;  III,  349. 
Mamelon-Vert,  II,  277. 
Manchester,  II,  229. 
Mans  (Le),  II, 62;  III,  169;  IV, 76. 
Mansigmj,  IV,  243. 
Mantoue,  I,  105. 
Marais  (le),  III,  310,  311. 
Marheuf  jardin,  III,  291. 
Marengo,  II,  250,  274,  277,  278. 
Marignan,  II,  277. 
Marly,  I,  147,  233  ;  II,  16. 
Maroc,  III,  339. 
Marsal.  I,  177. 
Marsan   (pavillou),   II,  326,  329, 

331,  332,  334. 
Marseille,    I,    33,   34  ;    II,   248, 

249,    269  ;    III,   315,    316,   317, 

319,  320,  336  ;  IV,  126. 
Martinique  (la),  II,  254. 
Ma u buée  (rue),  III,  50. 
Maubuisson,  I,  66. 
Maulde  (le  camp  de),  III,  237. 
Mayence,  II,  277  ;  III,  172,  173. 
Mazarine  (bibliothèque^,  IV,  46. 
Meaux,  I,  142  ;  II,  126. 
Meiningen,  I,  235. 
Mende,  IV,  50. 
Menton,  IV,  259. 
Mesnil-Imbert,  III,  181. 
Metz,    I,   39,  245,    246,  250,  251, 

266,  267,  268,  272,  287,  292  ;  II, 

278,  349. 
Meudon,  I,  288  ;  IV,  201. 
Meuse  (la),  I,  18  ;  II,  169,  278. 
Mexico,  II,  277. 
Mexique,  IV,  101. 
Milan,    II,   264,    277,   278,  299; 

IV,  308. 
Millésime,  II,  279. 
Mincio  (le),  II,  277. 
Miolans,  III,  323,  324,  325,  326, 

327,  328,  329,  333,  334. 
Mode  ne,  II,  373. 
Monceaux,  I,  73. 


Mondovi,  II,  279. 
Mons,  III,  230. 
Monlaigu,  III,  178. 
Montargis.  IV,  37. 
Mont- Dore,  III,  230. 
Montélimar,  III,  62;  IV,  62. 
Monlenotle,  II.  279. 
Montereau,  II,  240,  278. 
Montesson,  I,  145. 
Monlfort-l'Amaury,  IV,  107. 
Montgéliard,  IV,  244. 
Monthelye,  IV,  244. 
Monligny,  IV,  243. 
Montlouis,  III,  81,  126. 
Montmartre,  I,    65  ;  III,   81;   — 

(rue),  III,  187. 
Montmirail,  II,  279. 
Montmorency,    II,   203;  111,72, 

74,  78,  81,  82,  85,  384. 
Montparnasse,  IV,  235. 
Montpellier,    III,  .58,  60,  61,  62, 

63,  64,  65,  147,  348;  IV,  8,  17, 

255. 
Mont-Saint-Jean,  II,  279. 
Mont-Valérien,  III,  81. 
Moret,  I,  254. 
Morey    (seigneurs   de),    IV,   240, 

241,  243,  246,  248,  249. 
Morlaix,  I,  40  ;  III,  348. 
Moscou,  II,  270,  278. 
Moselle  (la),  II,  278. 
Motiers,  III,  85.  129,  136. 
Moulineaux  (les),  I,  171. 
Mousseau,  III,  213. 
Mulbracht,  I,  61. 


N 


amur,  I,  123. 
Nancy,    I,   259  ;   II,  10,  27  ;   IV 

65,  66,  67,  68,  69,  194,  237. 
Nantes,  I,  154,  201,  205,  2l3. 
Naples,    I,  3;  II,  10,  11,  12,  47, 

276,  323,  376. 
Narbonne,U  213,216  ;  1V.35, 36. 
Navarre  (Séjoui  de),  IV,  2. 
iVec/cer  (hôpital],  I,  145  ;  III,  101. 


334 


TABLE    DES    NOMS    DE    LIEUX 


Nemours,  IV,  37. 

Nérac,  I,  64. 

Néris  (eaux   de),    III,   238,  253, 

273,  274,  277. 
Aeuf-Brisach,  IV,  233. 
Neufchâlel,  lîl,  134. 
l\euilhj,  II,  ô4,  55,  222,  390. 
Neuve-des-Capucins    (rue),     IV, 

130,  200. 
Nice,  II,  275. 

Niémen  (le),  II,  270,  271,  272. 
Nivernais,  IV,  240. 
Nohani,  IV,  310. 
Normandie,  I,  .39  ;  II,  210  ;  III, 

170,  308  ;  IV,  106. 
Nolre-Dame-de-Paris,  IV,  263, 

265,  266,  267,  268,  271. 
Nuremberg,  I,  19. 


0 


rcel,  III,  252. 
Orieni,  II,  272. 
Orléans,  I,  146;  —    (Haute-Cour 

d'),  II,  124. 
Orsay,  II,  296. 
Oullins,  IV,  69. 
Ours  (rue  aux),  I,  179. 

Xageuin  (rue),  III,  187. 

Palais-Cardinal,  IV,  37. 

Palais-Royal,  \,  183,  184,  300  ; 
II,  313. 

Panlin,  II,  127. 

Paon  (rue  du),  IV,  2. 

Pao/z  Sainl-André-des-Arcs  (rue 
du),  IV,  156,  159. 

Pans,  I,  7,  12,  17,  27,  37,  38, 
39,  43,  61,  63,  65,  70,  72,  76, 
79,  83,  84,  85,  89,  95,  101,  103, 
138,  146,  148,  160,  170,  174, 
181,  196,  197,  200,  201,  205, 
207,  217,  219,  259,  289,  294, 
297  ;  II,  4,  10,  23,  24,  34,  36, 
49,  63,  68,  72,  80,  92,  94,  96, 
97,  98,  99,  103,  104,  111,  115, 
127,   129,   141,   153,    154,    156, 


157,  190,  203,  204,  206,  207, 
208,  221,  233,  245,  264,  270, 
275,  282,  290,  314,  316,  319, 
356,  363;  III,  38,  50,  64,  67, 
72,  89,  107,  126,  128,  130,  136, 
140,  159,  172,  196,  199,  203, 
204,  208,  209,  210,  218,  224, 
237,  243,  287,  310,  312,  314, 
324,  334,  379,  384  ;  IV,  2,  8, 
14,  31,  37,  63,  64,84,  108,  114, 
117,  123,  124,  125,  126,  132, 
133,  134,  137,  141,  144,  148, 
149,  151,  154,  1.56,  160,  186, 
188,  191,  192,  193,  200,  208, 
219,  229,  233,  234,  236,  237, 
263,  294;  —  (théâtres  de),  III, 
364. 

Parme,  II,  17,  47,  323. 

Parlhenay,  IV,  58. 

Passy,  II,  34,  122,  246. 

Pavie,  I,  29  ;  IV,  223. 

Pelletier  (quai),  III,  245. 

Périgny-la-Bondue,  IV,  243. 

Périgny-la-Tour,  IV,  244. 

Périqmj-la-Ville,  IV,  244. 

Pérou,  I,  161  ;  IV,  101. 

Perse,  II,  298. 

Petit-Molais,  IV,  243. 

Picpus,  III,  345. 

Piémont,  I,  45,  220  ;  II,  75,  80. 

Pise,  IV,  229. 

Plessis-du-Parc  (château  de),  IV, 
10,  12. 

Plombières,  IV,  233. 

Plouriuo,  IV,  47. 

Poissonnière  (section  de),  IV, 
125. 

Poissy,  I,  143;  —  (châtelleuie  de), 
IV,  10. 

Poitiers,  I,  210  ;  IV,  17,  18,  19, 
20,  21,  32. 

Poitou,  IV,  106. 

Poligny,  IV,  8,    11,  15. 

Pologne,  I,  225,  232,  241,  245, 
246;  II,  2. 


TABLE    DES    NOMS    DK    LIKUX 


335 


Polwiski,  II,  270. 
Poney,  IV,  243. 
Pont-Sainl-Espril,  III,  62,  63. 
Pantoise,  I,  65. 
Porl-à-Binson,  II,  126. 
Port-Royal,  IV,  89. 
Portugal,  II,  292;  IV,  245. 
Postdam,  II,  272. 
Provence,  II,  75,  80  ;  111,315,318, 

IV,  65,  67,  334,  347. 
Prusse,  II,  80,  81,  245  ;  III,  129  ; 

IV,  233. 
Puiset  (le),  IV,  237. 
Puy  (le),  IV,  75,  76. 
Pyrénées,  IV,  176,  196. 


Q 


uimper,  II,  286. 


.ambouillet,    I,  2,    3,    17,   26, 

104. 
Bavenne,  IV,  69,  70,  72. 
Reims,    IV,    13,    108,    231,    233, 

243. 
Pennes,    I,   275;    III,    172;    IV, 

51. 
Repas-des-Bas,  IV,  243. 
Reugny,  I,  191. 
Reu'hon,  IV,  243. 
i?/i/n  (le),  I,  123,  235. 
Rhône  (le),  I,  18  ;  IV,  33. 
Roanne,  IV,  37. 
Rodez,  IV,  212. 
Romagne  (la),  IV,  71. 
Rome,  I,  227  ;    II,    11,  98,    262, 

275,  308,   317,   319,   321,    324, 

377;  III,  2*5,  192. 
Rotterdam,  II,  29. 
Rouen,  II,  283  ;  IV,  2,  64,  257. 
Rouvres     (seigneurie    de),    IV, 

10. 
iioyaumont,  II,  384. 
Hueil,  I,  292;  II,  237;  IV,  37. 
Russie,  II,  241,  270,  275. 


S 


ainl-Agnan,  IV,  244. 


Saint 

238 
Saint 
Saint 

200 
Saint 

306 
Saint 

13, 
Saint 
Saint 

IV, 

206, 

397, 

83, 

Sa/«/- 

Saint- 

Saint 

Saint 

Saint- 

175, 

m, 

1.59. 
Saint 

116. 
Saint- 
Saint- 

334. 
Saint- 
Saint - 
Saint- 

121, 

69; 

230, 
Saint- 
Saint 
Saint 
Saint 

de). 
Saint 

13. 
Saint- 
Saint- 

179, 


-Imanf/,  III,  227,  236,  237, 

-.InJoc/ie,  IV,  240. 
André-des  Arts   (église),  I, 
.293;— (rue), IV,1, 2,  4,5,15. 
■Antoine  (rue),  I,   128  ;    II, 

■Antoine-des-Champs,    IV, 

82. 

-Cloud,  II,  109,  268,  275. 

-Cyr,  II,  15;  —  (école  de), 

60,  61. 

-Denis,  I,  22,  143,  303  ;  II, 

314,  348,  384,  386,  388, 
,  400  ;  IV,  77,  78,  80,  82, 
131,  138. 

Dizier-la-Seauve,    111,  287. 
■Dizier-en-Velay,    III,  287. 
-Dominyue,  11,297;  IV,  7S. 
■Hustachc  (église),  184. 
Germain,  I,  6,  83,  93,  113, 

187,    210;    II,    255,    310; 

81;  —  (faubourg),   IV,  2, 

-  Germain- VAuxerrois,  I, 

Germain-le-Vieil,  I,  73. 
Gervais    (Dauphiné),     III, 

Gervais  (hOipital),   III,    11, 
Hilaire  (église),  IV,  17. 
//o^iore  (faubourg),  IV,  67, 
216;  —(quartier),  III,  66, 

—  (rue),  I,   294,   300;    II, 
232;  III,  287. 

■Hubert,  IV,  105. 
Jacques  (rue),  III,  69. 
-Jean-de-Caen,  III,  184. 
Jean-de-Losne  (cliàtellenie 
IV,  11. 
Laurent -de-la-Roche,   IV, 

Léonard,  III,  180. 
Leu,  II,  297;  —  (église),  I, 
183. 


336 


TABLE    DES    NOMS    DE    LIEUX 


Sainl-Louis  (hôpital),  III,  388. 

Sainl-Martin  (porte),  IV,  131. 

Saint-Maur  (couvent  de),  I,  7. 

Sainl-Menoux    (abbaye   de),    I, 
VIO,  211. 

Saint-Nicaise  (rue),  II,  267. 

Sainl-Paul  (porte',  IV,  37. 

Saint-Paulet,  IV,  87. 

Saint-Pierre  (île  de)  III,  129. 

Sainl-Prix,  II,  203. 

Sainl-Quenlin    (hôtel    de),    III, 
65. 

Sainl-Roch  (sœurs  de  la  Charité 
de),  II,  234. 

Sainl-Sauveur  (église),    IV,    62, 
77. 

Saint-Sulpice,  I,   284;  II,   284; 

IV,  273. 
Saint-Vicior  (abbaye   de),  I,  42. 

Sainte-Apolline  (rue),  II,  348. 
Sainte-Geneviève  (église),  I,  288, 

294. 
Sainte-Hélène,  II,  237,  239,  240, 
241,   269,    270,    274,  275,  279  ; 
IV,  89. 
Sainle-Menehould,  II,  126. 
Sainte-Osmane,  I,  143. 
Sainte-Pélagie,     III,    289,    349, 

354,  355,  356. 
Saintes,  IV,  108. 
Salni  (principauté  de),  III,  237. 
Salpétrière,  III,  30,  34,  250. 
Salzbach,  IV,  87. 
Sambre  (la),  II,  272. 
Sanceray,  IV,  243. 
Sannois,  III,  78. 
Saône-el-Loire,  IV,  87,  88. 
Sardaigne,  II,  68,  83,  84,  372. 
Sarrelouis,  I,  246. 
Sarthe,  II,  404. 
Saujon,  IV,  33. 
Savoie  (duché  de),  III,  324. 
Saxe,  II,  20,  22,  23,  68,  272. 
Schwarzenberg  (hôtel),   II,  268. 
Sedan,  11,278. 


Seine  (la),  II,  139  ;  III,  113,  289, 
372;—  (rue  de),  III,  303. 

Seine-et-Marne,  I,  147. 
■  Seine-et-Oise,  I,  147,  174,  302. 

Sénégal,  IV,  196. 

Senlis,  I,  74;  III,  88. 

Senones,  III,  237. 

Sens,  III,  202,  368. 

Sèvres,  IV,  311. 

Seychelles  (îles),  III,  347. 

Sicile,  IV,  222. 

Sivry,  IV,  248. 

Soissons,  1, 137,  267  ;  II,  204,  278. 

Solférino,  II,  277. 

Sorbonne  (la),  I,  84  ;  III,  44,  52, 
65  ;  IV,  41,  44,  46,  48,  49,  50, 
51,52,  57,  90. 

Soubise  (hôtel  de),  IV,  131. 

Soufflet  (rue),  III,  32. 

Sourdière  (rue  de  iaj,  IV,  121. 

Sparte,  III,  192. 

Spezzia  (la),  IV,  223,  227. 

Strasbourg,  I,  250,  254  ;  II,  27  ; 

III,  129,  130;  IV,  124. 
Stuttgart,  II,  27  ;  III,  51. 
Suède,  II,  125. 

Suisse,  III,  136. 
Suresnes,  II,  338. 

Tarées,  IV,  176. 

Temple  (\e),  II,  127,  128,136,142, 
143,  144,  151,  152,  156,  1.59, 
166,  168,  172,  174,  176,  180, 
181,  182,  184,  190,  197,  198, 
199,  201,  203,  204,  205,  208, 
210,    211,    224,    225;  III,  345; 

IV,  127, 128. 129,  130,  132, 133, 
135,  136,  138,  139,  147,  148, 
153. 

Terre-Sainte,  I,  12. 

Théâtre  Français,  IV,    90,  142, 

143. 
Thessalonique,  I,  144. 
Thionville,  I,  245,  246;  III,  300; 

—  (rue  de),  111,210. 


TABLE    DES    NOMS    DE    LIEUX 


337 


Thonon,  III,  87. 

Thoreilles,  IV,  243. 

Tout.  II,  275. 

Toulon,  II,  200,201,  240. 

Toulouse,  I,  201  ;  II,  9  ;  IV,  255. 

Tournai),  1,  198. 

Tours,  I,  191,  201  ;  II,  204,  207, 
208,  209,  355. 

Trêves,  I,  245,  246,  248,  251. 

Trianon,  I,  274,  275,  27fi,  282, 
283,  284  ;  II,  88,  116,  223. 

Troijes,  IV.39;—  (licMel  de),  III, 
31,  32. 

Trye  (chàtenu  de),  III,  131,  134. 

Tuileries,  II,  74,  121,  122,  124, 
127,  172,  231,  247,  293,  312, 
316,  317,  319,  320,  321,  329, 
331,  342;  IV,  121,193. 

Turckheini,  IV,  85. 

Turin,  III,  324. 

Turquie,  III,  341. 

KJrbin,  II,  5. 
Uirechl,  II,  125. 
Uzerche,  I,  6. 


V 


aivres,  IV,  242. 
Val-de-Grdce  (le),    I.    118,    119  ; 

II,  393,  394,  395  ;  IV,  80,  273. 
Val-de-Travers,  III,  136. 
Valencay,  IV,  198,  207,  217. 
Valence,  II,  247. 
Valéry,  III,  368. 
Valmy,  III,  289. 
Vannes,  \,  275. 
Vanleaax,  IV,  242. 
Varennes,  II,  126,  129,  185,  189. 
Varignano,  IV,  223. 
Vaujours,  I,  191. 
Vendôme    (place),    II,   122;    IV, 

130,  132. 


Venise,  I,  115  ;  III,  66,  67,  99, 
101,  106;  IV,  70. 

Verdelet  (rue),  III,  66. 

Vérone,  IV,  308. 

Versailles,  I,  160,  167,  170,  174, 
176,  179,  186,  215,  216,  217, 
221,  240,  252,  275,  276,  277, 
285,  288,  289,  295,  296,  297, 
303  ;  II,  13,  23,  43,    45,  46,  67, 

80,  81,  88,  114,  118,  119,  124, 
201,  310;  III,  285,  336;  IV,  32, 

81,  9;î,  95,  106,  154,  194,  246; 
(musée  de),  III,  182,  183,  190, 
191,  217. 

Verson,  III,  195. 

Vexin,  I,  201,  206. 

Vézelai.  IV,  240,    241,    242,    244. 

Vianges,  IV,  240,  243,  244.  246, 

247,  248,  249. 
Vibraye,  III,  169,  170. 
Vichy.  I,  273  ;  II,  130. 
Vienne,  II,  66,91,  305,  355,  357, 

360,  361 . 
Viévy,  IV,  243. 

Ville-dAvray,  11,224,225;  IV,207. 
Vincennes,  I,  174,  186,  187;  II, 

275,  310;  III,  69,  101,  307,  310 

336,  337,  338. 
Vouvenay,  IV,  243,  247,  249. 
Vouvray,  I,  191. 


W, 


agram,  II,  269. 
\Valy,U,  liO. 

Waterloo,  II,  275,  276,  300,  301 
Weissenfels,  I,  225. 
Westminster,  IV,  81,  189. 
Wissembourg,    232,    235,    236, 

237,  246,  248,  250,  252. 
Wootton,  III,  130,  131. 


Liw 


eybruck,  I,  252. 


iv-22 


TABLE  DES   NOMS   CITÉS 


A, 


.RANO(Pierrede),I, 

45. 
Abdul-Hamid,  11,381. 
Abeilard,    I,  61  ;  IV, 

91. 
Abraham,  II,  1. 
Adélaïde    (Mme),  I, 

276,    286,    298  ;    II, 

37,117;  IV,  199,214. 
Adrets  (baron  des), 

IV,  76. 
AÉTius,  II,  301. 
Agrippa  (H.-C.),I,  9. 
Agrippa  (M.),  II,  370, 

371. 
Agrippine,II, 149,301. 

AlGUEBLANCHE  (d'),II, 

81,  82. 
Aiguillon  (duc  d'),I, 
276,  280,  292,  297  ; 

III,  328. 
Albanèse  (docteur), 

IV,  222,  223. 
Albert  (d'),  III,  29. 
Albignag  (général 

d'),  IV,  60,61. 

Alboize,  IV,  117. 

Albrecht     (le  mar- 
grave), I,  228. 


Albret  (Charlotte 
d'),  II,  6;  — (Jeanne 
d'),  I,  25;  — (maré- 
chal d').  I,  205. 

Albuféra  maréchal 
d'),  11,328.333,336, 
341,  347,  352. 

Alembert  (d),  III, 
138  ;  IV,  94,  95,  97. 

Alencon  (duc  d"i.  I, 
47,  58;  III,  401. 

Alexandre,  II,  272  ; 
III,  133. 

Alibert,  II,  338  ;  III, 
382. 

Alibour  (d), médecin 
d'Henri  IV,  I,  69, 
70,  83. 

Alincourt  (marquis 
d'),  I,  215. 

Alix,  III,  175. 

Allard  (Hortense;, 
III,  398;  —  (vicom- 
tesbe  d'),  III,  79. 

Allée  (M.  de  T),  III, 
331,  333. 

Allier,  auteur  de 
VAncien  Bourbon- 
nais, I,  210. 

Amar,  II,  137. 


Amédée  (Victor),  roi 
de  Sardaigne,  III, 
334. 

Amelin  (Mme),  nour- 
rice de  Louis  XIV,  I, 
146. 

Amelot,  III,  335. 

Amic  (H.),  III,  113. 

Ampère,  IV,  70. 

Ancel,  nourrice  de 
Louis  XIV,  I,  145, 
146. 

Ancelin  (Louis),frère 
delaitdeLouisXlV, 
I,  145,  147. 

Ancre  (marquis  d'), 
I,  120. 

Andlau  (comtesse 
d),  I,  259. 

Andouillé,  chirur- 
gien deLouisXV,  I, 
295,  302. 

Andouillet,  II,  94. 

Andrieu  (Jules),  I, 
65. 

Andromaque,  IV,  172. 

Andry,  111,  248,  266, 
267,  279. 

Ange  (le  Père),  1,130, 
198. 


TABLE    DES   NOMS    CITES 


339 


Angoulême  (duc  d'), 
II,  205,  206,  352;  — 
(duchesse  d'),I,  19; 
11,114,150,151,156, 
158,  159,  167,  175, 
340,  380  ;  IV,  61, 
153,  183;  —  (Mar- 
guerite d",  I,  16. 

Anjou  (Ladislas  d'), 
roi  de  Naples,I,18. 

Anne  D'Autriche,  I, 
33,  109,  116,  117, 
119,  127,  132,  14:j, 
146,  193;  II,  2,222, 
393,  394,  395  ;  IV, 
7,  137. 

Anne  de  Bretagne 
(reine),  I,  8,  9;  II, 
2,3. 

Anne  Petrowna,  I, 
226,  229. 

Anselme  (abbé),  IV, 
80. 

Antin  (duc  d'),  1,210. 

Antom.marchi(D'),IV, 
89. 

Antonelle,  IV,  174. 

Antonins  (les),  II, 
381. 

Aquaviva  (cardinal), 
II,  11. 

Aquin  'd'),  médecin 
de  Louis  XIV,  I, 
150.  152,  163,  168, 
171. 

Ar.anua  (comte  d'), 
11,74,  75,  76,  77,  78. 

Arc  (Jeanne  d),  IV,  9. 

Argens  (d'),  I,  11,  14. 

Argenson  (comte  d'), 
I,  271. 

Aristote,  I,  45  ;  II, 
301. 

Armagnac  (cardinal 
d'),  I,  16. 


Armez  (abbé),  IV,  4G, 

47,  48,  r)7. 
Armont  (d'',  111,177. 
Arnaud,  IV,  89. 
Arnut,  m,  117. 
Arneth  (Ritler  von), 

II,  36,  38,  40. 
Ahnolld  (Sophie),  I, 

304,  III,  373  à  380, 

381. 
Arqlien    (Mlle    d), 

I,  213. 
Artémise.  IV,  59. 
Artois  (comte  d'),  II, 

40,  75,  76,  97,  117; 

III.  239  ;    IV,  154  ; 

—  ;comte-se  d'),II, 
43,  47,  95  ;  —  (duc 
d'),  IV,  81. 

Arvède-Rarine,    IV, 

282,  287. 
Arvers.  I,  11. 
.\sker-Ka\,  IV,  204. 

205. 
AssE  (Eugf'ne),  111,43. 
Astruc,    I,    196,  197. 
ASTYANAX,  IV,  172. 

Athai.in  (baron),  IV, 

61. 
Atoch  (docteur,,  IV, 

255. 
AuRERY,  IV,  36, 38, 40. 
AUBIGNÉ  (d'i.I,  66,67; 

—  (Françoise  d'), 
III,12.18,'32,  35,  38, 
229;  — (Mlle  d').  II, 
14. 

Aucante,  IV.  316. 
AucHARD  (Mme),  II, 

321. 
Audibert,  III,  382. 
.Vudiffret-Pasquier, 

II,  292. 
Auouis,  II,  167. 
Auguste,  IV,  172. 


Auguste  II  1,11,19,20. 
Auguste   'prince   de 

Prusse),  396,  397. 
AuLAGN  1ER  (docteur), 

I,  84. 
AuLARD,  II,  153,  154; 

III,    231,    243,   245, 

249;  IV,  194. 
Aulu-Gelle,  I,  273; 

11,370. 
AuMONT  (comte   d'), 

I,  68;  — (ducd'),II, 

118. 
AUNEUIL  (d'),   II,    14. 
Autriche   (Eiconore 

d),  I,  9;  — (Maxiini- 

lien  d'),  II,  2,  3. 
AuviTY  (docteur),  II, 

308;  IV,  202. 
AuvRAY  (général),  II, 

405. 
AuzAT(Mme),III,288, 

289. 
Avenel  (M.   G.),  III, 

294; IV,  19,  23. 
Avicenne,  I,  45. 
AVRILLON    (Mile),    II, 

265. 


B 


.\BEUK,  III,  2.32. 

B.achaumont,  I,  128; 

III,  315. 
Bachelier  (le  Père), 

I,  117;  —  valet  de 

chambre  de  Louis 

XV.  I,  258. 
BaËr,  IV,  1.54. 
Bailleul,  III,  179. 
Baillou,  III,  27. 
Bailly,II,182;IV,109. 
Baizelon    (Benoît), 

III,  323. 
Ballanche,  III.  397. 
Balland   (Mme),  II, 

315. 


34o 


TABLE    DES   NOMS    CITES 


Ballet  (docteur),  II, 
379;  III,  156. 

Balme  (chevalier  de 
la),  III,  333. 

Balzac,  I,  34,  54;  III, 
1,  403. 

Bancal,  (V,  212,  213. 

Barante  (M.  de),  III, 
235,  241. 

Barbaroux,  III,  167, 
168,  16y,  171. 

Barbaste,  II,  357. 

Babbedienne,IV,261. 

Barberousse,  I,  22. 

Barbier,  chroni- 
queur, I,  215,  216, 
217,218,223,256,258, 
261,267;  II,  122. 

Barbiera,  IV,  287, 
292,  298. 

Barbou,  IV,  254. 

Bare  (Mme),  II,  321. 

Barère,  II,  128;  III, 
291. 

Barnave,  IV,  118. 

Baron  (Anloine),  IV, 
17; — (doyen  de  la 
Faculté  de  méde- 
cine), 1,70;— (doc- 
teur), II,  333,  338, 
339. 

Barral  (G.),  II,  312. 

Barras.  111,244,245; 
IV,  196. 

Barre  chevalier  de 
lai,  IV,  112. 

Barré,  III,  378. 

Barrière,III,180;IV, 

26. 
Barry  (Mme  du),  I, 
273,  274,  276,  276, 
277,  280,  282,  283, 
284,  290,  292,  296, 
304;  II,  34,  80,137, 
139;  IV,  94. 


Barthélémy  (abbé), 
IV,  236;  —  (poète 
de  la  S  i!philis),\,2 
—  (docteur],  III, 
162, 163: -(Ed.  de), 
I,  89,  92;  II,  373. 
Bas    (Laurent),    III, 

189,  190. 

Baschet    (Armand), 

1,  47,   89,  101,  102. 

108,114,  116;  11,66. 

Baseilhac   (Pascal), 

IV,  175,  177. 
Bassan  (peintre), 167. 
Bassano  (duc  de),  II, 

278. 
Bassereau,   III.  261. 
Bassompierre,  I,  74, 

119. 
Bastard,  II,  132. 
Baudeau  (l'abbé),  I, 

282;  II,  70. 
Baudelaire,  111,123; 

IV,  69. 
Baudelocque,  I,  195; 

II,  322. 
Baudin,  IV,  257. 
Baudot  (M.-A.),    III, 
285,  297,    298,  346. 
Baudouin  (docteur), 

IV,  296. 
Baudrais,  II,  224. 
Baudbicourt,  IV,  9. 
BAULT(Mme),  11,225, 

226. 
Bausset  (de),  11,240, 

263. 
Bautru,  IV,  26. 
Bavière  (Charles- 
Théodore  de)  IV, 
259.  261;  —  (Isa- 
beau  de),  II,  3,  4, 
374;  —  (Louis 
de),  II  2;  —  (Vic- 
toire  de),    I,    194. 


Bayard,  II,  302;  — 
(le  citoyen),  111,239. 

Bayle,I,5,  46,54,  61. 

Bazile,  IV,  223. 

Bazire,  IV,  135. 

Bazy  (docteurj,  II, 
219. 

Beauchamp,  I,  179, 
183,  184;  -  (de),  II, 
114,  115,  116,  132, 

Beauchesne  (de),  II, 
145,  172,  212;  IV, 
148. 

Beaucourt  (de),  IV, 
127,  130,  133. 

Beaudouin  (Henri), 
III,  59,  61,  79,  81, 
117,  135,  136. 

Beaufort  (duchesse 
de),  I,  68,  85. 

Beauharn.\is  (comte 
de),  III,  351. 

Beauharnais  (Eu- 
gène dei,  II,  253, 
255,  263;IV,  115;  — 
(généralde),  11,252, 
254;  —  (Joséphine 
de),  II,  252;  III, 
349. 

BEAULAINCOURT(Mme 

de),  III,  400. 

Beaulieu,II,141;III, 
231,  296. 

Beaumarchais,  IV, 
83. 

Beaumelle  (la),  III, 
6;  IV,  96. 

Beaumont  (Christo- 
phe de),  archevê- 
que de  Paris,  I, 
289. 

B  E  A  U  M  O  N  T-Va  s  s  y, 

(de),  II, 28,  252,  305. 
Beauterne  (de),    II, 
237, 238,  240,  245. 


TABLE    DES    NOMS    CITES 


341 


Beauvais  (Mme  de), 
1,127,  128,  129,  131; 
—  (Ch.de  ,111,248, 
254,  268,  271. 

Beauveau  (abbé  de], 

II,  10. 

Becker  (professeur), 

IV,  260. 
Bégin,  III.  387,  388. 
BÉGis,    II,    174;     III, 

206,  239,  240,    314. 

338, 342,364  ;IV,193. 
BÉGOUEN    (vicomte), 

I,  132. 
Bel.knger,    III,    373, 

374. 
Bélier  (Mlle),  I,  94. 
Bëlin,  III,  14. 

BeLIN  (le)  d'EGUILLY, 

IV,  242. 
Bellay  (Martin  du), 

1,15,  28;  II,  307. 
Bellegarde  (duc  de), 

I,  67,  85. 
Belmas  (docteur),  IV, 

189. 
BELZuNCE(Henri  de), 

III,  166,  167,  171. 

BÉNÉDIKT,   III,  215. 

BÉNÉvENT(pnncede), 

IV,  197,219. 
BexNOIst,  III,  113. 
Benserade,  I,  140. 
Bentivoglio,  I,  113. 
Béranger,  III,  240. 
Berchon    (docteur), 

IV,  190. 
Bérenger  de  Carpi, 

1,22. 
Bérillon  (docteur), 

IV,  230. 
Béringhem,    I,    104, 

105,  173. 
Bernadotte,  111,219. 
Bernard     (Jacques- 


Claude),  IV,  148; — 
(citoyen),  IV,  45;  — 
fMarie),I,  185. 

Bernier  (Mme),  II, 
393,  394. 

BERMs(de),IV,  93. 

Berrier,  IV,  103. 

Berruyer  (général), 
IV,  131. 

Berry((1uc  de),  petit- 
fils  de  Louis  XIV, 
I,  231,  233;  II,  117, 
205,  321,  323.  345, 
347;  —  (duchesse 
de),  307,  324,  325, 
326,329,332,335,337, 
338,  339,  340,  343, 
345,  346,  355,  372, 
373,  379;  IV,  61, 
161,  163. 

Berryer,  II,  366. 

Bert  (Paul),  IV,  252, 
253. 

BERTAUT(femme),III, 
178. 

Berthelot,  IV,  125. 

Berthier,  II,  26,  27, 
271. 

Berthollet,  II,  250. 

BERTHOUD(Fritz),  III, 

136. 
Bertin,  II,  120. 
Bertozzi    (Claudioi, 

IV,  74. 
Besenval  (baron  de), 

II,  82. 

Besmer     (docteur), 

III,  161. 
Bessières  (médecin), 

I,  164,  168,  171;  — 
(maréchal),  II,  265. 

Beugnot,II,  144,  188, 
293,  294,  295. 

Beux(Du),  I,  184. 

Bevilacqua,  IV,  295. 


Beyle,  IV,  286. 
BiANCo,  III.  246. 
BiET  (Marguerite),  I, 

185. 
BiETT,    III,  383,  384, 

387,  388. 
BiNET  (Alf.),  III,  49, 

50,51,54. 
BiRÉ    (Ed.),   II,  344; 

IV,  148. 
BissoN,  IV,  311. 
Blagons,  IV,  76. 
Blain-Descormier3  , 

II,  207. 
BLAisE(Mme),  11,308, 

315. 
Blanc    (Louis),    III, 

241. 
Blanchard     (Mme), 

II,  319. 

Blaze  de  Bury,  1, 12  ; 

III.  200,  201. 
Blois   (Mlle  de),    I, 

176, 186, 201;  II,  372. 
Blondeau,  IV,  272. 
Blot,  I,  94. 
BoccACE,  IV,  74. 
BocHEFOBT  (de),  IV, 

67. 
BoiLEAU,  I,  123,  209; 

—  (Gilles),  111,4,8. 
BoiLLY,  111,296. 

BOISJOURDAIN,  I,  215. 

BoisjuGAN   (de),  III, 

169,  171. 
BoiSLisLE    (A.    de), 

III,  12. 
BOIS-BOBERT,  111,10; 

IV,  20. 
BoLEYN(A.de),II,377. 
Bon  (Mlle),  II,  247. 
Bonaparte  (Pauline) 

V,  Pauline  Bona- 
parte; —  (Laetitia). 
V.  Letizia. 


342 


TABLE    DES   NOMS    CITES 


Bonaparte,  II,  245, 
246,  247,  250,  251, 
252,  253,  256,  262, 
267,  270,  275,  283, 
284,  296,  299;  III, 
347,  348,  350;  IV, 
83,  200,  201,  257  ;  — 
(Mme),  III,  349;  - 
(Elisa),  II,  249;  — 
(Pauline),  II,  248, 
249,  289  à  392,  305  ; 
(prince  Roland], 
III,  215,  216,  218, 
219,  220,  222,  224. 

BONDOIS,  II,  252. 

BONHOMÉ,   IV,  48. 

BONNAFFÉ  (Ed.),  IV, 
47,  51. 

Bonne  de  Savoie,  II, 
301. 

BONNEMAISON      (dOC- 

teur),  I,  20. 
Bonnet  (Ch.),  1,174; 

—  (docteur),  II,  356; 

—  (Raoul),  I,  VI. 
Bonneville     (Fran- 
cis), 111,175.211,323. 

Bonnièbes  (de),  1,93. 
BoNTEMPS,  valet   de 

chambre  de  Louis 

XV,  1,215;  — IV,  33. 
Bordeaux  (duc   de), 

11,323,324.325,334, 

337,   338,  340,   344, 

345,  349,  350,    353, 

357,  359,  364. 
Bordet,  III,  218. 
BoBDEU  (médecin).  I, 

276,  2S0,  281,  295. 
BOREL  (docteur),  IV, 

257. 
BoBGHÈsE  (Pauline), 

II,  249,  305. 
BoRGiA  (César),  II. 6, 

7,  298. 


Bosc  d'Antic,IV,134. 
Bouchard  (docteur), 

III,  1G3. 
BOUCHARDON,  IV,  237. 

Boucher ,   accou  - 

cheur,  I,  180,  181, 

182,  183,  184.  188, 

193;II,405,406;III, 

337. 
Boucheseche,   III, 

356. 
Bouchon  (le  citoyen), 

111,357. 
Bouchot  (Henri),  I, 

VI,  31,39,  57;  11,9. 
BoucoiRAN,  IV,  286, 

310. 
Boudet  (Marcellin), 

111,235. 
BOUDON,  II,  195. 
BouFFLERS  (duc  de), 

I,  215;  II,  120. 

BOUGEAULT,  III,  116, 

125,  127,  128,  131, 
135,  136. 

Bougon  (docteur),  II, 
333,  338,  339,  355, 
356,  357,  360,  361, 
364;  III,  171,172. 

Bouillon  (duc  de), 
I,  81;  IV,  83. 

BOULAINVILLIERS,  IV, 
19. 

BouLDUC, apothicaire 

I,  264,  265. 
Bouquet  (abbé),  IV, 

50. 

BOURDELOT,     IV,    20. 

Bourdet,  dentiste  du 
roi,  I,  282. 

BOURDIER,   II,  315. 

BouRDois  (de  La- 
raotte),  111,387;  IV, 
198,  199,  200,  201, 
202,  203,    204,  205, 


206,    207,   211,  215, 

216. 
Bourdon  (Léonard), 

III,  246. 
Bourgeois,   III,  191. 
Bourgeois  (Louise), 

sage-femme,  L 193; 

II,  371. 
Bourges  (Louis  de), 

I,  45;  IV,  16. 
Bourgogne  (duc  de), 

II,  12,  13,14,15,16, 
373,  374. 

Bourgogne  (du- 
chesse de),  I,  195, 
199;  11,12.14,  15,16. 

Bourbon  (duc  de), 
premier  ministre 
de  LouisXV.  1,217, 
219,  221,  223,  224, 
230,    233,    234,  235, 

236,  239,  240,  242, 
243,  244,  252,  253; 
11,25,  110;  IV,  171; 
(duchesse  de),  II, 
109;  —(Maison  de), 
II,  35,  116,  149,  180, 
284,  381. 

BOURRIENNE,   II,  236, 

237,  250. 
Bourru,  IV,  122. 

BOURSAULT,  I.  202. 

BouvARD,IV,32,38,39. 

Bouvet,  I,  143. 

BOVET,  II,  197. 

Boy  de  la  Tour 
(Mme),  III,  72,  87, 
103,  129. 

Boyé  (P.),  I,  259. 

Boyer  (de  la  Cha- 
rité), III,  375,  377. 

Bradi  (comtesse  de), 
1,5. 

Brancas  (duchesse 
de),  I,  266. 


TABLE    DES    NOMS    CITES 


343 


Bbantôme.   I,    7.   lu. 

II,  14,32,34,37,42. 
47;    II,  4.  5,  6.307. 

Brégy   (Mme  de),  I, 

108. 
Brkmond    (docteur), 

IV,  89. 
Breschet.    III.    384, 

387. 
Bretagne  (Anne  de), 

I,  8,  9.-  II,  2,  3;  — 

(duc  de),  II,  373. 
BRETELiL(de),II,106; 

III,  3d^. 
Bpetheville     (Mme 

de),    III,   169,    192, 

193,  195. 
Breton  (E.),  IV,  72. 
Brézé  (Louis  de),  I, 

39;    —    (maréchal 

de),  IV,  35. 
Bricon.  II,  284. 
Bbièle,III.113;IV,24. 
Brien,  IV,  2;U. 
Brienne,  I,  117,  149; 

—  (de),  111,29. 
Brierre     de     Bois- 
mont,  II,  243;  III, 

313. 
Brieux,  II,  301. 
Brillon.  III,  190. 
Bbissac      (maréchal 

de),  I,  286. 
Brissaud,  III.  17,  20, 

23,  24,  40,  248,  265, 

266,  267. 
Brissot,  IV,  123,  124. 
Broc  A     (docteur), 

père,  I,  144,  145. 
Brochin     (docteur), 

IV,  272. 

Broglie  (de),  II,  125. 

Brouardel  (doc- 
teur), 1,43;  II.3S6, 
398;  m,  390. 


Bru  (Paul),  IV,  117. 
BmiiiER,  II,  136. 
Briule  (comte),    II, 

20,  22. 
Brl'lé,  IV,  129. 
Bruneau,  II,  181. 
Brunetière  (F.),  III, 

42,    116,    123.    124, 

127,  138,  139,  157. 
Brunier,  II,  165,  167, 

175,  201;  III,  10. 
Brunot,   II,  188. 
Bûchez,  IV,  111. 
BucKiNGiiAM(ducde), 

I,  120. 
BucKLAND  (docteur), 

IV,  81. 
BucQUET,  III,  246. 
BuDiN  (docteur),  II, 

321. 

BUFFENOIR        (Ilippo- 

lyte),  III,  148. 
BuFFON,  IV,94,  97. 
BuLOz,  IV,  306,  309. 

BUONARROTI,  III,  290, 

300. 

BURCHARD,    II,   7. 

BUREAU(M.),  111,187. 

Bureau  de  la  Ri- 
vière, II,  391. 

BusNE  (de),  II,  141, 
227. 

BussY- Rabutin,  I, 
175,  197,  202. 

BuvAT,  chroniqueur 
de  la  Régence,  I, 
215, 

Uabanès  (docteur), 
I,  32,  270  ;  II,  372, 
377;  III,  27,  159, 
197,  218  ;  IV,  66, 
208. 

Cauanis,  111,19:1,202, 
203;  IV,  116,  117. 


Gaffe  (docteur),  III, 

114  ;  IV,  193. 
Caffohd,     III,     214, 

215. 
Cailleux,  II,  139. 
Caïus,  I,  273. 
Calas     (Mme),     IV, 

96. 
Calés,  II,  167. 
Caligula,  II,  371. 
Callamand     ^doct')^ 

I,    XIII. 

Callot,  IV,  311. 

Cambacérès,  II,  318. 

Cambefort  (de),  I, 
64. 

Cambon,  III,  241. 

Campan  (Mme),  1, 285, 
301  ;  II,  44,  52,  54, 
103. 

Campardon,  II,  137, 
138,  140,  149,  161  ; 
IV,  182. 

Canianiga,  IV,  315. 

Canino  (princesse 
de),  II,  262. 

Capelle  (baron),  II, 
293. 

Capet,  IV,  126,  128, 
130,  135,  138,  140, 
148,  182;  —  (Char- 
les-Philippe), III, 
239;  — (Elisabeth), 
11,145,  187,  190;  — 
(Huguep),  I,  10;  II, 
384,  388;  — (Louis- 
Charles),  II,  143, 
145,  147,  148,  150, 
165,  166,  181,  184, 
187,  188,  190,  196, 
198;  —  (Thérèse), 
11,144,145,  ls3,  187, 
209,  210;  (Vve), 
II,  13i;,  138, 140, 149, 
224. 


344 


TABLE    DES    NOMS    CITES 


Carême,  IV,  198. 
Caret,  empirique  de 

Tournay,  I,  198. 
Carlos  (don),  I,  145; 

II,  10,  30. 
CARMis(Mmede),III, 

319. 
Carolingiens    (les), 

II,  381. 
CARON(Mme),II,  141, 

348. 
Carpinel       (Louise 

de),  III,  334. 
Çarpue  (docteur), IV, 

189. 
Castan  (A.),  I,  23. 
Castellanus,  I,  48. 
Casterès,  III,  88. 
Castille      (Blanche 

de),  IV,  164,  172. 
Castro  (Inès  de),  IV, 

91. 
Catherlxe  de  Médi- 

cis,  I,  31,  32,  33,  36, 

40,41,47,48,  51,53, 

54,  55  à  59,  66. 
Cauchois  (Vve),  III, 

184. 
Cauchon  (Jean),  IV, 

9. 
Caulaincourt  ,     II, 

256,271. 
Caussion   (le   Père), 

1, 116. 
Cavaignac     (Mme) , 

III,  394. 
Cavalli,  1, 16. 
Caylus  (Mme  de),  I, 

190,  205, 208. 
Cayol,  II,  363. 
Cazalis  (D'  h.),  III, 

261. 
Céard  (H.),  I,  XI. 
Cellim  (Benvenuto), 

I,  22. 


Ceresole,  III.  66. 

Certain,  IV,  :20. 

Cervom,  II,  269. 

CÉSAR,  II,  240,  381. 

Charot,  IV,  178. 

Chaignon  (de),  II, 
353. 

Chailley,  III,  107. 

C malais,  I,  109. 

Ch.\lier,  III,  232. 

Chambon  (Félix),  I, 
VI,  54;  II,  29;  IV, 
48,  52,  90,  285. 

Chambon  (de  Mon- 
TAUx).  IV,  123. 124, 
125,  126,  128,  130, 
131,  13.3,  134,  140, 
142,  143,  144,  145, 
147,  149,  1.50,  151, 
152,  153,  154,  155, 
161,  168,  172;  — 
(Mme  Augustine), 
IV,  155.  156,  157, 
158,  160. 

Ch.'^.mbord  (comte 
de),  I,  VI  ;  II,  323, 
353,  363.  .366. 

Chameroi,  IV.  115. 

Chamfort,  I,  270. 

Chamilly  (de),  II, 
125. 

Champaigne  (Phil. 
de),  IV,  23. 

Champfleury,  I,  61. 

Changarmer,  IV, 
2.50,  251. 

Chantal  !  J.  de),  IV, 
65,  67. 

Chantelauze,  11,168. 

Chapelier,  IV,  118. 

Charavay  (Etienne), 
1,263,268;— (Noël), 
I,  VI  ;  —  (Etienne 
et  Noël),  II,  9,  126, 
197  ;   III,   349,  359, 


365;   IV,  104,    161, 

195. 
Charcot,  III.  25.  28, 

29,  30  ;  III,  261,  262, 

263. 
CiiARDON(Henri),  III, 

2,  6,    8,   10,  14,   15, 
23,  32,  34,  35,  36. 

Charlemagne,  11,243. 
Charles  I",  II,  8. 
Charles  III  de  Lor- 
raine. II,  5. 
Charles  IV,  roi  de 

France,  I,    10;  II, 

29.  275. 
Charles  V,    roi    de 

France,   I,   10;    II, 

392  ;  IV,  77. 
Charles-Qltnt,  1, 10, 

12,  23,  27. 
Charles  VI,  roi  de 

France,   I,   10  ;  II, 

3,  4. 

Charles  VII,  roi  de 

France,  I,   10;  II, 

388  ;  IV,  6. 
Charles  VIII,  roi  de 

France.  1,10;  11,3; 

IV,  6,  7. 
Charles  IX,  1,19,33, 

37,  47,   57,   58,  62  ; 

II,  16. 

Charles  X,  I,  195  ; 

III,  239. 
Charles    le    Témé- 
raire, II,  2. 

Charles  -  Théodore 
(de  Bavière),  IV, 
259,  261. 

C  H  ARPENT  1ER,  III, 

131  ;  IV,  19. 
Chartres  (duchesse 

de),  II,  39,  109. 
Chateaubriand,    II, 

344;    III,  397,   398, 


TABLE    DES   NOMS    CITES 


345 


399;  —  (Mme  de), 

1,10. 
Chateauneuf,  IV, 31, 

32. 
Chateauboux     (du- 
chesse de),  I,  27n. 
Châtelain  (docteur), 

III,    115,    121,    123, 

138,  140. 
Chauliag  (Guy  de), 

1,82. 
Chaumet,    IV,    137, 

138. 
Chaumette,  II,  H2, 

144,  14Ô,    146,    179, 

183,   187;    IV,  129, 

145, 
Chaussier,   III,  387. 
Ch.waione     (comte 

de),  III,  339. 
Chavignat,II,222. 
Chavig.ny    (de),    IV, 

34. 
Chemerault,  I,  40. 
Chenon,  III,  342. 
Chereau    (docteur), 

I,  74,  83,  194,  198, 
200;  IV,  7,  11,  13, 
15,  110,  116,  120, 
232. 

Chéron  de  Villiers, 
III,  172,  174,  183, 
190,  205,  209,  213, 
214. 

Chérlel,  I,  175  ;  II, 
3,  23. 

Chervin  (  docteur), 
III,  150. 

Chesne  (Du),  méde- 
cin de  Henri  IV, 
1,84. 

Cheval,  IV,  46,  47. 

Çhevreuse  (duc  de), 

II,  63. 
Chézot,  III,  179. 


Chicot,  IV,  33. 
CniGi,  II,  11. 
CiiiMAY  (Mme  de),  II, 

109. 
Çhimène,  IV,  91. 
Choiseul,  11,74  ;  IV, 

93,  103,  2;;6. 
Choisi  (Mme   de),  I, 

188. 
Choisy  (abbé  de),  I, 

166,  176. 
Chrétien,    médecin 

de    Catherine    de 

Médicis,  I,  67. 
Christine  (reine), III, 

29. 
Christophe-Colomb, 

II,  301  ;  IV,  78. 
Chuquet(.\.),III,14I; 

IV,  185. 
CiCÉRi,  IV,  207. 
CiD  (le),  IV,  91. 
CiMBER,  II,  13. 
Cino-Mar:^,  1,110,111; 

IV,  36. 
CissEY  (général  de), 

IV,  273. 
Citoys,    IV,    17,   18, 

19,  20,    21,   23,    30, 

33,  38. 
CiVlALE,  IV,  190. 
Claretie  (.Iules;,  IV, 

59  ;  —  (Léo),    III, 

107. 
Clarke,  IV,  232. 
Claude  (reine),  I,  8, 

11,  14. 
Clavière,IV,114,115, 

148. 
Clemenceau,  IV,  306. 
Clément     (accou- 
cheur), I,   176,177, 

194,   195,    196,    197, 

198,  199,   200,   201, 

203,  204,  205,  206. 


Cléopatre,  II,  301. 
Clère  (C),  mi,  189. 
Cléry,    II,    128;   IV, 

147,153. 
Cloindirala,  IV^232, 

246. 
Cloquet    (docteur), 

IV,  90. 
Clotilde,  II,  3. 
Clouard,     IV,    284, 

316. 
Clovi>,  II,  3. 

COBENTZEL,   IV,     204. 

CoBOURG     (Léopold 

de),  II,  .378. 
Cochet  (Gérard),  IV, 

14. 

COCKBURN,    II,  274. 
COFFINHAL,   III,   243; 

IV,  174,  180. 
CoGNY  (docteur),  IV, 

214,  216. 
CoiGNY  (duc  de),  II, 

82. 

COINCHON,      II,      190, 

184. 
CoiTiER(Jacques),IV, 

3,  4,  5,  6,    7,   8,  9, 

10,  11,  14,  15. 
Colas,  IV,  272. 

COLBERT,    I,   176,  177, 

178,    179,    181,  182, 

183,  184. 
CoLET  (Louise),  IV, 

276,  287. 
COLIGNY,  IV,  91. 
CoLiNi,  IV,  233. 
CoLLOT     d'IIerbois, 

III,  240,  300. 
Colombey,  III,  12,15. 

CoLU.MELLE,    IV,   162. 

Combes,  II,  53. 

CùME  (le  frère),  III, 
83,  84,  93,  94,  95, 
96,102,103,104,145; 


346 


TABLE    DES    NOMS    CITES 


IV,    175,    176,    177, 

186,  191. 
COMENGE    (docteur;, 

I    25. 
CoMUS,  IV,  212. 

COMYNES,   IV,   8,  14. 

COPIN  (Alf.),  m,  382. 

CoNDÉ  (Maison  de;. 
1,  232  ;  —  (prince 
de),  II,   23,  25,  26; 

III,  81  ;    —    (prin- 
cesse de),  I,  83. 

CONDORCET,  III,  286. 
CÔNEPierre), 111,323. 
CoNi  (cardinal),  IV, 
71. 

CONRART,  I,  175. 

Constant,  valet  de 
chambre  de  Napo- 
léon, II,  252,  254, 
257,  304,   312,  318  ; 

IV,  204  ;  III,  379. 
Constantin,  II,  243, 

246,  301. 

CoNTi,  ingénieur,  IV, 
72,  73;  —  (prince 
de),  II,  110;  III, 
131,  134;  —  (prin- 
cesse de),  fille  de 
Louis  XIV  et  de 
La  Vallière,  I,  19, 
201;  II,  109. 

CoNZER  (M.  de),  III, 
64. 

COQUELEY  DE  ChAUS- 
SEPIERRE  (de),    III, 

378. 

CORANCEZ,  III,  141. 
CORBINEAU,  II,  272. 
CORBON,   IV,  80. 

CoRDAY  (Charlotte), 
III,  166  à  224;  IV, 
90. 

CoRDouE  DE  Tain 
(Mme  de),  IV,  63. 


CORLIEU,  IV,  24. 
Corneille,  III,  291, 
300. 

CORRADI,   IV,    315. 
CORRERO,   I,  38. 

CoRSi    (Domenico), 

IV,  71. 
CoRTELET  (darae),IV, 

243. 

CORVISART,  II,  255, 
315;  III,  154,  382; 
IV,  202,  203. 

COSNARD  -    DeSCLO  - 

SETS,      III,       185, 

192. 
CosT.-^R,  m.  1,  7,22, 
Cotte  (de),  IV,  82. 
CoTTiER  (Maur.),  IV, 

53. 
COTTIN  (P.),  II,    313. 

C0UDEBAULTfde),II,2. 

CouDRAY(Mlledu),I, 

184. 

COUET  -  GiRONVILLE, 

III,  201. 
CouLMiER(M.de).IIL 

356,    357,  362,    363, 

371. 
Coupé,  IV,  119. 
CouRTADE  (docteur), 

III,  151.  152. 

COURTANVAUX,  1,232. 

Courtois,  III,  245. 
Cousin,  (Jean)  1,21;— 

(Jules),  I.  127,  130; 

—  (Victor),  L  116. 
COUTHON,  III,  225    à 

280  ;  IV.  220. 

COLTVEL,  IV,  148. 

Crébillon  (fils),  III, 

378. 
CRÉQUY(Mmede),  II, 

120;  —  III,  203;  — 

(marquise  de),  IV, 

191. 


Crivelli  (Lucrezia), 

I,  13. 
Crochet,  111,248,266, 

267,  279. 
CrOMOT     DE     FOUGY, 

IV,  87. 
Croy  ^ducde),  1,276, 

281,   285,  289,  301  ; 

IV,  93. 
Cruveilhier,  II,  363, 

364;  IV.  213,  217. 
CULLERIER,   I,  15,  27; 

IV,  116. 

CUREAUDE  LA  CHAM- 
BRE, IV,   52. 

CuRius  Dentatus.  I, 
144. 

CUVILLIER  -    FlEURY. 

III,  403. 
Cyrano    de    Berge- 
rac, III,  4,  22,  26, 

54. 


D 


AMIENS,  1,287;  IV, 
98. 

Dandolo  (Matteo),  I, 
52. 

Danemark  (Char- 
lotte-Amélie, prin- 
cesse de)  226,  228. 

Danet,  IV,  272. 

Dangé,  II,  171,  183, 
187. 

Dangeau,  1,161,167, 
198,  210,  213  ;  II, 
14. 

Danjou.  II,  13,  187  ; 
IV,  38. 

Dante  (le),  IV,  69,  70, 
72,  74,  91. 

Danton,  III,  219,224, 
238,  296;  IV,  177, 
178,  179. 

Daran,  III,  70,  71, 
93,  102. 


TABLE   DES    NOMS    CITES 


347 


DARBOY(Mgr),IV,49. 

Dabcel.  IV.  yo. 

Darcy.  II,  399. 
Dalban,  11,140,160; 

m,  186,  290. 
Dalbenton,  IV,  86. 
Dauberval,  III,  374. 
Daujon,  II,  145,  146, 

162. 
Dal'phinot,   II,    328, 

336. 

Davenport,  III,  131. 

David. II, 142,144.14.5, 

146.183,187.231,317; 

—  (le  peintre),  III, 

164,  188.210,  211. 

D.wY    (docteur,    II, 

229.  230. 
Dazincourt,  IV,  146. 
Debierre.  II,  375. 
Decalville  -  Lachè- 

née,  III,  176. 
Decazes  (duc), 11.168. 
Dechambre (doc- 
teur .1.21;  III,  25. 
DÉCLAT  docteur), IV, 

250. 
Decori,  IV,  316. 
Defaux,  IV,  272. 
Deffand   (Mme  du), 

II,  cO. 
Déguise,  III,  362. 
Déjebine   (docteur), 

I,  35. 
Delaborde,  I,  250  à 

252. 
Delacoux,  I,  181. 
Delage,  II,  374. 
Delasiauve.  III,  115, 
Delaunay  (docteur), 

II,  363,  365. 
Delavigne.  II,  320. 
Delécluze,  III,  180, 

211. 
Deliège,  IV,  174. 


DÉLION  (Mme  Le), IV, 

231.  246. 
Di.L.MAS  (D'    Louis), 
1,159,164;  — (J.-B.), 
III,  245. 
Delor.me.  IV,  20. 
Delphin,III.394,395. 
Deneux  (docteur). II, 
326,    328,    329,  330. 
331,  332,    333.    335. 
338,  339,  341. 
Demseau,  II,  211. 
Denmée,  II,  271. 
DENON(de  l'Institut). 
III, 217,218. 298;IV, 
90. 
Deperetz.    III,    248, 

254.271. 
Depoin,  II,  161,  196, 

200. 
Derssy  (Françoise), 

I,  185. 
Desaix,  II,  269  ;  IV, 

83,90,  91. 
Désaugiers,  IV,  206. 
Desault.III,246;IV, 

177,  185. 
Descartes,  IV,  91. 
Deschamps,  III,  134 
Desclozeaux,  11,233, 

234;  III,  213. 
Descoust  (docteur), 

11,163.217. 
Deseine,  III,  224. 
Desgenettes,IV',119, 

134. 
Desj.^rdins.  II,  223. 
Desmarest    (R.-P.), 

IV,  106. 
Desmazes.  III,  314. 
Desmolins,    II,    200. 

201,  202. 
Desmoulins  (Ca- 
mille), III,  300;  IV, 
178. 


DÉSORGUES,    III,   347. 

Despebon,  II,  201. 
Despréaux  (Simien), 

II,  152,  173. 

Des  RU  ELLES  (doc- 
teur), m,   41.  116; 

III,  90. 
Destoubnelles,    II, 

169. 

DETAlLLE(Ed.),IV,51. 

Devaux,  IV,  24. 
Devès,  IV,  63. 
Diane  de   Poitiers, 

I,  41.  46,  54. 
Diderot,  III,  50,  69  ; 

IV,  94. 
DiDOT,I,5;II,104,302. 
Diguéres  (des), 1,259. 
DiN  AN  (Françoise  de), 

II,  3. 

DiNO  (duchesse  de), 

IV,  198,  217. 
DiNOMÉ  (l'abbé),  III, 

182. 
Dioclétien,  I,  144. 
DiONis,  I,  51,  72,  145, 

160,  161,  164,  165. 
Disome  (Jacques), 1,8. 
Distel,  II,  338. 
Domemco  Corsi,  IV, 

71. 
DoNiOL,  II,  34. 
Donskerloot     (doc- 
teur), III,  117. 
Donzé-Verteuil,  IV, 

174. 
Dorat-Cubières,  II, 

165.  169. 
DORLÉANS  (Louis),  I, 

48,  49. 

Douglas,  IV,  189. 

Doulcet  de  Ponté- 
coulant,  III,  198. 

Drake  (sir),  II,  154, 
156. 


3A8 


TABLE    DES    NOMS    CITES 


Dreux  du  Radier,  I, 
108;  II,  2,  3,  10; 
IV,  20. 

Druon    H.),  I.  217. 

Du  Barry.  V.  Barry 
(Mme  du). 

Dubois,  dentiste  de 
Louis  XIV,  I.  152. 
153  ;  —  (préfet  de 
police),  111,348,353, 
354,  357,  358,  369; 
-  (Antoine),  ac- 
coucheur,I,195;  II, 
307,  308,  310.  313, 
314,  315,  322;  — 
(Paul),  accou- 
cheur, I,  195;  — 
d'Amiens,  IV,  113. 
118.  120,  179;  — 
(cardinal),    I,   262; 

—  (citoyen),  IV,  45. 
Dubois-  Foucault, 

VI,  153. 
DuBOS,  II,  206. 
DuBOLRG  (maréchal), 

I,  248,  259. 
DuciPhilippine),I,44. 
Du  Camp   (Maxime), 

III,  i;^7,  400. 

Du  Gange,  IV.  25. 
DUCASSE,  II,  245. 
DUCHAND,  II,  295. 
DucHAT  (Le),  IV,  25. 
DuCLOS,  ■  I.  174,  176  ; 

IV,  94,  97,  101. 
Ducos(comte),  II,  24. 
DuFOUR.    II,   225;   — 

auteur  de  l'Ancien- 
Bourbonnai,l. 210; 

—  (Mme),  II,  21  ;  — 
^Pierre),  1,91,  109; 

—  (Pierrette), 
nourrice  de  Louis 
XIV,    I,   146,   148: 

II,  321. 


Dufour-Verne,    III, 

44. 
DUFRANC,  I,  271. 
Duguesclin,  II,  391  ; 

IV,  75,  76,  77. 
Duhousset  (colonel), 

IV,  55. 
Duluc  (Catherine),  I, 

64. 
Duluys     (Guille- 

mette),  IV,  11. 

DUMANGIN. II,  2(3,204. 

Dumas  (Alex.), 11,271; 

III,  200,  201. 
DuMONT  de  Genève  . 

III,  297. 
Dumoulin,  médecin, 

1,264. 
DUMOURIEZ,  III,   213, 

232,  237. 

DUMOUTIER,    III,   302. 
DUPEYROU,   III,    131. 

DuPUÉNix,  1,244,245, 
246,  247,  248,  249, 
250,  251. 

DuPiN,  IV,  58  ;  — 
(Mme\  III.  66,  68, 
70,  72,  112,  113. 

DuPLAY,  IV,  180  ;  — 
(Eléonore).284,295, 

298,  299  :  —  i Mau- 
rice), 287,  288,  289, 
290;  — (les),  111,282, 
283,  285,    291,    295, 

299,  300,  301,  303. 
DuPLEix(Scipion),  I, 

46. 
Dupont,  II.  245. 

DUPUYTREN,    II,    338, 

339;    III,    385,  387. 

388. 
Durand  (la  générale), 

11,305,310,312,  315. 
Duras   (duc    de),   I, 

284. 


Du  RE  AU   (docteur), 

IV,  152. 
DuROC,II,265,292,317, 
DuRUY,  IV,  48,49;  — 

(Georges),  III,  216, 

217,  218,  220. 
DusoLiER  (docteur), 

1,59. 
DussAULX,III,87,109. 
DuvAL  (Georges), III, 

182,    204;    —   (Ma- 

thias),  II,  375,  396, 

397. 


E 


LBÈNE(d').I,93;III, 
12.  13. 

ELBœuF  (duc  d'),  I, 
115. 

Eléonore  d'Autri- 
che, I,  9. 

Elie,  IV,  219. 

Eliezer,  II,  1. 

Elisa  (sœur  de  Na- 
poléon), II,  249. 

Elisabeth  (Mme),  II, 
142.  145,  146,  150, 
1.56,  157,  158,  159, 
162.  172,  177,  180, 
214,  215;  III,  288; 
—d'Angleterre, III, 
401;  — de  Lorraine, 
I,  226,  229,  232. 

Elliot  (Hugh),  III, 
400. 

Eloffe  (Mme), 11,221. 

Enghien  (duc  d),  II, 
275;—  (la  mère  du 
duc  d'),  II,  24. 

Epernon  (duc  d'),  IV, 
28,29:  — (duchesse 
d),  I,  216. 

Epinay  (L'),   II,  132. 

EpiNAY(Mmed'),III, 
72,  73,  74,  75,  76, 
79,  125,  126. 


TABLE    DES    NOMS    CITES 


349 


Ermieux  {(!'),  111,334. 

ESCHERNY      (d'),     III, 

146. 

ESCULAPE,     IV,     101, 

212. 

ESMÉNARD,    II,  276. 

EsPAGNE(l'Infanted', 
fiancée  de  Louis 
XV),  I,  214,218:  — 
(la  reine  d),  sœur 
de  la  duchesse  de 
Bourgogne,  I,  195, 
199,  218. 

EspiNAS,  III,  52.  114, 
115. 

ESQUIROL,  III,  122. 
361,  362. 

EssARTS  (E.  des),  II, 
153;  — (Fabredes), 

III,  107. 

EssEx  (comte  d'),III, 

401. 
EsTOiLE    (L'),  I,    47, 

48,  53,  70,  72,  73.74. 
Estrades  d),  IV,  94. 
EsTRÉE  (Paul  d'),  III, 

310,  311. 
Estrées    (Gabrielle 

d),  I,  69;  II,  379. 
Etampes    (duchesse 

d'),  I,  10. 
Etang  (Mlle  L'),  IV. 

159. 
Etiolles  (Mme   d'), 

IV,  93. 
Eugénie    (impéra- 
trice), I,  195. 

Eusèbe,  11.301. 
Evrard   (Catherine), 

III,  188. 
EvERBuscH  (docteur), 

V,  261. 

r  ABRE  (général),  II, 
402. 


Fabre     D'Eglantine. 

III,  164;  IV,  178. 
Fabre  des  Essarts, 

III,  107. 

Fabre  d'Olivet,  IV, 

52. 
Fabricius,  II,  229. 
Fagon,    I,    168,    171, 

194,  197,  198. 
Fain  (baron),  II,  269. 
Falconet  (médecin), 

I,  139.  264;  III,  14. 
Falcoms,  IV,  36. 
Falret,  III,  122,  142. 
Farnèse  (Elisabeth), 

II,  17,  18:  -  (Ho- 
race], I,  44. 

Faccillon    (R.    P.), 

IV,  67,  68. 
Faujas  de  St-Fond, 

IV,  62. 
FAURE{Léop.),IV,64, 
Fauville   (marquise 

de),  III,  195. 
FAVRE(Louis), 11,290; 

IV,  80. 
Faye  (docteur),   IV, 

211. 
F.VYN,  IV,  64. 
FÉLIX  (chirurgien  de 

Louis  XIV),  I,  160, 

164,165,167,168,171. 
Ferdinand  (roi  d'Es- 
pagne), IV,  78. 
Ferdinand   VIII,  II, 

30,  38. 
FÉRÉ  (docteur),   III, 

51. 
Férieux,  111,187. 
Fernel,  I,  45,  46,  48, 

49,    50,    51,   53,  54, 

55,-^6,  57. 
FÉRONNIÈRE        {la 

ôe//e),I,l,4,5,7,  8, 
12,  13,  14,  17,  21. 


Ferrand,  IV,  176. 
Ferrare    (duchesse 

de).  I,  16. 
FERRiÉRE(dela),  1,39. 
Ferriéres  (Jean  de), 

1,40. 
Ferron.  I,  5,  12. 
Ferrls,  III,  387. 
FERRY(Juies),IV,234, 

259,  273. 
Fersen  (de),  II,  125. 
Ferté-I.mbault  (Mme 

de  la),  I,  259,   265. 
Fesch    cardinal/,  II, 

246;  III,  348. 
Feuillet    de     Con- 
çues, III,   36;   IV, 

59. 
Fiesque     (comtesse 

de),  III,  34. 
FiEczAL     (docteur), 

IV,  255,  257. 
Figuet,  II,  139. 
FiTZ-GÉRALD,  IV,232. 
Fitz-James  (de),    II, 

352;  IV,  237. 
FiTZ-MoRis,    III,   62, 

63. 
Fizelière  (A.  de  la), 

III,  218. 
Flaccilla.IV,  172. 
Flam.mermont,  1,286; 

II,  66,  67,  74,  76,  79. 
Fléchier,  I,  180. 
Flelranges;,  II,  307. 
Flel'RY,  111,294,297; 

—  (le  cardinal  de), 

I,  217,264.268. 
Flel'ry  de  Chabou- 

lon,  II,  317. 
Florent,  IV,211, 214, 

217. 
FoissAC  (docteur),  II, 

272,  277. 
FONTANA,  IV,  292. 


35o 


TABLE    DES    NOMS   CITES 


FONTENAY-M  A  R  E  U I L 

(marquis   de),    IV, 

38,  42. 

FoRBiN,  I,  147  ;  — 
(Mme  de),  III,  194. 

Fore>;ta  (de),  II,  354. 

Forestier  (docteur), 
II;  III,  20. 

FORGEAU,  I,  279. 

FoRGET  (Mme),  III, 
183. 

FORTESCUE,  II,  154. 

FoucHÉ,  II,  298;  III, 

240. 
FouQUET,  I,  175;  III, 

4.  30. 
FouQuiER  (docteur), 

IV,  185. 

FOUQUIER-TINVILLE  , 

II,  140,  142,  149, 
155,  161,  224;  III. 
197,  211,  288,  343; 
IV,  121,  178,  182. 

FouRCROV,  IV,  195. 

FOURXEL  (V.),    III,    2, 

137. 
FouRxiER     (l'abbé), 

III,  348;  — (Ed.),  I, 
13;  III,  2,  162,  293; 

IV,  27,  34,  120  ;  — 
(Marie),  III,  289. 

FoY  (général),  11,292. 

France  (Louise  de), 
11,205,386;  — (Phi- 
lippe de).  IV,  14. 

François  I",    I,   vi, 

I,  2,  3,  4,5,7,  8,  9, 
10,  12,  13,  14,  15, 
16,  17,  18,  19,  20, 
21,  22,  23,  24,  25, 
26,  27,    28,   29,  35, 

39,  41,  50,  53,    59; 

II,  384;  IV,  17. 
François    II,    I,   42, 

45,46,49,56,57,58. 


François  de  Neuf- 

chateau,  ii,  282; 

IV,  83,  84. 
Francueil,  III,  GC, 

68,  69,  90,  112,  125. 
Frank  (Fr.),  II,  398; 

IV,  298. 
Franklin  (A.),  I,  37, 

70,  71,  92;  IV,  109, 

236. 
Franquelin,  III,  170. 
Frédéric  II,  II,  67, 

68,  69,  71,  73,  244, 

245,  246;  III,  129; 

IV,  233. 
Frédégaiiîe,  II,  3. 
Fréron,      III,      245, 

285. 
Fréry,  II,  183. 
Fresne  (M.  de),  II, 

359. 
Friedrichs   (0.1,  II, 

57. 
Frioul  (duc   de),  II, 

317  (V.  DUHOC). 
Frochot,  II,  311. 
Froidure,  II,  139. 
Froissard,  II,  3,  4. 
Fronsac  (duc  de),  I, 

296. 
Froussard,    IV,  124. 
FUALDÈS,   IV,  212. 
Funck-Brentano,III, 

340. 
Furtin,  IV,  88. 


G 


ABEREL,  111,73,  136. 

Gagnant.  II,  139. 
Gaillard,  I,  3. 
Galaizière    (de    la), 

H,  10. 
Galien,I,45,166;IV, 

17. 
Galiffe,  III,  44. 
Gall(D'),II,242;III, 


220,    366;    IV,     63, 

65. 
Galles    (Amélie-So- 

phie-Eléonore  de), 

I,      226,     227  ;     — 

(Anne  de),  I,   226  ; 

—    (Charlotte-Au- 

gusta,     princesse 

de),  II,  378. 
Galtié,  IV,  254. 
Gambetta,    IV,   252, 

253,    254,  255,  256, 

257,  258,  259,  261. 
Ganay  (marquis  de), 

IV,  239. 
Gannal,  IV,  217. 
Garât,  IV,  147,  190, 

191. 
Gardel,  III,  374. 
Garibaldi,    IV,   221, 

222,    223,    228,   229, 

230. 
GARNERAY(père),  III, 

190. 
Garnier,  IV,  67  ;  — 

(Marguerite),  1,148. 
Gastaldy,    III,    362, 

363. 
Gastellier,  III.  202, 

248,  254,  268,  271. 
Gaston  D'Orléans, II, 

371,  377,  378. 
Gatti,  IV,  236. 
Gauffecourt,     III, 

75,  76. 
Gauthier- ViLLARS  , 

I,  253  ;  II,  302. 
Gautier      (Amélie), 

III,  196. 
Gautier  DE  ViLLiERS, 

III,  193,  194,  196. 
Gavard,  IV,  185. 
Geffroy,  II,  36,  40. 
Gellé  (docteur),  III, 

154. 


TABLE    DES    NOMS    CITES 


35 1 


GENÉVRIER,     IV,    151, 

168. 

GÉMN  (F.),  I,  16. 

Genus  (M-ie  de),  I, 
285. 

Geoffroy,  III,  248, 
206,  267,  279. 

Georges  III  d'Angle- 
terre, II,  376. 

Gérard,  peintre,  II, 
128;  III,  300;  IV, 
207. 

Germain,  III,  188. 

Gérusez,  III,  15. 

Gervais,  1, 163. 

Gibert,  III,  340. 

Gilbert,  IV,  176. 

Gilet,  III,  341. 

Gilette  (Marie- 
Anne),  III,  184. 

Gille  (Ph.),  IV,  60, 
61. 

GiNGiNs(de),  111,128. 

GiNisTY  (Paul),  III, 
327,  338. 

GiRARD,III,  339,  340; 
—  (Guillaume),  IV, 
29. 

Girardin  (comte de), 
III,  114;  — (Stanis- 
las), 111,89. 

GiRARDON,    IV,   57. 

Giraudeau,  I,  214. 

GiRAUDiÈRE,  I,  145. 

GiRON(Aimé),  IV,  75, 

77. 
GiROT  (M.),   III,  227. 

GiROU  DE    Bl'ZAREIN- 

GUES,  III,  45. 

Glauber,II,213,215. 

GOBEAU,  III.247. 

GoBELiN  (Claude), 
nourrice  de  Fran- 
çois II,  I,  57. 

Godard,  II,  139. 


GOIIIER,   III,  80. 
GoLTz  (de),     II,   67, 

68,   69,  71,    73,    74, 

81. 

GOLTZIUS,    I,   61. 

GOMIER,  II,  203. 
GoMiN,  II.  203. 
Concourt  (de),  I,  X, 

261,    262:    II,    136, 

141  ;III,49,  .50,  378. 
Gondy  (de),  I,  47. 
GoNTALT(de),  11,326, 

327,  336. 
GORE,  I,  43. 
Goret,  II,  152 
GOSSELIN    (Th.),    III, 

283. 

GOTON,    III,   55. 

GoULiN,  I,  46,  48,  50, 

52. 
GouRMONT    (Remy 

de),    III,    398,  399, 

403. 
Grammont  (M.  de),  1, 

112. 
Grand-C  arteret, 

III,  106,  108,  109. 
Granier   de  Cassa- 

GNAC,   IV,  148. 

Grasset  (A.),  111,60, 

64. 
Grassini     (la),     IV, 

115. 
Gratiot,  II,  334. 
Gréard,  IV,  51. 
Grenville  (lord),  II, 

154,  155, 1.56. 
Griffet    (le    Pèrei, 

III,  310. 
Grignan  (comte  de), 

IV,  62,  64. 
Grille  (Fr..  IV,  47. 

GRIMALDO(de).  11,15. 

Grimm,    m,   50,    86, 
125. 


Grincourt,  IV,  45. 
GROTE(comte  de),  II, 

352. 
Grouvelle,  IV,  145, 

147. 
GuADET,  m,  238. 
Glalterio,  I,  263. 
Gl'ardia  (docteur),!, 

106,  110,  114. 
Guéménée    (de),     II, 

82,  110. 
GiÉNAUT,  médecin,  I, 

139;  111,8,28,30,31. 
GiÉRiN,  médecin.  II, 

33S,  339. 
Guerlin,  I,  266,  270. 
GuÉRY  (de),  11,364. 
Gl'ffroy,   II,  231. 
GuiRERT     (Maurice), 

IV,  284. 
GUICIIARD,  IV,  87. 

GuicnE  (comte  de), 
I,  173. 

GUIDO  DELLA   POLEN- 

TA,  IV,  70. 

GuiLLALME(docteur), 

III,  136. 
Guillaume        le 

Grand,  IV,  11. 

GUILLAUMOT,    IV,  60. 
GUILLEMEAU,   1,   90. 

Glillois  (Ant.),  II, 
239,  268,  273,  278, 
288. 

GUILLON  DE  MONT- 
LÉOM,   III,  241. 

Gl'illot  (Mme),  II, 
321. 

GuiLLOTiN  (docteur), 
III,  204;  IV,  108, 
109,  110,  111,  114, 
116,  117,  118,  120, 
121,  122. 

Guise  (Mme  de),  I, 
95,  99. 


352 


TABLE    DES    NOMS    CITES 


GuisY  (docteur),  III, 

119. 
GuizoT,   I,  ix;   III, 

399,  400. 
GURY-FOCARD,  1,  184. 
Gustave  -  Adolphe , 

roi,  IV,  29. 
Guy,  IV,  218. 
Guy  de   la  Brosse, 

IV,  86. 
Guyomar,  II,  167. 
GuYON  (Louis),  sieur 

de  la    Nauche,   I, 
GuYON  (professeur), 

III,  98,  104. 
6,  7. 

GuYTON    (docteur), 

IV,  232,    238,   239, 
247. 


H 


AFKINS,  IV,  246. 
Halle  (docteur),  II, 

302;   III,   248,    266, 

267,  279. 
Haller,  III,  202. 
Halphen,  I,  79. 
Hamel,  III,  239,  240, 

243,  244,  245,  281, 

282,  283,  286,  292, 

296  ;  IV,  193. 
Hamlet,  III,  366. 
Hamon,  IV,  51. 
Hanot,  IV,  265,  266, 

267. 
Haxotaux,  IV,  50, 

51,  52. 
Hanriot,  IV,  192, 

193. 
Hardevilliers  (d'), 

II,  328. 

HaRDOUIN  -  P  I  CHAR- 
DIÈRE,   II,   404. 

Hardy,  I,  275,  286, 
287,  291,  293,  294, 
296,  298,  303. 


Harel  (Mme),  11,139. 

H  ARMAND,   II,  169. 

H  ARM  and  (de  la  Meu- 
se), III,  164,  199, 
210. 

Hartenrerg  (doc- 
teur P.),  111,52. 

IIauer,  III,  175,  179, 
181,  182,  183,  185, 
188,190,196,193;  — 
(Mme),  III.  182. 

Hauréau,  1,  20. 

Hausset  i^Mme  du), 
I,  282  ;  IV,  93,  100, 
103,  105. 

Haussonville  (com- 
te d'),  III,  400. 

HAUTEFORT(i\Imede), 
I,  95,  106.  107,  116, 
132;  —   (Mlle   de), 

III,  31,33. 
Havre  (d'),  I,  230. 
Hawkes  (J.),  111,116. 
Haxo    (général),    II, 

270. 
HÉBERT,  II,  135,  142, 
147,  148,  149,  150, 
155,  157,  158,  159, 
160,  161,  163,  165, 
177,  179,   180,  183; 

IV,  45. 

HÉBRA  (docteur),  III, 

161. 
Hector,  IV,  172. 

HÉDOUVILLE     (d'),    II, 

276. 
HEiLLY(d'),  1,283,290. 
Heine    (Michel),  IV, 

50. 

HÉLIOGABALE,  11,381. 

Helme   (docteur),    I, 

154,  157. 
HÉLOÏSE.  III,  ,367. 
Helvétius,     I,     264, 

265;  III,  70. 


Hems  (comte  de),  am- 
bassadeur d'Ecos- 
se, I,  93. 

Hénault,  I,  259;  II, 
10;  IV,  272. 

Henrard,  I,  83. 

Henri  I"',  roi  de 
France,  I,  10. 

Henri  II,  1,23.34,40, 
41,44,45,48,50,52, 
54,  55,  57. 

Henri  III,  I,  18,  19, 
33,  34,  47,  58,  215, 
216,227;  IV,  113. 

Henri  IV,  I,  61,  62, 
63,64,65,68,71,72, 
74,  79,83,  84.85,89, 
91,  96,  99,  115,  123, 
188,193,227;  11,31, 
338,  400,  401,  402, 
403;  III,  223;  IV, 
91,  121,  173. 

Henri  VIII,  I,  1,  10, 
12,  27,  28;   II,  378. 

HERBERT(lord), 1,108. 

HÉRICART  DE  ThURY, 

II,  335. 
HÉRISSON  (d'),  II,  296. 
Herman,  IV,  174. 
HÉROARD,  1,89,92,  93, 

95,  98,  99,  104,  105, 
HÉRON,  IV,  120. 

108,112,114,116;II, 

163. 
Herrera,  II,  2. 
Herriot,III,394,398, 

399,  402,  403. 
Hesse-Darmstadt 

(Théodore    de),  I, 

226,  230,  232. 
Heussée,  II,  14.i,  146, 

183,  187,  188. 
IIÉviN,  IV,  98. 
Hézecques  d'), 1,284  ; 

II,  120,  121. 


TABLE    DES   NOMS    CITES 


353 


HlGONET,    IV,  131. 

HiPPOCPATE.     I,   45  ; 
IV,  17,  18.101,212. 
Hoche,  II.  256. 
Hochet,  II.  290;  III. 

78. 

HOEFER,    II.   377. 

HoLLAND    (lord),    II. 
254. 

HOLTZACHIUS,    I,     24. 

HoxoRius.  IV,  172. 
HoRTENSE  (reine),  II. 

2.52.    262,  2G6.  273; 

III.  301. 
HouDETOT   (comte 

d],  III,  76;  — (Mme 

d),  III.  77,    78,  79. 

80.  82,  91,  106;  IV. 

278. 
HuART(Adolphe),III, 

190. 
Hubert -Thomas,    I, 

19. 
HucH.\RD    (docteur), 

III,  151,  155. 
HuGO    (V.),  IV,  214, 

284. 

H  U  I  L  L  A  R  D-BrÉHOL- 

LES,  I,  32,  33.  40. 

HUMBERT,  III,   285. 

Hume,   III,   127,  129, 
130,  135. 

HU.MYÈRES     (  D'  )  ,      I. 

67. 
HuRAUT(Jean).  IV,  2. 
HURTAUD,  IV,  38. 
HussoN,  III,  385. 

XMBERT      DE       SaINT- 

Amand,  11,139,  141, 

234,  304,  305. 
Isaac,  II.  1. 
ISABEY,   II,  262.  263, 

111,226;  IV,  207. 
ISNARD,  III,  238. 


luNG    (général],    II, 

296. 
IvANOFF,  IV,  259,260, 

261. 

d  AiiLONSKi  (docteur), 

IV,  18,  32. 
Jacob  (le  bibliophile), 

11!,  322;  -  (P.-L.). 

III,  4. 
Jacoby,  I,  31,  35,  87, 

110,  216. 
Jacquemo.nt,  IV,  86. 
Jaoot  (docteur),  I. 

144. 
Jal,  I,  146,  147. 
Jalaber   (docteur), 

111,  19. 

.I.\MET,  I.  94;  II.  9,  10. 
Janet  (docteur  ,  III. 

98,100,  102,103,104, 

115. 
JANiN{JuIes),  111,365, 

367. 
Jannet,  1,65;  IV,  27. 
Jansen,  III,  72. 
Jarvis  (docteur),  II. 

163. 
JAUC0unT(de),II,296. 
Jean, roi  de  France. 

I,  10. 
Jean-Bernard,    III. 

303. 
Jenner,  IV,  121. 
Jésus-Christ,     III, 

30:î.  304. 
JOBEHT,  II,    144,  184, 

188.  189. 
JOBEZ,  I,  266,  271. 
JOFFROY.III.  261,263. 

Johnson,  III.  114. 
JoLY(Henry),  111,142. 
143. 

JOLY   DE  FlEURY, IV, 
176. 


JoPEs  (François),  IV, 
30. 

Joran  (Mme),  11,207. 

Joseph  II  (empe- 
reur), 11,42,43,49, 
50.72,73;— (roi), II, 
239,293;—  (Père), 

I,  94,  103;  IV,  32. 
Joséphine  (impéra- 
trice), II,  239,  252, 
253,  254,  255,  256, 
257,  258,  2.59,  260, 
261,  262.  263.  264, 
265,  266,  267,  280, 
•282,   284,    289,  303; 

III,  349. 
JOUBERTHOU,   II,  175; 

IV,  236. 

JOURD.VN-DUMESNIL  , 

II,  196,  197. 

Jubé  (Félix),  111,186. 
Juif,  chirurgien,  IV, 

24. 
Julien,  1,200;  II,  317. 

JUSSERAND,  III,  2,  17, 

18. 


K, 


ARR      (Alph.j.      III, 

397. 
Kast,  I,  249,  2.50. 
Keller   (Rose),   HI, 

311,  314. 
Kenens,  IV,  237. 
Kerallain    (de),  II, 

286. 
KÉROUARTz(Mme  dej, 

IV,  47. 
Kersaint,  IV,  144. 
Kervelegan,  II,  167. 
Kervyn   de  Letten- 

hove,  II,  3. 
KiR.MissoN     (profes- 
seur), III,  265. 
Kléber,    II,  269;  IV, 

201. 


iv-23 


354 


TABLE    DES    NOMS    CITES 


Klinckowstrom  (de), 

II,  125. 
KoRF(de),  II,  124,186. 

Laage  (M.  de),  III, 

348. 
L.\  Baume  Le  Blanc, 

I,  192. 

La  Beaoielle,  III  .6  ; 

IV,  96. 
Labeyrie  (E.),  I,  9. 
LaBoissière,  11,202. 
Laborde,  I,   303;   — 

(docteur),  IV,  255; 

—  (de),II.222;IV,58. 
Labouchère,  IV,  81. 
La  Bruyère,  I,  128  ; 

II,  14;  IV,  91. 
Lacassagne  (profes- 
seur),   I,   XV ;    III, 
345. 

Lacaussade,  IV,  284, 
Lachaise  (Père),   I, 

168. 
Lachapelle    (Mme), 

II,  322. 
LaCondamine,IV,96. 
Lacordaire,    IV,  65, 

66,  67. 
Lacour,  II,  138,  226. 
Lacroix  (P.),  1,9;  91; 

II,  7;  —  (Sigism.), 

IV,  123. 
Lacuisse,  I,  180. 
Ladislas  d'Anjou, 

(roi  de  Naples),  I, 

18. 
Ladriesche  (Jean 

de),  IV,  10. 
Laenneg,  111,21,251. 
Lafayette,    I,    107, 

116, 118;  II,  182,185, 

186,   189;   III,    285; 

IV,  138, 179. 

LAFERRIÈRE(d'),I,39. 


La  Ferté-Imbault 

(Mme  de  la),  1,259, 

265. 
Laffecteur,  II,  295. 
Laffitte,  IV,  207. 
La  Fizelière  (A.  de), 

III,  218. 
Lafont  d'Aussonne, 

11,177,226,227,231. 
La    Fontaine,    III, 

252;  IV,   18,   91. 
La  Galaizière  (de), 

II,  10. 
Lagelouze  (docteur), 

III,  104,  120. 
Lakarpe     (général), 

II,  269;  —  (littéra- 
teur), 111,374. 

Laine,  II,  328,  334, 
335. 

Lair  (J.),  I,  l.'iO,  177, 
179,  184,  186. 

Lairtullier,  111,178. 

Laisnelde  la  Salle, 
II,  8. 

LALAiNG(dej,IV,  173. 

La  Lande  (de),  II, 
51. 

Lalande,  IV,  236. 

Lalanne,  I,  63,   100; 

II,  307;  III,  155. 
Lallemand(  docteur), 

III,  58,  80,   116. 
Lallement,  IV,  185. 
Lally    (comte    de), 

IV,  112. 

La  Mark  (Robert  de), 

II,  7. 
La  Marmora  (comte 

de),  m,  324,  328. 
Lamarque,  I,  295. 
Lamartine,  IV,  191. 
La    Martinière,     I, 

274,  275,    276,    295, 

296  ;  IV,  98. 


Lamballe  (prince 
de),  I,  19;  —(prin- 
cesse de),  II,  102, 
109. 

Lambercier    (Mlle), 

III,  48,  49,    50,  55, 
92. 

Lambert,  IV,  193. 
Lamberti,  IV,  71. 
La  Meilleraye  (ma- 
réchal, de),  I,    209 

IV,  57. 

Lameth,  III,  300. 

Lamorlière  (Rosa- 
lie), II,  223,  228. 

Lamothe,  IV,  76,  99. 

La  Mothe-Argen- 
court,  I,  130. 

La  Mothe-Houdan- 
couRT  (de),  I,  209  ; 
IV,  67. 

Lancereaux  (doc- 
teur), II,  379. 

Lanciani,  IV,  73. 

L  ANDRÉ  -  BeAUVAIS 

(docteur),  III,   250. 

Langey  (de),  I,  15. 

Lannelongue  ( pro- 
fesseur), III,  17,22. 

Lannes   (  maréchal), 

II,  265;  IV,  210. 
Lanthenas  IV,    196. 
Lapeyronie,    I,   268, 

270,  271,  272. 

Lapierre,  II,  232. 

Laporte,  I,  131,  132. 

Laraye,  I,    168,    171. 

Larger  (docteur),  II, 
366,  368,  369,  373, 
375,  376,  377,  378, 
379,   380,  381,    382. 

La  Rivière,  I,  77,  79, 
80,  83. 

Larnage    (Mme   de), 

III,  61,  62,  63,  147. 


TABLE  DES  NOMS  CITES 


355 


Laroche,  I,  192;  III 

110. 
La  Rochefoucauld 

II,  14;  —(duc  de) 
IV,  153. 

Larrey,  IV,  176. 
La  Rue  (général  de), 

III,  193. 

Las  Cases.  II,  274. 
Lasègue,  III,  139. 
Lassaigne,  I,  295. 
Lassalle    (général), 

II,  269. 
Lassone,  I,  291,  295; 
—  (docteur),  II,  41, 
50,    51,   .52,   53,    55, 
91,  92,   93,  95,  103, 
222. 
Latouche,  IV,  279. 
La    Tour    fde),    III, 

318,  320,  321,  324. 
La  Tour  d'Auvergne, 

IV,  87,  88. 
Latour     (docteur 
Amédée),   III,  301; 
IV,  177,  180,  184. 
LaTrémouille.  1,216. 
LAUNAY(Mmede),III, 
326,  328,    331,    333. 
Laurens  (du),  I,  83. 
Laurent  (D.-E.),  II, 
145,    146,   166,    183, 
187,  188,  203. 
Lauzun,    I,  189,  206. 
La    Vallière     (Mlle 
de),  I,    130,    173  à 
175,   177.    178,   180, 
181,     183-192,     196, 
197,   208. 
Lavater,  II,  252. 
La  Vauguyon,  1, 128. 
Lavillate    (de),    II, 

353. 
La    Ville    du   Por- 
TAULT,  I,  200. 


Lavoisier,  IV,  109. 

La  Vrillière  (duc 
de). 1,216,  296;II,63. 

Laya,  IV,  142,  143, 
144,  145,  146. 

Lebas.  III,  288,  289, 
300,  301;  —  (Phi- 
lippe).301;— (Mme), 
III,  283,  291,  301, 
302,  303,  .304. 

Lebègue  de  Presle, 

III,  87. 
Leber    (professeur). 

IV,  260. 
Leblanc,  IV,  45. 
LEcœuF,  II,  144,  188. 
Lebois,  IV,  1.39. 
Lebrf.ton,    III,    384, 

387. 
Lebrun  (Mme),  11,87; 

III,  347. 
Lecat.  IV,  176. 
Leclerc,  II,  192;  III, 
194;  —  (général), 
II,  248,  299. 
Lecceur.  1,97;  11,240. 
Lecointe,  III,  285. 
Lecomte.  II,  141. 
Lecoq  (Mme),  I,  8. 
Lecoulteux,  1,  184. 
Ledru,  II,  386,  387, 

389. 
Ledru -CoMus,  III, 

200,  201. 
Ledru  -  RoLLiN  ,    II. 

389. 
Lefebvre,  IV   39. 
Le  Féron,  I,     . 
Lefévre,   I.  90,  197  ; 

IV,  1.56. 
Lefrang    de   Pompi- 

gnan,  II,  9. 
Le  Gallick,  I,  284. 
Legrand  d'.\ussy,IV, 
82,  83. 


Legros,  m,  201. 
Légué   (docteur).  H, 

373. 
Le  Kain,  II,  120;  III, 

383. 
Lelièvre.  II,  171. 
Lelu,  III,  175. 
Le  Maguet, docteur) 

I,  193. 
Le.maire,  II,  390,  395, 

397,  399. 
Le  Maître  (docteur), 

I,  82. 
Le.maitre  (Jules), IV, 

281. 
Lemarrois,  II,  2.53. 
Le  Mire,  IV,  65. 
Lemoine,  II,  203,  326, 

328. 
Le  Monnier,  I,   276, 

277,  291,  295. 
Lemontey,  1,234;  lil, 

279,  280. 
Lemoyne,  I,  165. 
Lenfant  (abbé),  IV, 

139. 
Lenoir,  II,  .384,   .385, 
386.  389,    390;    III, 
339,    340;    IV,    46, 
47,  57,  83. 
Lenormand  (Mlle), II, 
255, 257,262;  111,39.5. 
Lenotre     (G.),     II, 
137,    1.52,    154,   1.58, 
162,    227;   III,    182, 
188,    220,  222,    224, 
227,243,  244,  283. 
LÉON  (R.  P.),  IV,  40. 
Lepeletier  de  Saint- 
Fargeau,  III,    345; 
IV,   III. 
Lepitre,  II,  181,  187, 

188. 
Le   Proux  (Mme),  I, 
192. 


356 


TABLE    DES   NOMS   CITES 


Lebiche,  III.  21. 
Le  Roux  de  Lincy, 

II,  3. 

Le  Roy  (docteur  ,  I. 

148,  150,   ICI.  165, 

167,  193,  197,  199. 
Leroy,  IV,  30. 
Lescaut  (Manon),  II, 

190,  191.  192.  193. 

195,  196. 
Lescure  (de),  I,  8, 

17,  63;  II,  48,  233, 

307;  III,  287. 
LESCU^\'RE,  II,  171. 
Le  Senne  I,  x. 
Lespébut,  II,  293. 
LEsTANG  (Mlle).  IV, 

159. 
L'EsTOiLE,  I,  47,  48, 

53.  70,  72,    73,   74. 
Letizia    (Mme),    II, 

262,  306. 
Létorières   (de),    I. 

285. 
Letronne,  IV,  88. 
Levallois     (Jules), 

III,  68,  115. 
LEVASSEUR(Thérèse), 

III,  68,  74,  106,  112, 

113,    114,    126,  127, 

128,  136. 
LÉvEiLLÉ  (docteur), 

III,  203. 
Le%t-ling,  III,  202. 
Levillain  (docteur), 

III,  144. 
Levret. (chirurgien), 

I,    195;    II,  94,    95. 
LÉVY  (A.),  II,  300. 
LUUILLIER     (Th.),     I. 

144, 146 -,11, 320;  IV, 

46,  49. 
LiANCOURT  (duc  de), 

I,  275,279,287;  IV, 

110. 


Licier  (docteur),  III, 

368. 
Ligne    (prince    de), 

111,86. 
LiNCOURT  (dC:,  1, 184. 
Linguet,  1,17,18,20; 

IV,  207. 
Linné,  III,  140. 
Lionnois,  III.  377. 

LiPPOMANO,  I,  39. 

Lisfranc     docteur). 
IV,  313. 

LiTTRÉ,    I.   XIII. 

Locmaria  (dei,II.354. 
LOMBROSO,  III,  215. 

Loménie  (Ch.  de;, III, 

398,  399. 
Londe  (docteur),  III, 

366. 
Longuet.  I,  145. 
Longueville  (de),  I, 

92. 
Loret.  III.  37. 
Lorges  (duc  de),  II. 

14. 
LoRiN,  IV,  95,  98,102, 

105. 
Loriquet  ile  P.),   I, 

62. 
Lormal,  II,  354. 
Lorraine  'duchesse 

de   belle  mère    de 

Marie-Thérèse).  IV, 

172;  —    (Elisabeth 

de),  I,  226,  229.  232. 
Lorry,  I.  =276,  280. 
Losme-Salbray,  III. 

338. 
Loss  (comte;,  II,  20, 

22. 
Louis  (le  chirurgien), 

III,378;IV.112.113, 

114,115.116,118,119. 
Louis     VI.    roi     de 

France,  I,  10. 


Louis    VII,    roi     de 

France,  I,  10. 
Louis    VIII.  roi    de 

France,  I,  10. 
Louis     IX,    roi     de 

France,   I,  10  ;   — 

IV,  164,  173. 
Louis    X,   roi    de 

France,  \,  10. 
Louis    XI,   roi    de 

France.  I,  10  ;  IV, 

1,  3,  6,  7,  8,  9,  10, 
11.  12,  14. 

Louis  XII,  I,  10;  II, 
307,   384,   388;  IV, 

2,  6. 

Louis  XIII.  I,  71,87, 
88,  89,90.92,94,95, 
96,  100,  101,  103, 
107,  110,  111,  112, 
114,  119,  121,  122, 
123,  124,  125,  127, 
143,  167.  193,  208  ; 
II,  8,  10,  223,  371, 
400;  IV,  31,  33,35, 
46. 

Louis  XIV.  I,  xi,  6, 
19,116,117.118,119, 
121.  122.  123,  124, 
125,  127,  129,  131, 
133.  137.  138,  140, 
143,144.145.146,147, 
148,  149,  150,  153, 
154,  157,  167,  170, 
171,  174,  177,  188, 
193,  194,  195,  196, 
197,  198,  199,  201, 
206,  207,  211,  213, 
230;  II,  2,321  ;  III, 
2,  24.  36,  223  ;  IV, 
61,  79,  81,  82,  101, 
124. 

Louis  XV,  I,  66,  167, 
195,  213.  214,  217, 
218,  222,    223,   235, 


TABLE    DES    NOMS    CITES 


357 


255,  257,  259,  2G1, 
263  à  305;  II,  17,  18, 
25,  33.  35,  45,  63, 
120,122.349,400;  IV, 
81,  92,95,  98,  101. 
Louis  XVI,  I,  144, 
196  ;  II,  33,  34,  43, 
50,  53,  54,  55,  65, 
69,  70,  72,  73,  74, 
83.  84.  88,    99,  108, 

III.  115,  116.  118. 
119,  120,  122.  124. 
126,  128  -  133,  142, 
202,  203.  207,  208, 
233.  321;  IV,  98, 
99,125,126.127.129, 
130.  131,  132,  133, 
1.S4,  135,  136,  139, 
147,  148,  1.53,  162. 
199,  236.  V.  Capet. 

Louis  XVII,  II,  145. 
152,  168,  172,  173, 
174,    176,    195,   196, 

197,  202,  207,  212, 
380;  IV,  61.88.  V. 
CAPET(Louis-Char- 
les). 

Louis  XVIII,  I,  195; 

II,  293.  323;  IV,  87, 

98,183,  197,  199,234. 
Louis-Napoléox.III, 

301.V.NapoléonIII. 
Louis-Philippe,    I, 

195;    III,    218,  222; 

IV,  61. 

Louise  (Mme),  fille 
de  Louis  XV,  IV, 
263. 

LouppiAU,  II,  2. 

LOUSTONNEAU     (dOC- 

teur),  II,  175. 
LouvEL,  II.  340. 
LouvET,  III,  168. 
Louvois,   I,  164,  168, 

198,  282. 


Loyer  de  Marommes 
(Mme),  III,  177. 

LoYSEAU,I,  71,  72,78, 
79. 

LuçAY(de), II, 305,315. 

Lucien,  frère  de  Na- 
poléon I",  II.  262. 

LuDE.  III,  29. 

Lulle  (Raymond), 
111,11. 

LULLIER,   IV,    125. 

LUMBROSO  (Alb.),  II. 
263,  268. 

Lux  (D'  Adam),  III, 
172,  174,213. 

Luxembourg  (com 
tesse  de),  II,  120; 
—  (Mme  de  ,1,270; 
111,85,  110,  128:  — 
(maréchal  de),  III, 
81,  83;  —  (maré- 
chale de),  II,   120. 

LuYNES  (de),  I,  110. 
111.115. 116;  — (duc 
de).  213,  259.261. 

LuYS  (docteur  .  III. 
122. 


M; 


ABISZENSKI,!,  252. 

Macdonald,  II.  278. 
297;  IV,  207;  — 
(Mme    Frederika), 

III.  112. 
Machault,  IV.  93. 
Machi.wel,  11,298. 
Mac-Mahon,  II,  277; 

IV,  231,  232,  233, 
234,  235,  236,  237, 
239,  241,  242,  243, 
244,  245,  246,  247, 
248,  249,2.50.251. 

MAD.A.ME  Royale,  II, 
150,  156,  1.58,  159, 
175  (voir  Angoulê- 
ME    duchesse  d'). 


Madelayne  de  Bou- 

loigne,  I,  33. 
Magenta  (duc  de), IV, 

235. 
Mages,  II,  55. 
Magnien,  IV,  237. 
Maiion.  I,  43. 
Maignan.  II,  62. 
Mailly  (de),    I,    213, 

217. 
Maine  ^duc    du),    l, 

197,  201. 
Maintenon  (Mme  de), 

I,  152.  168,  205,  207, 

209;  II,  13,  14,  15; 

III,    6,  11,    35;  IV, 

60,  61. 
Maire.  IV,  174. 
Maitland.  II,  278. 
Maizières,  IV,  243. 
Malesherbes  (de), Il 

57.  113;  III,  130. 
Malherbe,  I,  100,123, 

142. 
Mallard,  II,  321. 
Malleval,  III,  356. 
Malouet,  IV,  199. 
Malouin,  III,  70. 
M  ANC  EL  (Georges), 

III,  178. 
MANCHESTER(duc  de), 

IV,  238. 
Mancini.  I,  130. 

M  AN  OUVRIER  (doc- 
teur), IV,  65, 

Manuel,  II,  182. 

Maquet,  IV,  117. 

Marat,  III,  159-165, 
166,  167,  185,  187, 
189,  192,  195,  197, 
211,  212,  232,  345, 
347;  IV,  121,  142, 
177;  -  (Mlle),  III, 
187. 

Marbeuf,  II,  278. 


358 


TABLE    DES    NOMS    CITES 


Mabbois,  IV,   205. 

Marbot,  II,  274. 

Marc  (docteur),  III, 
384,  385. 

Marc-Antoine, II, 301. 

Marceau,  IV,  79. 

Marchand,  II,  279. 

Marco  de  Saint-Hi- 
LAIRE,  II,  268,  312, 
315,  316. 

Marcus  Vipsanus,  II, 
370. 

Maréchal  (Milord), 
III,  45,  86. 

Maréchal  (S.),  IV, 
236. 

Mareschal  (méde- 
cin), 1,264;  IV,  176. 

Marescot,  I,  74,  79. 

Maret,  II,  278. 

Mariage,  III,  175. 

Marie  (docteur),  III, 
18,19. 

Marie,  reine  d'E- 
cosse, III,  401. 

Marie  -  Antoinette, 
I,  92,  195  ;  II,  33, 
36,  37,  39,  40,  41, 
44,47,  50,54,  69,72, 
73,74,84,85,86,88, 
91,  93,  94,  96,  104, 
105,  108,  109,  111, 
118,  120,  133,  135, 
136  -  171,  191,  212, 
213,  214,  215,  216, 
220,  221,  223,  226, 
227,  229,  231,  232, 
233,  234,  380,  400  ; 
III,  188  ;  IV,  153, 
154,  174,  181,  182, 
183,  193.  V.  Capet 
(Vv^). 
Marie -Clotilde  de 
France,  II,  104,222, 
234. 


Mar  ie -  Isabelle 

(reine),  II,  30. 
Marie  Leczinska, 
I,  213,  225,  232,  236, 
237,  239,  240,  251, 
252,  259;  II,  381. 
Marie-Louise  (impé- 
ratrice,) 1,195;  11,26, 
27,  28,  268,  293,  303, 
304,  306,  307,  309, 
311,  314,  315-322. 

Marie  Petrowna,  I, 
226,  229. 

Marie  de  Portugal 
(Barbe-Joseph),  I, 
226,  228,  232. 

Marie  Stuart,  IV, 
112. 

Marie  -  Thérèse 
d'Autriche,  reine 
de  France,  I,  146, 
174,  177,  180,  186, 
193;  11,2;  — (impé- 
ratrice d'Autriche), 
II,  33,35,36,37,39, 
40,  42,  43,44,48,  90, 
91,  92,  100,  105, 106, 
134,  280; IV,  172. 

Mariéton  (Paul),  IV, 
282.  316. 

Marigny,  III,  10. 

Marino,  II,  224. 

Marjolin(D--),IV,213. 

Mabmont,  II,  278. 

Marmontel,  III,  86  ; 
IV,  94,  96. 

Marot  (Clément),  I, 
13. 

Martainville, 11,291. 

Martellet  (Mme), 
IV,  282. 

Martenot,  II,  243. 

Martin,  médecin  de 
Henri  IV,  I,  74,79; 
-  (D'),  IV,  223. 


Martin  du  Bel- 
LAY,  I,  15,  228;  II, 
307. 

MAsséna,  II,  278. 

Massip,  II,  y. 

Masson,  IV,  16. 

Mathas,  m,  80. 

Mathieu  (docteur), 
III,  144. 

Mathieu-Marais,  I, 
64,  116,  215,  216, 
217,  218,  222,  230, 
232,  258,  263. 

Mathis  (Mme),  II, 
299. 

Mattei  (docteur),  I, 
181,  196. 

Matteo  Dandolo,  I, 
52. 

Matthieu,II,  141,167. 

Matton  de  la  Va- 
renne,  III,  211. 

Maudoux,  I,  296. 

Maudsley,   III,  122. 

Mauduyt,  III,  248, 
266,  267,  279. 

Maugin,  III,  37. 

Maugras  (G.),  111,75, 

85,112,115,  130,135. 

MauldelaClavière, 

II,  5. 
Maurepas,  1,215,256; 

11,45,67,70,79,120, 

184  ;  IV,  81. 
Maures   (Jean),    IV, 

30. 
Maurice    (Ch.),    IV, 

121;  —  (Georges), 

III,  303. 
Mauricet   (docteur), 

I,  275,286,  288,291, 

294,  301,  303. 
Mauvers,  III,  179. 
Mayenne  (duc  de),  I, 

19,  72. 


TABLE    DES    NOMS    CITES 


359 


Mayer,  IV.  50. 
Mazan    'comte    de), 

III,  325. 
Mazarin.  I,   49,   130, 

132,  U4,  178;  III, 
14;  IV,  57,  58. 

M  E  C  K  L  EMBOURG - 

Strelitz  Marie- 
Sophie  de).  1.226, 
230. 

Médicis  les),  I,  33, 
34.  41,  47.  56,  64, 
84,  193;  II,  379;  — 
(Catherine  de),  II, 
381,  388;  IV,  16;  — 
(Marie  de).  II,  371, 
373,400;  IV,  22. 

Mège  (F.i,  III,  234. 

Meilleraye  (Maré- 
chal de  la),  I,  209  ; 

IV.  57. 
MÊLA?,  II,  279. 
Menabrea,   III,   324, 

331,  334. 

MÉNAGE  (l'abbé),  III, 
29. 

Meneval  (de),  II, 
235.  236,   237,    254. 

Memère  (docteur), 
III,  154  ;  IV,  209. 

Mexou.  II,  279. 

Mér.\ndox,  IV,  193. 

Merceret  (Mlle),  III, 
56. 

Mercier 'docteur),  I, 
94,95:11.  171.231: 
III,  68,  84.  87,  90, 
92.  93.  94.  97.  111, 
116,  118,  119.  120. 
198. 

Mercy-.\rge.\teau.  I. 
280  ;  II.  .35.  36,  38, 
40,  41.  42,  71,  90, 
91,  92,  100.  101,104. 
106. 


Merda  (le  gendar- 
me), III,  244. 

MÉRÉ  (de),  111,  11  : 
IV,  121. 

Mérlmée.  II,  16,  29; 
III,  400;  IV,  48, 
285. 

Merki,  I.  06. 

Merlet,  IV.  20. 

Merlin,  III,  300. 

MÉRY  de  la  Roche, 

I,  40. 
Mesgrigny   Ae\     I. 

305. 
Mes-mer,  11.242  ;  III. 

378  ;   IV,  108. 
Mesner     (Madelon), 

III,  136. 
Mesml    (Marie),     I, 

148. 
Mes.-aline,    II,    149, 

301. 
MÉTRA,    I,    284,  298  ; 

II,  45. 
Metternich,  II,  278. 
Meunier.  II.  172;  IV, 

138. 
Mezer-\y,  I,  3.  4,  13, 

15,    27,    36,  49,  72, 

73. 
MiCARD.  IV,  214,  216, 

217,  21. 
Michel  (le  docteur), 

III,  377. 
Michel-Ange, III, 

300. 

MiCHELET,  I,  XI,  XII, 
XIII,  17,  35,  45,  59, 
154  :  III.  205,  224. 
297;  IV,  28. 

Michelot  (Mme),  II, 
295. 

MicHiEL  (Jean),  I.  36. 

MiCHONIS,  II,  144, 
188. 


MiLON,  I,  83. 
Milot,  II,  94. 
MiLLY  (comte  de),  II, 
50. 

MiNGELOUSAUX,  1,82; 

IV,  29,  30. 
M I N  V I E  L  L  E     (doc- 
teur). I,  85. 
MiOLLi^,  II,  279. 
Mirabeau,     I,     144  ; 

111,290,337;  IV,91, 

100,107,116.119. 
Mire  ,Le).  IV,  64. 
Mirecourt  (Eug.),  II, 

118,  119. 
MiRON,  I,  58  ;  IV.  16. 
MôDiu6(docteur),  III, 

115,  118. 138. 
MoDÈNE     (Henriette 

de),  I,  226,  229. 
Moelle,  II,  143. 
Moestri     (docteur), 

IV,  223. 
MoHL  Mme).  111,394. 
MOLARD     (C),      III, 

239. 
Molière,  I,  150  ;  III, 

12,  16  ;  IV,  90,  91, 

212. 
MoLiN,  I,  267. 
MOLINA.  I,  146. 
MOLLIEN,   11,278. 
MoLÉ,  III,  343.  344. 
Monaco     (princesse 

de),  IV,  50. 

MONAGH.VN,  IV,235. 
MONCEY,  II,  278. 
Monda  Y,  I,  143. 

MONGE.   II,  2;>0. 
MONMAYOU,  II,  167. 

Monmouth,  IV,   112. 
Monnet.  III.  190, 

MONOD,    I.   XII. 

Montaigne,     IV, 
175. 


36o 


TABLE    DES    NOMS    CITES 


MoNTAiGU  (comte  de) 
III.66;  — (ducde), 
IV,  238. 

MONTALF.MBERT       (c"^' 

de),  IV,  48. 

MONTALIVET,  11,278; 
IV,  214. 

MoNTAUBAN  (maré- 
chal), II,  277. 

MoNTAusiER  (Mme 
de),  I,  6,  188. 

Mo  NT  AUX  (Etienne 
de),  IV,  124. 

MONTBAREY,   I,  259. 

MoNTEBELLO  (Mme 
de),  II, 311, 312, 315. 

MONTECUCULLI ,      IV, 

84. 
MoNTEiL  (Alexis),  IV, 

60. 
MoNTESPAN  (M.  de), 

I,  6;  —  (Mme  de), 

I,  6,177,  192,  193, 
194,  196,  197,  198, 
201,  202,  203,  204, 
205,  206,  207,  208, 
209,  210.  213  ;  II, 
373. 

MONTESQUIOU,  11,278, 

309,  315,  316. 
MoNTES50iN(Mme  de), 

II,  247. 

MONTEYREMAR  (M.  de) 

III,  179,  181,  182, 
213. 

MONTGLAT,  1,94,  146; 

IV,  34. 
MoNTHOLON   (de),  II, 

275,  278.  297. 

MoNTiJO,  II,  277. 

MONTJOIE,  II,  137. 

Montmorency  (Fran- 
çois, duc  de),  I, 
44;  — ^Mathieude), 
III,  397. 


Montorgueil  (G.), 
III,  222,  224  ;  IV, 
52. 

Montpensier  (  Mlle 
de),  I,  175,  181,  182, 
185,  187,  188;  II, 
378.  —  Mademoi- 
selle (La  Gran- 
de),   IV,   79,  80. 

Montreuil  (Mme 
Cordier  de),  III, 
335  ;  —  (Masson 
Cordier  de),  III, 
336;  — (le  président 
de),  III,  340. 

MONTROND,  IV,  198. 

Montvallier,  I,  284. 
Morand,  III,  70,  83, 

376. 
MoREAU,  1.55,195,286; 

II,  222.    2G9,    278  ; 

III,  348,  358. 

M  O  R  EAU-C  H  A  S  L  O  N, 

IV,  179. 

MoREAu  DE  Tours 
(docteur),  III,  313. 

M  o  R  E  T  (  comtesse 
de),  I,  99. 

M0RGAGM,I,  43. 
MORILLOT,    III,  2,   11, 
16. 

MoRiN,  II,  405  ;  — 
(docteur),  III,  57, 
78,  116,  117,  135, 
141. 

MORNIGUE,  IV,  235. 

MORNY,  II.  277. 

MORRISON,  I,  273;  IV, 
104. 

Mortier,  II,  278. 

MoRViLLE  (de),  1,234, 
235. 

MoscA  (cardinal),  II, 
11. 


M  OTII  E  -  HOUDAN- 

couRT  (de  la),  ar- 
chevêque d'Auch, 

11,395. 
Motte  -  Argencourt 

(la),  I,  130. 
Motteville       (Mme 

de),  1,107,  116,  118, 

119,  130. 
MouGUE,  I,   249,  250. 
MouNiER.  11,295,296, 

297. 
MURAT,  II.  278. 
Muret  (Th.),  IV,  143, 

144. 
MuRRY  (docteur),  IV, 

234. 
Musset  (Alf.  de),  IV, 

275-316. 
Musset-Pathay,  III, 

45,  68,  86,  S9,  131. 
MuzEL,  II,  169. 


I 


ADAILLAC   (de),     II, 

153. 
Naigeon,  III,  50. 
Napoléon  I°%  I,  54; 

II,  26,  28,  235.  236 

—  288,291,  293,  298 

—  300,303  —  306,312 

—  316,320,321,350 
376,  385;  III,  189, 
347,  349;  IV,  89,  91, 
201,  208,  313. 

Napoléon  111,111,301. 
Narbonne,  I,  258;  — 

(comtessede),II,37. 
Nass  (docteur),  I,  32, 

270;  II,  372. 
Nassau  (comte   de), 

11,2. 
NAucHE(sieur  de  la), 

I,  6. 
Naudé,  I,  49. 
Naundorff,  II,  380. 


TABLE    DES   NOMS    CITES 


36 1 


NAVAiLLEs{Mrae  de). 
1,6. 

Navarre  (Margue- 
rite de),  I,  16,  62. 
73. 

Necker,  II.  125.  134. 

NÉLATON,  IV.  221,223. 
224,  225,  226,  227. 
228,  229,  230. 

NÉNOT.  IV,  50,  51. 

NÉRON.  II,  301,  371, 
377;  IV,  136. 

Nerval  (Gérard  de). 

III,  137. 

NEUFCHAT£AU(F.de), 

II,  282;  IV,  83,  84. 
Neufchatel  (prince 

de\  II,  318. 
Neuillant  (Mme  de), 

m,  35. 

Newton,  I,  88. 
Neyret.  III,  369. 

NiCOLARDOT.   II,   115, 

124.    127.    128,   130. 
NiEL,  I,  31,  41. 
Nieuwerkerke.      II. 

385,  396. 
Ninon   de  Lenclos, 

111,36. 
NOAILLES  (de),  98  ;  — 

(duc\III,6;— (Mme 

de),  II.  352. 
NoDiER(Charles),III, 

345. 
NoGARET     (Jean- 
Louis     de ) ,     IV, 

29. 
NoGENT(Mmede).IV, 

26. 
NoizEAU   (sieur  de). 

IV,  2. 

NoLHAC  (de),  I,  259; 

III.  239;IV,  93. 
NoRDAU    (Max),   III, 

50. 


ISoTTiNGHAM  (Hcnri;, 
III,  172. 

NovioN    (de),  I,  180. 


0 


DiNi.  IV.  229. 

OElsner.  III.  202. 

Olga,  fille  de  l'impé- 
ratrice actuelle  de 
Ruspie.  IV,  173. 

Olivarrs.  II.  279, 
282.  283.  285. 

Olhvier.IV.209.  210. 

O'Méara  (docteur). 
II,  240.  314;  III, 
394. 

Onan.  II.. 302. 

Orfila.  I\".  5. 

Origène.  I.  61. 

Origny  (d;.  III,  190. 

Orléans  (duc  d'),  ré- 
gent. I.  221,  231. 
264.298.  .303;  II.  25. 
109,  324.  325.  337, 
.341.  371:  IV,  2;  — 
(duchesse  d'),  I, 
202. 217. 237;  II, 372, 
379;  —  (Gaston  d"), 
I.  109.  209;  II,  371. 
377.378;  III,  10;  — 
(Louis  d'  ,1,  5,48, 
49;  —  (Anne-Marie 
d),  II,  374;— (mai- 
son d'i.  IL  23;  — 
(Philippe  d'),  373, 
395. 

Ormesson  (d').  L  182, 
185;  IV,  125. 

Ortesiti,  IV,  312. 

O'SULLIVAN.   IV,  237. 

Othon,  IV,  IL 

Pache,  II,  142,  144, 

145,    146,  157,  165, 

1&3;    III,  237;    IV, 
151. 


Padoana  (lai,  III.  67, 
99, 106. 

Pagello(D'),IV,275- 
316. 

Paillard,  L  24. 

Paillet.  IV,  193. 

Pajot(P').  il  105. 

Palasciano,  IV,  229. 

Palatine  (prin- 
cesse), I,  175,  189, 
215;  II,  372. 

Palluy  (Maurice). 
IIL  368. 

Paluel.  IV,  61. 

Panckouke,  I,  273  ; 
IV.  109. 

Panis.  111.300. 

Paracelse,  I,  22. 

Parant  (docteur V.), 

III,  137. 

Paré  (Ambroise),  I, 

12. 
Parent,  IV,  13. 
Paris  P.),  1,7,9,10, 

16.20;  11.307. 
Pariset.  IV,  122. 
Parizot,  111.356,369. 
Parmentier,  II,  248. 
Parqcin,  il  264. 
Partridge,  IV,  229, 
Pascal.  I,   ix,  32;  I, 

88,  205;  IV,  91. 
Pasolier,IL292,293. 
Passy,  I,  152. 
Patin  (Guy),  I,  117, 

139;     III,    14,    27; 

IV,  40. 

P.ATTÉ   (docteur),    I, 

24. 
Paul  I^r,  II,  269. 
Pauline  Bonaparte, 

II,    248,    249,    289- 

302.  305. 
Payan-Dumoulin, 

IV,  62. 


362 


TABLE    DES   NOMS    CITES 


Payen  (docteur).  IV 

175.  189,  193. 
Peignot,  I,  259. 

PÉLISSIER.    II,  277. 

Pellet  (M.).  II,  294, 

296. 
Pelletan(D'),  11,203, 

204;  III,  375. 
Pelletier.  IV,   117. 
Pellico  (Silvio),  III. 

307. 
Pellisson,  III,  30. 
Pemartin,  II,  167. 
Pennasch,     II,     20, 

22. 
Perber,  II,  348, 
Perdreau,  IV,  23. 
Père-Duchesxe,  II, 

159,  160. 
Perey  (L.),  111,75. 
PÉRiGNON(Mme),  III, 

79. 
Perlet,  IV,  117.  118. 

131. 
Péronne    (Mme),   I, 

193. 
Perrier  (A.),  I,  148. 
PERROM'du).  11,84,85. 
Perso  N     (Charles - 

Alexandre), III, 186. 
Peschard,  II,  316. 
Pesuel  (Louise- 
Françoise). III,  184. 
PÉTION,  II,  182. 
Petit,  (Ant.\  méde- 
cin, 1,83;  III,  276; 

IV,  108,  124. 
Petit-Radel,  IV,  46. 
Petrowna  (Marie),  I. 

226,  229. 
Pfeiffer,  III,  190. 
Pharamond,  I,  3. 
Philippe    (duc),    IV, 

8  ;  —  (le  médecin), 

III,  133. 


Philippe  l"'.  roi  de 

F>ance,  I,  10. 
Philippe   II,  roi   de 

France,  1,10,57,145. 
Philippe  III,  roi  de 

France,  I,  10. 
Philippe  IV,   roi  de 

France,  I,  10. 
Philippe    V,   roi  de 

France,  I,  10,  222  ; 

II,  15,  17. 
Philippe  VI.  roi  de 

France,  I,  10. 

PhILIPPE-E  G  A  L  I  T  É  , 

III,  212. 
Philippe  le  Bel,  II, 

302,  388. 

PlALLA-C  H  A  M  P  I  E  R  , 

IV,  63. 

Picard  (L.),  I.  vi. 
PiCHON   (baron),    II, 

190,   192,    193.   194, 

195,  196. 
PiCHOT  (A.),  II.  307. 

308  ;  IV,  211. 
PiCTET,  III.  129. 

PlDANSAT   DE    MaIRO- 

BERT,I,283;III,317. 

PlDOUX,  IV,  18. 

PiGANIOL  DE    LA  FOR- 
CE, II,  3it5. 

PiLLET     DE      LA     MÉ- 
NARDIÈRE,  III,   7,   8. 

PiNEL,  (docteur), III, 

250;  IV,  116. 
Pipelet      (docteur), 

II,    160.     170,    174, 

203,  204,    205,  206, 

207,  209,  210. 
PiROGOFF,  IV,  229. 
PiRON,    I,  46. 
Piton,  I,  38,  39. 
PiTRÉ,  II,  274. 

Pitres  (docteur).  III, 
52. 


Place,  IV,  211,  214, 

217. 
Planche    (G.) ,    IV, 

283,  284,  307. 
Plancy,  I,  46. 

PlE  s  s  I  s  -  Bl  LLIÈVRE 

(du),  I,  175,  179. 
Poe  (Edg.),  IV,  69. 

POINCARRÉ,  IV,  50, 
51. 

Poirier  (dom),  II, 
384. 

Poissonnier,  IV,  108. 

P0LHAiN(de).II,2,3; 
— (Jeanne  de),  1,9. 

PoLiGNAC  (Mme  de), 
II,  110  ;  —  (vicom- 
tesse de),  IV,  75. 

PoMPADouR  (M's=de), 
I,  217,  272;  IV, 
92,93,94,95,  96,97, 
98,  100,  102,  104 
105. 

Poncet  (professeur; 
de  Lyon),  III,  20, 
21,22  ;  111,265.402. 

PONCHARTRAIN,  1,1.55. 
P0NS(A.-J.).  III,  400. 
PONTIS.  IV,  34. 

Porta  (prof.),  IV, 
222,  223. 

PoRTAL  (docteur),  II, 
338;  III,  248,  249, 
256,262.265,279,280. 

Portugal  (Marie- 
Barbe-Joseph  de), 
I,  226,  228,  232. 

PoTiQUET  (docteur), 
I.  57  ;  II,  396,  397, 
398. 

POTT,  III,  17,  18,  20, 
23,  265,  266. 

POTTERI   (J.),    I,    148. 

P0URV0YEUR(M.),  III, 

189. 


TABLE    DES   NOMS   CITES 


363 


Pozzi    (professeur), 

III,  402,  403. 
Pracontal  (mar- 
quise de),  II,  118. 

Pradel  (comte  de), 

II,  206,  209. 
Prandina,  IV,  223. 
Pré  (C),  I,  184. 
Prévost    (abbé),  II, 

190;-  (Marcel),IV, 

278. 
Prévost  -  P  a  r  a  d  ol, 

IV,  275,  276. 
PRiE(Mraede),  1,233, 

236. 

Prieur  (docteur),  III, 
154  ;  (convention- 
nel), IV,  143. 

Primatice  (le),  I.  21. 

Printems,  II,  104. 

Propiag  (de),  III,  SP. 

Provence  (comte  de), 
I,  285. 

Provins  (H.),  II,  150, 
152,  212. 

Proyart  (l'abbé),  III, 
297, 

Prud'hon,II,311;III, 
300. 

Prusse  (Anne-Sophie 
de),  l,  226,  228  ; 
—  (Frédérique- Au- 
guste de),  I,  226, 
228  ;  — (prince  Au- 
guste de),  III,  396, 
397  ;  —  (Sophie- 
Louise  de),  I,  226, 
228. 

PUGLIOLI  (Giov.),  IV, 
74. 

PUBGON,    III,   8. 
PUTIPHAR,    III,  51. 


Q 


uatrefages    (de), 
IV,  57. 


Quatbemère,  11,393. 
(JuÉLEN(Mgrde),  III, 
389. 

OUENARD  (P.),  111,211. 

Quesnay  (docteur), 
IV,  93,  94,  95,  97, 
98,  99,100,  101,102, 
103,  104,105,  107. 

Queverdo,  111,175. 

QtiDOR,  III,  342. 

QuiNCY  ^de),  IV,  175. 

QciNET  (Mme  Edgar), 
III,  285,  345. 

QUINTUS  SORANUS,  1 1, 
301. 


R 


abelais,  iii,  16. 
Racine,  111,  291,  300. 
RACOT(Ad.),  111,190. 
RADziwiLL(cardinal), 

II,  2. 
Raffalowitch,  I,  m. 
Rafou  (Mme  de),  IV, 

32. 
Raguideau,  II,  252. 
Rambaud  (Mme  de), 

II,  175. 
Rambure  (de),  I,  215. 
Ramon (docteur),  III, 

364,  365. 
Ranse  (docteur  de), 

IV,  271. 
Rapp,  II,  246. 
Raspail.    I,  88,    117, 

118,  122,   132;   III, 

82  ;  IV,  228. 
Ratisbonne,  III,  180. 
Rault,  III,  191. 
Raymond       (profes- 
seur), III.  101. 
Raynal  œ.    de),    I, 

233,  239;  11.15. 
REAL.  IV,  143. 
Rébecca,  II,  1. 
Rebours  (la),  1,  65. 


Récamier  (docteur), 

II,    355,    356,    357, 

359,  362,  363,  364; 

—  (Mme),  III,  392- 

403. 

Régent  (le),  1,  213, 
263;  IV,  89. 

Régis  (professeur), 
111,52.105,144,146, 
150,  152,  153,  154, 
155,  157. 

Régna RD,  IV,  91. 

Regnault  de  Saint- 
Jean-d'Angély,  IV, 
207. 

Reiset  (de),  11,  88, 
104,  118,  120,  125, 
141,  190,  191,  193, 
194,  221,  222,  223, 
226,  234. 

Rémusat  (M.  de),  II, 
293  ;  —  (Mme  de), 

II,  255,  257. 
Renan.  I,  xii. 
Renard,  II,  187,  189; 

III,  189  ;  IV,  104. 
Renaud,  IV,  11. 
Renaudin,  IV,  174. 
Renouvier,    III,    42, 

116;  III.  176. 

Restif  de  la  Bre- 
tonne, III,  210,  311, 
322. 

Retz  (de).  1,  216  ;  II, 
384.  388.  392. 

Re  V  E  I  L  L  É-P  A  R  I  s  E, 

(docteur),  III,  14, 
295  ;    IV,  192,   203. 

RiBEYBE  (de),  I,  180. 

Riboteau,  IV,  9. 

Ricard  (de),  II,  248; 
—(docteur), 111.402. 

Richard,  11.  136,225; 

IV,  154  ;  —  (doc- 
teur), IV,  236. 


364 


TABLE    DES    NOMS    CITES 


Richard  III,  II,  376. 

377. 
Richard  VI,  I,  144. 

RlCHEFEC,   IV,   80. 

Richelieu  (cardinal 
de),  I.x, 121,215,258, 
259,  289,  290;  III. 
7,8;  IV,  17,  18,  19, 
20,  21,22,23.  24,  25, 
27,28,29,  30,  33,35. 
36,  37,  38,40,41,43, 
44,45.46,47,48,49, 
50,53,55,56,58,90. 

Richemont  (duc  de), 
IV,  238. 

RiCHER,  II,  .387. 

RiGAT  (abbé),  IV,  77. 

Ri.MA  (docteur),  IV, 
313. 

RiPARi  (docteur;,  IV, 
223. 

RiTTER  (E.),  III.  44. 
73. 

RiTTi  (docteur),  III, 
342. 

Rivière  (demoiselle 
de  l'Opéra),  III, 
310. 

RoBERT!  apothicaire), 
11,212,  214,215;  — 
(roi  de  France),  I, 
10. 

Robert  le  Diable. 
I,  144. 

Robespierre,  II,  149, 
151,  163,  180;  III. 
202,  225,  2.32,  238. 
240.  243,  244,  247, 
2.56,  281-304,  343; 
IV,  90.121,135,  142, 
174,  179,  130,  191, 
192,  193;  —  (Char- 
lotte), III,  299. 

Robinet  (docteur), 
III,  164. 


RocHARD    (docteur), 

IV,  221. 
Roche-Aymon,  1,280, 

290. 
Rochefort,    II,    292. 
Rochejaquelein 

(Mlledela),III,400. 
Rochereuil,  II,.  187, 
Rochet  (abbé),    IV, 

316. 
Rocheterie    (M.    de 

la),  11,212. 
Rodot,  IV,  101. 
RœoERER,  I,  2,  9,64; 

IV,  114,  115. 
RoHAN(duchesse  de), 

I,    108;    III,  11;  - 

(cardinal  de), 1,252; 

—  (prince  de),  IV, 
311. 

Roland  (Mme),  III. 
186;  IV,  134. 

ROMOLO     CONTI,     IV, 

72.  73. 

Ronchereuil  (Mlle), 
11,222. 

Roscius,  III,  381. 

Rose  I,  73;  —  (mar- 
quise de),  IV,  171. 

RossiLLON  (Gérard 
de),  IV,  11. 

Rouher  d'Artonne, 
(docteur),  II,    218. 

Roujon,  IV,  50. 

Rousseau  (abbé),  IV, 
186;  —  (R.),  cha- 
noios  de  Dangres, 
11,285;  — (J.-J.>  III, 
41-158,291,  300. 

Roussel  (docteur), 
III,  105,107,108,109, 

—  (M"«),IV,153,154. 

ROUSSELIN  DE  SaINT- 

Albix,  m,  214,  216, 
217,218,219,222,223. 


RoussiLLON  (doc- 
teur), IV,  193,  195, 
196. 

Roustan,  II,  313. 

Roux,  IV,  148. 

RoviGO  (duc  de),  IV, 
83. 

ROYER-COLLARD,    III, 

361,  363,  364. 
RoziER,  IV,  152. 
RuBLE  (baron  de),  I, 

24. 
Rue  (général  de  la), 

III,  193. 
RUINET,  II,  320. 
Russ,  II,  364. 
RussEL(lord),IV,112. 
RuzÉ     (Guillaume), 

IV,  2. 


S 


ABATIER,   1,43. 

Sablé  (marquise  de), 

III,  7. 

Sabran  (de),  IV,  119. 

Sade  (Armand  de), 
111,364,365,368;  — 
(marquis  de),  III, 
305-372;  —  (mar- 
quise de\  ni,  335, 
339,  340. 

Saillard,  IV,  45. 

Saint-Aignan,I1,  195. 

Sain  t-B  e  a  u  s  s  a  nt 
(M.de),IV,66,67,69. 

Saint-Edme,  IV,  120. 

Saint-Fiacre,  1, 143; 

IV,  25,  26,27,  43. 
Saint-Germain  (com- 
te de),  IV,  103,  104. 

Saint-Jacques,  IV,  4. 
Saint-Ju.st,  III,  247. 
Saint-Lambert,    III, 

78,  80,  125. 
Saint-Louis,  II,  243, 

401. 


TABLE    DES   NOMS    CITES 


365 


Saint-Marc  Girar- 
DiN.  III,  66,  78,  79. 

115,  116,  131. 
Saint-Mauris,  I,  23, 

26,  28. 
Saint-Nicolas,  IV,  4, 

15, 148. 
Saixt-Olive.  I,  62. 
Saint-Omer  (Jean 

de).  IV,  14. 
Saint-Paul,  III,   29. 
Saint-Pierre  (B.  de) 

III,  114. 
Saint-Priest,  II,  269. 
S.\int-Rémy,  I,  177  ; 

—  (abbé  de).  IV,  13. 
Saint-Simon.  1.6. 128, 
129,  139,  209,  210. 
213,  214,  22],  263, 
266,284;  II,  14,  15; 

IV,  79. 
Saint-Surin  (M.  de), 

IV,  63. 
Sainte-Beuve,    I, 
xiii;    11,50,  .52;  III, 

116,  400;  IV,    208. 
210,    283,    284,  316. 

Sainte  -  Geneviève  , 
II,  396. 

Saloxion,  III,  60,  63. 
189. 

Samson,  II,  375. 

Sancy,  IV,  25. 

S.A.ND  (George),  III, 
113135;  IV, 275-316. 

Sandret,  II,  401. 

Sanejouand,  I,  63. 

Sans  ON  (le  bour- 
reau), III,  197,  198, 
199,  200,  201,  205, 
218,  223;  IV,  116. 
117. 

Santerre,  IV,  131, 
132,   143,    146,    147. 

Santini,  IV,  287. 


Sarcey,  IV,  316. 
Sahdaigne   (roi   de), 

III,  325,  329. 
Sardou    (Victorien), 

III,  225, 226,2*^2, 284, 
322,366;  IV,180,214. 

Sarrazin,  III,  9. 
Sauce,  II,  127. 
Saucerotte  (abbé), 
11.393;— (docteur), 

IV,  16. 
Saugrain,  IV,  109. 
Saussure  (Th.  de), 

III,  66. 

Sauval,  I,   19;  II,  4. 
Savoie  (duc  de),  1,93; 

IV,  8;  —  (prince 
Eugène  de),  I,  130; 

—  (Jacques  de),  I, 
40  ;  —  'Louise  de), 
I,    14,    20;   II,  307; 

—  (Marie-Adélaïde 
de),  II,  373.  374. 

Saxe  (duc  Jean  de'. 
I.  19;  —  (Marie-Jo- 
sèphe  de  .  Il,  380. 

Saxe-Eisenach 
(Charlotte -Guillel- 
mine  de),  I,  226, 
230;  -  (Christine- 
Guillelmine  de),  I, 
226,  230. 

Sayous,  III,  135,  138. 

SCALIGER,   1,   48. 
SCARNAFIS(Cfde),Il, 

83.84. 

SCARPA,   IV,   313. 

SCARRON  III,  1-40  ;  — 
(veuve).  1, 198,  205, 
206,207;    IV,    60. 

ScÉvoLE  DE  Sainte- 
Marthe, I.48;IV,18. 

ScHEFFER!Henri),llI, 
169,  188,  189. 

SCHÉRER,  III,  398. 


SCHMIDT,  IV,  114, 115. 
SCUOLASTI QUE 

(dame),  1,  12. 

SCHONBERG,  III,  11. 
SCHROEDER,  II,  376. 
SÉBASTIAM,  IV,  207. 

Sébillot,  II,  275. 
Séchelles  (de),  IV, 

103. 
Séglas,  III,  155. 
Segrais,  III,  36,  37. 
SÉGUIN,  IV,  29,  32, 

212. 
SÉGUR  (de).  II,  269, 

309;  III,  177;  IV,  182. 
Séguret  (docteur), 

111,  203. 
Seguy.  Il,  146,  183, 

188. 
Seigneville-Thiéry 

'Marie de), I  ,148. 
Sémonville  (  Mlle  de), 

II,  297,  298. 
Sénac  DE    Meilhan, 

II,  120. 
Senebier,  III,  126. 

SÉNÈQUE,  IV,   136. 

Sens  (  Thérèse- 
Alexandrine  de),  I, 
226,  231, 

SeRGENT-M  ARCEAU, 

III,  206,  207. 
Servant  (Paul),   IV, 

36,  37,  38,  41. 
Sevestre,  II,  167. 
Sévigné    (Mme    de), 

III,  34  ;  IV,  62,    63, 

65,66,  67,  68, 69,208. 
SÉviN,  II,  195. 
Sèze  (de,),  II,  113. 
Sforze  (Galéas,,    II, 

301;— (Ludovic),!, 

13. 
Sgnanarelle,      111, 

375. 


366 


TABLE    DES    NOMS    CITES 


SiBiRiL     (docteur)  , 

III,  105,  135,  149. 
SicoTiÈREfde  la),  III, 

169. 

SiGISMOND  III,   II,     2. 

Simon,    II,   142,  143, 

147,    150,    151,  152, 

153,   156,  157,  159, 

160,    163,   164,  175, 

183,  184,  188. 

SiSMONDI,  I,  4. 

Sixte,  chirurgien, IV, 
13. 

SOEMMERING,     III,    90, 

202,'.203. 
Somerset  (duc  de), 

IV,  238. 

SoNGY  (de),  III,  323; 

III,  333,  334. 
SoPHiE(Mme),  1,286; 

II,  37;  III,  337. 
Sophocle,  IV,  91. 
Sorel  (Agnès),  IV,91. 

S0UBERBIELLE,1 1,225  ; 

III,  160;  IV,  174, 
175,  177,  178,  179, 
180,  181,  182,  183, 

184,  186,  187,  188, 
189,  190,  191,  192, 
193. 

SOUBRANY,  III,  227. 
SouLAViE,  1,283,292; 

IV,  183. 

SouLÈs  (docteur),  II, 

139,  166,  169. 
SouuÉ(Eud.),I,89,92. 
SoupÉ  (docteur),  II, 

170,  171,  203,  206, 

210,211. 
SouRDis  (de),  I,  101. 
SouvRAY  (de),  I,  100, 

104,  105. 
Spoelberch  de  Lo- 

venjoul,    iv,   290, 

291,  292,  315. 


Spon  (Ch.),  IV,  40. 
Springham-Clarke, 

IV,  232,  234. 
STAEL(M.de),  11,125; 

—  (Mme   de),   III, 

295,  398. 
StanislasLeczinski, 

I,  225,  232,  233,  234, 
235,  237,  239,  240, 
241,  243,  244,  245, 
246,  247,  253,  259. 

Stendhal,  II,  29. 
Stofflet,  IV,  91. 
Strauss,  III,  368. 
Streckeisen  -  MOUL  - 

Tou,  111,68. 
Stryiensky,  II,  17, 

20,  29. 
Stuarts  (les),  II, 

307. 
SUBLÉ,  III,  29. 
SUBLET  DES  NOYERS, 

IV,  35. 

Sue  (docteur),  1,197; 

III,  201,  202,  203, 
204;  —  (Eug.),  II, 
171. 

Suger,  II,  387. 
Sully,  I,  64,  69, 
70.  74,  75,  76,  77; 

IV,  121,  237,  240, 
241,  247,  249. 

SuPALÈs  (docteur), 

II,  203. 
SURBOIS,  III,  338. 
Sutton,  I,  297. 
Sybel  (de),  II,  69. 
Sydenham,  III,  264. 
Sylva,  I,  264. 

Tacite,  IV,  173. 
Taigny,  II,  263;  — 

(Edmond),  III,  226. 
Taine,    I,  XII,  XIII; 

II,  292,  293,  298. 


Tallemant,  des 
Réaux,  I,  66,  68,  70, 
85,  111,  114,  III,  5, 
7  ,  14  ,  IV  ,  24  , 
34. 

Talleyrand,  II,  273, 
296;  IV,  90,  197, 
201,  203,  204,  206, 
207,  208,  209,  210, 
211,  212,  213,  214, 
215,  216,  217,  219, 
220. 

Tallien  (Mme),  III, 
349,  351. 

Talma,  III,  381- 
391. 

Talon,  I,  180. 

Talrich,  IV,  53. 

Tamizey   de  Larro- 

QUE,  I,  95. 

Taphanel  (Âch.),  IV, 

96,  184,  185. 
Taschereau,   I,   179, 

192,    223;    II,    115, 

285;  III,  337. 
Tassaert,  III,  175. 
Tattet,  IV,  309. 
Tavannes  (de),  I,  10, 

267,  268;  —  (Mme 
de),  IV,  240. 

Techener,  II,  192, 
194. 

TÉLÉMAQUE,    IV,    172. 

Tenon,    III,  248,  254, 

268,  271. 
Tessier,  I,  185. 
Thébault  (docteur), 

III,  18. 
Thémistocle,  II,  273. 
Théodose,  IV,  172. 
Thévenot,  I,  286. 
Thiboust,  II,  195. 
Thiébault  (général), 

II,  121,  122. 
Thiers,  II,  324. 


TABLE    DES    NOMS    CITES 


367 


Thiebby  (Aug.  et 
Amédée),  I,  xii  ; 
—  (médecin),  III, 
70,  82,  359. 

Thiéey,  II,  165,  170, 
171,  203,  206,  209, 
211,  214.    215,    246. 

Tkirion,  II,  40i,  402. 

Thirria,  II,  324. 

Thobin   (E.),  IV,  46. 

Thou  (de),  I,  48;  IV, 
36,  112. 

TiGNONVILLE,   I,  67. 
TiLLIARD,  III,  218. 

TiRcoNEL  (lord),  IV, 

233. 
Tison,    II,   171,   209, 

210,  216. 
TiSSERON,  IV,  175. 

TissoT    (P.-F.),    m, 

389. 
TiTE-LivE,  IV,  137. 
Titien  (le),  I,  20. 

TOPINARD,  III,  215. 
TORELLI,    IV,  230. 

ToRiGNAN(de),III,63. 

TOUCH ARD - LaFOSSE  , 

I,  95,  187,  188. 
Toulan,  II,  181,  184, 

187. 
Toulouse  (docteur), 

III,  122. 
Tour  (de  la),  III,  318, 

320,  331,  .334. 
Tourzel  (Mme    de), 

II,  186,  202. 
Trawinsky,    II,   399. 
Tbémouille  (La),   I, 

216. 
Tressan  (de),  I,  2.59. 
TRiAiRE(docteur),  II, 

355.  362. 
Triboulet,  III,  16. 
Tripieb   (R.   P.),  IV, 

66,  67. 


Tboxchet,     II,    113, 

405  ;  IV,   139. 
Tronchin,  111,73,112, 

125,  128  ;  IV, 96. 
Trousseau,  IV,  179. 
Tboylus   du   Mes- 

COUET.  I,  40. 
Tuault,  IV,  119. 
TUETEY  (A.),  II,  140. 
TUBENNE,  IV,  82,   83, 

84,  85,    86,    87,    88, 

91,  124. 
TURGOT,   IV,  97,    101. 
TURQUAN  (.1.),  Il,  238, 

250,  265  ;  III,  394. 

TUBQUET  DE  MaYERNE 

IV,  20. 

Ulbacii  (Louis),  III, 

109,  111. 
Ulric  de  Hutten,  I, 

19. 

UZANNE(0.,,  III,   345. 

Vacher,  III,  345. 

Vadé,  III,  378. 

Vadieb,  II,  179. 

Valentin  (veuve), III, 
311. 

Valèbe  -Maximin,  I, 
144. 

Valéria,  I,  144. 

Valié,  II,  34s. 

Vallée!  0. de), IV,250. 

Vallot  (médecin),  I, 
132,  133,  135,  136, 
137, 13S, 141; IV,  20. 

Valois  (les),  I,  41, 
53,  58,  59;  II,  38; 
-(duc  de),  11,372; 
—  (Francuis  II,  de), 
11,377;  — (Margue- 
rite de),  I,  19,  65, 
66;  — (Mlle  de),  II, 
395. 


VANDAL(Alb.),  11,27, 

271. 
Van  Swieten,  II,  38. 
Varillas,    I,    4,    49, 

.50. 
Varlin,  IV.  205. 
VATEL(Ch),I,283;II, 
137,    139;   III,    169, 
171,    172,    178,    179, 
180,   183,    185,    186, 
188,   189,    191,   209, 
211,   212,    217  ;    IV, 
94. 
Vathaibe     (de),    II, 

326,  327. 
Vatout,  I,  143. 
Vattemare,  III,  359. 
VAUBLANc(comlede), 

IV, 234. 
Vauchoux,  1,241,246, 

248,  249,  253. 
Vaugeais  (Mlle),  III, 

289. 
Vauguyon  (La),  1,128. 
Vaulchier  (de),  IV, 

87. 
Vauquelin,  I,  91. 
Vaury     (Mme),    III, 

283. 
Vautieb,  IV,  17. 
Velpeau(D^,IV,309. 
Vendôme  (Alexandre 
de),  1,68;— (Fran- 
çois de),  I,  40  ;  — 
(Mlle  de),  I,  93, 115. 
Venette    (médecin), 

1,51. 
Ventadoub    (du- 
chesse de),  I,  265. 
Ventelet(M.  de),  I, 

97. 
Vercey  (Pierre  de), 

IV,  12. 
Verdelin  (Mme  de), 
III,  130. 


368 


TABLE    DES    NOMS   CITES 


Verdot,  II,  396. 

Vebgennes  (de),  II, 
79. 

Verlaine,  IV,  265. 

Veb.m.\ndois  (comte 
de),  I,  176,  187,  189, 
190,  208  :  —  (Mlle 
de),  I,  219,  226,  230. 

Vermond,  accou- 
cheur de  Marie- 
Antoinette,  I,  195  ; 
II.  92.  93.  94,  95, 
101,  104,  107,  108, 
222. 

Ver.neuil  (M.  de),  I, 
109;  —  (Mme  de),  I, 
83,  94;  — (introduc- 
teur des  ambassa- 
deurs), I,  266. 

Vernes,  III,   47,  112. 

VÉBOX  (docteur),  IV, 
213. 

Veyrenc,  IV,  63. 

Vibert,  II,  231. 

Vicaire  (G.),  11,192. 
193,  194,  196. 

Vicq-d'Azyr  (D'),  III, 
248,  256,  267,  279, 
280  ;  VI,  112. 

Victoire  (Mme),  I, 
286  :  II,  40,  85  ;  IV, 
199. 

Victor  (prince),  II, 
313. 

Victoria  (reine),  IV, 
173. 

Vieil-Castel  (comte 
de),  IV,  48. 

Vieilleville  (de),  I, 
16,  17. 

Vicié,  IV,  146. 

ViGNÉ  dOcton  (doc- 
teur P.:,  III,  401. 

ViLATE,  III,  290. 

ViLLANOUÉ,  II,  122. 


ViLLARCEAUX,  111,29. 

ViLLARS  maréchal 
de;,  I,  257.  259. 

Ville  (la)  du  Por- 
TAULT.  I.   200. 

ViLLEDELIL     (M.     de), 

III.  342. 

ViLLENAVE,      III,      79, 

80. 

Villeneuve  (com- 
tesse de).  II,  120. 

Villeneuve-Guibert 
(G.  de),  III.  70. 

Villequier  (duc  de), 
I,  302. 

ViLLEROY  maréchal, 
duc  de).  1.214,  216: 

IV,  94.  95  ;  —  ^ma- 
réchale de  Luxem- 
bourg, née  de),  II. 
120  ;  -  (marquise 
de),  I,  182. 

ViLLETTE   M.  de), III, 

11. 

ViLLiERS  Pierre), III, 
285. 

VlNARDELL,    II,  76. 

Vincent.  II,  181,188; 

—  (Mme  .II,  357. 
Vincent  de  Paul,  I, 

94. 
Vio     (docteurj,     IV, 

223. 
Viole   (Nicolle),  IV, 

2. 
Violon  (Joseph),  III, 

334. 
Virgile.  II.  304. 
Vibginte    (Mlle),    II, 

346. 
ViBY  (comte  de),  II, 

80,  81,  82.  83. 
ViscoNTi  (Mme),  III, 

349. 
Visé  (de,,  I,  93. 


ViTBY  (Mlle  de),    I, 

109. 
ViTZHUM  (comte),  II, 

23. 
Vivant-Denon,     III, 

217,218,298;  IV,90. 
ViVONNE,  III,  29. 

VoGT  d'Hunolstein, 

II,  48. 
VoLNEY,  II,  289,  290. 
Voltaire,  I,  x.  1,  2, 

131,    190.    282;  III, 

47,85,109.  112,  12s, 

130,    240,  300,  389; 

IV,  91,208,  220,233. 
\'RiLLiÈRE(ducdeIa), 

I.  216,296;  11,63. 
VuLSON  Mlle  de),  III, 

55. 


W. 


AGRAM  (princesse 

de).  III,  389. 
Waliszewski,  II,  66. 
Warée,  IV,  120. 
WARENS(Mmede),III, 

51,  56,  57,  60,  61,64, 

67,  68,  70,  125. 
Warin,  II,  124. 
Watmann  (docteur), 

II,  355,364. 
WECKER(docteur  de), 

IV,    254,    255.    256, 

257,    258,    259,  260, 

261. 
Weicard,  III,  202. 
Welschinger,      III, 

213. 
Wenzel  II    ;le   roi), 

I,  18. 
Westermann,IV,178. 
Wetekind  (docteur), 

m,  173,  174. 
Wieland,  II,  245. 
Willi.vms  (miss), III, 

297. 


TABLE    DES    NOMS    CITES 


369 


WiMPFFEN  (général), 
III,  169. 

WlïAKE,    III,  401. 
WlTKOWSKI     (doC- 

teui),  I,  121,  146, 
149.  180,  181.  209; 
II,  8,  323,  378;  IV, 
172,  173,  206. 


WiTTE  (de),  II,  344. 

WiTTENKOFF,  IV, 131. 
1  F.MENIZ,  II,  285. 

Yop.CK(ducd  },I1,371. 

YVAN,    II,   315. 
ZlANARDELLI,  IV,  513. 


Zanetti    fprofes'), 

IV,  222,  229. 
Zeller,  I,  8;<,  84. 
Zola.  III.  123. 
ZoLOÉ,   III,  344,  349, 

350,  351,353. 
ZULIETTA,  111,67,106. 


lv-34 


ERRATA  ET  ADDENDA 


Tome  !*'■,  p.  46.  On  peut  rapprocher  de  la  consultation  de 
Fernel  la  suivante,  qui  fut  donnée  à  une  princesse,  on  ne 
nous  dit  pas  à  quelle  époque  :  «  Certaine  archiduchesse,  très 
ennuyée  de  sa  stérilité,  consulta  la  Faculté  de  Louvain  sur 
les  moyens  d'avoir  des  enfants.  On  lui  envoya  cette  formule, 
qu'on  trouva  dans  les  archives  de  cette  célèbre  Université  : 

«  Oporlel,  cum  digilo  medii,  excitare  quid  inler  nos 
medicos  latine  vocatur  clyloris  ;  et  quando  serenissima  Alli- 
tudo  eœperit  movere  dunes,  fiai  inlroduclio.  »  Le  remède 
fit  effet  et  la  Faculté  en  eut  de  beaux  privilèges.  Cf.  La  Mé- 
decine anecdolique,  historique  et  lillêraire,  mars  1903,  p.  131 
(article  de  M.  P.  d'Estrée). 

—  p.  89,  note  3.  Cf.  les  Bulletins  et  Comptes  rendus 
de  la  Société  d'Histoire  et  d'Archéologie  de  Brie-Comte- 
Robert,  t.  II,  1901-1902,  p.  5-8  (Louis  XIII  enfant,  à  Brie- 
Comte-Robert). 

—  p.  226  et  229,  lire  Petrowna  et  non  Petrowka. 

—  p.  259,  note  1.  Un  trait  qui  donne  une  idée  de  la  men- 
talité de  Marie  Leczinska  : 


ERRATA    ET   ADDENDA  Sjl 

En  4751,  les  belles  marquises  jouaient,  entre  leurs  galan- 
teries et  leurs  soupers,  avec  des  tôtes  de  morts.  La  ver- 
tueuse Marie  Leczinska  avait  la  sienne,  quelle  appelait  la 
belle  mignonne  et  qu'elle  prétendait  être  la  tête  de  Ninon  de 
Lenclos. 

11  était  alors  de  bon  ton  de  posséder  de  pareils  objets  dé- 
coratifs dans  son  oratoire.  «  La  reine,  lisons-nous  dans  les 
Mémoires  du  marquis  (TArgenson  (t.  IV,  p.  53),  tombe  dans 
une  dévotion  superstitieuse.  Elle  va  voir  à  tout  moment  la  belle 
mignonne:  c'est  une  tète  de  mort.  Elle  prétend  avoir  celle  de 
Mlle  Ninon  de  Lenclos.  Plusieurs  dames  de  la  cour,  qui  aflec- 
tentla  dévotion, ont  de  pareilles  tètes  de  mort  chez  elles.  On 
les  pare  de  rubans  et  de  cornettes,  on  les  illumine  de  lampions 
et  on  reste  une  demi-heure  en  méditation  devant  elles.  » 

Le  U  juin  1753,  la  reine  écrivait  à  d'Argenson  :  «  Je  n'ai 
pas  fait  voyager  la  Belle  mignonne  ;  je  n'ai  point  trouvé 
d'endroits  pour  la  placer,  et  je  craignais  de  déranger  ses 
attraits.  Comme  elle  est  fort  délicate,  la  moindre  chute 
aurait  pu  la  déranger,  et  je  veux  que  vous  la  retrouviez  avec 
tous    ses  charmes.    »   Ibid.,  403. 

De  pareilles  fantaisies  macabres  ne  sont-elles  pas  l'indice 
d'un  cerveau  mal  équilibré  ? 

—  p.  270,  Nous  avons  relevé,  dans  un  catalogue  de  librai- 
rie, l'annonce  d'un  roman  intitulé  :  Tanaslès,  conle  allégo- 
rique par  Mlle  "•  (Mlle  de  Bonafous).  La  Haye,  Van  der 
Slooten,  4743,  2  t.  en  1  vol.  in-12.  Dans  ce  roman,  dont  le 
fond  est  la  maladie  de  Louis  XV  à  Metz,  sont  contées  les 
négociations  entreprises  par  l'évêque  de  Soissons,  François 
de  Fitz-James,  pour  faire  abandonner  Mme  de  Châteauroux 
par  le  roi. 


372  ERRATA    ET   ADDENDA 

Le  volume  fut  saisi,  parait-il,  dès  son  apparition.  L'exem- 
plaire annoncé  était  aux  armes  de  la  duchesse  de  Brancas- 
Lauraguais. 

Tome  II,  p.  23.  On  trouve  une  représentation  figurée  de 
la  bénédiction  du  lit  nuptial  dans  un  ouvrage  du  quinzième 
siècle,  imprimé  par  G.  Le  Roy,  VHisloire  de  Mélusine  (V. 
la  figure,  très  curieuse,  dans  les  Débuis  de  l'imprimerie  en 
France,  par  Christian,  directeur  de  l'Imprimerie  Natio- 
nale, p.  43,  livre  édité  en  1905). 

—  p.  446,  ligne  3.  Un  lapsus  calami  nous  a  fait  écrire  que 
le  Daupliin  était  le  frère  de  Mme  Elisabeth  ;  c'est  le  neveu 
que  nous  voulions  dire. 

Tome  III,  p.  345.  C'est  de  Lepelelier  Sainl-Fargeau  qu'il 
s'agit.  On  écrit  souvent,  à  tort,  Le  Pelletier.  Nous  nous 
sommes  conformés  ici  à  l'orthographe  du  texte  cité. 

Tome  IV,  p.  47,  lire  Kérouarlz  et  non  Kérouard. 

—  P.  122.  Depuis  que  nous  avons  rédigé  ce  chapitre,  il  a 
paru  dans  la  Nouvelle  Revue  (juin  1905)  une  série  d'articles 
sur  Guilloîin,  sous  la  signature  de  M.  Pierre  Quentin- 
Bauchart,  qui  ne  nous  ont  appris  rien  que  nous  ne  sachions 
déjà.  Ils  sont  néanmoins  à  lire,  par  ceux  qui  veulent  con- 
naître plus  à  fond  la  carrière  politique  de  notre  confrère,  que 
nous  avons  volontairement  laissée  dans  l'ombre. 


4-5-05.  —  Tours,  imp.  E.  Arrault  et  C'". 


DC  Cabanes,    Au^stin 
3  Le  cabinet  secret  de 

C3  l'histoire       Nouv,   éd, , 

1905  rev,  et  très  augm. 


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